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le Mercredi 5 juillet 2023 15:47 | mis à jour le 25 mars 2024 15:49 Francophonie

Services bilingues dans les entreprises : encore faut-il trouver du personnel

Environ un million de postes en entreprises privées exigent d’être bilingue au Canada. — Crédit : iStock
Environ un million de postes en entreprises privées exigent d’être bilingue au Canada.
Crédit : iStock
Statistique Canada s’est penché sur le bilinguisme dans les services, les emplois et la pénurie de main-d'œuvre. Les résultats, publiés le 1er juin dernier, révèlent que les territoires sont les grands champions de la région Nord-Ouest. Le Yukon, cependant, n’est pas au diapason, puisqu’il est le seul des trois territoires à ne pas dépasser la moyenne nationale.

Lorsque Statistique Canada a mené son étude sur les indicateurs du marché du travail à l’été 2022, l’organisation a décidé de donner une résonance à cette collecte de données en ajoutant la notion de bilinguisme.

« À l’été 2022, les indicateurs du marché du travail canadien pointaient vers une pénurie de main-d’œuvre alors que l’emploi avait dépassé son niveau prépandémie depuis l’automne 2021 […] Dans ce contexte, trois nouvelles questions sur la langue des services, le bilinguisme des postes et la pénurie de main-d’œuvre bilingue dans le secteur privé ont été posées de juillet à aout 2022 lors de l’Enquête canadienne sur la situation des entreprises », indique le site Web 150statcan.gc.ca.

Le Nunavut, champion des services bilingues

Plus d’un million d’entreprises existent au Canada. Parmi elles, 23,3 % ont répondu avoir certains services bilingues. Par « service bilingue », l’organisme de statistiques entend « des services à la clientèle, de l’affichage ou un site Web en français et en anglais, ou encore certaines activités de communications internes ou externes dans les deux langues officielles du Canada ».

Sans grande surprise, c’est au Québec et au Nouveau-Brunswick que les chiffres sont les plus hauts, avec respectivement 53,6 % et 48,9 %. Mais à part ces deux régions en tête de nombreuses statistiques sur les langues officielles, le reste du Canada a du mal à dépasser les 20 %… sauf dans les territoires, qui font remonter la moyenne.

Dans le Nord, seul le Yukon est en dessous de la moyenne nationale, avec 21,1 %. Les Territoires du Nord-Ouest, eux, affichent 24,8 % tandis que le Nunavut remporte la palme avec 31,1 %.

« À mon avis, ce qui explique ces données, c’est le fait qu’il existe une législation au Nunavut qui reconnait quatre langues officielles, dont les deux langues officielles du Canada, le français et l’anglais », estime Christian Ouaka, directeur général de l’Association des francophones du Nunavut.

Selon lui, bien qu’il n’y ait pas de langues plus importantes que d’autres parmi ces quatre langues, les langues inuit, pourtant utilisées par les différents paliers gouvernementaux, sont moins utilisées et comprises. « Naturellement [les] entreprises ou personnes se rabattent vers le français ou l’anglais qui sont des langues [plus] utilisées par l’administration. C’est ce qui pourrait expliquer ces statistiques. »

Le bilinguisme, parfois exigé dans les descriptions de poste

Pour les entreprises, le bilinguisme français-anglais est parfois une condition sine qua non pour l’embauche de certains membres de leur personnel. Cela concernait, en 2022, environ un million (7,9 %) des postes en entreprise selon l’estimation de Statistique Canada.

Au Yukon, 27,2 % des entreprises qui proposent des services bilingues exigeaient l’an passé que certains membres de leur personnel puissent s’exprimer dans les deux langues officielles. Pour cette étude, Statistique Canada définit « certains membres de leur personnel » par au moins 1 % du personnel.

Marie-Pierre Giroux, gestionnaire Emploi et Entrepreneuriat pour l’Association franco-yukonnaise, affirme en effet que le bilinguisme est de plus en plus important en ce qui concerne la personnalisation de la relation avec le client.

« C’est un atout pour les entreprises de pouvoir compter sur des employés bilingues, car la clientèle n’achète plus uniquement un produit ou un service. Plusieurs études démontrent que le client achète non seulement le produit ou le service, mais les valeurs de l’entreprise, le service à la clientèle personnalisé… et le fait de servir le client en anglais ou en français par exemple augmente cette personnalisation de la relation client. »

Si les trois territoires affichent plus de 20 % dans cette catégorie, seuls le Yukon (27,2 %) et le Nunavut (28,6 %) sont au-dessus de la moyenne nationale de 22,8 % (hors Québec et Nouveau-Brunswick).

Le recrutement bilingue est toujours un défi

Statistique Canada conclut cependant son étude avec un fait indéniable : si les services bilingues sont souhaités, le recrutement de personnel capable de s’exprimer dans les deux langues officielles reste un défi de taille pour les entreprises.

Au moment de la collecte de données dans le Canada hors Québec, plus d’un établissement privé offrant des services bilingues sur cinq estimaient que le recrutement d’employé·e·s bilingues allait constituer un obstacle.

Selon Marie-Pierre Giroux, la concurrence avec les emplois gouvernementaux est indéniable, car de plus en plus d’emplois sont désignés comme bilingues.

« Les avantages et les conditions y sont souvent compétitifs en ce qui concerne plus précisément la rémunération, le régime de retraite et les avantages sociaux que dans les entreprises de petite taille. Trouver un poste au gouvernement, c’est l’un des principaux objectifs des chercheurs d’emploi que j’ai rencontrés depuis mon arrivée ici sur le territoire! »

Dans tous les cas, elle estime que le bilinguisme est assurément un avantage lors de la recherche d’emploi, qu’il ne faut pas négliger à faire valoir sur un CV. « Peu importe l’entreprise à laquelle on envoie notre CV, ça a une valeur ajoutée de dire si on est bilingue. Beaucoup d’entreprises valorisent le fait d’avoir du personnel qui peut servir leurs clients dans les deux langues officielles. »