le Vendredi 3 juillet 2026

À Iqaluit, la Saint-Jean vient avec son traditionnel souper de homards. Employés et bénévoles de l’AFN ont travaillé fort pour ravir les papilles de la centaine de convives.

Crédit : Brice Ivanovic

L’invité le plus convoité de la soirée !

Crédit : Brice Ivanovic

Un grand bravo à l’équipe en cuisine. Soupe de chou-fleur, salade, crevettes, homards et tiramisu : un vrai festin. 

Crédit : Brice Ivanovic

Reinaldo Guilbert, directeur du théâtre Uiviit, au four et au moulin !

Crédit : Brice Ivanovic

Des homards du sol au plafond, et des grands sourires pour tout le monde. 

Crédit : Brice Ivanovic

Un Franco-Centre aux couleurs du Québec

Crédit : Brice Ivanovic

Émile Bilodeau a clôturé cette belle soirée par un concert de près d’une heure.

Crédit : Brice Ivanovic

Émile Bilodeau a clôturé cette belle soirée par un concert de près d’une heure.

Crédit : Brice Ivanovic

Et un public charmé !

Crédit : Brice Ivanovic

Désormais nouvelle ex-gouverneure générale, Mary Simon n’aura pas fait l’unanimité à sa nomination ni après son départ, notamment auprès de la francophonie canadienne. Si cette haute fonction gouvernementale ne requiert pas légalement le bilinguisme contrairement aux autres institutions fédérales, ses difficultés à s’exprimer régulièrement en français l’auront suivi tout au long de son mandat, reléguant parfois au second plan ses actions en matière de réconciliation. Pour de nombreux inuit et autochtones, ce point a rouvert des cicatrices qui peinent à se refermer, et démontre une fois de plus la place coloniale qu’occupent l’anglais et le français. 

Lire aussi : Gouverneure générale : le mandat Mary Simon aura marqué les esprits

Mary Simon, gouverneure générale du Canada, a terminé son mandat le 8 juin 2026.

Crédit : Anne-Marie Brisson, Rideau Hall © BSGG

Des réactions contrastées

Le débat entourant la maitrise du français de Mary Simon a laissé des traces chez plusieurs leadeurs inuit. Pour la députée libérale du Nunavut, Lori Idlout, les critiques formulées à l’encontre de la première gouverneure générale inuk démontrent qu’un important travail de sensibilisation reste à faire sur l’histoire et les réalités autochtones du Canada. Selon elle, les politiques coloniales ne relèvent pas uniquement du passé et continuent d’avoir des répercussions sur les communautés.

L’ancien commissaire du Nunavut et survivant des pensionnats, Piita Irniq, partage ce point de vue :

« D’après ce que j’ai observé, les dirigeants canadiens qui se sont exprimés dans les médias et qui ont critiqué Mary Simon parce qu’elle ne parlait pas couramment le français ont été totalement injustes et leurs commentaires déplacés. Ce n’était pas canadien. »

— Piita Irniq, ancien commissaire du Nunavut

Selon lui, les dirigeants du pays auraient plutôt dû être fiers de voir une Inuk accéder à cette fonction.

La commissaire aux langues officielles des Territoires du Nord-Ouest, Krista Carnogursky, retient le travail exemplaire accompli par Mary Simon pour la réconciliation. Même si elle comprend certaines critiques, sa nomination reste – de son point de vue – historique.

« En tant que première personne autochtone à occuper ce poste, j’espère que certaines personnes ont pu comprendre l’histoire et l’héritage des pensionnats, et comment, historiquement, ceux-ci ont souvent empêché les gens d’apprendre leur langue », explique-t-elle.

François Larocque, professeur titulaire à la faculté de droit de l’Université d’Ottawa, adopte quant à lui une position plus nuancée. Il reconnait l’avancée importante que représente la nomination d’une gouverneure générale autochtone au Canada, compte tenu du passé colonial canadien et du symbole de la Couronne britannique : « Cette nomination a été un grand moment, pour plein de raisons historiques profondes et importantes. »

En revanche, malgré cette importante avancée, sa nomination constitue un tournant dans l’application des exigences liées au bilinguisme, selon l’universitaire.

« Il reste qu’au Canada, le pays est officiellement bilingue depuis 1969, rappelle-t-il. Et depuis ce temps-là, le gouvernement fédéral est dans un processus de bilinguisation progressive de toutes ses institutions fédérales, y compris pour le poste de gouverneur général. Donc, tous les gouverneurs généraux sont bilingues, en alternance de première langue française et de première langue anglaise. La nomination de Mary Simon, dans un sens, était une rupture avec cette tradition. »

— François Larocque, professeur titulaire à la faculté de droit de l’Université d’Ottawa

François Larocque, professeur titulaire à la faculté de droit de l’Université d’Ottawa, reconnait l’avancée importante qu’a représentée la nomination d’une gouverneure générale autochtone au Canada. Il soulève cependant que cette nomination est une rupture avec la tradition de nommer des gouverneurs généraux bilingues.

Courtoisie François Larocque – Université d’Ottawa

« Colonisée par des missionnaires anglophones » – Sénatrice Michèle Audette

Michèle Audette, sénatrice du Québec et leadeur autochtone franco-innue, s’est dite très fière de la nomination de Mary Simon. « Pour la première fois de l’histoire, c’est une femme autochtone. Ça, c’était ma fierté, il fallait que je l’honore. »

Elle considère ce moment comme un évènement historique, d’autant plus que la sénatrice travaille beaucoup pour la cause des femmes autochtones. Elle a notamment été nommée parmi les cinq commissaires chargés de mener l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées.

Les peuples autochtones n’ont choisi ni leurs colonisateurs ni la langue dans laquelle ils s’exprimaient. Mme Audette rappelle que Mary Simon n’a jamais eu le choix d’aller dans un pensionnat anglophone et les critiques à son encontre n’étaient pas justifiées au regard de ce contexte.

« Le fait qu’elle parle sa langue inuktitut et que le colonialisme l’a amenée à être colonisée par des missionnaires anglophones, pour moi, ça, c’était loin. Ce n’était pas une critique. Je savais que dans l’histoire, elle n’a pas choisi. Comme moi, je n’ai pas choisi les missionnaires francophones » explique-t-elle lors d’une entrevue accordée. 

— Sénatrice Michèle Audette - Courtoisie Sénat du Canada

Cependant, la sénatrice autochtone rappelle que les deux langues officielles du Canada ont un statut commun et équivalent ; l’anglais ne devrait pas être considéré comme une langue ayant la priorité.

Des blessures encore présentes

Le débat soulevé autour de Mary Simon et des langues officielles ont ravivé de douloureux souvenirs à Piita Irniq. L’ancien commissaire du Nunavut, envoyé de force dans un pensionnat durant son enfance, rappelle que les élèves n’avaient pas le droit de parler leur langue.

En septembre 1958, après avoir parlé en inuktitut avec un autre élève, une religieuse l’a fait venir devant la classe avant de le frapper avec une règle. « On nous disait : « Ne me laissez plus jamais vous entendre parler cette langue dans cette classe. Vous êtes ici pour apprendre l’anglais et à écrire en anglais » », détaille celui qui est également enseignant en culture inuit. 

« La douleur est encore présente aujourd’hui dans la paume de ma main. »

— Piita Irniq

Piita Irniq rappelle que l’histoire des pensionnats doit être « pleinement comprise par tous les Canadiens »

Courtoisie

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Une question qui dépasse le bilinguisme

Lori Idlout démontre que le mandat de Mary Simon illustre pourquoi le débat ne peut être réduit à la seule question du bilinguisme. Elle se souvient notamment du discours du Trône prononcé en inuktitut, anglais et français lors de sa première élection en 2021. La présence d’un qulliq pendant la cérémonie l’avait particulièrement marquée. « Lorsque j’ai senti l’odeur du qulliq, je me suis sentie accueillie dans le système parlementaire canadien en tant que nouvelle députée », raconte-t-elle.

Piita Irniq indique, lui-aussi, que le débat dépasse largement la seule question des langues officielles : « Nos langues autochtones existaient bien avant la création du Canada. Elles méritent d’être reconnues au même titre que le français et l’anglais et devraient être enseignées dans les salles de classe au pays ».

Commissaire aux langues officielles du Nunavut, Karliin Aariak, partage cette position et affirme qu’il est impossible de parler de réconciliation sans évoquer les langues. Selon elle, la perte de l’inuktut, qui englobe notamment l’inuktitut et l’inuinnaqtun, fait partie des blessures que le processus de réconciliation cherche à guérir. 

Elle considère également que les droits liés à la langue ne devraient pas être mis en concurrence :

« La reconnaissance d’une langue n’enlève jamais rien à une autre. »

— Karliin Aariak, Commissaire aux langues officielles du Nunavut

À ses yeux, reconnaitre l’inuktut ne diminue pas le français, pas plus que la reconnaissance du français ne diminue les langues inuit et autochtones.

Elle souhaite que la population cesse de voir les droits linguistiques « comme un gâteau à partager, où la part de l’un est prise à l’autre » et estime qu’il y a de la place pour toutes les langues.

La Commissaire aux langues officielles du Nunavut estime que toutes les langues peuvent cohabiter ensemble.

Crédit : Commissariat aux langues officielles du Nunavut

Pourquoi les langues autochtones ne sont-elles pas reconnues comme langues officielles ?

Le 7 septembre 1969, la première Loi sur les langues officielles fédérale est adoptée et les langues française et anglaise y sont déclarées comme étant les deux langues officielles du Parlement et du gouvernement du Canada. En 1982, le français et l’anglais sont déclarés langues officielles du Canada avec l’adoption de la Charte canadienne des droits et libertés.

Le professeur François Larocque rappelle qu’à cette époque, les enjeux entourant la reconnaissance des langues autochtones étaient totalement absents de la sphère publique et politique : « C’est un geste important en 1982 lorsqu’on a codifié les droits linguistiques dans la loi suprême du Canada. Mais ce qu’on n’a pas fait, c’est qu’on n’a pas codifié les langues autochtones, on n’a pas mis les langues autochtones dans cette catégorie. Est-ce qu’on aurait pu le faire ? Bien sûr que oui. Est-ce qu’on aurait dû le faire ? Peut-être, mais il n’y avait pas encore de conversation nationale sur cet enjeu-là. »

Lorsque le projet de cette loi appelée C120 a été discuté et adopté, Mme Audette regrette qu’aucun leadeur autochtone n’ait été convié aux négociations.

« Premièrement, lorsque les gens qui se sont mis autour d’une table pour décider quelles seraient les langues officielles au Canada (…), les premiers peuples n’ont jamais été invités. C’était une erreur de décider, sans nous, que seuls le français puis l’anglais devaient être officiels au Canada. »

— Sénatrice Audette

De plus, inscrire cette loi dans la Constitution ne relevait pas de la bonne démarche, selon la sénatrice. En effet, les modifications constitutionnelles sont encadrées par des procédures exigeantes et complexes. « Ça devient difficile d’ouvrir la Constitution parce qu’il y a plein d’autres enjeux qui attendent leur tour si jamais la Constitution ouvrait. Pour moi, ça a été un rendez-vous manqué et la racine qui a fait mal à nos langues vernaculaires, nos langues millénaires et précieuses qui, pour beaucoup d’entre elles, sont encore vivantes. »

Dans ses appels à l’action, la Commission de la vérité et de la réconciliation n’a pas demandé à ce que les langues autochtones soient reconnues comme langues officielles. Les 14e et 15e appels à l’action font référence à la création d’une loi sur les langues autochtones et à la nomination d’un Commissaire aux langues autochtones afin de les valoriser et les revitaliser. « Nous demandons que ce commissaire soit chargé de contribuer à la promotion des langues autochtones et de présenter des comptes rendus sur l’efficacité du financement fédéral destiné aux initiatives liées aux langues autochtones, » peut-on lire dans le document.

Le 21 juin 2019, la loi sur les langues autochtones a été adoptée. La création du Bureau du commissaire aux langues autochtones découle de l’entrée en vigueur de cette loi qui prévoit aussi un examen parlementaire tous les trois ans et d’un examen indépendant tous les cinq ans. À ce jour, cette réévaluation n’a pas été faite et Mme Audette souhaite que cet examen se réalise, comme initialement prévu alors que la Décennie internationale des langues autochtones déclarée par l’Unesco a été proclamée jusqu’en 2032. « Faites cette étude-là, (une évaluation) de ce qu’il y a de bien ou ce qui devrait être amélioré dans cette loi-là », lance la sénatrice à l’attention des députés de la Chambre des Communes. 

Par ailleurs, la sénatrice considère que les langues autochtones ne sont pas uniquement les premières langues du Canada  : elles ont autant de valeur que le français et l’anglais.

« Les langues autochtones sont aussi importantes que les langues officielles parce que vous avez bâti votre pays sur nos territoires. On ne devrait pas quémander ces choses-la. Mais ça a été déchirant, difficile et on a perdu la bataille. »

— Michèle Audette

Le Nunavut plaide pour une meilleure représentation des langues autochtones

Au-delà du débat entourant Mary Simon, plusieurs intervenants estiment que cette reconnaissance doit désormais passer à une autre étape et s’accompagner de mesures concrètes.

Piita Irniq croit qu’une certaine « pensée coloniale » demeure présente dans les discussions concernant les langues autochtones. Il partage à ce sujet l’analyse formulée par l’ancien député Jack Anawak, dans une entrevue accordée à CBC.

À ses yeux, les peuples autochtones doivent maintenant occuper une plus grande place afin que leurs droits, leur culture et leurs langues soient davantage reconnus et valorisés par les Canadiens non autochtones.

Lori Idlout souligne l’importance de la Loi sur les langues autochtones adoptée en 2019 et plaide pour un soutien accru aux efforts de revitalisation linguistique.

« Les programmes liés aux langues autochtones doivent devenir permanents. Les peuples autochtones continuent de faire face à des obstacles administratifs qui les empêchent de concentrer leurs efforts sur la préservation et la transmission de leur patrimoine linguistique. »

— Lori Idlout, députée libérale du Nunavut

Dans une publication Facebook diffusée le 8 juin dernier, Lori Idlout a rendu un hommage appuyé à Mary Simon.

Crédit : Anne-Marie Brisson, Rideau Hall © OSGG, 2026

La Commissaire aux langues du Nunavut estime également que le renforcement de l’inuktut est directement lié à une meilleure représentation des Inuit au sein des institutions canadiennes. Elle soutient que tant qu’une personne ne pourra pas pleinement travailler, étudier et recevoir des services dans cette langue, la place des Inuit dans ces institutions demeurera fragile.

Malgré les progrès réalisés ces dernières années, Karliin Aariak juge qu’un écart subsiste entre les engagements et leur application concrète : 

« Une loi n’a de valeur que dans la mesure où elle est mise en œuvre », déclare-t-elle.

Elle ajoute que plusieurs recommandations formulées par son bureau doivent être répétées année après année sans obtenir de réponse, tandis que les institutions fédérales présentes au Nunavut ne sont assujetties à aucun délai précis pour réagir à ces constats.

La Commissaire souligne également que la langue inuit ne bénéficie pas du même poids ni des mêmes garanties que le français et l’anglais à l’échelle fédérale. Cette différence se reflète notamment dans l’absence d’une reconnaissance équivalente à la prime de bilinguisme accordée aux fonctionnaires fédéraux travaillant dans les deux langues officielles. Les employés qui utilisent l’inuktut dans l’exercice de leurs fonctions ne bénéficient pas d’une mesure comparable.

Malgré ces constats, la Commissaire estime qu’il n’est pas nécessaire d’attendre une réforme constitutionnelle pour améliorer la situation. Elle indique que plusieurs avancées pourraient être réalisées dès maintenant dans le cadre des lois existantes, « si la volonté est là ».

Karliin Aariak rappelle néanmoins que les Nunavummiut disposent déjà de droits linguistiques reconnus par les lois territoriales et que les institutions présentes au Nunavut devraient d’abord veiller à respecter ces obligations. Le droit de recevoir des services en inuktut ne relève pas simplement d’une bonne intention, mais constitue une obligation légale pour les institutions visées. 

« Lorsque nous traitons les langues autochtones comme un sujet à part, moins prioritaires que les langues officielles fédérales, nous perpétuons une hiérarchie héritée de notre histoire », souligne-t-elle.

Krista Carnogursky, Commissaire aux langues officielles des Territoires du Nord-Ouest.

Courtoisie Bureau du Commissaire aux langues officielles des TNO

Commissaire aux langues autochtones : un rôle symbolique ?

Le Canada fait figure de pionnier avec la création du tout premier poste de commissaire aux langues officielles au monde en 1970. « C’était vraiment une première, se remémore M. Larocque. Depuis ce temps-là, d’autres juridictions ont suivi l’exemple et ont créé des postes similaires », poursuit-il.

Cependant, comme le rappelle Michèle Audette, le rôle du Commissaire aux langues autochtones n’est pas équivalent à celui du Commissaire aux langues officielles. Alors que ce dernier est dans un espace plus symbolique avec des pouvoirs de décision et d’actions moins forts que ceux du Commissaire aux langues officielles, la sénatrice remarque que les langues autochtones sont, de ce fait, moins protégées.

En tant que Commissaire aux langues officielles des TNO, Krista Carnogursky, entrevoit son rôle et son mandat comme un facteur de revitalisation des neuf langues autochtones reconnues parmi les onze langues officielles. « Je considère que mon rôle consiste à informer les gens de leurs droits en vertu de cette loi et à leur faire savoir qu’ils peuvent déposer une plainte. Ce faisant, cela nous aidera à garantir que le gouvernement fournisse ces ressources ou ces services et traduise les informations dans leur langue, ce qui, je l’espère, contribuera également à la revitalisation de certaines langues autochtones, car nous savons que certaines sont en voie d’extinction », élabore la Commissaire qui entrevoit aussi des débouchés professionnels pour les personnes travaillant dans la traduction ou l’interprétation.

L’exception yukonnaise

Contrairement aux Territoires du Nord-Ouest et au Nunavut, le territoire du Yukon n’a pas de Commissaire aux langues officielles. Un recours peut cependant être intenté pour obtenir réparation en cas de violation des droits reconnus dans la Loi sur les langues. Cette dernière permet l’offre de services en langues autochtones sous certaines conditions.

Après avoir contacté à plusieurs reprises le Conseil des Premières Nations du Yukon, la direction générale a répondu que le Conseil ne ferait aucun commentaire sur ce sujet.

Une étude publiée le 13 mai dernier dans la revue Nature, révèle que des précipitations plus concentrées réduisent la capacité de stockage d’eau des sols. Alors que la saison des feux de forêt est déjà en cours au Yukon et aux TNO, il est important d’étudier la sécheresse et ses causes, à la lumière du réchauffement climatique.

Pour Corey Lesk du département des sciences de la terre et de l’atmosphère, à l’Université du Québec à Montréal et coauteur de cette étude, la disponibilité en eau terrestre est un facteur déterminant pour le bien-être des populations et des écosystèmes. Mais au-delà des variations des précipitations et de l’évaporation moyennes, il reste des zones d’incertitudes sur les effets de la concentration des précipitations sur l’équilibre hydrique. « On ignore comment la concentration des précipitations à l’échelle quotidienne en un nombre réduit d’évènements plus intenses affecte la répartition hydrologique et le bilan hydrique terrestre », peut-on lire en introduction de l’étude. 

À partir d’observations sur le terrain, l’étude conclut que des précipitations plus concentrées réduisent la disponibilité en eau terrestre dans tous les climats à l’échelle mondiale, un effet de sécheresse d’une ampleur aussi forte que l’effet d’humidification lié à l’augmentation des précipitations totales. En d’autres termes, l’assèchement des sols est accentué par des épisodes de pluies intenses, mais courts.

Quels sont les impacts sur la forêt boréale ?

Cette étude globale a cependant révélé des faits intéressants pour les TNO et le Yukon. Comme l’explique M. Lesk, l’ensemble des bassins hydrographiques du Yukon et du Mackenzie dans les nord des TNO sont affectés.

Notre étude montre que lorsque les précipitations se concentrent davantage en un nombre réduit d’épisodes plus intenses, les terres ont tendance à être plus sèches. Cet effet va au-delà de l’influence générale de l’augmentation ou de la diminution des précipitations totales, et s’observe à l’échelle mondiale ainsi que dans les bassins hydrographiques du Yukon et du Mackenzie.

Corey Lesk, département des sciences de la terre et de l’atmosphère, à l’Université du Québec à Montréal

En d’autres termes, la manière dont la pluie et la neige tombent est tout aussi importante que leur quantité.

D’après Corey Lesk, l’effet d’assèchement de ces changements fait pencher la balance en faveur d’une surface terrestre plus sèche et lorsque l’on ajoute à cela le fait que l’air plus chaud assèche de toute façon les forêts, ces résultats révèlent une nouvelle façon dont le changement climatique pourrait accroître la probabilité et l’intensité des feux de forêt.

Durant tout l’été, le musée des beaux-arts du Canada à Ottawa présente une exposition sur l’Arctique circumpolaire contemporain par des artistes issu.e.s du nord. Organisée par une équipe commissariale internationale entièrement autochtone de la région circumpolaire, l’exposition Qillaniq rejette les traditions institutionnelles rigides au profit d’une approche improvisée et multidisciplinaire qui rend hommage aux artistes vivant.e.s.

L’exposition a été conçue pour permettre aux visiteurs de découvrir un monde arctique interconnecté et fluide. 

Une volonté de décolonisation

Jocelyn Piirainen, Inuk urbaine originaire d’Iqaluktuuttiaq, au Nunavut, conservatrice associée, et Ooleepeeka Eegeesiak, Inuk et Qallunaaq originaire d’Iqaluit, au Nunavut et adjointe à la conservation du département Voies autochtones et décolonisation au MBAC ont travaillé aux côtés de commissaires invitées. 

Laakkuluk Williamson, artiste, poète, actrice, conteuse et écrivaine, originaire du Groenland, mais vivant à Iqaluit est l’une des commissaires de cette exposition qui a réuni trois autres commissaires invitées auprès de l’équipe du musée. 

Selon elle, cette exposition ne lutte pas contre des stéréotypes, car ce sont avant tout des histoires racontées à la première personne qui sont mises de l’avant. Cette démarche artistique s’inscrit surtout dans une volonté de décolonisation que le MBAC a entreprise il y a plusieurs années. « C’est là un aspect essentiel de la décolonisation : laisser de la place, créer un espace pour que les peuples autochtones puissent raconter leurs histoires selon leur propre point de vue. Nous avons mis l’accent sur cette joie radicale dans beaucoup d’œuvres, et le mot “radical”, qui précède “joie”, témoigne de la façon dont nous travaillons dur, en tant qu’individus, familles, amis et communautés, pour créer ces moments d’hilarité, d’appréciation, de connexion à la terre, de ce rire personnel et intime que vous verrez tout au long de l’expérience. »

Cette exposition est donc atypique, car elle a été conçue par l’équipe des commissaires comme une expérience sensorielle où plusieurs sens sont sollicités. 

« J’aime vraiment en parler comme d’une expérience, car nous mobilisons tant de nos sens lorsque nous nous imprégnons de l’art. Il ne s’agit pas seulement de regarder, il s’agit aussi d’écouter, d’être conscient de son espace personnel. C’est aussi une ascension, c’est une expérience qui englobe tout. Et la joie radicale est au cœur de tout cela », explique-t-elle lors d’une entrevue le jour de l’inauguration.

Guná (Megan Jensen), Yéil (image fixe), 2021, film, 4 min 51 s Avec l’autorisation de l’artiste et du réalisateur, Shaunoh Wilson (TSU North).

Megan Jensen Photo : Avec l’autorisation de l’artiste

Pourquoi Qillaniq ?

En inuktitut, Qillaniq évoque le scintillement de la lumière du soleil ou de la lune lorsqu’elle se reflète sur l’eau. Ce concept puissant sert de métaphore à l’éclat des peuples autochtones circumpolaires qui résistent à la colonisation, maintiennent leur lien profond avec le territoire et utilisent leurs pratiques artistiques pour faire entrer l’extraordinaire dans la vie quotidienne.

Les artistes participant.e.s incarnent une riche mosaïque de cultures, notamment celles des Gwich’in, des Inuvialuit, des Sugpiat et d’autres nations autochtones du nord, unis dans une célébration fervente de l’Arctique et de la souveraineté autochtone.

Au-delà des frontières

Les artistes dont les œuvres ont été choisies pour cette exposition innovante remettent tous en question, d’une façon ou d’une autre, leurs propres communautés. « Ce sont donc des artistes qui posent des questions, et on parle ici de personnalités hors du commun qui, bien sûr, remettent en question le monde en général par leur simple existence et par le travail qu’ils accomplissent. Mais ils mettent également leurs propres communautés au défi de faire mieux, d’être meilleures », détaille Taqralik Partridge, autrice, poète de spoken word et commissaire indépendante originaire de Kuujjuaq, au Nunavik et l’une des quatre commissaires invitées.

Malgré les tensions géopolitiques actuelles, lorsqu’il est question de cultures et d’arts, il n’y a pas de frontières selon l’équipe commissariale qui a sélectionné des artistes aux parcours aussi variés que leurs techniques multidisciplinaires. 

« Il existe de nombreuses cultures différentes et de nombreuses nations, mais il n’y a pas de frontières dans les conversations qui ont lieu. Nous avons vraiment travaillé dur pour inclure des personnes venues des quatre coins de l’Arctique circumpolaire. »

L’Association des francophones du Nunavut (AFN) avait rendez-vous avec son histoire, ce samedi 13 juin à l’hôtel Aqsarniit. Quarante-cinq ans d’existence en territoire arctique, ça se fête ! L’organisme porte-parole des franco-nunavummiut avait donc donné rendez-vous à ses membres, ses historiques, mais aussi partenaires et bénévoles actuels pour une soirée de Gala inclusive, en présence notamment de Brian Koonoo, ministre des Langues officielles du Nunavut, et de David Akeeagok, ministre de l’Éducation et leader du gouvernement. La dernière célébration du genre remontait au 40e anniversaire de l’organisation. Mais depuis, qu’est ce qui a donc changé pour l’AFN ?

À découvrir : Revivez en photos et en vidéo le Gala des 45 ans de l’Association des francophones du Nunavut

Diversification des services

Au cours des cinq dernières années, l’AFN a diversifié ses services. En effet, le Comité jeunesse franco-nunavummiut a vu le jour en 2021. Puis, le Centre de formation Qaujimaniq a été créé l’année suivante. En 2024, l’organisme a lancé une clinique d’aide juridique et d’aide aux impôts en français et a créé le Réseau NunaFemmes+.

L’équipe de l’AFN s’est alors agrandie, passant de quelques employés à 19 membres. Cette croissance entraîne toutefois des défis en termes d’espace, comme le souligne le directeur général, Christian Ouaka. De plus, malgré les travaux de rénovation réalisés au cours des années précédentes, le bâtiment actuel ne répond plus aux besoins et la salle communautaire arrive à la limite de ses capacités. « Quand le bâtiment a été acquis en 1989, le nombre de francophones au territoire n’était pas le même qu’aujourd’hui », souligne le directeur.

Construire une nouvelle maison de la francophonie est donc primordial, selon lui. Le directeur espère qu’un nouvel édifice verra le jour en 2028. « Il suffit juste que le financement arrive pour démarrer la construction », informe-t-il.

Selon Christian Ouaka, directeur général de l’AFN, la construction d’une nouvelle Maison de la francophonie constitue le chantier prioritaire, les installations actuelles ne répondant plus aux besoins croissants de l’organisme.

Crédit : Brice Ivanovic

Depuis 2021, l’AFN multiplie ses services

2021 : le Comité jeunesse franco-nunavois voit le jour. Il représente les jeunes âgés de 12 à 25 ans et vise à accompagner et créer des activités dédiées aux jeunes afin de renforcer leur sentiment d’appartenance à la francophonie.

2022 : le Centre de formation Qaujimaniq est créé pour offrir de la formation postsecondaire, professionnelle, continue, linguistique et communautaire aux francophones du Nunavut.

2024 : l’AFN a lancé une clinique d’aide juridique et d’aide à la déclaration d’impôts en français pour offrir un accompagnement en français aux francophones.

2024 : le Réseau NunaFemmes+ est créé. Il vise à favoriser l’émancipation, l’entraide et la solidarité entre les femmes, tout en défendant leurs droits et en favorisant leur épanouissement personnel, professionnel, social et culturel en français.

Un pilier dans la communauté

Lors de son discours en ouverture de la soirée, le ministre des Langues du Nunavut – Brian Koonoo – a salué l’action de l’organisme depuis sa naissance, lorsque celui-ci s’appelait alors l’Association des francophones de Frobisher.

« C’est un honneur d’être ici ce soir pour célébrer 45 ans de vie francophone au Nunavut. Quarante-cinq ans d’engagement, de résilience et de fierté pour construire une communauté forte » a introduit le ministre originaire de Pond Inlet, avant d’ajouter : « La croissance du français s’est toujours faite avec un profond respect du territoire ».

Le ministre des Langues officielles du Nunavut a salué la résilience de la communauté francophone au Nunavut.

Crédit : Brice Ivanovic

Depuis sa création en 1981, l’AFN joue un rôle important au sein de la communauté. François Fortin, francophone installé depuis une dizaine d’années à Iqaluit, reconnaît l’apport essentiel de l’organisme à la vie culturelle et communautaire du territoire. « La communauté francophone d’Iqaluit, avec le Franco-Centre, c’est vraiment une belle communauté rassembleuse, qui m’a permis de rencontrer beaucoup de monde », partage-t-il.

« C’est une façon de connecter avec les gens qui ont au moins le même langage », rapporte Nancy Pellerin, francophone arrivée au territoire en 2016. La Franco-Nunavummiuq garde d’ailleurs de très bons souvenirs des soirées d’improvisation et celles du Jam Café et tient à se rendre chaque année à la cabane à sucre.

Aujourd’hui, elle vit sa francophonie principalement à travers ses enfants inscrits à l’École des Trois-Soleils, car il était important pour elle de « mettre l’emphase sur le français seulement. » Elle apprécie particulièrement les activités offertes par le Comité jeunesse aux jeunes générations de la communauté.

Des efforts d’ouverture salués

Les deux francophones aimeraient que l’AFN développe davantage son lien avec la communauté inuit qui, selon eux, s’est un peu perdue au fil du temps tout en reconnaissant des efforts de rapprochement plus récents. « Je pense qu’il y aurait peut-être moyen d’en faire plus, mais ce n’est pas évident », reconnaît M. Fortin. « Je vois tranquillement plus d’ouverture », rapporte Nancy Pellerin, « comme lors de la dernière cabane à sucre. On avait plein de gens inuit qui étaient à côté de nous. C’était super cool. »

Pour Christian Ouaka et Goump Djalogue, président à l’AFN, il est essentiel que l’organisme continue à renforcer ses liens avec la communauté inuit afin de « ne pas être vu comme une communauté à part, mais de faire partie intégrante de la communauté », explique M. Ouaka. L’année dernière, l’AFN a entrepris un projet d’entente avec le Nunavut Tunngavik Inc. (NTI), principal organisme chargé de la veille du respect de l’application des Accords du Nunavut.

C’est également l’objectif que se donne Reinaldo Guibert Sotolongo, chef du service Arts et Culture à l’AFN, à travers les activités et spectacles qu’il organise. « J’ai réussi à créer des liens interculturels importants avec d’autres communautés, autant la communauté inuit que la communauté francophone », dit-il.

Le directeur général Christian Ouaka (droite) en compagnie des nouveaux représentants de l’AFN à Rankin Inlet.

Crédit : Brice Ivanovic

Rejoindre tous les francophones

L’AFN se donne également pour mission d’aller rejoindre les francophones résidant dans d’autres communautés du territoire, en dehors d’Iqaluit.

« Nous avons démarré depuis l’année passée une petite antenne à Rankin Inlet et on veut l’étendre à l’échelle du territoire pour que les gens puissent avoir accès aux services et que nous puissions toucher les communautés dans les actions que nous faisons », rapporte Goump Djalogue. En effet, en juin 2025, Marie-France Talbot et Samia Salomon de l’AFN et Annie Laroque de la Commission scolaire francophone du Nunavut s’y sont rendues pour la première fois afin de sonder les besoins.

L’équipe s’y est rendue une deuxième fois en début d’année. Une délégation s’est ensuite envolée vers Cambridge Bay au mois de mars. L’organisme souhaite désormais réitérer ce genre de déplacements afin de connecter les francophones dans les places les plus reculées du Nunavut.

Revivez en photos et en vidéo le Gala des 45 ans de l’Association des francophones du Nunavut !

Ouverture du gala par la traditionnelle cérémonie du qulliq, avec Mary Lee Aliyak.

Crédit : Brice Ivanovic

Gisela Harpist, accompagnée par Jean-Philippe Dupont, ont ensuite lancé la cérémonie d’ouverture.

Crédit : Brice Ivanovic

Le président de l’AFN, Goump Djalogue, a salué la dimension interculturelle de la communauté franco-nunavummiuq, avant de rendre hommage à Jacques Belleau, ancien président de l’organisation, disparu en mars dernier.

Crédit : Brice Ivanovic

Ce 45e anniversaire de l’AFN a permis de réunir divers horizons linguistiques du Nunavut.

Crédit : Brice Ivanovic

Originaire de Cambridgge Bay, Malachaï a offert au public un chant et une danse du tambour (qilaut) avant la remise des Prix Uiviit.

Crédit : AFN

Le groupe FUSION a livré une performance musicale exceptionnelle tout au long du buffet

Crédit : AFN

Bouquet final avec le groupe Boreal Groove qui a enflammé la piste de danse jusqu’au bout de la soirée.

Crédit : AFN

Le Nunavoix et CFRT se voient remettre le Prix Spécial de la Commissaire aux Langues offficielles du Nunavut pour leur couverture des Jeux d’hiver de l’Arctique. 

Crédit : Le Nunavoix

Gilles Turmel, ancien président de l’AFN, remet le Prix Uiviit Héritage et bâtisseur à Michel Rheault. 

Un festival de Prix pour récompenser les acteurs de la communauté

Uiviit d’or : François Ouellette, en reconnaissance de son engagement exceptionnel, de sa contribution remarquable à la promotion et au rayonnement de la langue française, ainsi qu’au développement de la communauté francophone du Nunavut.

Uiviit – Héritage et bâtisseur : Michel Rheault, en reconnaissance de ses dix années passées au titre d’administrateur de l’AFN.

Uviit – Rayonnement culturel : Gabrielle Poulin, pour sa contribution exceptionnelle au développement et au rayonnement du journal Le Nunavoix.

Uiviit – Leadership et Avenir : Azriel Tagnigou-Ptnkeu, pour ses accomplissements sportifs et sa créativité artistique.

Prix d’Honneur : Gilles Turmel, pour sa présidence de l’Association des francophones d’Iqaluit (1986-1987)

Prix Cœur de Lys – RESEFAN : Dr Béatrice Bichara, en reconnaissance de son dévouement exceptionnel envers ses patients et de son engagement envers l’offre de services de santé en français.

Prix spécial de la Commissaire aux Langues officielles du Nunavut : Franck Bleu (CFRT 107.3) et Brice Ivanovic (Le Nunavoix), en reconnaissance de leur couverture en français des Jeux d’Hiver de l’Arctique 2026 et leur promotion des langues officielles.

À lire : 45 ans d’existence pour l’Association des francophones du Nunavut, et maintenant ?

Âgé de 78 ans, l’homme politique était résident d’un centre de soins à Ottawa depuis plus d’un an et avait émis le souhait de retrouver sa famille. Une levée de fonds est toujours en cours pour lui permettre de subvenir à ses besoins.

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Pour son leadership, son engagement et ses nombreuses contributions pour les droits inuit, John Amagoalik a notamment été élevé au rang de Chevalier de la Légion d’honneur française en 1999, mais aussi Officier de l’Ordre du Canada en 2019.

Un comité d’accueil était présent à l’aéroport d’Iqaluit.

Crédit : Brice Ivanovic

Des retrouvailles fortes en émotions pour John Amagoalik, éloigé de sa femme depuis plus d’un an. 

Crédit : Brice Ivanovic
Crédit : Brice Ivanovic

John Amagoalik a remercié le comité d’accueil à son arrivée dans le hall… 

Crédit : Brice Ivanovic

… avant de repartir tout sourire, fleurs en mains. 

Crédit : Brice Ivanovic

Le 8 juin, Mary Simon a quitté son poste de gouverneure générale après un mandat de cinq ans. Dans une dernière déclaration, elle a indiqué qu’elle arrivait au terme de son mandat avec un esprit de gratitude. « Dès le début, j’ai voulu être une voix porteuse de compassion et de respect, une voix qui reflète les nombreuses cultures qui façonnent notre grande nation. Je crois en l’importance de resserrer les liens et d’approfondir la compréhension entre tous les peuples, autochtones et non autochtones », a-t-elle expliqué.

La réconciliation a été l’un de ses piliers de travail, au même titre que la santé mentale ; et c’est dans cette optique qu’elle a officiellement annoncé, la création d’un projet pour la santé mentale dans le Nord.

Créé en partenariat avec la Fondation Rideau Hall, le projet Ajuinnata : L’héritage de Mary Simon pour le bienêtre mental, a pour objectif de consolider les services de santé mentale dans les communautés arctiques canadiennes. En inuktitut, le mot ajuinata signifie : ne jamais abandonner, persévérer.

Pour Mary Simon, les relations humaines et la culture favorisent la guérison et elle entrevoit, dans le projet Ajuinnata, l’un des moyens les plus efficaces de contribuer à bâtir un Nord canadien fort et dynamique pour l’avenir.

Courtoisie Rideau Hall Foundation-Justin Tang

Un montant initial de 5 millions $

Même si ce projet est encore en phase initiale de développement, il contribuera à renforcer un écosystème coordonné par les pairs et des services ancrés dans les localités nordiques, en commençant par l’Inuit Nunangat, c’est-à-dire les quatre régions inuites du Canada : Inuvialuit, Nunavut, Nunavik and Nunatsiavut.

Dans le cadre de cette phase, les communautés et les organisations de l’Inuit Nunangat sont mobilisées et consultées afin de mieux cerner les défis, les opportunités et les priorités sur le terrain. Néanmoins, l’objectif global de l’initiative est clair, selon Allison MacLachlan, chef des affaires publiques et des communications à la fondation Rideau Hall, le projet « Ajuinnata vise à contribuer à la mise en place d’un écosystème plus solide de services dirigés par des pairs et ancrés localement dans tout le Nord, en se concentrant dans un premier temps sur l’Inuit Nunangat. »

Un montant initial de 5 millions de dollars sera versé, auquel pourront s’ajouter jusqu’à 10 millions en jumelage des dons philanthropiques qui seront amassés par la Fondation Rideau Hall.

Cet investissement permettra d’élargir l’accès à des services communautaires ancrés dans la culture et dans des solutions menées par les communautés.

Pour Mary Simon, les relations humaines et la culture favorisent la guérison et elle entrevoit, dans ce projet, l’un des moyens les plus efficaces de contribuer à bâtir un Nord canadien fort et dynamique pour l’avenir.

De son côté, le premier ministre Mark Carney a expliqué que son gouvernement rend hommage à Mme Simon en contribuant à la réalisation de ce projet. « Nous sommes fiers de poursuivre la mission à laquelle elle a consacré sa vie et qui lui tient tant à cœur. Au nom du gouvernement du Canada, ainsi que des Canadiennes et des Canadiens, je tiens à remercier Son Excellence Mary Simon pour son dévouement exceptionnel envers notre pays », a-t-il dit lors du lancement officiel du projet Ajuinnata le 29 mai dernier.

Présenté il y a près de deux décennies à titre de symbole de la souveraineté canadienne dans l’Arctique, le projet de base navale de Nanisivik ne verra jamais le jour comme envisagé à l’origine. Le 21 mai 2026, le ministère de la Défense nationale a annoncé qu’il mettait fin à l’utilisation de l’installation après avoir conclu que les coûts nécessaires pour la rendre pleinement opérationnelle ne se justifiaient plus.

Située sur le site d’une ancienne mine près de Pond Inlet, la base devait initialement servir de station d’approvisionnement pour les navires de la Marine royale canadienne. Au fil des ans, toutefois, sa portée a été revue à la baisse et son échéancier repoussé à plusieurs reprises.

Dans un communiqué, le gouvernement fédéral indique que l’installation n’a jamais été utilisée pour des opérations navales courantes. Un seul essai du système de ravitaillement en carburant a été réalisé en 2019.

Des besoins qui ont changé

Le ministre de la Défense nationale soutient également que les besoins opérationnels ont évolué depuis son annonce en 2007. L’autonomie accrue des navires de patrouille de l’Arctique de la classe Harry DeWolf, qui peuvent parcourir jusqu’à 6 800 milles marins sans ravitaillement, réduirait désormais l’utilité de Nanisivik comme point d’approvisionnement en carburant.

D’après le gouvernement fédéral, plus de 110 millions de dollars ont été investis dans le projet. Ottawa estime qu’environ 200 millions de dollars supplémentaires auraient été nécessaires pour rendre l’installation pleinement opérationnelle.

Des défis propres au Nord

Selon le ministère de la Défense nationale, les difficultés rencontrées à Nanisivik reflètent des enjeux récurrents dans le Nord. Ottawa souligne notamment les conditions météorologiques extrêmes, l’instabilité du pergélisol, les contraintes logistiques et les courtes saisons de construction.

Du côté d’Ottawa, ces contraintes nécessitent une surveillance et une adaptation continues afin d’assurer la viabilité à long terme des infrastructures nordiques. Le gouvernement fédéral affirme également mettre l’accent sur des installations conçues pour résister aux conditions de l’Arctique et être entretenues durablement.

La Défense nationale soutient par ailleurs que les retards, les changements apportés au projet, les problèmes liés aux jetées et la courte période d’accès saisonnier ont réduit la valeur opérationnelle du site par rapport aux investissements supplémentaires nécessaires à son achèvement.

Ottawa déclare toutefois que la décision ne compromettra pas la capacité de la Marine royale canadienne à mener des opérations dans l’Arctique.   

Le ministère souligne qu’il continue d’investir dans différentes infrastructures stratégiques dans le Nord, afin de permettra aux Forces Armées canadiennes (FAC) de répondre aux besoins de défense du pays.

Au-delà du cas de Nanisivik, certains observateurs estiment que cette décision met en lumière les défis récurrents auxquels sont confrontés les grands projets d’infrastructure dans le Nord.

Une leçon pour les futurs projets

Pour Ken Coates, professeur émérite à l’Université de la Saskatchewan spécialisé dans les enjeux nordiques, ce dossier offre plusieurs leçons pour les futurs projets d’aménagement dans le Nord.

« Le projet de Nanisivik a été mal conçu et mal exécuté. »

— Ken Coates

Le spécialiste des enjeux arctiques juge que les projets d’infrastructure dans le Nord se heurtent régulièrement à des défis logistiques importants et à des hausses de coûts majeures. Il souligne également que les priorités politiques et les besoins militaires évoluent, ce qui complique la planification à long terme.

Ken Coates ajoute que les coûts de construction et d’entretien sont particulièrement élevés dans l’Arctique, alors que l’utilisation des infrastructures demeure parfois limitée. « L’évaluation de la viabilité des projets dans l’Arctique est extrêmement difficile », résume le professeur.

Le hameau de Pond Inlet souhaite obtenir du financement fédéral pour un projet de port en eau profonde.

Crédit : Jacki Freamo

Pond Inlet regarde vers l’avenir

Steve Freamo, agent de liaison en sécurité communautaire pour le hameau de Pond Inlet, affirme que les répercussions directes de cette annonce demeurent limitées pour la collectivité, mais que l’enjeu plus large reste important.

« Cette décision renforce l’importance de s’assurer que les futurs investissements fédéraux dans les infrastructures arctiques soient pratiques, durables, élaborés en collaboration avec les communautés et bénéfiques pour les personnes qui vivent dans le Nord toute l’année », souligne l’agent.

L’administration locale poursuit actuellement ses démarches auprès d’Ottawa pour obtenir du financement en vue d’un port en eau profonde à Pond Inlet. Un tel projet répondrait davantage aux besoins de la communauté tout en contribuant aux objectifs canadiens dans l’Arctique, affirme-t-il.  

« À mesure que l’activité maritime augmente dans la région, une infrastructure communautaire pourrait renforcer la présence canadienne dans l’Arctique, soutenir les opérations de recherche et sauvetage ainsi que les interventions d’urgence et améliorer les capacités logistiques », estime Steve Freamo.

Le hameau souligne que les investissements dans les infrastructures arctiques doivent répondre à la fois aux intérêts nationaux et aux réalités locales. Le représentant du hameau invite aussi le gouvernement fédéral à maintenir un dialogue avec les communautés nordiques et à faire preuve de transparence dans les décisions concernant l’avenir de ces installations dans l’Arctique.

Il espère enfin que l’abandon de Nanisivik ne marquera pas un recul de l’engagement fédéral dans l’Arctique, mais plutôt une réorientation vers des investissements « fiables, élaborés avec les communautés et utiles à la fois aux résidents du Nord et aux opérations fédérales ».  

Le gouvernement du Nunavut a été sollicité pour commenter la décision d’Ottawa et les leçons à en tirer pour les futurs projets d’infrastructure nordiques, mais n’avait pas répondu à nos questions au moment de publier.

Dans une déclaration prononcée à l’Assemblée législative le 29 mai 2026, le ministre des Transports et de l’Infrastructure, George Hickes, a indiqué que plusieurs initiatives sont en cours afin de moderniser et d’agrandir les infrastructures de stockage de carburant du Nunavut.

Le ministre a mentionné des projets à Arviat et Taloyoak, ainsi que des travaux de modernisation pour Naujaat et Rankin Inlet. Des mises à niveau liées à la conformité ont aussi été annoncés aux installations de Pond Inlet, d’Arctic Bay, de Qikiqtarjuaq, de Kinngait, de Kugluktuk et de Kugaaruk,

Selon Georges Hickes, ces investissements visent à répondre à la croissance démographique et à la hausse de la demande en carburant observées dans plusieurs collectivités du Nunavut. Il estime que de nombreuses installations doivent désormais être agrandies ou modernisées pour suivre cette croissance.

Greg Bélanger, gestionnaire des communications au ministère des Transports du Nunavut, souligne que de nombreuses installations ont été construites il y a plusieurs décennies pour desservir des collectivités beaucoup moins populeuses qu’aujourd’hui. L’évolution démographique, le développement résidentiel, l’augmentation du trafic aérien et l’activité économique rendent nécessaires des travaux d’agrandissement et de modernisation.

Un projet majeur à Arviat

Joe Savikataaq Jr., le maire d’Arviat, confirme que sa communauté recevra un nouveau parc de réservoirs, un projet important qui est en préparation depuis plusieurs années.

« Arviat a dépassé la capacité de ses installations existantes »

— Joe Savikataaq Jr, maire d'Arviat

Il souligne que la communauté n’a actuellement pas de carburant d’aviation, ce qui signifie que les avions qui s’y rendent ne peuvent pas y faire le plein.

« Avec cette nouvelle installation, il sera possible d’approvisionner les aéronefs en carburant grâce à un camion-citerne dédié au ravitaillement. Cela permettra aux appareils de transporter davantage de marchandises puisqu’ils pourront faire le plein ici », explique le maire.

La déclaration ministérielle précise également que six réservoirs de stockage horizontaux doivent être déplacés à Arviat cette année dans le cadre des efforts visant à stabiliser l’approvisionnement en combustible.

Le gouvernement du Nunavut indique que le nouveau parc de réservoirs est actuellement à l’étape de la conception. L’appel d’offres devrait être lancé à l’automne 2026 et les travaux pourraient commencer en 2027.  

Selon les plus récentes estimations du gouvernement, les projets envisagés pourraient ajouter environ 24,7 millions de litres de capacité de stockage de produits pétrolilers à l’échelle du territoire. Cela comprendrait notamment 9,1 millions de litres à Arviat, 7,7 millions de litres à Taloyoak, 3,9 millions de litres à Naujaat et 4 millions de litres supplémentaires pour le carburant d’aviation Jet A-1 à Rankin Inlet.

Le ministre précise toutefois que ces estimations reposent sur les hypothèses de planification actuelles et pourraient évoluer en fonction de la portée finale des travaux, du financement obtenu et des approbations requises.

Des besoins dans plusieurs collectivités

Marla Limousin, directrice générale de l’Association des municipalités du Nunavut, accueille favorablement les investissements annoncés par le gouvernement territorial.  « Ces projets amélioreront non seulement la sécurité de l’approvisionnement en carburant, mais offriront également une plus grande souplesse pour répondre à l’augmentation de la population, à la croissance résidentielle, à l’expansion des équipements municipaux et aux possibilités de développement économique ».

Elle précise que plusieurs élus locaux ont exprimé des préoccupations liées au vieillissement des infrastructures, à la capacité limitée des installations existantes et à la nécessité de planifier la demande future en carburant.

Bien que les pénuries de carburant soient rares, les conséquences d’une interruption de la chaîne d’approvisionnement peuvent être importantes dans les collectivités nordiques éloignées, souligne-t-elle, d’où l’importance de maintenir des installations de stockages fiables.

L’Association des municipalités du Nunavut ajoute que les collectivités reconnaissent de plus en plus l’importance de la souveraineté énergétique et de la résilience locale, tout en rappelant que des infrastructures de stockage adéquates demeurent essentielles au maintien des services et de la sécurité publique.