Reconnaître les signes
Au-delà du ruban rose, cette mobilisation portait un message concret : connaître son corps, reconnaître les changements inhabituels et savoir quelles ressources sont accessibles. Un enjeu particulièrement important au Nunavut, où les distances et la répartition des services médicaux peuvent compliquer l’accès à certains examens.
Une masse dans le sein ou sous l’aisselle est l’un des signes possibles du cancer du sein. D’autres changements méritent également une attention particulière : une modification de la taille ou de la forme du sein, une rougeur ou un épaississement de la peau, une rétraction récente du mamelon ou un écoulement inhabituel.
Une douleur au sein peut aussi justifier une évaluation, même si elle est souvent liée à une cause non cancéreuse. Ces signes ne signifient pas nécessairement qu’il s’agit d’un cancer, mais un changement inhabituel devrait être évalué sans attendre le prochain dépistage.
« Connaissez votre corps afin de pouvoir reconnaître les changements », rappelle la Dre Ekua Jemaine, médecin hygiéniste en cheffe du Nunavut. L’objectif n’est pas de vivre dans l’inquiétude, mais de savoir quand demander conseil.
La Dre Ekua Agyemang, médecin hygiéniste en chef du Nunavut, souligne que le cancer du sein peut être traité avec succès lorsqu’il est détecté tôt. « Connaissez vos risques et renseignez-vous sur les options qui s’offrent à vous. Même si nous vivons au Nunavut, une région éloignée et isolée, il existe des moyens de dépister le cancer du sein et de le traiter. »
Le dépistage : connaître son risque
La mammographie est un examen radiologique qui permet de détecter certaines anomalies du sein, parfois avant même qu’elles soient perceptibles. Le dépistage s’adresse aux personnes qui ne présentent aucun symptôme, tandis qu’un examen diagnostique sert à investiguer une anomalie ou un symptôme.
L’âge et les antécédents familiaux contribuent à déterminer les recommandations appropriées. Lorsqu’une mère, une sœur ou une autre parente proche a reçu un diagnostic de cancer du sein, il est important d’en discuter avec un professionnel de la santé. Une évaluation du risque individuel permettra de déterminer si un dépistage plus précoce ou un suivi particulier est indiqué.
Un cancer du sein peut toutefois survenir même sans antécédents familiaux. Connaître son risque est donc important, mais ne remplace ni le dépistage recommandé ni l’évaluation de symptômes éventuels.
Des parcours de soins malgré les distances
Au Nunavut, les mammographies ne sont pas disponibles dans toutes les régions. Cela ne signifie toutefois pas que les personnes doivent renoncer à une évaluation ou à des soins.
Lorsqu’un changement préoccupant apparaît, la première étape consiste à communiquer avec son centre de santé. Selon la situation, une mammographie diagnostique peut être organisée et un déplacement médical prévu pour effectuer les examens nécessaires et orienter la personne vers un traitement si besoin.
Pour les personnes sans symptômes qui souhaitent passer une mammographie de dépistage, d’autres possibilités existent. Un examen peut notamment être planifié en coordination avec un déplacement médical déjà prévu vers Iqaluit ou une ville du Sud. Les modalités dépendent de la situation individuelle et des services accessibles.
« Nous avons plusieurs parcours possibles au Nunavut, mais il faut parler à son professionnel de la santé pour déterminer lequel convient le mieux », souligne la Dre Jemaine.
L’essentiel est de connaître les options disponibles et de ne pas présumer qu’un examen est inaccessible en raison de son lieu de résidence.
Le ministère de la Santé du Nunavut organisait la toute première marche de sensibilisation au cancer du sein. L’événement a rassemblé une trentaine de personnes.
Une responsabilité collective
La marche et le rassemblement du 24 octobre ont également été l’occasion de reconnaître les personnes qui vivent avec un cancer du sein, celles qui en ont été guéries ainsi que les familles et les proches qui ont perdu un être cher.
Derrière chaque diagnostic se trouvent des histoires personnelles, des familles et des communautés touchées. La peur, la gêne ou l’incertitude face aux démarches peuvent parfois rendre la recherche d’aide plus difficile. Une communauté informée et solidaire peut contribuer à briser les silences, à faciliter les conversations et à encourager les personnes touchées à obtenir du soutien.
Écouter sans juger, accompagner un proche à un rendez-vous ou l’aider à trouver des renseignements fiables sont autant de gestes qui peuvent faire une différence. La sensibilisation se poursuit bien au-delà d’une marche ou du port d’un ruban rose : elle passe par les conversations, le soutien et le partage d’information. Reconnaître les changements inhabituels et connaître les ressources accessibles peuvent aussi favoriser un diagnostic précoce et de meilleures possibilités de traitement.
Rappelons-nous que la sensibilisation est une responsabilité collective. S’informer, prendre soin de sa santé et soutenir les personnes touchées ainsi que leurs proches sont autant de façons de faire avancer cette cause, ici même, au Nunavut.
Note
¹ Société canadienne du cancer, Statistiques sur le cancer du sein. Tiré de : Statistiques sur le cancer du sein | Société canadienne du cancer le 03 novembre 2026
Infirmière depuis plus de 15 ans, j’ai travaillé en urgence, en périnatalité et en santé scolaire, en plus d’avoir vécu près de cinq ans au Nunavik. Ces expériences m’ont donné une vision globale et humaine de la santé. Passionnée de prévention et de saines habitudes de vie, j’ai à cœur de rendre l’information accessible. Amatrice de plein air et mère de famille, j’ai le plaisir d’apporter ici une chronique santé adaptée à notre réalité nordique.
Une étude publiée dans la revue Nature, le 27 août 2026, confirme que le dernier lac épiplateforme du Canada s’est vidé dans l’océan Arctique à la suite de la rupture de la plateforme glaciaire de Milne en 2020. En d’autres termes, ce lac, qui était le dernier de ce type dans l’Arctique canadien, ne se reconstituera pas et sa disparition est définitive.
Derek Mueller, coauteur de l’étude, est professeur à l’université Carleton en science de l’Arctique, changement climatique et cryosphérique. Il s’est rendu à plusieurs reprises sur l’île d’Ellesmere qui est la région la plus septentrionale de l’Arctique canadien.
À la suite de la confirmation de la disparition du lac, Derek Mueller, qui connaissait l’issue inéluctable de cet environnement unique, a pourtant ressenti des sentiments contradictoires :
« J’y suis allé à de nombreuses reprises, j’y ai emmené mes étudiants et mes collègues, et nous avons travaillé ensemble sur ces problèmes scientifiques. C’est donc difficile de voir le paysage changer ainsi sous nos yeux. Mais en même temps, nous sommes là pour étudier ce phénomène et nous savons que cela va se produire. Je ne ressens donc ni surprise ni choc à ce titre. Je ressens de la tristesse, bien sûr, car ce sont des environnements que nous devrions nous efforcer de protéger au sein de notre société et pour lesquels nous devons nous attaquer au problème de la pollution par les gaz à effet de serre. Le fait que nous ne parvenions pas à nous mobiliser en tant que société m’attriste à cet égard, c’est certain. »
Vue vers le nord sur une fissure de la plate-forme glaciaire de Milne. En juillet 2020, la plate-forme glaciaire s’est effondrée, perdant 45 % de sa superficie.
Disparition progressive
Le dernier lac épiplateforme du Canada se trouvait dans le fjord Milne, derrière la plateforme glaciaire de Milne au nord de l’île d’Ellesmere. Le lac qui se trouvait au milieu d’un paysage grandiose et très isolé abritait un écosystème extrêmement rare de plancton d’eau douce et marine. D’une profondeur de 18 mètres lorsqu’il a été découvert en 1983, celle-ci s’était réduite à environ 10 mètres en 2011. Depuis cette date, la surveillance continue du lac avait révélé des oscillations saisonnières de sa profondeur, résultant d’une alternance des périodes d’afflux d’eau de fonte et de périodes de drainage sous la plateforme glaciaire pendant l’hiver.
Puis fin juillet 2020, la plateforme glaciaire Milne s’est effondrée, perdant 45 % de sa superficie et supprimant ainsi la barrière qui retenait l’eau douce. S’appuyant sur une décennie de mesures océanographiques, d’images satellites et d’observations sur le terrain recueillies avant et après la rupture, des chercheurs de l’UBC, de l’Université de l’Alberta, de l’Université Laval et de l’Université Carleton ont reconstitué la disparition du lac. Dans cette étude, ils ont combiné des données provenant de multiples sources afin d’évaluer les facteurs potentiels à l’origine de l’évènement de vêlage de la plateforme glaciaire. Le vêlage d’un glacier est le processus par lequel un bloc de glace se détache de l’extrémité d’un glacier en contact avec une étendue d’eau.
Une série chronologique de données recueillies avant et après le vêlage a montré la transition brusque et irréversible d’un écosystème d’eau douce relativement stable vers un système marin.
« La disparition du lac épiplatier du fjord Milne marque l’extinction d’une caractéristique rare d’un monde plus froid et met en évidence la vulnérabilité, même de la “dernière zone de glace” de la banquise arctique, face au réchauffement climatique », peut-on lire dans l’étude.
Depuis, l’écologie du fjord est considérablement transformée, explique M. Mueller. En effet, il existait autrefois une communauté d’espèces d’eau douce et d’eau saumâtre qui vivaient au-dessus de l’océan, dans cette couche d’eau douce, notamment des microbes et des virus, ainsi que toutes sortes d’organismes aquatiques. « Lorsque le lac a disparu, tous ces organismes ont été chassés vers l’océan Arctique et, en tant qu’espèces d’eau douce, on peut supposer qu’ils ne s’en sortent pas très bien. »
Un étang d’eau de fonte à la surface de la plate-forme glaciaire de Milne. Ce type d’étang (pouvant atteindre plusieurs mètres de profondeur) se forme sur les plates-formes glaciaires d’Ellesmere depuis leur première description dans les années 1870.
Poursuivre les recherches
Derek Mueller et son équipe devaient se rendre sur le site l’été dernier, mais pour des raisons logistiques, cette expédition n’a pas pu avoir lieu. Le programme du plateau continental polaire de Ressources naturelles Canada (Polar Continental Shelf Program) permet aux scientifiques de se rendre aux confins de l’Arctique canadien.
« C’est le seul moyen pour nous d’accéder à notre site, et ils font un excellent travail pour nous aider à y arriver. Aucune de nos recherches ne serait donc possible sans eux, c’est certain », précise le chercheur.
Les images satellites peuvent être d’une grande aide, cependant, si les scientifiques ne se rendent pas sur place, il ne peut y avoir une compréhension complète du processus en cours.
« Bien sûr, les images satellites ont une certaine valeur et je ne veux pas dire que ce n’est pas une bonne chose à faire ; mais simplement qu’on ne peut pas tout comprendre en se contentant de ces méthodes. Il est donc, selon moi, vraiment important d’envoyer des gens sur le terrain pour qu’ils voient de leurs propres yeux ce qui se passe et effectuent des mesures directement, ou d’emmener des étudiants qui apprendront à le faire et transmettront ce savoir à la génération suivante, afin de mieux comprendre comment l’environnement évolue », conclut Derek Mueller, qui continue d’étudier le site et ce qui s’est passé afin de mieux les comprendre au fil du temps.
Ce dossier concernait les communications avec le public et la prestation des services. Il visait la Gendarmerie royale du Canada (GRC), qui n’aurait pas diffusé une information dans les deux langues officielles. Le Commissariat indique que la GRC a pris des mesures correctives et qu’aucune intervention supplémentaire n’a été jugée nécessaire.
Dans une réponse écrite au Nunavoix, l’organisme nuance toutefois la portée de ces chiffres : « Le nombre de plaintes reçues ne permet pas, à lui seul, de dresser un portrait complet de la situation linguistique sur le terrain. »
Il reconnaît que l’accès aux services fédéraux en français au Nunavut peut représenter un défi et encourage les citoyens à porter plainte lorsqu’ils estiment que leurs droits n’ont pas été respectés.
La situation nationale
En 2025-2026, le Commissariat a enregistré 4 110 plaintes recevables. La majorité, soit 3 632, concernait les communications avec le public et la prestation des services, tandis que 310 étaient liées à la langue de travail.
Ce rapport porte principalement sur la dernière année du mandat de Raymond Théberge, à qui Kelly Burke a succédé le 30 mars 2026. Il fait état de difficultés persistantes dans le respect des obligations linguistiques par les institutions fédérales.
Le Sondage de suivi sur les langues officielles de 2026, publié le 26 octobre par le Commissariat, indique que 94 % des personnes interrogées par téléphone et 85 % de celles ayant répondu en ligne estiment que les Canadiens devraient pouvoir obtenir des services fédéraux en français ou en anglais.
Des dépliants sur les droits linguistiques dans les trois langues officielles du Nunavut sont disponibles au Bureau de la commissaire aux langues du Nunavut.
La portée des chiffres
Pour François Larocque, professeur de droit à l’Université d’Ottawa et spécialiste des droits linguistiques, plusieurs facteurs peuvent expliquer pourquoi si peu de plaintes sont recensées au Nunavut. Certaines personnes connaissent mal le mécanisme, ne savent pas de quel gouvernement relève un service ou estiment que la démarche n’en vaut pas la peine. Les plaintes demeurent toutefois utiles pour repérer des difficultés que les institutions fédérales peuvent elles-mêmes ignorer.
Il invite aussi à s’interroger sur la place de l’engagement citoyen au sein de la communauté francophone du Nunavut et sur l’attention portée aux enjeux linguistiques. À ses yeux, cette mobilisation doit accompagner le mécanisme de plaintes.
Un seul événement très médiatisé peut susciter de nombreuses plaintes, sans que chacune corresponde à un problème distinct, fait remarquer le professeur, avant d’ajouter : « Le fait qu’il y ait une plainte au Nunavut, ce n’est pas vide de sens. »
Après avoir été informé de la nature du dossier concernant la GRC, François Larocque y voit un exemple où la procédure a fonctionné : une personne a signalé un problème et l’institution a apporté des correctifs. Ceux-ci devraient, en théorie, éviter que la situation se reproduise.
Le spécialiste rappelle que l’intervention de la commissaire peut permettre de régler certaines difficultés et qu’une plainte peut constituer une première étape vers un recours devant les tribunaux.
Il insiste sur le rôle des commissaires aux langues une fois leur enquête terminée. « Puis, c’est à eux aussi de faire les suivis pour s’assurer qu’on a bel et bien donné suite à la recommandation. » Et d’inviter à se renseigner auprès de leurs bureaux pour connaître le dénouement des dossiers, ces renseignements n’étant pas toujours publiés, selon lui.
Le Commissariat explique que son rapport annuel porte principalement sur la conformité des institutions fédérales à la Loi sur les langues officielles. Ses constats reposent donc en grande partie sur les plaintes reçues et traitées. Une autre publication, prévue au printemps 2027, abordera une sélection d’enjeux liés à la vitalité des communautés de langue officielle en situation minoritaire.
Une présence auprès des francophones
Le bureau régional du Commissariat assure également un suivi des dossiers au Nunavut et entretient des liens avec la communauté et les acteurs territoriaux. En 2025-2026, il a collaboré avec des organismes locaux pour offrir, en personne à Iqaluit, une présentation sur les droits linguistiques des francophones.
Depuis le début de l’exercice 2026-2027, l’équipe a aussi rencontré des intervenants francophones du Nunavut à quatre reprises. Ces échanges comprenaient une visite sur place pour participer au 45e anniversaire de l’Association des francophones du Nunavut (AFN) et consulter la communauté dans le cadre des obligations du Commissariat en vertu de la partie VII de la Loi.
François Larocque rappelle que les commissaires aux langues des différentes administrations accomplissent un travail complémentaire, qui doit être pris en compte pour comprendre la mise en œuvre des droits linguistiques au Nunavut.
Un bilan territorial
Le Bureau de la commissaire aux langues du Nunavut nous a orientés vers ses ressources publiques, sans pouvoir fournir une réponse institutionnelle complète avant la remise de cet article.
Son rapport annuel 2024-2025 recense 33 dossiers, dont 17 concernent le français conjointement avec une ou deux langues inuit. Ce bilan couvre plusieurs secteurs et comprend des enquêtes entreprises par l’organisme lui-même.
Le document fait notamment état d’une plainte concernant une lettre de Postes Canada rédigée uniquement en anglais. Le français, l’inuktitut et l’inuinnaqtun figurent parmi les langues touchées dans ce dossier.
Destiné à promouvoir le sommeil sécuritaire des nourrissons et à réduire les risques de décès liés au sommeil, le programme a permis de distribuer 1 008 moïses et 2 049 trousses de mieux-être pour nouveau-nés depuis sa mise en place, selon le ministère de la Santé du Nunavut.
Le déploiement au Kitikmeot et au Kivalliq s’est toutefois heurté à des difficultés pour trouver un organisme partenaire et maintenir sa participation. À l’automne 2026, Qupanuaq, une division de la Fondation des enfants et des jeunes de l’Arctique, est devenu le fournisseur de ces équipements pour les trois régions du territoire. Selon le ministère de la Santé, 67 moïses ont été distribués jusqu’à présent dans la région du Kivalliq.
Un accompagnement dès la grossesse
Les familles peuvent également recevoir une trousse contenant divers articles pour bébé ainsi que des ressources éducatives offertes dans les langues officielles du Nunavut. Les futurs parents peuvent s’inscrire dès leur première consultation prénatale, à l’Hôpital général Qikiqtani ou dans leur centre de santé local.
Une fois la demande enregistrée, le matériel est commandé et acheminé à l’établissement de santé de la communauté. Lors du deuxième ou du troisième rendez-vous de suivi, le personnel infirmier leur remet la trousse, leur présente les documents fournis et aborde avec eux les pratiques de sommeil sécuritaire ainsi que d’autres questions concernant leur enfant.
Le ministère de la Santé collabore également avec les équipes soignantes de l’ensemble du territoire, qui ont bénéficié d’activités de perfectionnement sur la sécurité du sommeil des nourrissons.
Le programme de mieux-être des nouveau-nés a fait l’objet d’une évaluation au cours de l’exercice financier 2025-2026. Un plan d’action est actuellement en préparation pour donner suite aux recommandations qui en découlent.
Favoriser un accès pour tous
L’équipe des programmes de Qupanuak explique qu’avant la mise en place de cette initiative, peu de parents rencontrés dans la région de Qikiqtaaluk disposaient d’un moïse ou d’un lit de bébé. Ces équipements étaient parfois difficiles à trouver dans les communautés, tandis que les coûts élevés du transport vers le Nord en compliquaient l’acquisition.
« Les familles veulent que leurs bébés soient en sécurité. Ce qui a manqué, c’est l’accès », souligne-t-elle.
Qupanuak remet également en question l’idée selon laquelle la distribution de moïses aurait un effet limité parce que les parents continueraient de partager le lit avec leur bébé pour des raisons culturelles. Or, sur le terrain, il constate régulièrement que ces équipements sont utilisés.
Malgré plusieurs démarches auprès de parents et d’organismes communautaires, Le Nunavoix n’a pas pu obtenir le témoignage d’une famille ayant reçu un moïse ou une trousse.
Des cliniciens ont rapporté à Qupanuak avoir observé une diminution des décès soudains de nourrissons depuis le lancement du programme. Cette observation reste toutefois à confirmer par des données. Un financement pluriannuel est également jugé nécessaire pour assurer la continuité de l’initiative.
Selon Statistique Canada, le taux de mortalité infantile au Nunavut atteignait 21,2 décès pour 1 000 naissances vivantes en 2024, soit près de cinq fois la moyenne canadienne. Ce taux englobe tous les décès survenus avant l’âge d’un an, et non uniquement ceux liés au sommeil.
Patricia Johnston, professeure adjointe à l’Université de Calgary, rappelle que les besoins des familles inuit dépassent l’accès à un berceau.
Des besoins qui dépassent le matériel
Patricia Johnston, professeure adjointe à l’Université de Calgary et coauteure d’une étude publiée en juillet 2026 sur les besoins périnataux des femmes inuit du Kivalliq, insiste sur l’importance d’un accompagnement plus large.
« Fournir un berceau peut répondre à un besoin pratique pour certaines familles, et ces programmes comprennent souvent des articles supplémentaires qui peuvent être utiles et apporter un soutien, mais cela ne remplace pas, à lui seul, un logement adéquat, la sécurité alimentaire, la sécurité et les autres formes de soutien dont les familles ont besoin. »
Elle souligne aussi que les savoirs et les pratiques culturelles inuit doivent être intégrés à l’élaboration des initiatives destinées aux nouveau-nés. Parmi les exemples évoqués figurent le contact peau à peau, le portage des bébés dans l’amauti et la proximité entre les mères et leurs enfants lorsqu’ils dorment. Le partage du lit fait partie des traditions familiales inuit. Les recommandations sur le sommeil sécuritaire doivent tenir compte de ces réalités sans stigmatiser les mères, tout en s’appuyant sur les connaissances scientifiques en matière de santé et de sécurité des nourrissons.
La participation des femmes, des Aînés et des familles aux décisions concernant les services qui leur sont destinés est essentielle à ses yeux.
Les recherches de Patricia Johnston mettent aussi en lumière l’importance de la transmission des savoirs entre générations et du maintien des liens familiaux, communautaires, linguistiques et culturels.
« Les femmes inuit ont besoin d’autres femmes inuit. Elles ont besoin de relations, de liens, d’aide concrète et d’être entourées de personnes qui les comprennent et peuvent les soutenir pendant la grossesse, l’accouchement et les mois qui suivent. »
Dans une lettre du 7 février 2020 adressée au député de Netsilik de l’époque, Emiliano Qirngnuq, l’administration scolaire de district de Taloyoak faisait état de classes comptant jusqu’à 35 élèves et d’un manque d’espace de rangement à Netsilik.
Sa présidente, Jeannie Ugyuk, y rapportait également des confinements liés à des incidents impliquant des jeunes du secondaire. La Gendarmerie royale du Canada (GRC) avait dû être appelée pour désamorcer ces situations, qui avaient aussi des répercussions sur les enfants du primaire. « Veuillez continuer à faire pression pour obtenir une nouvelle école secondaire à Taloyoak, car la communauté en a réellement besoin », écrivait-elle.
Une demande de commentaires lui a été transmise par l’intermédiaire de la municipalité de Taloyoak, sans réponse au moment de la rédaction.
Des préoccupations persistantes
Destinataire de cette lettre, Emiliano Qirngnuq se rappelle que l’administration scolaire de district sollicitait son aide pour obtenir une nouvelle école. Il explique qu’il se rendait à Taloyoak environ quatre fois par année, ou lorsque la communauté demandait sa présence, et rencontrait des membres des conseils locaux.
Selon lui, Netsilik, qui date des années 1970, nécessitait d’importants travaux. Certaines parties du bâtiment avaient notamment subi des dommages causés par l’eau.
Le 7 mars 2023, Joseph Quqqiaq, alors député de Netsilik, évoquait à son tour les fermetures scolaires à Taloyoak et les préoccupations exprimées par des parents et des élèves souhaitant retourner en classe. Il saluait également le lancement d’un appel d’offres pour la construction de la nouvelle école secondaire.
« Nos jeunes méritent des milieux d’apprentissage sûrs et confortables », déclarait-il à l’Assemblée législative du Nunavut.
La surpopulation persistait à Netsilik en 2025-2026. Selon les données transmises par le ministère de l’Éducation du Nunavut, l’établissement accueillait 387 élèves pour une capacité de 311 places, soit un taux d’occupation de 124 %.
De nouvelles installations pour le secondaire
Le nouvel établissement comprend notamment un gymnase de pleine grandeur, des téléviseurs intelligents dans toutes les classes et un atelier entièrement équipé, doté d’un espace pour la préparation des peaux. Des locaux aménagés pour les arts culinaires, la couture et les sciences, ainsi qu’une garderie pouvant accueillir 25 enfants, complètent les installations.
Pangniq compte actuellement 180 élèves de la 7e à la 12e année, sur les 198 places disponibles. Netsilik continue, pour sa part, d’offrir l’enseignement de la maternelle à la 6e année.
Le budget final du projet s’élève à 86,8 millions de dollars et comprend les coûts de planification, de conception, de construction et de garantie du bâtiment. Selon le ministère de l’Éducation, les soumissions reçues en 2023 dépassaient les prévisions initiales, ce qui l’a conduit à demander une enveloppe supplémentaire de 14 millions de dollars au Conseil de gestion financière du Nunavut. Cette demande a été approuvée.
Les travaux ont débuté à l’automne 2023, tandis que les dernières inspections et la mise en service ont eu lieu durant l’été 2026.
Des participants réunis dans l’espace commun de l’école secondaire Pangniq, à Taloyoak, lors des célébrations entourant son inauguration.
De la conception à l’inauguration
Selon le ministère de l’Éducation, des consultations sur la conception de Pangniq ont débuté en mai 2022 auprès de l’administration scolaire du district de Taloyoak, de membres du personnel et d’intervenants locaux. D’autres visites ont suivi en juin et en août de la même année.
Les priorités exprimées lors de ces échanges se reflètent, affirme le ministère, dans le thème de l’établissement, « Honorer notre patrimoine, bâtir notre avenir », ainsi que dans la place accordée à l’Inuit Qaujimajatuqangit.
Une visite des lieux, une cérémonie officielle et un festin collectif figuraient au programme du 16 octobre. Les élèves, le personnel, les partenaires et la population de Taloyoak avaient été conviés à cette célébration.
En réponse à une demande du Nunavoix, la Kitikmeot Inuit Association (KIA) voit dans la forte participation à l’événement un signe de l’importance de Pangniq. L’organisme estime que l’établissement deviendra un pilier de la communauté, en offrant aux élèves un « lieu où ils auront envie d’apprendre ».
L’ancien député de Netsilik, Emiliano Qirngnuq, se réjouit lui aussi de cette ouverture. « Je suis heureux que la nouvelle école soit maintenant en service pour les habitants de Taloyoak », confie-t-il.
Présent à la cérémonie, George Aklah évoque pour sa part un souvenir d’enfance. Dans les années 1970, alors âgé d’environ huit ou neuf ans, il avait participé au déménagement vers un nouvel établissement à Taloyoak, transportant des tables et des chaises avec les autres élèves. Il se rappelle avoir été impressionné par les dimensions du bâtiment. « Nous sommes d’abord entrés par le gymnase. À l’époque, il était immense », raconte-t-il.
Des décennies plus tard, il a particulièrement apprécié les prestations des jeunes musiciens lors de l’inauguration de Pangniq. Il estime que cette nouvelle infrastructure profitera aux générations futures d’élèves.
La mise en place de ce nouveau règlement chez Etsy a surpris Doug Chiasson. Lors de son lancement, Etsy a mis en lumière le travail et la création artisanale. Et c’est même la vocation première de la plateforme, qui a été conçue pour permettre aux artistes, créateurs indépendants et petits ateliers de vendre leurs objets faits main.
Lorsque les créations comportant de la fourrure ont été bannies de la plateforme, le directeur général de l’Institut de la fourrure du Canada a été très étonné de cette décision qui lui semble aller à l’encontre de la mission de l’entreprise.
« Etsy, c’est une plateforme qui a commencé, je devrais dire, vraiment avec une position en faveur des artisans, on a été très surpris de leur décision de balayer tous les produits en fourrure », a soutenu Doug Chiasson.
En 2019, l’Institut de la fourrure du Canada était en contact avec Etsy lorsque l’interdiction des produits en peau et fourrure de phoque avait été décidée. Mais Doug Chiasson se souvient que la position de l’Institut n’a pas été entendue à cette époque et que les canaux de communication n’étaient pas ouverts avec l’entreprise. Malgré l’envoi de plusieurs lettres et courriels, aucune réponse n’a jamais été reçue par l’Institut. « Il n’y avait pas vraiment eu une opportunité de parler avec les responsables », regrette le directeur.
Aujourd’hui, ce sont les trois gouvernements des territoires qui font face à la même situation. Et cela surprend d’autant plus M. Chiasson, qui ne comprend pas ce silence face à des instances gouvernementales.
« C’est une chose d’ignorer un organisme comme l’Institut de la fourrure du Canada, mais c’est quelque chose de complètement différent d’ignorer les gouvernements de trois territoires, estime-t-il. C’est étonnant et ça indique vraiment qu’[Etsy] n’a pas d’intérêt à avoir une discussion sur les faits pour comprendre les impacts de leur décision. »
Doug Chiasson estime que cette décision préjudiciable a été prise dans les bureaux du siège social de la compagnie à New York et que, de ce fait, la réalité des artisans inuit et autochtones du Nord canadien est complètement ignorée par la direction.
Pression des militants anti-fourrure
L’organisme Coalition To Abolish the Fur Trade (CAFT – Coalition pour l’abolition du commerce de la fourrure) a mené une campagne contre la plateforme Etsy afin de les convaincre de renoncer à la vente de produits créés à partir de fourrure animale. Dans un communiqué de presse du 2 avril 2026, ce groupe a annoncé que la décision prise par Etsy « fait suite à une campagne intensive de 58 jours menée par la CAFT, qui a donné lieu à plus de 50 manifestations contre Etsy et ses filiales dans 17 villes [des États-Unis] ».
Au 2 avril 2026, Etsy comptait des milliers d’annonces proposant des produits en fourrure de renard, de vison, de lapin, de coyote et autres, qui ont été toutes retirées d’ici à août 2026, conformément à sa nouvelle politique, peut-on lire dans ce communiqué.
Cette campagne, dont le but est de faire pression lors d’évènements publics, a donné lieu à une perturbation d’une conférence à San Francisco, organisée par Etsy le 3 mars 2026, au cours de laquelle des militants ont notamment interpellé Kruti Patel Goyal, présidente-directrice générale d’Etsy, présente sur scène devant des investisseurs.
Sollicitée par Médias ténois afin de clarifier sa position sur les pratiques traditionnelles des peuples autochtones d’Alaska, CAFT n’a pas donné suite à notre demande.
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Faire connaître la réalité des communautés nordiques
L’une des solutions que l’Institut de fourrure du Canada souhaite mettre en place avec la plateforme est la création d’un système de traçabilité où les clients pourraient savoir d’où vient la fourrure des produits qu’ils achètent et auraient la certitude que les populations animales ne sont pas en voie de disparition. Ce système favoriserait un lien de confiance avec la clientèle, selon M. Chiasson : « On peut travailler avec Etsy pour avoir de la traçabilité et avoir des systèmes en place pour [gagner la confiance] des consommateurs. Mais leur nouvelle règlementation n’apporte pas cette confiance. »
Dans le Nord canadien, les créations faites à partir de fourrure animale peuvent être issues de plusieurs activités. M. Chiasson cite en exemple le castor qui peut avoir été capturé sur une ligne de trappe dont la peau aura été vendue à un artiste qui créera un produit final mis sur le marché. Il est donc important de regarder la chaîne de production dans son ensemble, car un animal piégé peut aussi l’être pour sa viande, rappelle le directeur. Dans les communautés de l’Arctique canadien, toutes les parties de l’animal sont utilisées afin qu’il n’y ait pas de gaspillage. La chasse, le piégeage et la trappe sont autant des activités économiques que culturelles et jouent un rôle très important dans la sécurité alimentaire des collectivités des territoires.
La plateforme Etsy souhaite faire progresser son action en faveur du développement durable. Mais la définition du développement durable que l’entreprise américaine entend concerne la biodiversité au sens large, et plus particulièrement « la protection de la faune sauvage contre l’extinction ».
Si cette prise de position peut sembler louable, ce nouveau règlement englobe plusieurs espèces animales provenant des quatre coins de la planète sans considération pour les peuples autochtones, dont l’identité et la culture dépendent directement de certaines de ces espèces.
Ce nouveau règlement présenté comme une décision respectueuse de la biodiversité stipule que « la protection de la faune sauvage contre l’extinction constitue un élément essentiel de la construction d’un avenir durable ».
Dans une volonté de préserver les espèces animales les plus vulnérables, Etsy a donc mis en place un règlement qui interdit la vente de produits fabriqués à partir d’espèces animales classées comme menacées ou en voie de disparition par la loi américaine sur les espèces menacées (Endangered Species Act) ou figurant à l’annexe I de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES).
Des espèces comme les pangolins, les tortues marines ou encore les éléphants font partie de cette liste, mais des espèces vivant dans l’Arctique canadien comme les phoques, les ours et les loups figurent aussi sur cette liste. Les phoques, en particulier, sont au cœur de la culture et de l’identité inuite aux TNO et au Nunavut.
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Les créations artistiques produites à partir de fourrure de phoque sont désormais bannies de la plateforme de commerce en ligne américaine Etsy.
Mobilisation des gouvernements territoriaux
À la suite de cette décision, les gouvernements du Yukon, des TNO et du Nunavut ont fait part de leurs inquiétudes. En effet, dans une lettre conjointe adressée à l’entreprise le 4 août 2026, les trois instances territoriales ont expressément demandé à la compagnie de revenir sur sa décision. On compte aujourd’hui 378 000 vendeurs actifs installés au Canada.
L’utilisation de la fourrure ne relève pas d’une simple activité économique, peut-on lire dans la lettre, mais est profondément ancrée dans un mode de vie millénaire des peuples autochtones, inuit et métis du Canada. La mise en place de ce règlement va avoir des conséquences disproportionnées, alertent les trois gouvernements.
« Les artistes du Nord sont déjà confrontés à des obstacles importants pour accéder aux marchés nationaux et internationaux. Le fait de leur interdire l’accès à l’une des plus grandes plateformes en ligne au monde dédiée à l’artisanat risque de limiter encore davantage les possibilités pour les entrepreneurs autochtones de tirer des revenus d’œuvres revêtant une importance culturelle. »
Même si la plateforme Etsy n’est qu’une plateforme parmi tant d’autres au sein du vaste écosystème du marché en ligne, les artistes du Yukon commercialisent leurs œuvres de multiples façons, explique Tim Kucharuk, attaché de presse et conseiller principal en communication au sein du gouvernement du Yukon. Selon lui, même si les répercussions directes de la nouvelle règlementation d’Etsy s’avèrent limitées au Yukon, « cette mesure contribue à diffuser et à renforcer une perception négative de la fourrure, ce qui affecte à son tour les artistes autochtones qui pratiquent l’artisanat traditionnel de qualité ».
Une requête restée sans réponse
Plus de deux mois après l’envoi de cette lettre, aucune réponse de fond n’a été reçue par les gouvernements territoriaux. Le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest continuera d’attendre la réponse d’Etsy, a indiqué Melvin Leonard, directeur adjoint de la communication stratégique au sein du ministère de l’Industrie, du Tourisme et de l’Investissement au gouvernement des Territoires du Nord-Ouest (GTNO). « Si aucune réponse n’a été reçue d’ici le début 2027, le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest prendra contact avec ses partenaires du Yukon et du Nunavut afin de discuter des prochaines étapes », a-t-il précisé dans un échange de courriels avec L’Aquilon.
Des pratiques respectueuses
Dans le Nord canadien, la règlementation de la chasse aux animaux sauvages à fourrure illustre une façon de faire hautement respectueuse du bien-être de l’animal, rappelle M. Leonard. Au Yukon, dans les Territoires du Nord-Ouest et au Nunavut, « la chasse est régie par la législation territoriale, les accords relatifs aux revendications territoriales autochtones, un système rigoureux d’octroi de permis et des normes de piégeage respectueuses du bien-être animal reconnues à l’échelle internationale – qui comptent parmi les plus strictes au monde ».
D’après le gouvernement du Yukon, les pratiques de chasse à la fourrure dans ce territoire sont humaines, règlementées, éthiques, culturellement significatives et durables. Cette interdiction pourrait avoir un impact disproportionné sur les artisans du Nord et autochtone qui dépendent des plateformes en ligne pour accéder aux marchés mondiaux, élabore M. Kucharuk.
Au moment de publier, Etsy a indiqué qu’aucun responsable n’était disponible pour répondre aux questions de L’Aquilon.
Le phoque annelé, espèce menacée
Selon le service de la faune et des poissons des États-Unis (US Fish & Wildlife Service), le phoque annelé est classé en tant qu’espèce menacée. Au Canada, le COSEPAC (Comité sur la situation des espèces en péril au Canada) surveille de près cette espèce, car son statut est préoccupant au Yukon, aux TNO et au Nunavut depuis 2019. Le COSEPAC estime que l’espèce risque de devenir menacée si les facteurs qui la fragilisent persistent.
Selon un sondage Léger commandé par Équiterre publié le 17 octobre, 66 % des Canadiens et des Canadiennes souhaitent maintenir ou renforcer les exigences environnementales du Canada. Tandis que seulement 20 % des personnes sondées souhaitent les réduire.
Une tendance qu’on retrouve chez les répondants et répondantes qui se disent proches du Parti libéral : 80 % d’entre eux tiennent également à conserver ces règles, alors que le gouvernement de Mark Carney fait l’objet de vives critiques de la part de groupes écologistes, des communautés autochtones et de l’opposition en raison de l’abandon de plusieurs politiques climatiques.
C-39, au cœur des critiques
Le projet de loi C-39, intitulé « Loi visant à bâtir un Canada fort », cristallise les critiques depuis plusieurs mois. Il vise notamment à accélérer la réalisation des grands projets d’infrastructures au pays en simplifiant les procédures d’autorisation et en réduisant le nombre et les délais d’évaluation.
Les organisations environnementales craignent que cette loi affaiblisse durablement la protection des espèces en péril, compromette l’évaluation des répercussions écologiques des projets et réduise la participation du public et des communautés autochtones.
Tandis que le gouvernement affirme vouloir accélérer les projets sans remettre en cause les normes environnementales, les détracteurs du projet de loi redoutent que les impératifs économiques prennent le pas sur la protection des écosystèmes.
« Le projet de loi C-39 est l’omnibus des omnibus, une tentative musclée d’accroitre sans entrave les pouvoirs de l’exécutif au détriment de notre environnement et de notre processus démocratique »
Revoir les délais
Le projet de loi C-39 prévoit de supprimer la clause d’extinction de cinq ans prévue dans la loi C-5, adoptée en 2025, qui s’applique à certains pouvoirs exceptionnels conférés au gouvernement. C-39 propose également d’imposer un délai maximal d’un an pour rendre certaines décisions fédérales concernant de grands projets.
Selon le sondage Léger, la moitié des Canadiens et des Canadiennes (49 %) souhaitent que les mesures qui visent à accélérer les projets et à assouplir certaines exigences environnementales soient limitées dans le temps. Chez les personnes proches du Parti libéral, cette préférence atteint 57 %.
Pour le directeur général d’Équiterre, Daniel Rotman, le gouvernement doit entendre ces messages, « y compris dans sa propre famille politique », peut-on lire dans le communiqué.
Entre 68 % et 75 % des personnes sondées souhaitent maintenir ou renforcer la portée de lois environnementales, à commencer par la Loi sur les espèces en péril (75 %), suivie par la loi qui protège les rivières (74 %), la Loi sur les pêches (73 %), la Loi canadienne sur la protection de l’environnement (72 %) et la Loi canadienne sur l’évaluation environnementale (68 %).
Le député Patrick Bonin est porte-parole du Bloc québécois en matière d’environnement.
Étude en cours
L’étude de C-39 à Ottawa a commencé le 19 octobre. Elle est faite par un comité composé de sept députés libéraux, quatre conservateurs et un bloquiste.
Le 21 octobre, Elizabeth May, le député du Bloc québécois Patrick Bonin et le leader parlementaire du Nouveau Parti démocratique (NPD), Don Davies, ont tenu une conférence de presse sur la Colline du Parlement aux côtés de représentants de groupes environnementaux et syndicaux pour réclamer le retrait du projet de loi C-39.
« La crise tarifaire a le dos très large. En déposant le projet de loi C-39, le gouvernement Carney agit comme si les lois environnementales, les espèces menacées, les droits des autochtones et ceux des travailleurs et travailleuses l’empêchaient de régler la crise tarifaire », a martelé Patrick Bonin, porte-parole du Bloc en matière d’environnement.
« La crise tarifaire, je vous le rappelle, elle ne sera pas permanente, mais C-39, lui, le sera. »
« Les femmes francophones qui vivent en situation linguistique minoritaire au Canada jouent un rôle dans la vitalité économique, sociale et culturelle de la communauté, mais c’était toujours très invisibilisé. On n’avait pas de chiffres concrets pour le démontrer », amorce en entrevue avec Francopresse la présidente de l’Alliance des femmes de la francophonie canadienne (AFFC), Nour Enayeh.
C’est désormais chose faite. Le rapport « Portrait économique des femmes francophones et acadiennes : un levier stratégique pour le Canada », réalisé avec la firme Raymond Chabot Grant Thornton et publié en septembre, lève le voile sur une contribution longtemps passée sous le radar, mais aussi sur les obstacles qui la freinent.
Les femmes francophones et acadiennes en situation minoritaire génèrent 119 milliards de dollars de produit intérieur brut (PIB), environ 4 % de l’économie canadienne, selon les calculs de la firme. « Même en sachant que leur contribution était assez grande, elle est toujours sous-estimée et souvent invisible », déplore Nour Enayeh.
« C’est une contribution qui est très absente des statistiques officielles, mais qu’on a pu ressortir », indique Nour Enayeh.
Méthodologie
L’étude croise des microdonnées du recensement de 2021 de Statistique Canada, un sondage Léger auprès de 633 femmes francophones et trois groupes de discussion.
Selon la définition de l’AFFC, sont considérées comme francophones les femmes qui comprennent uniquement le français ou à la fois le français et l’anglais.
À partir de la proportion de femmes francophones en 2021 et en l’extrapolant à l’estimation de la population canadienne en 2025, l’étude porte ainsi sur 1,8 million de francophones vivant en situation minoritaire hors Québec, soit 5,4 % de la population canadienne.
Plus diplômées, mais pas mieux payées
Les femmes francophones en situation minoritaire sont plus scolarisées que la moyenne : 44 % détiennent un diplôme universitaire, contre 32 % de l’ensemble des femmes et 28 % des hommes. Elles sont surreprésentées en administration publique et en éducation, des secteurs où la maitrise des deux langues officielles est un atout.
Leur revenu médian s’élève à 42 000 $, soit 13,5 % de plus que celui de l’ensemble des femmes (37 000 $). Il demeure toutefois 10,6 % inférieur à celui des hommes de l’ensemble de la population.
Mais si leurs contributions économiques sont bien réelles, les obstacles aussi. « Il y a encore l’écart salarial, le problème de la reconnaissance des diplômes, l’accès limité à des services, surtout les places en garderie pour les mamans. Tout cela limite quand même pleinement l’apport que les femmes ont au PIB du pays », observe Nour Enayeh.
Une langue qui ouvre des portes, et en ferme d’autres
La maitrise du français reste un atout professionnel pour 65 % des femmes francophones et acadiennes sondées. Mais ce sont surtout celles qui s’expriment également bien en anglais qui en profitent. Chez les femmes qui parlent peu ou pas l’anglais, 60 % gagnent moins de 40 000 $, contre 32 % chez celles qui le parlent bien ou très bien.
Les répondantes rapportent plus souvent des obstacles liés à leur langue (28 %) qu’à leur genre (22 %); 40 % signalent des barrières à l’avancement dans les milieux majoritairement anglophones. Le rapport évoque notamment des documents en français parfois moins valorisés et des jugements liés à l’accent.
Chez les membres issus de la communauté 2ELGBTQIA+, 69 % déclarent avoir rencontré des obstacles liés à leur genre ou à leur francophonie, contre 36 % chez les non-membres.
15 heures de travail invisible par semaine
Nour Enayeh retient un autre chiffre : 34,4 milliards de dollars par année, soit la valeur du travail non rémunéré, qu’il s’agisse de soins aux proches, de bénévolat ou de tâches domestiques.
Les répondantes déclarent y consacrer en moyenne 15,1 heures par semaine. Les participantes aux groupes de discussion estiment même que ces chiffres sont sous-évalués. Pour 24 % des répondantes, ce fardeau a une incidence sur leur parcours professionnel.
En parallèle, 40 % des femmes sondées disent avoir la fibre entrepreneuriale et 16 % de celles-ci ont déjà lancé leur entreprise. « Le principal défi que ces femmes ont, c’est l’équilibre entre la vie personnelle et professionnelle », indique Nour Enayeh.
« Beaucoup de ces femmes peuvent trouver du soutien si elles parlent anglais, mais dès que l’anglais n’est pas là, l’accès à des services ou à du soutien pour ces femmes entrepreneures est très peu existant. »
Qui peut agir ?
Pour Mme Enayeh, ce rapport permettra sans aucun doute aux femmes francophones de « prendre leur place » : « Quand on parle des francophones, et surtout des femmes en général, on ne pense pas automatiquement à leur impact économique. »
Au-delà des gouvernements, l’AFFC invite les organismes communautaires à consulter ce document, car plusieurs des 14 recommandations les visent directement. Celles-ci proposent notamment d’outiller les femmes francophones avec des formations gratuites ou à faible cout pour améliorer leurs compétences linguistiques.
L’écosystème communautaire pourrait également soutenir la création ou l’expansion de réseaux d’entraide francophones dans les régions isolées. Pour les barrières qui se cumulent chez les femmes issues de la diversité, l’AFFC recommande du mentorat ciblé.
L’organisme appelle également à mieux répartir le travail non rémunéré avec des politiques publiques, « par exemple des congés parentaux plus flexibles, du soutien aux garderies francophones ; toutes ces choses qui pourraient faire que la charge des femmes soit moins lourde », énumère Nour Enayeh.
La responsable insiste sur un dernier point : les bénéfices dépasseraient les femmes elles-mêmes. « Quand on réduit ces freins auxquels les femmes francophones font [face], c’est vraiment un win-win pour tout le monde. »
Depuis le mois de mai, Leonard Nkengue est le premier agent de liaison de l’Association des francophones du Nunavut (AFN) à Rankin Inlet. Une tâche qu’il occupe en plus de son rôle d’enseignant en mathématique et en sciences à l’école de langue anglaise.
Pour lui, ce lien avec l’AFN est une question de survie pour langue française dans cette ville d’un peu moins de 3 000 habitants. Parce que le français y est pratiquement « inexistant ».
C’est la quatrième langue après l’inuktitut, l’inuinnaqtun et l’anglais dans les communications gouvernementales, rappelle-t-il.
« C’est mieux d’être en communauté, on est plus fort ainsi »
« Dans la communauté, c’est moi et quelques amis qui avons créé un ilot où on peut s’exprimer en français dans les rencontres familiales et dans les activités qu’on organise ensemble pour que l’expression française puisse rester », rapporte Leonard Nkengue.
Il n’y a pas d’école, pas de garderie pour les jeunes francophones. Garder la langue est un choix et un effort qui se fait principalement en famille, mais qui peut être plus facile grâce à la solidarité.
« J’ai toujours dit, l’homme a un instinct grégaire, il faut toujours qu’il soit en communauté. C’est mieux d’être en communauté, on est plus fort ainsi. »
Selon son décompte, une vingtaine de francophones et francophiles sont devenus officiellement membres de l’AFN.
« Avec une association francophone, on aura toujours cette opportunité-là, on a un endroit où on peut parler en français et maintenir la langue. Donc, c’est un partenariat vraiment gagnant-gagnant et très, très nécessaire », insiste l’agent de liaison.
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« La dernière activité que [les francophones ont] faite, c’était lors de la fête du Travail. Nous nous sommes rencontrés pour discuter sur la résolution des conflits en milieu de travail dans le contexte du Nunavut », raconte Leonard Nkengue.
Rejoindre les francophones de tout le territoire
Le directeur général de l’AFN, Christian Ouaka, affirme que le désir de rejoindre les autres francophones du Nunavut est bien présent depuis son entrée en poste en 2020.
Iqaluit compte près de 90 % des francophones du territoire. Il y en a donc dans d’autres communautés qui ont aussi besoin de services. « Si nous ne sommes pas présents dans la vie de ces communautés, il y a certaines choses qui peuvent être facilement mises de côté; comme l’obligation de donner des services dans les langues officielles du territoire », mentionne-t-il.
Le responsable explique que l’antenne de Rankin Inlet est en fait le « hub » pour toute la région du Kivalliq – l’ouest du Nunavut –, qui compte une soixantaine de francophones. « Ils ont besoin de services en français, d’avoir des activités, de se rassembler, parce qu’ils ne font que vivre en anglais là-bas, par défaut de services en français. »
L’AFN espère que cette antenne permettra de démontrer aux gouvernements qu’il y a une présence francophone à l’extérieur d’Iqaluit et qu’elle a aussi besoin d’appui. Éventuellement, le financement pour les activités au Nunavut pourrait comprendre le coût du déplacement d’un artiste vers Rankin Inlet et ailleurs, par exemple.
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Christian Ouaka veut que l’AFN desserve aussi les 10 % des francophones du Nunavut qui résident à l’extérieur d’Iqaluit.
« Porter la voix »
Pour Leonard Nkengue, l’affiliation avec l’AFN apporte une solidarité essentielle à la survie de la langue, mais aussi l’attention des décideurs. « Pour atteindre des objectifs vraiment palpables et grands, il faut fonctionner avec les organismes qui sont capables de porter la voix francophone plus haute. »
Première action déjà lancée : la création d’un service de garde après l’école. « L’AFN va nous venir en aide là-dessus. Il y a des personnes que je dois rencontrer pour la disponibilité des salles et il y a un budget qu’il faut fournir », indique-t-il.
L’objectif est de créer un service pour toute la communauté, « parce qu’il y a un fort besoin d’un service de garde après l’école ».
Le deuxième coup de main que l’Association peut fournir est logistique et financier. « C’est un point non négligeable. Avant que l’AFN arrive, quand on organisait des activités, c’était de notre propre effort et c’était de notre propre financement. »
Il donne comme exemple une soirée pour souligner le Mois de l’histoire des Noirs en 2024, que les francophones de Rankin Inlet ont décidé de financer avant même de savoir s’ils auraient de l’aide d’autres organismes de la communauté.
Ce que Leonard Nkengue souhaite, c’est un jour de pouvoir organiser les mêmes activités qu’à Iqaluit, mais avec des adaptations selon le contexte de Rankin Inlet.
Rassembler
Les francophones de Rankin Inlet ne veulent pas s’isoler du reste des habitants de la ville, insiste Leonard Nkengue. Bien au contraire, ils veulent partager leur langue et leurs cultures.
Que le service de garde après l’école puisse accueillir tous les enfants fait partie de cette ouverture. La célébration du Mois de l’histoire des Noirs en 2024 a été organisée avec la même démarche inclusive, en invitant tout le monde.
« [Il y a une] curiosité pour des personnes qui n’ont jamais entendu la langue avant. Et puis, il a un certain intérêt, du moins professionnel, beaucoup plus parfois pour l’apprendre », dit-il.