Fruit de près de deux décennies de travaux et de quatre versions successives, ce plan vise à encadrer l’utilisation des terres à l’échelle du territoire. S’il entrait en vigueur, il couvrirait près du cinquième de la superficie du Canada, ce qui en ferait le plus vaste plan d’aménagement du territoire de ce type au monde.
Malgré ces années de travail, les trois signataires estiment que le plan nécessite encore des ajustements avant de pouvoir être approuvé. Déposé en juin 2023, le document a fait l’objet d’un examen approfondi, à l’issue duquel les trois parties ont conclu qu’il devait être révisé.
«Cette décision nous rapproche un peu plus de la concrétisation de ce plan. Ce premier plan à l’échelle du territoire doit refléter les droits et les priorités des Inuit et être capable de résister à l’épreuve du temps. La NTI soutient la Commission d’aménagement du Nunavut alors qu’elle poursuit ses travaux en vue d’élaborer un plan qui réponde aux besoins des Inuit, des communautés et de l’avenir du Nunavut. Il est essentiel de bien faire les choses pour garantir que ce plan serve les intérêts des Inuit et des Nunavummiut pour les générations à venir»
— Gloria Uluqsi, présidente de la NTI
L’enjeu revêt une importance particulière puisque le gouvernement du Nunavut doit assumer, à compter du 1er avril 2027, l’administration des terres de la Couronne, des ressources naturelles et des eaux intérieures dans le cadre du transfert des responsabilités conclu avec Ottawa et la NTI.
La Commission d’aménagement du Nunavut confirme avoir reçu les décisions et les motifs écrits des trois signataires. Comme l’exige l’Accord du Nunavut, chacun d’entre eux devait préciser les enjeux et les préoccupations à régler avant que le plan puisse être approuvé.
Ce que la NTI souhaite voir corriger
Dans son document Written Reasons, publié à la suite de la décision, la NTI recense plusieurs enjeux fondamentaux à corriger avant l’adoption du Plan. Elle y détaille également les modifications proposées.
L’organisation note notamment que la version actuelle ne tient pas suffisamment compte des réalités propres aux régions du Nunavut et privilégie une approche uniforme pour l’ensemble du territoire. Le document mettrait par ailleurs trop l’accent sur la conservation et pas assez sur le développement économique durable des différentes régions.
La NTI fait aussi valoir qu’aucune entente n’a encore été conclue avec Ottawa sur les futures désignations de conservation. Certaines dispositions limiteraient la capacité des organisations inuit à administrer leur territoire. Elle reproche aussi à la Commission de les avoir introduites sans consulter directement l’organisation chargée de veille au respect des revendications territoriales ni les associations régionales inuit.
Autre préoccupation : le projet désignerait comme « utilisation limitée » 28,2% des terres inuit où les Inuit détiennent les droits sur le sous-sol, une classification qui pourrait compromettre le développement minier et les retombées économiques.
La protection du caribou fait également partie des critiques formulées. Pour l’organisation inuit, les mesures devraient être adaptées aux réalités propres à chaque région et aux déplacements saisonniers des troupeaux. Elle reproche aussi à la Commission de ne pas avoir retenu les propositions des associations régionales inuit allant dans ce sens et estime que celui-ci ne prévoit pas un suivi suffisant des populations de caribous. La NTI préconise enfin des mécanismes régionaux de surveillance et de révision.
Les trois signataires ont refusé d’approuver le Plan dans sa forme actuelle.
Brice Ivanovic
Les préoccupations du gouvernement fédéral
Plusieurs motifs invoqués par Ottawa rejoignent d’ailleurs ceux soulevés par la NTI. Le gouvernement du Canada accompagne sa décision d’une série de recommandations découlant des consultations de la Couronne sur les droits protégés par l’article 35 de la Constitution.
Parmi ses principaux éléments ayant motivé son rejet, Ottawa estime que l’approche retenue pour le zonage des terres inuit ne respecte pas adéquatement certaines dispositions de l’Accord du Nunavut. Le fédéral juge aussi que le plan ne tient pas suffisamment compte des réalités locales et régionales ni des objectifs des Inuit à l’égard de leur territoire.
Il ajoute que les recommandations formulées lors des audiences publiques de 2023 préconisaient un rôle central des organisations inuit dans l’établissement des règles applicables aux terres inuit. Selon Ottawa, l’approche retenue pourrait leur faire porter un fardeau administratif tout en reflétant insuffisamment les réalités propres au Nunavut.
Le gouvernement soutient également que certaines de ses dispositions pourraient empêcher le développement de projets miniers bénéficiant déjà de droits existants. Les restrictions imposées aux infrastructures permanentes dans certaines zones à usage limitéconstituent encore un obstacle, malgré les conclusions de l’examen précédent.
Il suggère donc d’assouplir certaines contraintes afin de permettre des exceptions ciblées pour les installations nécessaires à l’exercice de droits existants, tout en soulignant que toute révision devra intégrer la protection des habitats du caribou et des préoccupations exprimées par les peuples autochtones.
Le fédéral estime également que le plan ne reconnait pas pleinement les droits de récolte des Premières Nations Dénés Akaitcho dans la région du lac Contwoyto et demande que ceux-ci soient mieux pris en compte. Il propose d’y apporter des modifications afin d’y intégrer explicitement ces droits de récolte.
Enfin, Ottawa souhaite que les tracés des futurs corridors d’infrastructure, notamment ceux de Kivalliq-Manitoba et de Gray’s Bay, demeurent préliminaires et puissent être ajustés à la suite des consultations et de l’examen réglementaire.
L’avis du gouvernement territorial
Le gouvernement du Nunavut partage plusieurs des principales préoccupations d’Ottawa, notamment en ce qui concerne le zonage des terres inuit et le maintien d’un accès à l’année pour les titulaires de droits existants.
De son avis, le traitement des droits existants dans le plan manque de clarté et devrait être harmonisé avec la législation en vigueur.
Le gouvernement territorial souhaite assouplir certaines restrictions visant les infrastructures maritimes dans les habitats d’oiseaux migrateurs pour permettre des projets comme des ports ou des câbles sous-marins, tout en maintenant des zones de protection des sites les plus sensibles. Le document préconise aussi un mécanisme de modification plus clair afin de réduire l’incertitude entourant le développement.
Son mémoire contient enfin plusieurs recommandations d’ordre plus technique, notamment sur la protection de certains sites patrimoniaux et la création d’un groupe de travail chargé d’accompagner la révision du plan.
Les prochaines étapes
Selon la Commission d’aménagement du Nunavut, les trois signataires ont réaffirmé leur engagement à faire aboutir un premier plan d’aménagement du territoire. Les motifs écrits, tout en soulignant des enjeux à régler, contiennent aussi des orientations qui serviront à guider la suite du processus.
Elle souligne que les Nunavummiut attendent depuis longtemps l’approbation de ce document, susceptible d’offrir plus de certitude et d’occasions de développement. Elle affirme également vouloir travailler directement avec les associations régionales inuit lors de la prochaine étape du processus, estimant que leur contribution sera essentielle pour régler plusieurs des questions soulevées par les parties concernées.
De son côté, Friends of Land Use Planning s’est dit profondément déçu de la décision des trois signataires. Le groupe estime que le rejet du plan recommandé retarde davantage l’aboutissement de plusieurs années de consultations communautaires et craint que de nouveaux délais accentuent l’incertitude entourant l’utilisation du territoire. Il demande notamment la mise en place de mesures intérimaires pour protéger certaines zones jusqu’à l’adoption d’une version finale du plan.
Contactée par Le Nunavoix, la Commission d’aménagement du Nunavut a indiqué qu’elle examinait toujours les décisions et les motifs reçus et qu’elle n’était pas en mesure de formuler d’autres commentaires pour le moment.
Le Comité de partenariat Inuit-Couronne (CPIC) a marqué son 10e anniversaire en réaffirmant la volonté du gouvernement fédéral et des organisations inuit de collaborer sur plusieurs enjeux touchant l’Inuit Nunangat. Cette table de concertation favorise la coordination de leurs travaux et de leurs décisions.
Parmi les participants figuraient le premier ministre Mark Carney, la ministre des Relations Couronne-Autochtones, Rebecca Alty, ainsi que des représentants de ces organisations, dont le président d’Inuit Tapiriit Kanatami (ITK), Natan Obed et la présidente de Nunavut Tunngavik Inc. (NTI), Gloria Uluqsi.
Créé en vertu de la Déclaration de l’Inuit Nunangat sur le partenariat de 2017, le CPIC se réunit trois fois par année afin d’assurer le suivi des priorités établies d’un commun accord. Il est présidé conjointement par le président de l’Inuit Tapiriit Kanatami (ITK) et la ministre des Relations Couronne-Autochtones. Chaque année, le premier ministre copréside une rencontre avec le président de l’ITK. Au fil des ans, plus d’une douzaine de plans de travail ont été approuvés dans des domaines comme le logement, les infrastructures, la souveraineté, la défense et la sécurité.
Les échanges ont mis en lumière l’importance d’un partenariat fondé sur l’autodétermination des Inuit.
Selon Relations Couronne-Autochtones et Affaires du Nord Canada (RCAANC), les dirigeants ont insisté sur le rôle central des Inuit dans l’élaboration de l’avenir de l’Arctique, notamment en matière de souveraineté, de défense, de sécurité dans l’Arctique et de leadership mondial.
Il s’agissait de la première réunion du Comité de partenariat Inuit-Couronne tenue au Nunavik depuis la création de cette table de concertation.
Cette rencontre survient quelques semaines après un appel lancé par l’Inuit Tapiriit Kanatami (ITK) en faveur d’une collaboration plus étroite avec Ottawa sur les dossiers touchant l’Inuit Nunangat.
Des dossiers à poursuivre
Au terme de la rencontre, les participants ont confirmé la poursuite des travaux sur l’Université de l’Inuit Nunangat, la réforme du programme Nutrition Nord Canada et la Stratégie sur le logement pour l’Inuit Nunangat, ainsi que d’autres initiatives liées au développement socioéconomique et aux enjeux dans l’Arctique.
Les discussions ont notamment porté sur le financement de l’Initiative : Les enfants inuit d’abord (ICFI), la situation géopolitique dans l’Arctique et la réponse canadienne. Elles ont également permis de réaffirmer le rôle central des Inuit dans les choix touchant l’avenir de l’Arctique, particulièrement en matière de souveraineté, de défense et de sécurité.
Le président de l’ITK, Natan Obed, a quant à lui insisté sur l’importance d’associer davantage les Inuit à la prise de décision et à la planification stratégique à long terme. « Le Comité de partenariat entre les Inuits et la Couronne, dont nous marquons cette année le 10e anniversaire, reste un espace essentiel pour faire avancer nos priorités communes. Voilà comment nous travaillons main dans la main avec le Canada, pour assurer un bel avenir aux Inuit et réaliser les investissements nécessaires à la prospérité de l’Inuit Nunangat. »
Les dirigeants ont notamment discuté de logement, de sécurité alimentaire, de souveraineté dans l’Arctique et de la participation des Inuit aux décisions concernant l’avenir du Nord.
Facebook NTI
De son côté, RCAANC souligne que le premier ministre Carney a mis de l’avant les efforts du gouvernement fédéral afin de soutenir l’Inuit Nunangat, notamment par l’entremise d’un plan de plus de 40 milliards de dollars consacré à la défense, au développement et à la transformation du Nord et de l’Arctique canadien.
L’amélioration de la qualité de vie des Inuit est demeurée au cœur des échanges. À cette fin, les dirigeants ont discuté des pressions économiques, en particulier en matière de sécurité alimentaire et de logement, ainsi que de la nécessité de promouvoir des solutions menées par les Inuit pour relever ces défis dans l’ensemble de l’Inuit Nunangat. Ils ont également pris note des progrès réalisés depuis la précédente réunion du CPIC, coprésidée par le premier ministre Mark Carney et le président de l’Inuit Tapiriit Kanatami, Natan Obed, qui s’était tenue en juillet 2025. Ces progrès comprennent l’engagement de finaliser le cadre destiné à remplacer l’Initiative : Les enfants inuits d’abord.
Le comité a convenu de continuer les travaux visant à renforcer les institutions et les services administrés par les Inuit, notamment en ce qui concerne la gouvernance et l’agrément de l’Université de l’Inuit Nunangat. La réforme du programme Nutrition NordCanada et la mise en œuvre de la Stratégie sur le logement pour l’Inuit Nunangat se poursuivront. Ces priorités feront de nouveau l’objet d’échanges lors de la rencontre entre les premiers ministres et les dirigeants inuit prévue pour l’automne.
L’objectif de la délégation de 21 députés libéraux provenant de différentes régions du pays était avant tout « d’écouter et d’apprendre », explique la coprésidente du caucus libéral, Marianne Dandurand. Au cours de leur séjour, les élus ont échangé avec des organismes communautaires, visité le Centre communautaire d’alimentation Qajuqturvik, le port en eau profonde d’Iqaluit et l’Assemblée législative du Nunavut. Ils ont également tenu une rencontre de travail afin d’établir leurs priorités en vue de la prochaine session parlementaire.
Pour Lori Idlout, l’essentiel de la visite était de permettre aux députés d’aller à la rencontre des Nunavummiut. « J’espérais qu’ils puissent entendre directement des Nunavummiut, de leur propre voix, les défis auxquels ils sont confrontés ainsi que les solutions qu’ils proposent. Je souhaitais aussi qu’ils découvrent le travail important et novateur réalisé par les nombreux organismes et les personnes engagées au Nunavut », affirme-t-elle.
La coprésidente du caucus, également députée de Compton-Stanstead, indique que les discussions ont notamment porté sur les infrastructures, le logement, la sécurité alimentaire, la connectivité, l’accès aux services et le développement économique régional.
Des constats pour la suite
La délégation a également visité le Musée Nunatta Sunakkutaangit et participé à une cérémonie d’accueil avec des aînés inuit afin de mieux comprendre l’histoire, la culture et les traditions du territoire.
Parmi les élus présents figurait Sophie Chatel, députée de Pontiac et secrétaire parlementaire auprès de la ministre de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire. Elle affirme que les paysages du Nunavut ont d’abord retenu son attention, mais que ce sont surtout les rencontres avec les Nunavummiut qui l’ont le plus marquée.
«J’ai aussi pris conscience de l’ampleur des besoins en matière d’infrastructures, de logement et de services essentiels. On sent à la fois un immense potentiel et des défis très concrets.»
— Sophie Chatel, députée de Pontiac et secrétaire parlementaire auprès de la ministre de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire
Elle affirme que les paysages du Nunavut ont d’abord retenu son attention, mais que ce sont surtout les rencontres avec les Nunavummiut qui l’ont le plus marquée. « J’ai aussi pris conscience de l’ampleur des besoins en matière d’infrastructures, de logement et de services essentiels. On sent à la fois un immense potentiel et des défis très concrets. »
Son séjour au Nunavut lui a également permis de mesurer le rôle central de la chasse, de la pêche et de l’alimentation traditionnelle, non seulement dans la sécurité alimentaire, mais aussi dans la culture et l’identité des communautés inuit. Elle prend pour exemplele programme Angunasuktiit, à Clyde River, qui allie sécurité alimentaire, transmission des savoirs, emploi et culture.
À ses yeux, cette compréhension est essentielle pour que les politiques fédérales tiennent compte des réalités propres au Nord. Elle souligne notamment que les coûts de transport sont extrêmement élevés, que plusieurs aliments doivent être acheminés par avion et que les solutions doivent être adaptées au territoire.
Des membres du caucus rural libéral lors d’un souper tenu au Franco-Centre, pendant leur visite à Iqaluit.
Facebook Lori Idlout
Sophie Chatel estime que les enjeux du Nunavut ne peuvent être abordés séparément. « Cette visite m’a également fait réaliser à quel point le logement, les infrastructures, la sécurité alimentaire et le bien-être sont intimement liés. » Selon elle, il est impossible de faire progresser l’un de ces secteurs sans agir sur les autres. Les investissements dans le Nord doivent donc être pensés de façon globale.
Elle croit que son passage au Nunavut renforcera sa volonté de défendre des politiques fédérales mieux adaptées aux besoins des communautés nordiques.
Lori Idlout souligne pour sa part qu’un même constat est revenu tout au long du séjour. « Nous avons entendu à plusieurs reprises que la principale priorité est l’accès au logement, et qu’augmenter le nombre de logements disponibles contribuerait à résoudreplusieurs autres difficultés auxquelles sont confrontées les Nunavummiut. » Elle estime que cette mesure aiderait notamment à réduire le surpeuplement des habitations, à favoriser le maintien en poste des employés, à améliorer la santé mentale et le bien-êtregénéral.
La représentante du Nunavut se dit optimiste quant aux retombées de cette démarche. Le contact direct avec les réalités, les défis et les solutions proposées par les Nunavummiut permettront aux députés de mieux défendre les intérêts du Nord à Ottawa, fait valoirLori Idlout. Plusieurs de ses collègues, qui siègent à différents comités parlementaires, pourront ainsi y apporter une perspective nordique plus éclairée.
Pour Marianne Dandurand, ce séjour a rappelé aux membres du caucus que les enjeux du Nord ne peuvent être compris qu’à partir des expériences vécues par les gens qui y habitent. Une approche qui, selon elle, guidera désormais leur travail à Ottawa.
Le financement permettra d’adapter et de mettre en œuvre le Programme de justice thérapeutique afin de soutenir les jeunes de 12 à 30 ans. Axée sur la guérison, la responsabilisation et le soutien, cette approche constitue une solution de rechange au processus judiciaire traditionnel. Il vise à réduire la récidive et à aider les participants à progresser de manière positive.
Les participants auront notamment accès à un soutien en santé mentale, à des conseils, à une thérapie de groupe portant sur les aptitudes à la vie quotidienne ainsi qu’à des activités culturelles animées par des Aînés inuit et d’autres intervenants locaux. Ilcomprendra également des séjours sur le territoire et l’apprentissage de compétences traditionnelles. Selon le gouvernement fédéral, le projet contribuera à renforcer les liens communautaires, la résilience et la sécurité à l’échelle locale en réunissant les services cliniques, les programmes culturels et les partenaires de la collectivité.
Un modèle qui a fait ses preuves
Déjà implanté à Arviat et à Cambridge Bay depuis 2019, le Programme de justice thérapeutique a accompagné plus de 160 participants. Le ministère estime que cette approche s’attaque aux causes profondes de la criminalité, telles que les problèmes de santé mentale, les dépendances et les traumatismes intergénérationnels. Elle privilégie la guérison et la responsabilisation plutôt que la punition, en offrant des services adaptés.
C’est à la suite d’une évaluation menée dans plusieurs collectivités du Qikiqtani que Pond Inlet a été retenu, explique le ministère de la Justice du Nunavut. L’analyse a notamment pris en compte le nombre d’appels effectués à la Gendarmerie royale du Canada (GRC), les taux de criminalité, la fréquence des visites des tribunaux dans ces localités, ainsi que les ressources et services disponibles pour soutenir la mise en œuvre du projet. Pond Inlet, Igloolik et Clyde River figuraient parmi les collectivités évaluées.
Le programme devrait être opérationnel au début de l’exercice financier2027-2028, après la création de deux nouveaux postes ainsi que le recrutement d’intervenants et d’Aînés.
Jusqu’à 60 participants pourraient être dirigés au cours de la première année. Les ministères de la Justice et de la Santé collaboreront à sa mise en œuvre afin d’offrir un accompagnement adapté.
Il est précisé que les anciens bénéficiaires continueront d’avoir accès à des services de soutien et pourront aussi agir comme mentors auprès des nouveaux inscrits.
Dans une approche de justice réparatrice, le programme permet également aux victimes de prendre part au processus de guérison. Elles peuvent notamment être informées des progrès réalisés ou des démarches entreprises pour réparer les torts causés.
Au-delà de l’accompagnement offert aux participants, cette initiative a eu des retombées à l’échelle locale grâce à des projets communautaires et des activités de sensibilisation auprès des jeunes.
Selon le ministère, l’une des principales leçons tirées depuis sa création est que la justice thérapeutique est plus efficace lorsqu’elle est conçue en fonction des besoins de chaque collectivité et portée par celle-ci. La collaboration avec les autres ministères, les Aînés, les municipalités et les organismes du milieu permet de rendre les services adaptés aux Inuit plus accessibles et de favoriser la réintégration des personnes au sein de leur communauté.
L’avenir du programme
Le gouvernement souhaite étendre progressivement ce projet à d’autres collectivités. Une fois le programme en place à Pond Inlet, Igloolik est considérée comme la communauté suivante susceptible d’en bénéficier. Les prochaines expansions s’appuieraient sur des critères semblables à ceux ayant mené à la sélection de Pond Inlet.
L’évaluation de l’initiative reposera sur le degré de participation, l’atteinte des objectifs des plans de mieux-être ainsi que ses retombées sur les participants, les partenariats et la communauté.
« Ce nouveau financement nous permettra d’élargir ce programme dirigé par les Inuit et de renforcer les voies locales pour obtenir des résultats en matière de justice et de sécurité publique plus adaptés à la culture », a affirmé par voie de communiqué, George Hickes, vice-premier ministre du Nunavut et ministre de la Justice et ministre des Transports et de l’Infrastructure du Nunavut. La députée du Nunavut. Lori Idlout, s’est également réjouie de cet investissement, estimant qu’il permettra d’offrir aux jeunes de Pond Inlet des solutions de rechange culturellement appropriées au système de justice pénale.
Dans la communauté, le directeur administratif de Pond Inlet, David Stockley, accueille favorablement cette initiative. « Les programmes axés sur la guérison, la responsabilisation et les savoirs traditionnels peuvent véritablement faire une différence en s’attaquant aux causes profondes de la délinquance tout en aidant les jeunes à bâtir un avenir plus prometteur et plus sain ». La municipalité entend collaborer avec ses partenaires afin d’en assurer le succès.
Publiée le 22 juin, la Stratégie canadienne en matière d’énergie nucléaire présente cette source d’énergie comme un élément central de la réponse à la hausse de la demande en électricité et à la décarbonation de l’économie. Elle prévoit notamment de favoriser la construction de nouveaux réacteurs, de simplifier le cadre réglementaire, de renforcer la chaîne d’approvisionnement canadienne et de soutenir l’innovation dans ce domaine.
Ottawa affirme vouloir travailler avec les provinces, les territoires et les communautés autochtones, mais le document ne mentionne pas spécifiquement le Nunavut ni le déploiement éventuel de petits réacteurs modulaires sur son territoire. Pourtant, plusieurs organisations, dont Pembina Institute et la Société d’énergie Qulliq ont déjà présenté cette technologie comme une solution potentielle pour réduire la dépendance du Nunavut au diesel.
La stratégie précise que tout développement nucléaire devra respecter les droits des Autochtones et les obligations de consultation de la Couronne. Elle prévoit également d’accroître leur participation en capital dans les nouveaux projets ; ce critère orientera les décisions de financement fédéral. Cette approche vise aussi à favoriser des possibilités économiques, de leadership et d’emploi dans le secteur nucléaire.
Le document indique qu’un microréacteur canadien fera l’objet d’un projet de démonstration d’ici 2035 puis déployé dans certaines collectivités éloignées à la fin des années 2030. Ottawa présente cette technologie comme une solution potentielle pour répondre aux besoins énergétiques de ces communautés.
Une décision qui revient au Nunavut
John Main, Premier ministre du Nunavut, affirme auprès du Nunavoix qu’aucune décision n’a été prise concernant un éventuel recours à l’énergie nucléaire. Le gouvernement territorial n’a, pour le moment, aucune position officielle en faveur ou en défaveur des petits réacteurs modulaires, mais Qulliq Energy Corporation continue de suivre l’évolution de ces technologies afin d’évaluer leur pertinence dans le contexte particulier du territoire. Cette démarche demeure exploratoire et ne constitue pas un engagement, poursuit M. Main.
Le gouvernement du Nunavut identifie certains avantages et défis qui devraient être examinés. Les bénéfices potentiels comprennent une réduction de la dépendance au diesel importé, une amélioration de la sécurité énergétique à long terme et une diminution des émissions de gaz à effet de serre par rapport à la production actuelle.
Le Premier ministre souligne toutefois plusieurs aspects à prendre en compte, notamment les coûts initiaux élevés, les exigences réglementaires, l’évolution incertaine de cette technologie ainsi que les enjeux liés à la gestion, au transport et au stockage des déchets radioactifs. La capacité de main-d’œuvre spécialisée et les besoins en préparation aux situations d’urgence dans un environnement éloigné font également partie des éléments à considérer. Toute avancée dans ce domaine nécessiterait d’abord des évaluations approfondies aux plans technique, environnemental, économique, juridique et social.
Quant aux effets du transfert des responsabilités sur le développement du nucléaire, John Main estime qu’il est prématuré de spéculer, puisqu’aucun projet n’est actuellement envisagé au Nunavut.
Ressources naturelles Canada précise que cette transition ne modifiera pas la façon dont les initiatives nucléaires seront examinées, puisque la production d’électricité et la gestion des réseaux électriques relèvent déjà du gouvernement du Nunavut. Dans une réponse écrite transmise au Nunavoix, le ministère ajoute qu’un éventuel recours à cette source d’énergie devrait se faire dans le respect des droits des Inuit et de l’Accord du Nunavut. Une telle initiative nécessiterait une collaboration étroite avec le gouvernement du Nunavut, la Société d’énergie Qulliq, Nunavut Tunngavik Incorporated et les organisations inuit.
Il souligne enfin que les consultations menées jusqu’à présent visaient l’élaboration de la stratégie canadienne en matière d’énergie nucléaire et non un projet précis au Nunavut.
Représentation conceptuelle d’un petit réacteur modulaire, une technologie dont le potentiel est étudié pour les collectivités éloignées.
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La KIA souhaite participer aux discussions
La Kitikmeot Inuit Association (KIA) affirme vouloir poursuivre sa réflexion sur ces technologies. « Nous demeurons ouverts à en apprendre davantage sur un éventail de possibilités susceptibles de faire progresser les priorités des Inuit du Kitikmeot et de leurscommunautés », indique la KIA dans une déclaration écrite.
L’organisation ajoute que les récents développements et l’intérêt croissant pour les investissements dans la région du Kitikmeot justifient de continuer l’analyse de ces options. Elle juge toutefois prématuré de privilégier une avenue, chaque projet devant être évaluéselon ses retombées et ses impacts environnementaux, sociaux, économiques et sécuritaires.
Plus largement, la KIA estime que les communautés et les représentants inuit devraient être impliquées dès les premières discussionssur les technologies émergentes au Nunavut.
Une technologie encore à l’étude
Le Pembina Institue, un groupe de réflexion canadien spécialisé en politiques énergétiques et climatiques, adopte toutefois une position plus prudente. « Les petits réacteurs modulaires pourraient, en théorie, jouer un rôle dans l’avenir du Nunavut, mais ils demeurent pour l’instant une perspective à très long terme et extrêmement incertaine. Entre-temps, les communautés ont besoin de solutions crédibles dès maintenant », estime Emily He, gestionnaire du programme sur les énergies renouvelables dans les collectivités éloignées du Pembina Institute.
La spécialiste ajoute que plusieurs conditions devraient d’abord être réunies avant qu’une telle solution puisse être déployée au Nunavut. Parmi celles-ci figurent une technologie ayant fait ses preuves au Canada, un mode de gestion des déchets nucléaires, une capacité locale suffisante et des unités adaptées aux réalités des communautés. Elle souligne également un enjeu lié à leurs dimensions.
La majorité des projets en développement au Canada visent une production d’environ 300 MW d’électricité, alors que la collectivité nunavoise ayant la plus grande demande énergétique, Iqaluit, consomme environ 9 MW. À son avis, le déploiement d’une telle technologie pour le Nord nécessiterait encore des décennies d’investissements et d’essais.
Le coût demeure également l’un des principaux obstacles, selon Emily He. Les premières études citées par le Pembina Institute indiquent que les petits réacteurs modulaires pourraient coûter environ 70 % plus cher que les réacteurs conventionnels, une facture qui devrait en grande partie être assumée par les gouvernements ou par des consommateurs nordiques qui paient déjà de six à dix fois plus pour leur électricité que dans le reste du pays.
L’experte rappelle qu’aucune installation commerciale de cette technologie n’a encore été menée à terme dans un pays développé, estimant qu’elle demeure donc largement non éprouvée.
Environnement et Changement climatique continue de combattre les feux de forêt qui frappent désormais les régions de Dehcho, Slave Sud et Slave nord, Sahtu et le Delta de Beaufort dans les Territoires du Nord-Ouest.
Depuis le 8 juillet, 155 feux sont déclarés actifs, et 144 sont considérés hors de contrôle. Plus de 234 000 hectares de forêt des TNO sont affectés par les feux.
Le gouvernement des TNO a indiqué, dans sa dernière mise à jour, que « les équipes de lutte contre les feux de forêt et les aéronefs sont intervenues de manière énergique et immédiate lors de la première phase d’attaque. Cependant, les conditions météorologiques extrêmement favorables au feu et la mauvaise visibilité ont rendu ces efforts vains ». Environnement et Changement climatique a ensuite ajouté que « la protection des structures se poursuit ».
Une seule maison détruite
Pour l’heure, une seule maison a été déclarée détruite par les flammes à Fort Simpson, où 15 588 hectares de forêt de la localité sont en feu, tandis qu’ils sont à environ 12 km de Wrigley. Aucun autre bâtiment n’a pour le moment subi de dommage.
Les 1300 habitants de Fort Simpson ont été évacués depuis le 28 juin, et dirigés vers le centre Multiplex de Yellowknife. La municipalité a par ailleurs maintenu son interdiction formelle d’allumer des feux à ciel ouvert sur son territoire.
Fort Simpson a dû évacuer
Plus de 10 000 hectares de forêt sont en flammes dans la région de Fort Simpson aux TNO. Ce nombre devrait être revu à la hausse dans les prochains jours, selon ce qu’a indiqué le ministère de l’Environnement et du changement climatique sur ses différentes plateformes Internet.
Toujours selon le ministère, les feux sont à 7 kilomètres de l’aéroport de la ville du Slave sud. Bien qu’ils n’aient pas encore atteint la communauté, un ordre d’évacuation a tout de même été donné afin de protéger la population.
En date du 30 juin 2026, plus de 10 000 hectares de forêt sont en flammes dans la région de Fort Simpson aux TNO.
Crédit : Facebook – NWT Fire
Accueil des évacué.e.s à Yellowknife
Depuis le 17 juin 2026, la progression des feux a forcé le ministère à ordonner l’évacuation des habitant.e.s de Fort Simpson, puis de Wrigley. Pour sa part, la ville de Yellowknife accueille déjà plusieurs sinistrés, tandis qu’elle a elle-même interdit les feux à l’air libre, jusqu’à nouvel ordre.
Pour l’heure, le ministère de l’Environnement et du changement climatique recense 106 feux de forêt, dont 96 sont jugés hors de contrôle.
Ces derniers temps, tornades, inondations, feux de forêt et tempêtes font régulièrement la une des journaux et sont considérés comme les signes avant-coureurs d’une catastrophe climatique imminente.
Le terme « sans précédent » revient souvent dans les reportages, mais ces phénomènes météorologiques perturbateurs sont-ils vraiment inhabituels pour les différents climats du Canada ? Comment le savoir ? On a l’impression d’être pris dans un océan d’événements, de statistiques et de crises, sans point d’ancrage ni repère.
Comme de nombreux scientifiques, les climatologues se tournent vers l’histoire pour établir une base à partir de laquelle travailler dans un monde en transformation. Les repères de crue et les pluviomètres datent de plusieurs millénaires. Quant aux thermomètres et aux baromètres modernes, ils ont été inventés au milieu du XVIIe siècle. Les données météorologiques et climatiques sont donc consignées depuis longtemps, ce qui nous permet aujourd’hui de disposer de plusieurs siècles de journaux météorologiques et d’archives climatiques.
Au Canada, les premiers relevés instrumentaux remontent à la première moitié du XVIIIe siècle, avec des relevés effectués dans la région de la baie d’Hudson dans les années 1730 et à Québec dans les années 1740. Nous détenons ainsi des données s’étendant sur plusieurs siècles.
Grâce à ces archives, nous avons accès à des connaissances à une très grande échelle, dans le temps comme dans l’espace. Lorsque nous avons en main des documents originaux, nous pouvons consulter des relevés météorologiques réalisés à des intervalles de quelques heures. Cela nous permet de suivre des événements intenses, mais brefs, tels que des averses soudaines provoquant des crues éclair, ainsi que des variations et des changements progressifs qui s’opèrent au fil des siècles.
Grâce au soutien d’Environnement et Changement climatique Canada, nous avons retrouvé des données météorologiques et climatiques canadiennes concernant 50 sites dans des sources d’archives situées à l’étranger, principalement à la National Archives and Records Administration et au National Center for Environmental Information aux États-Unis, ainsi qu’à la bibliothèque et archives du Met Office au Royaume-Uni.
Notre recherche
Nous avons rencontré plusieurs défis pour transcrire des relevés météorologiques des XVIIIe et XIXe siècles et les utiliser à des fins d’analyse climatique. Tout d’abord, de nombreux relevés conservés dans le nord et le nord-ouest du Canada étaient envoyés par la poste à la Smithsonian Institution, à Washington, sous forme de registres mensuels.
On peut imaginer, à titre d’exemple, leur périple en canot ou en traîneau à chiens de Fort Rae, sur le Grand Lac des Esclaves, jusqu’à York Factory, sur la côte ouest de la baie d’Hudson, puis jusqu’à Washington. Les documents sont évidemment abîmés, déchirés et maculés d’encre, ce qui rend la reconstitution du texte original complexe, voire impossible.
Les observations ou les unités sont parfois difficiles à convertir. Avant la mise au point d’anémomètres fiables, la vitesse du vent était mesurée de diverses manières, principalement à l’aide d’échelles de force du vent basées sur des indices environnementaux tels que le bruissement des feuilles, le balancement des arbres, la fumée s’échappant des cheminées, ainsi que grâce à l’échelle de Beaufort.
Les membres du Corps du génie royal, en tant qu’ingénieurs, enregistraient la force du vent en livres par pouce carré en utilisant des livres et des onces. La conversion de toutes ces valeurs en mètres par seconde a nécessité des recherches approfondies.
Notre analyse des données météorologiques infrajournalières de la vallée du Saint-Laurent nous a permis de tirer une conclusion contre-intuitive : bien qu’il fasse moins froid — on observe en effet une nette tendance au réchauffement des températures hivernales les plus basses —, il n’est pas certain qu’il fasse plus chaud qu’auparavant en été, pendant la journée, dans le sud-ouest du Québec.
Même si nous sommes actuellement confrontés à des dômes de chaleur et à des températures en hausse, les récits du passé d’étés caniculaires, de sécheresses sévères, de vagues de chaleur et d’incendies trouvent aujourd’hui un écho particulier. Au-delà des gros titres, nous devrions peut-être accorder autant d’attention aux conséquences des hivers plus doux — avec des cycles répétés de gel-dégel entraînant des surfaces verglacées et une hausse des accidents — qu’aux vagues de chaleur à mesure que le climat évolue.
La crue de la rivière Rouge de 1826
Les inondations constituent un autre défi auquel nous sommes confrontés depuis longtemps. La crue de la rivière Rouge en 1826, dans ce qui est aujourd’hui le Manitoba, a été catastrophique. Survenant au terme de deux années de mauvaises récoltes, elle a frappé une population déjà mise à rude épreuve et affamée, qui a dû faire face à l’une des plus grandes inondations des 500 dernières années.
Reportage de la CBC sur la crue de la rivière Rouge de 1826.
Cet événement a conduit au transfert du siège social de la Compagnie de la Baie d’Hudson d’Upper Fort Garry, situé dans l’actuelle Winnipeg, vers Lower Fort Garry, un site mieux protégé contre les inondations situé à 40 kilomètres au nord. Des ouvrages de protection contre les inondations ont été construits autour de la ville à la suite d’autres crues qui ont eu lieu au XIXe siècle, dans le but d’atténuer les catastrophes futures.
Le fait que nos ancêtres, qui disposaient de bien moins de ressources que nous, aient eu à affronter des événements similaires à ceux auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui est rassurant. Il se peut que nous devions revoir certains de leurs choix pour trouver un meilleur équilibre entre notre volonté de contrôler notre environnement et les réalités de la vie sur une planète en constante évolution.
La restauration des zones humides pour remplacer les ouvrages de protection contre les inondations en béton en est un exemple. Nous avons fait preuve d’adaptabilité et de résilience par le passé. Nous devons continuer à le faire à l’avenir, tout en étant de plus en plus conscients des conséquences de nos actes.
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Leur équipe de journalistes expérimentés travaille en collaboration avec les universités et les instituts de recherche afin de diffuser leur savoir vers le plus grand nombre.
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Dans la francophonie canadienne, les réseaux sociaux servent à rapprocher des communautés très éloignées les unes des autres, observe le consultant en éducation basé en Ontario, Bertrand Ndeffo.
« Facebook est extrêmement populaire. Extrêmement utilisé dans le Nord de l’Ontario. Pas seulement pour le divertissement, mais pour les liens », explique le fondateur d’EducNation Consulting, qui parcourt la province pour son travail.
Il a observé une dynamique similaire chez les moins de 16 ans.
« Les jeunes, les amitiés renforcent les liens sur les réseaux sociaux. C’est un espace dans des champs de communication, de créativité, de partage très important. C’est un espace identitaire. »
Une logique qui s’applique aussi chez les jeunes francophones issus de l’immigration. À leur arrivée dans un nouvel environnement, les réseaux sociaux peuvent les aider à découvrir la culture locale et garder le contact avec la famille demeurée dans le pays ou la province d’origine.
À partir de ces constats, Betrand Ndeffo croit que le projet de loi C-34 sur la sécurité numérique du gouvernement fédéral est une bonne initiative, mais qu’il aura peu d’impact sans éducation des jeunes et des adultes, ainsi que sans recherche de possibles solutions de remplacement.
Le projet de loi C-34
Le projet de loi C-34, ou la Loi sur les médias sociaux sécuritaires, a été présentée à la Chambre des communes le 10 juin dernier. Son principal objectif est d’améliorer la sécurité des services de médias sociaux et des agents conversationnels. Plusieurs éléments sont mis de l’avant pour y arriver :
Les plateformes doivent trouver une façon efficace d’empêcher les moins de 16 ans d’avoir un compte ou prouver que leur service est sécuritaire pour les jeunes;
Bloquer divers types de contenu préjudiciable sur les réseaux sociaux et les agents conversationnels propulsés par l’intelligence artificielle;
Retirer en 24 heures tout contenu identifié comme préjudiciable;
Créer une Commission canadienne de la sécurité numérique chargée d’établir les normes de sécurité, de faire appliquer la loi et de traiter les plaintes des utilisateurs.
La Fédération de la jeunesse canadienne-française (FJCF) estime même qu’une interdiction aura « des conséquences néfastes ».
« Il y a des problèmes avec les médias sociaux, mais c’est quand même aussi un outil que les jeunes utilisent. Et donc, ça compliquerait le travail de nos membres. Les organismes qui desservent un grand territoire ou qui veulent rejoindre des jeunes dans des régions plus éloignées auront de la difficulté à se faire connaitre et ça limiterait l’accès des jeunes à des initiatives bénéfiques à leur développement personnel et professionnel », explique la vice-présidente de la FJCF, Madeleina Daigneault.
Le conseil d’administration de la FJCF est en faveur des restrictions sur l’utilisation des réseaux sociaux, mais il nuance sa position en précisant qu’une interdiction totale serait difficile à appliquer et ne permettrait pas aux jeunes d’apprendre à s’en servir de manière responsable.
Selon leur consultation, « l’accent doit plutôt être sur la sensibilisation et l’éducation », souligne Madeleina Daigneault.
La rechercheLittératie et citoyenneté numériques chez les jeunes d’expression française en milieu minoritaire au Canada fait le même constat.
Dans leur conclusion, Sylvain St-Onge, Anne Robineau et Josée Guignard Noël soutiennent qu’il serait préférable d’enseigner comment avoir un « esprit analytique en misant plutôt sur l’engagement et la participation des jeunes pour qu’ils soient capables de résilience en développant leur capacité réflexive en tant qu’apprenants et acteurs numériques ».
« Dans cette perspective, la protection des jeunes et l’éducation aux médias ne devraient pas être opposées, mais complémentaires », précise Sylvain St-Onge par courriel à Francopresse.
Ces dernières années, les enquêtes et recherches associant l’utilisation des réseaux sociaux à des effets néfastes chez une partie des adolescents se sont multipliées. Leurs algorithmes peuvent mener à la dépendance, à l’isolement, à des troubles du sommeil et à une mauvaise image corporelle, entre autres.
Dans son parcours universitaire, la doctorante en droit à l’Université Laval, Marie-Pier Jolicœur, s’est spécialisée dans les questions de droits des enfants. Elle accueille favorablement l’interdiction des réseaux sociaux au moins de 16 ans, «en vertu du principe des capacités évolutives de l’enfant».
« De manière générale, dans la société, on ne permet pas à un enfant de 3 ans, 8 ans, 10 ans de faire la même chose qu’un adolescent de 13, 14, 15 ou 16 ans », rappelle-t-elle.
Elle rappelle également que l’on oublie parfois qu’Internet ne se limite pas aux réseaux sociaux. « Ce n’est pas parce qu’un jeune ne peut pas s’ouvrir un compte sur Instagram ou sur TikTok ou sur Facebook qu’il ne peut pas avoir une expérience numérique, faire de la recherche sur Google ou écouter des balados ».
Marie-Pier Jolicœur analyse que le gouvernement canadien a choisi de parler de la sécurité des enfants dans son projet de loi, et non de la santé publique ou mentale, comme l’ont fait l’Australie ou le Royaume-Uni. L’avenir dira si cette approche est plus efficace.
Crédit : Studio Magenta
D’autres moyens de communication très utilisés par les jeunes – comme ceux inclus dans des jeux vidéo – sont pourtant absents du projet de loi
En tant que mère engagée en éducation et ancienne enseignante basée à Hamilton, Sonia Macaluso a été témoin de suffisamment d’effets néfastes des réseaux sociaux chez les jeunes pour appuyer une interdiction.
Elle voit une incohérence entre la gestion du risque pour les jeunes dans la réalité et sur les réseaux sociaux.
« On a tout pour que les enfants soient en sécurité par rapport aux adultes qui viennent dans les écoles, mais on a zéro [protection] pour eux quand ils sont sur les réseaux sociaux. »
L’un des bénéfices du projet de loi perçu par Marie-Pier Joliœur est un rééquilibrage des responsabilités de protection des enfants entre les parents, l’État et les plateformes. « Parce que l’idée, c’est aussi d’impliquer une pluralité d’acteurs dans la recherche de solutions, que ce n’est pas juste le parent, c’est aussi une responsabilité étatique, de santé publique et tout ça. »
Dans leur recherche, Sylvain St-Onge, Anne Robineau et Josée Guignard Noël ont constaté que « les enseignants et les parents sont dépassés par le phénomène de désinformation et de propagande en ligne, tout comme l’intensité à laquelle les médias sociaux évoluent ». Ils recommandent donc de mieux outiller et accompagner les acteurs du système d’éducation.
Pour Bertrand Ndeffo, trop peu de parents connaissent ou utilisent des outils de contrôle parental pour les appareils électroniques.
Courtoisie
Bertrand Ndeffo insiste sur le besoin d’accompagner le projet de loi d’une recherche de solutions de remplacement et, surtout, d’éducation; pour les enfants, les parents et les enseignants.
« Il faut sensibiliser et former les parents, insiste-t-il. Il y a énormément d’adultes qui, un, ne savent pas utiliser l’IA, deux, n’ont quasiment aucune idée des risques associés à l’IA, déjà pour eux-mêmes et à plus forte raison pour les enfants à la maison. »
Selon lui, il faudra passer par les conseils scolaires, les associations et les organismes pour rejoindre le plus d’adultes possible. Et le gouvernement devra prévoir des fonds pour fournir cette éducation.
Le Nunavoix rayonne dans la presse francophone minoritaire canadienne ! C’est une belle fierté de voir notre média communautaire nominé dans trois catégories des Prix d’Excellence 2026, décernés le 13 octobre prochain par Réseau.Presse. Pour la première fois de son histoire, Le Nunavoix est donc finaliste dans les prestigieuses catégories Excellence générale – Qualité éditoriale, Excellence générale – Innovation et rayonnement multiplateforme. Une reconnaissance après tant d’efforts pour développer notre contenu, nos projets web, photo et vidéo, d’autant plus dans un environnement arctique aux réalités particulièrement complexes.
Félicitations également à notre journaliste d’Initiative de Journalisme Local (IJL), Karine Lavoie, nominée pour l’Article de l’Année avec la nouvelle « Imposition de tarifs douaniers : quels impacts potentiels pour Le Nunavut ? ». Une nomination qui souligne une pratique journalistique qui s’est perfectionnée depuis le début de sa collaboration pour notre journal.
160 candidatures
Cette année, 160 candidatures ont été soumises et évaluées par un jury composé de 28 personnes issues des milieux du journalisme, des communications, du graphisme, du numérique et du développement médiatique. Leur expertise, leur regard critique et leur rigueur ont permis de faire ressortir l’excellence, la créativité et la diversité de la presse francophone en contexte minoritaire.
« Les Prix d’excellence sont une occasion privilégiée de célébrer le travail essentiel de nos journaux membres et de reconnaître leur rôle incontournable dans la vitalité des communautés francophones et acadiennes. Derrière chaque candidature, il y a une histoire, une équipe et un engagement profond envers l’information de proximité. »
— Maryne Dumaine, présidente de Réseau.Presse
Les lauréats et lauréates seront dévoilés lors du Gala des Prix d’excellence, qui se tiendra le 13 octobre 2026 au Hilton Garden Inn Ottawa Airport. Cette soirée, placée sous le signe de la fierté, de la créativité et de l’engagement, réunira les membres du réseau, les partenaires et les acteurs clés de la presse francophone en situation minoritaire.
Le ministère de l’Environnement du Nunavut recommande de faire passer le quota annuel de récolte de 550 à 6 600 caribous. La proposition a été discutée par le Nunavut Wildlife Management Board le 24 juin dernier, mais, au moment de mettre sous presse, le conseil n’avait pas encore rendu sa décision.
Selon les plus récentes estimations gouvernementales, la population de caribous de l’île de Baffin serait passée d’environ 4 600 animaux en 2014 à près de 48 000 en 2024. Cette hausse est attribuée aux importantes restrictions de chasse mises en place au cours des dernières années.
Le rapport Baffin Island Caribou Distribution and Abundance Survey February/March 2024/2025 indique toutefois que cette progression n’est pas uniforme à l’échelle de l’île. Les plus fortes augmentations sont observées dans le Centre de Baffin, les péninsules de Meta Incognita, de Hall et de Foxe, tandis qu’aucune croissance statistiquement significative n’a été constatée l’île Prince-Charles.
Pour leur part, les auteurs de l’étude recommandent de maintenir le régime actuel de gestion et de poursuivre le suivi de la population pendant cinq à sept ans avant une nouvelle réévaluation des mesures. Celle-ci demeure toutefois loin des quelque 150 000 caribous estimés dans les années 1980, même si ses effectifs ont nettement rebondi depuis le creux d’environ 4 600 animaux recensé en 2014.
Steeve Côté, spécialiste du caribou à l’Université Laval, estime qu’une augmentation du quota de récolte pourrait être envisagée, mais de façon plus prudente.
Courtoisie
Un appel à la prudence
Cette proposition gouvernementale suscite des réserves chez Steeve Côté, professeur titulaire au Département de biologie et au Centre d’études nordiques de l’Université Laval, spécialiste du caribou. Il indique que le prélèvement proposé équivaut à environ 12,5 % du troupeau estimé à 48 000 caribous, un taux qu’il considère élevé.
Déjà contacté à ce sujet en février 2026, il mentionnait que ce rétablissement constituait une excellente nouvelle pour le troupeau de l’île de Baffin, plusieurs populations étant en déclin ailleurs au pays.
« Seulement les populations en forte croissance peuvent supporter ce taux. Un taux de 7-8 % est plus prudent. Parfois les taux sont autour de 4 % pour les populations dont le statut est incertain. »
— Steeve Côté, professeur titulaire au Département de biologie et au Centre d’études nordiques de l’Université Laval, spécialiste du caribou
Le chercheur ne s’oppose pas à un relèvement du quota, mais juge qu’il devrait être plus graduel. « Le quota pourrait être augmenté, mais de façon plus prudente. »
Les auteurs du rapport concluent néanmoins que l’augmentation observée est statistiquement significative, ce qui la rend peu susceptible d’être attribuable au hasard.
Entre prudence et accès au caribou
L’étude qualifie cette reprise de « remarquable » et estime que le rythme de croissance observé, qui est d’environ 25 % par année depuis 2014, compte parmi les plus élevés documentés chez le caribou.
Steeve Côté rappelle que ces résultats reposent sur un seul inventaire faisant état d’une forte hausse de la population. Il juge difficile d’évaluer la trajectoire démographique à long terme du troupeau. À sa connaissance, aucune donnée n’est disponible sur la survie individuelle des animaux ou le recrutement annuel.
Le spécialiste ajoute que l’estimation de 48 000 caribous comporte nécessairement une marge d’erreur. « Si l’estimé de 48 000 était en réalité un peu plus bas, alors on pourrait avoir 15-16-17 % de prélèvement, ce qui serait très élevé », affirme-t-il.
Cette prudence ne fait pas l’unanimité sur le terrain. M.C., un chasseur actif d’Iqaluit qui a accepté d’être identifié par ses initiales, juge que la population est aujourd’hui en bonne santé. D’après son expérience, il est désormais possible d’observer cette espèce à quelques minutes seulement de la ville, alors qu’il fallait auparavant parcourir plusieurs heures en motoneige pour en trouver.
À ses yeux, le caribou demeure au cœur de l’alimentation traditionnelle.
«Nous avons grandi en mangeant du caribou. Plusieurs de nos aînés en réclament toujours aujourd’hui.»
— M.C., un chasseur actif d’Iqaluit
Le quota actuel de 150 caribous pour Iqaluit ne répond plus aux besoins d’une communauté en croissance, où plusieurs familles dépendent encore de la récolte d’aliments traditionnels. Un quota d’environ 450 caribous serait plus adapté à la réalité d’Iqaluit, estimeM.C.
Il fait également valoir que l’accès à cette ressource représente un enjeu économique majeur pour de nombreux ménages alors que le coût relativement faible d’une sortie de chasse permet d’obtenir une quantité de viande largement supérieure à ce qu’il serait possible de se procurer à l’épicerie pour le même montant. « Je peux aller au magasin avec 30 dollars et acheter un steak, ou mettre 30 dollars d’essence et récolter un caribou qui donnera environ 100 steaks ».
D’après lui, plusieurs chasseurs jugent déjà les quotas actuels trop restrictifs. Il estime que l’opposition au système pourrait continuer de croitre si les limites de récolte demeurent inchangées.
Sans se prononcer sur la hausse proposée, le directeur général du centre communautaire d’alimentation Qajuqturvik, Joseph Murdoch-Flowers, observe que la demande pour la viande de caribou est soutenue. Il souligne que le caribou revêt une valeur culturelle et économique importante pour les Inuit. « Chaque fois que nous avons du caribou en stock au magasin Qinnirvik, ce qui arrive assez souvent, il se vend rapidement », ajoute-t-il, précisant que cette viande est aussi particulièrement populaire auprès des aînés qui participent aux activités.
Interrogée au sujet des signalements, des enquêtes et des infractions liées au braconnage du caribou sur l’île de Baffin, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) au Nunavut a indiqué que ces informations relevaient plutôt du ministère de l’Environnement. Au moment de mettre sous presse, ce dernier n’avait pas répondu à nos questions sur l’application des quotas ni sur la disponibilité des données concernant le braconnage et la récolte du caribou.