le Vendredi 23 octobre 2026

Depuis le mois de mai, Leonard Nkengue est le premier agent de liaison de l’Association des francophones du Nunavut (AFN) à Rankin Inlet. Une tâche qu’il occupe en plus de son rôle d’enseignant en mathématique et en sciences à l’école de langue anglaise. 

Pour lui, ce lien avec l’AFN est une question de survie pour langue française dans cette ville d’un peu moins de 3 000 habitants. Parce que le français y est pratiquement « inexistant ». 

C’est la quatrième langue après l’inuktitut, l’inuinnaqtun et l’anglais dans les communications gouvernementales, rappelle-t-il.

Capture d’écran - Google Maps

« C’est mieux d’être en communauté, on est plus fort ainsi » 

« Dans la communauté, c’est moi et quelques amis qui avons créé un ilot où on peut s’exprimer en français dans les rencontres familiales et dans les activités qu’on organise ensemble pour que l’expression française puisse rester », rapporte Leonard Nkengue. 

Il n’y a pas d’école, pas de garderie pour les jeunes francophones. Garder la langue est un choix et un effort qui se fait principalement en famille, mais qui peut être plus facile grâce à la solidarité. 

« J’ai toujours dit, l’homme a un instinct grégaire, il faut toujours qu’il soit en communauté. C’est mieux d’être en communauté, on est plus fort ainsi. » 

Selon son décompte, une vingtaine de francophones et francophiles sont devenus officiellement membres de l’AFN. 

« Avec une association francophone, on aura toujours cette opportunité-là, on a un endroit où on peut parler en français et maintenir la langue. Donc, c’est un partenariat vraiment gagnant-gagnant et très, très nécessaire », insiste l’agent de liaison. 

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« La dernière activité que [les francophones ont] faite, c’était lors de la fête du Travail. Nous nous sommes rencontrés pour discuter sur la résolution des conflits en milieu de travail dans le contexte du Nunavut », raconte Leonard Nkengue. 

Courtoisie

Rejoindre les francophones de tout le territoire 

Le directeur général de l’AFN, Christian Ouaka, affirme que le désir de rejoindre les autres francophones du Nunavut est bien présent depuis son entrée en poste en 2020. 

Iqaluit compte près de 90 % des francophones du territoire. Il y en a donc dans d’autres communautés qui ont aussi besoin de services. « Si nous ne sommes pas présents dans la vie de ces communautés, il y a certaines choses qui peuvent être facilement mises de côté; comme l’obligation de donner des services dans les langues officielles du territoire », mentionne-t-il. 

Le responsable explique que l’antenne de Rankin Inlet est en fait le « hub » pour toute la région du Kivalliq – l’ouest du Nunavut –, qui compte une soixantaine de francophones. « Ils ont besoin de services en français, d’avoir des activités, de se rassembler, parce qu’ils ne font que vivre en anglais là-bas, par défaut de services en français. » 

L’AFN espère que cette antenne permettra de démontrer aux gouvernements qu’il y a une présence francophone à l’extérieur d’Iqaluit et qu’elle a aussi besoin d’appui. Éventuellement, le financement pour les activités au Nunavut pourrait comprendre le coût du déplacement d’un artiste vers Rankin Inlet et ailleurs, par exemple. 

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Christian Ouaka veut que l’AFN desserve aussi les 10 % des francophones du Nunavut qui résident à l’extérieur d’Iqaluit.  

Courtoisie

« Porter la voix » 

Pour Leonard Nkengue, l’affiliation avec l’AFN apporte une solidarité essentielle à la survie de la langue, mais aussi l’attention des décideurs. « Pour atteindre des objectifs vraiment palpables et grands, il faut fonctionner avec les organismes qui sont capables de porter la voix francophone plus haute. » 

Première action déjà lancée : la création d’un service de garde après l’école. « L’AFN va nous venir en aide là-dessus. Il y a des personnes que je dois rencontrer pour la disponibilité des salles et il y a un budget qu’il faut fournir », indique-t-il. 

L’objectif est de créer un service pour toute la communauté, « parce qu’il y a un fort besoin d’un service de garde après l’école ». 

Le deuxième coup de main que l’Association peut fournir est logistique et financier. « C’est un point non négligeable. Avant que l’AFN arrive, quand on organisait des activités, c’était de notre propre effort et c’était de notre propre financement. » 

Il donne comme exemple une soirée pour souligner le Mois de l’histoire des Noirs en 2024, que les francophones de Rankin Inlet ont décidé de financer avant même de savoir s’ils auraient de l’aide d’autres organismes de la communauté. 

Ce que Leonard Nkengue souhaite, c’est un jour de pouvoir organiser les mêmes activités qu’à Iqaluit, mais avec des adaptations selon le contexte de Rankin Inlet. 

Rassembler 

Les francophones de Rankin Inlet ne veulent pas s’isoler du reste des habitants de la ville, insiste Leonard Nkengue. Bien au contraire, ils veulent partager leur langue et leurs cultures. 

Que le service de garde après l’école puisse accueillir tous les enfants fait partie de cette ouverture. La célébration du Mois de l’histoire des Noirs en 2024 a été organisée avec la même démarche inclusive, en invitant tout le monde. 

« [Il y a une] curiosité pour des personnes qui n’ont jamais entendu la langue avant. Et puis, il a un certain intérêt, du moins professionnel, beaucoup plus parfois pour l’apprendre », dit-il. 

Perles tłı̨chǫ de Behchokǫ̀, art formline tlingit de Carcross, jouets en inuktitut imprimés en 3D à Iqaluit, plantes médicinales de la forêt boréale du Yukon : le 8 octobre, de 18 h à 21 h, la cohorte 2026-2027 d’EntrepreNorth a offert au public d’Iqaluit un tour d’horizon de ce que signifie, aujourd’hui, entreprendre quand on est Autochtone au nord du 60e parallèle. 

EntrepreNorth, organisme de bienfaisance né à Yellowknife en 2018, accompagne des entrepreneurs inuit, métis et des Premières Nations des trois territoires. Son programme phare, le Programme de croissance des entrepreneurs, court du 8 septembre 2026 au 8 avril 2027 : formation en ligne hebdomadaire, mentorat, bourses et trois rassemblements d’une semaine, un par territoire. Iqaluit ouvrait le bal du 4 au 9 octobre ; Whitehorse suivra en janvier, puis Yellowknife en avril, tous frais payés, garde d’enfants comprise. 

« EntrepreNorth existe grâce à la communauté, aux relations et à la conviction que les entrepreneurs autochtones et inuit du Nord méritent un soutien enraciné dans le respect et le possible », a lancé en ouverture Cora Kavyaktok, gestionnaire du programme, Inuk originaire d’Iqaluktuuttiaq (Cambridge Bay). « Ce que vous verrez ce soir n’est pas qu’une vitrine d’entreprises. C’est une célébration d’histoires, de résilience et de créativité. » 

Cora Kavyaktok, gestionnaire du programme, et Jacey Firth-Hagen, coordonnatrice, ont ouvert et animé la soirée.

Le Nunavoix

Le tambour avant les affaires 

Créativité, le mot n’était pas de trop. Avant toute présentation d’entreprise, Malakai, jeune danseur de Cambridge Bay, a ouvert la soirée au tambour, dans une tenue qu’il a cousue lui-même.  

Plus tard, deux chanteuses de gorge, Tuma et Liana, ont livré face à face un katajjaq haletant, ce jeu vocal inuit où l’on gagne en faisant rire ou perdre le souffle à sa partenaire. Brea Rose, auteure-compositrice tahltane et crie établie à Whitehorse, membre de la cohorte, a pris la guitare entre deux témoignages.  

Animée par Rachel Michael et par Jacey Firth-Hagen, coordonnatrice du programme, la soirée rappelait que, dans le Nord autochtone, l’art n’est pas l’ornement de l’économie : il en est souvent la matière première. 

Entreprendre à prix nordique 

La formule avait sa logique : chaque participant présentait un autre membre de la cohorte, signe d’une semaine passée à se découvrir. On a ainsi fait connaissance avec Sizula Pitsiulak, fondatrice de Made Up North, qui cherchait pour ses enfants des jouets en inuktitut qui n’existaient pas et a fini par les fabriquer elle-même, à l’imprimante 3D, au Nunavut. Interrogée sur ses obstacles, elle ne tergiverse pas :

Le plus grand défi, c’est que nous sommes dans le Nord. Le coût de la vie est tellement élevé. Pour une jeune entreprise, c’est difficile, et les déplacements aussi. Mais c’est ce qui rend la chose gratifiante quand on surmonte ces obstacles ensemble.

— Sizula Pitsiulak, fondatrice de Made Up North

Berna, perleuse tłı̨chǫ derrière Beading for the Soul, a quitté la sécurité d’un emploi en novembre 2025 pour se consacrer à un art hérité de sa grand-mère Bella. Elle attend toujours son permis d’exploitation. « Beaucoup d’attente, beaucoup de paperasse », résume-t-elle. En attendant, elle bâtit ses systèmes, apprend à gérer ses finances et savoure surtout une découverte : « Pendant très longtemps, je me suis sentie tellement seule à monter mon entreprise. Être ici m’a fait réaliser que je ne suis pas seule. » 

Ce mot, « seul », est revenu dans presque toutes les bouches. Guná (Megan) Jensen, artiste tlingit de la Première Nation de Carcross/Tagish, propriétaire de Guná Designs et inscrite sur la longue liste du prix Sobey 2025, en fait le cœur de son témoignage : « Le chemin de l’entrepreneur peut être très isolant. Nos propres amis ou membres de la famille ne comprennent pas toujours. Ici, tout le monde comprend cette lutte. » Pour elle, le défi propre aux entrepreneurs autochtones tient en une phrase : « Garder nos valeurs, et les pratiquer dans nos entreprises, dans un monde majoritairement colonial. » Ce que le programme apporte, selon elle, c’est « la permission de faire des erreurs », le temps de penser à son « étoile polaire » plutôt que de rester « en mode survie » à produire ce qui se vend. « L’art est l’amour de ma vie, et il m’a sauvé la vie », ajoute-t-elle. 

De Fort Good Hope à Kalaallit Nunaat 

Le reste de la cohorte dessine la carte économique du Nord autochtone : Kara Manuel, conseillère et coach de Pathways Consulting à Fort Good Hope (T.N.-O.), qui se dit « briseuse de cycles » intergénérationnels ; Cole, Tłı̨chǫ de Yellowknife, photographe et cinéaste derrière STLN LNDS (Stolen Lands) Entertainment, musique, médias, mode et arts ; Amy, gardienne du savoir des plantes médicinales au Yukon ; une illustratrice inuvialuite d’Inuvik spécialisée en facilitation graphique ; une artisane de mitaines de Cambridge Bay ; et Kunuk, consultante inuk formée en droit et en politiques publiques, dont le travail porte sur la gouvernance, la souveraineté alimentaire et la réappropriation de la langue. 

La soirée s’est conclue par la conférence de Tupaarnaq, Inuk du Groenland (Kalaallit Nunaat) établie en Alberta, ancienne banquière devenue formatrice en « traumatisme de l’argent ». Son récit, celui d’une femme terrifiée par la parole publique qui s’est entraînée chaque lundi soir chez Toastmasters, dans le sous-sol d’une église, a fait rire une salle qui s’y reconnaissait. 

Au Franco-Centre, où tartare de caribou et omble chevalier circulaient dans un public mêlant Inuit, francophones et nouveaux arrivants, la soirée rappelait une évidence : à Iqaluit, les communautés minoritaires ont tout intérêt à partager leurs murs. Les dix entrepreneurs, eux, se retrouveront en janvier à Whitehorse. D’ici là, promet le programme, « des Nordiques qui prennent soin de Nordiques ». 

Tuma et Liana en chants de gorge (katajjaq) sur la scène du Franco-Centre, jeudi 8 octobre. 

Le Nunavoix 

Brea Rose, auteure-compositrice tahltane et crie établie à Whitehorse et membre de la cohorte 2026-2027, en prestation au Franco-Centre.

Le Nunavoix 

Le public attablé du Franco-Centre pendant les présentations de la cohorte.

Le Nunavoix 

Sizula Pitsiulak, fondatrice de Made Up North, qui conçoit à Iqaluit des jouets éducatifs en inuktitut imprimés en 3D.

Le Nunavoix 

Tartare de caribou et cuillères d’omble chevalier : le buffet a donné le ton nordique de la soirée.

Le Nunavoix 

Rachel Michael, animatrice de la soirée, au lutrin du Franco-Centre.

Le Nunavoix 

Guná (Megan) Jensen, artiste tlingit de la Première Nation de Carcross/Tagish et fondatrice de Guná Designs.

Le Nunavoix 

Berna, perleuse tłı̨chǫ et fondatrice de Beading for the Soul.

Le Nunavoix 

Tupaarnaq, Inuk du Groenland et fondatrice de Money Master Labs, pendant sa conférence « Journey to Entrepreneurship ».

Le Nunavoix 

Malakai, de Cambridge Bay, a ouvert la soirée par une danse au tambour, dans une tenue qu’il a cousue lui-même.

Le Nunavoix 

La Qikiqtani Inuit Association (QIA) le présente comme le premier établissement du genre dans le Haut-Arctique. Il doit notamment permettre aux étudiants inuit de poursuivre leur parcours postsecondaire près de leur culture, de leur environnement et de leur famille.  

Le projet remonte à 2016, lorsque la QIA cherchait à accroître l’emploi des Inuit à Mary River. D’abord axée sur l’acquisition de compétences transférables pour travailler dans le secteur minier, l’initiative s’est élargie lors des négociations de 2018 entourant l’aire marine nationale de conservation Tallurutiup Imanga. 

Sa vocation s’est alors tournée vers l’apprentissage dirigé par les Inuit et la recherche dans la région du Qikiqtani.

Les Inuit sont forts et capables. Nous devons avoir accès, plus près de chez nous, à des possibilités d’éducation, de formation et de développement des capacités qui respectent notre langue, notre culture et notre vision du monde.

— Olayuk Akesuk, président de la Qikiqtani Inuit Association

Une première programmation 

En mars 2025, le Collège de l’Arctique du Nunavut et la QIA ont signé un protocole d’entente visant à appuyer la formation et la recherche au Centre. Selon le document, la QIA construirait les installations, tandis que l’établissement y offrirait ses programmes, dans la mesure où cela serait permis. 

Trois programmes ont d’abord été retenus : interprétation et traduction, production et conception de fourrure ainsi que le programme de préposé aux services de soutien à la personne.  

Deux des programmes annoncés ont maintenant commencé à Pond Inlet : celui d’interprétation et de traduction, de même que celui de production et de conception de fourrure. La QIA indique que d’autres formations prévues doivent débuter en 2027, sans préciser l’échéancier du programme de préposé aux services de soutien à la personne. Le Collège de l’Arctique en assure la prestation et l’administration.  

De nouvelles possibilités seront également étudiées au cours de la présente année scolaire, mais aucune précision sur les domaines envisagés n’a été fournie.  

« Le Collège prévoit continuer d’offrir d’autres programmes à Pond Inlet à l’avenir. Là encore, du financement devra être obtenu pour soutenir ces programmes supplémentaires », indique Jackie Price, présidente du Collège de l’Arctique du Nunavut, dans une réponse écrite. 

La QIA a mis sur pied un groupe de travail stratégique chargé d’orienter le développement du Centre à court, moyen et long terme. Elle indique être en discussion avec des établissements universitaires, dont l’Université d’Ottawa et l’Université Laval, au sujet de partenariats potentiels qui pourraient soutenir de futures activités de recherche, d’enseignement et de programmation. L’organisme souhaite également poursuivre ses échanges avec d’autres partenaires universitaires et de formation à mesure que l’offre du Centre se développe.   

Une recherche plus ancrée dans la communauté 

La QIA affirme que la recherche associée au Centre sera dirigée et gouvernée par les Inuit, selon des priorités guidées par leurs besoins et leurs intérêts. L’organisme souhaite soutenir à la fois des initiatives de recherche communautaire et scientifique, afin de renforcer les capacités locales et de contribuer à la production de connaissances et à la prise de décision dirigées par les Inuit. 

Andrew Arreak, responsable des opérations au Nunavut et de l’engagement communautaire chez SmartICE, explique que, par le passé, les activités de recherche à Pond Inlet se déroulaient surtout au printemps et en été, avec des chercheurs venus du Sud. Les résidents étaient souvent embauchés comme guides, cuisiniers ou surveillants d’ours polaires, plutôt que d’y prendre part et d’en apprendre davantage sur ce qui était étudié dans la région. Il ajoute que les chercheurs donnaient peu ou pas de rétroaction à la communauté, ce qui a fini, selon lui, par susciter une certaine lassitude et une perte d’intérêt pour ce type de projets.  

« J’espère que le Centre permettra de prioriser des questions de recherche qui profiteront à la fois aux travaux de recherche et à la communauté », précise Andrew Arreak. 

Il souhaite par ailleurs que la recherche à Pond Inlet et dans les environs ait lieu toute l’année, plutôt que surtout au printemps et en été. Selon lui, SmartICE est actuellement le seul organisme à poursuivre ce type d’activités tout au long de l’hiver et de la saison des glaces. 

Moses Amagoalik, chercheur local, mesure manuellement l’épaisseur de la glace lors de travaux de terrain de SmartICE. Ces données servent notamment à étalonner les capteurs utilisés pour déterminer l’épaisseur de la glace. 

Andrew Arreak 

De son côté, Clare da Silva, agente de développement économique communautaire de la municipalité de Pond Inlet, espère que les nouvelles installations permettront aux résidents de se former, d’obtenir des certifications et d’avoir davantage de possibilités de travail sans devoir quitter la communauté.   

« L’un des plus grands défis est l’offre limitée de programmes de formation locaux et de voies d’accès à l’emploi », souligne-t-elle. Selon elle, le Centre pourrait contribuer à combler ce manque en proposant des parcours accessibles et adaptées aux réalités locales, afin de mieux préparer la population à travailler à Pond Inlet comme ailleurs au Nunavut. 

Le bâtiment comprend plus de 2 880 pieds carrés d’espaces de classe modulables, aménagés notamment pour la visioconférence et dotés d’un accès Internet haute vitesse, ainsi que des installations de laboratoire. Il peut également héberger jusqu’à 33 personnes et dispose de simulateurs d’équipement lourd d’une valeur de 2,1 millions de dollars.  

La QIA précise que ces places d’hébergement sont notamment destinées aux participants venant d’autres communautés pour suivre des formations, poursuivre des études et, éventuellement, participer à des activités de recherche. Le Centre a été conçu pour servir les Inuit de l’ensemble du Nunavut ainsi que d’autres personnes intéressées à y participer, ce qui pourrait inclure des Inuit circumpolaires. 

Le financement provient de l’Agence canadienne de développement économique du Nord, de Baffinland Iron Mines Corporation, de Services aux Autochtones Canada, de Ressources naturelles Canada et de Nunavut Tunngavik Incorporated (NTI).

En service depuis le 23 juin 2026, le bâtiment est entièrement accessible et offre une superficie d’environ 4 300 mètres carrés, contre 1000 auparavant. Cet agrandissement doit permettre d’accueillir davantage de passagers.  

Le financement fédéral servira à réhabiliter la piste, les voies de circulation et les aires de trafic.  

Une réfection préventive 

Le projet prévoit la réfection d’environ 141 000 m2 de chaussée. Selon le gouvernement fédéral, les travaux doivent améliorer la fiabilité et la sécurité du transport aérien dans le Kivalliq, prolonger la durée de vie de l’aérodrome de 15 à 20 ans et réduire les besoins d’entretien à long terme. 

Le ministère des Transports et de l’Infrastructure du Nunavut précise que la piste de Rankin Inlet n’avait pas été mise à niveau depuis 2008. Une évaluation réalisée en 2024 a conclu qu’un resurfaçage urgent était nécessaire. Des fissures ont été réparées en 2021, mais une réfection complète du revêtement reste à faire.  

Son état actuel n’a toutefois pas contribué jusqu’ici à des perturbations des vols, souligne-t-il.  

Encore à l’étape de la conception, le projet doit assurer la continuité des liaisons alors que la piste approche de la fin de sa durée de vie utile. 

Les travaux ne permettront cependant pas de réduire le coût élevé des déplacements, ajoute-t-il. Leur objectif est de maintenir une desserte fiable à Rankin Inlet et de préserver l’aérodrome à long terme.  

Les infrastructures ne suffisent pas 

Le Bureau de la concurrence n’a pas analysé en détail cet investissement et ne se prononce pas sur ses effets attendus.  

Son étude de marché sur le transport aérien au Canada, publiée en 2025, relève que la mauvaise qualité des pistes, les installations désuètes et les systèmes de surveillance météorologique peu fiables peuvent augmenter les coûts d’exploitation des transporteurs.  

« L’amélioration des infrastructures peut donc contribuer à répondre à certains des défis auxquels font face les compagnies aériennes dans le Nord », indique Rosalie Leblanc, porte-parole de l’organisme. 

Le document recommande notamment de moderniser les aéroports nordiques pour accueillir une plus grande variété d’appareils et davantage d’exploitants.  « De meilleures infrastructures ne résoudront pas à elles seules tous les défis liés aux coûts, à la concurrence et à la fiabilité du service dans le Nord », ajoute-t-elle. 

L’organisme explique que les collectivités nordiques peu peuplées et éloignées les unes des autres limitent la clientèle potentielle. Les dépenses élevées pour le carburant, la main-d’œuvre et le logement compliquent aussi la rentabilité de nombreuses liaisons.  

Il relève également que, dans certains grands aéroports nordiques, les compagnies établies contrôlent des actifs essentiels dont les nouveaux venus ont besoin pour exercer leur activité.  

Une concurrence accrue peut se traduire par des prix plus bas, un meilleur service et davantage de choix pour les voyageurs. Pour la favoriser, le Bureau recommande d’aménager des installations ouvertes à tous les transporteurs et d’adapter la réglementation au contexte nordique.  

Robert Connelly, président de la Kivalliq Trade Show Society, souligne que les retards et les annulations peuvent ralentir l’approvisionnement, l’arrivée de travailleurs et l’accès à des services spécialisés, en plus d’entraîner des coûts supplémentaires.  

Les tarifs aériens élevés pour les passagers et le fret représentent aussi, selon lui, un obstacle pour certaines entreprises, qui doivent répercuter une partie de ces dépenses sur leurs clients. Il ajoute que la croissance de Rankin Inlet et l’augmentation du nombre de personnes et de marchandises qui y transitent accentuent la pression sur les infrastructures et les services. 

Des investissements salués 

Robert Connelly estime que les investissements récents à l’aéroport ont des retombées importantes pour Rankin Inlet et les autres localités du Kivalliq qui en dépendent comme plaque tournante. Selon lui, l’agrandissement des installations et la modernisation de l’aire de trafic ont contribué à des déplacements plus efficaces et plus fiables des personnes et des marchandises, et devraient continuer à les faciliter.   

Il s’attend également à une capacité accrue des transporteurs et à une meilleure disponibilité des biens et des services. Ces aménagements pourraient aussi, à ses yeux, offrir de nouvelles occasions aux entreprises et aux fournisseurs locaux, ainsi que créer des emplois et des possibilités de formation.  

Pour Calm Air, l’état de l’aérodrome n’est qu’un des éléments qui influencent le bon déroulement des vols. Les retards et les annulations dans le Nord sont le plus souvent causés par la météo, la visibilité et d’autres facteurs opérationnels.  

« Tout investissement qui renforce la fiabilité à long terme d’un aéroport nordique clé est une bonne nouvelle pour les communautés que nous desservons », indique Calm Air.

Un avion de Calm Air devant la nouvelle aérogare de Rankin Inlet.

Calm Air International LP

La météo, toujours déterminante 

En visite pour la première fois à Rankin Inlet à l’occasion du Kivalliq Energy Forum, George Hauffe a eu une impression très positive de la nouvelle aérogare. Il décrit une arrivée sans retard, un débarquement et une récupération des bagages rapides, ainsi que des installations impeccables et un personnel courtois. 

Son départ a toutefois été plus incertain : un épais brouillard enveloppait Rankin Inlet le lundi matin. Hauffe rapporte avoir entendu que certains vols avaient été annulés. « Le brouillard était si épais que je ne pouvais pas voir de l’autre côté de la route. On nous a dit que notre avion risquait de ne pas pouvoir atterrir en raison de la météo », raconte-t-il. 

Le groupe avait prévu un plan B, mais n’avait trouvé aucune chambre disponible dans la communauté. Le soleil a finalement percé et les voyageurs ont pu repartir vers Yellowknife.  

Robert Connelly estime que d’autres investissements seront nécessaires pour rendre les déplacements plus fiables et plus abordables. Il cite un système d’atterrissage aux instruments (ILS), grâce auquel davantage d’appareils pourraient se poser par mauvais temps et lorsque la visibilité est réduite. 

Il croit que moins de retards et d’annulations pourraient diminuer certains frais d’exploitation des transporteurs. Ces économies pourraient ensuite profiter aux résidents, aux entreprises et aux voyageurs, espère-t-il.  

À ces besoins s’ajoutent, selon lui, des infrastructures opérationnelles pour le fret, la réfrigération, l’entretien des appareils, le stationnement et le soutien aux déplacements médicaux. 

Le Triple R comptera sept chambres et pourra recevoir des femmes avec leurs enfants, tant de Sakikiluaq que d’autres communautés du Nunavut. Il doit offrir un lieu adapté à celles qui ont besoin de protection.  

Le projet accuse un important retard. Selon CBC, des problèmes restent à corriger, notamment au chapitre du chauffage, du stockage de l’eau, de la cuisine et de l’accessibilité.  

À la fin septembre, l’administrateur principal de Sanikiluaq, Robert Hedley, disait espérer une mise en service environ cinq semaines plus tard. Le Nunavoix n’a toutefois par réussi à faire confirmer cet échéancier malgré plusieurs demandes adressées à la municipalité et aux responsables du refuge. 

Dans cette optique, Pauktuutit Inuit Women of Canada considère l’ouverture prévue du Triple R comme « une étape importante vers la création d’un environnement sécuritaire pour les femmes inuit dans la communauté ». 

Des besoins très concrets 

À Pond Inlet, où un refuge pour femmes a ouvert à l’automne 2023, la gestionnaire Amy Pitseolak constate que certaines résidentes arrivent avec très peu de ressources. Parmi les nécessités immédiates figurent les vêtements, les couches et la préparation pour nourrissons.  

Pour celles qui proviennent d’autres communautés, les difficultés peuvent être encore plus grandes. Des résidentes se retrouvent parfois sans revenu une fois sur place, ce qui complique leur capacité à se procurer l’essentiel. 

« Certaines femmes arrivent ici sans rien parce qu’elles fuient une situation de violence familiale », explique-t-elle.  

Le refuge de Pond Inlet compte cinq chambres et peut accueillir jusqu’à 20 femmes et enfants. Pour la gestionnaire, sa présence offre désormais à celles qui en ont besoin un lieu où se réfugier. 

L’établissement peut héberger pour la nuit des femmes et leurs enfants qui doivent s’éloigner temporairement de leur domicile, notamment lorsqu’un conjoint ou un membre de la famille consomme de l’alcool.  

Le déplacement demeure toutefois un défi pour celles qui viennent d’une autre communauté. « Elles doivent quitter leur maison, leurs proches ou leur emploi pour se rendre dans un endroit sécuritaire », souligne-t-elle.  

L’expérience du refuge a également fait ressortir certains besoins qui dépassent l’hébergement. Parmi ceux-ci, des services de garde permettrait à celles qui y séjournent de travailler ou de poursuivre leurs études sans devoir chercher elles-mêmes quelqu’un pour s’occuper de leurs enfants. Un soutien en santé mentale est disponible et des conseillers sont accessibles 24 heures sur 24, sept jours sur sept, précise la gestionnaire.

Le refuge pour femmes de Pond Inlet, ouvert à l’automne 2023, peut accueillir jusqu’à 20 femmes et enfants. 

 

Amy Pitseolak 

Quand les refuges sont absents  

Dans les localités du Nunavut qui ne disposent pas d’une ressource d’hébergement destinée aux victimes de violence familiale, Irma Arkus, directrice des politiques, de la planification et des communications au ministère des Services à la famille du Nunavut, souligne le rôle central des services sociaux communautaires. 

« Les travailleurs évaluent les besoins immédiats en matière de sécurité et aident les personnes survivantes à trouver un endroit sûr », indique-t-elle. Cela peut notamment passer par l’accès à un refuge situé ailleurs ou par un hébergement chez des membres de la famille, des amis ou des proches.  

Ils peuvent également offrir du soutien pour élaborer un plan de protection, les orienter vers une ressource appropriée et organiser leur déplacement.  

Le ministère estime par ailleurs que l’offre actuelle de places dans les refuges au Nunavut ne suffit pas à répondre aux besoins. « Les installations existantes ont d’importantes limites de capacité », précise Irma Arkus. Elle donne en exemple le plus grand refuge d’Iqaluit, qui ne comptait que 26 lits en 2025.  

Trouver un logement stable et abordable après avoir quitté un refuge demeure un défi majeur et persistant, selon elle. 

Rester près de sa communauté 

Pour Pauktuutit, la sécurité passe aussi par le maintien des liens avec son milieu, sa culture et son identité.  

L’organisme estime qu’un investissement soutenu dans des solutions dirigées par les Inuit peut permettre aux femmes et à leurs enfants d’avoir accès à des endroits sécuritaires sans devoir quitter leur communauté.  

Lorsqu’elles doivent partir ailleurs pour se mettre à l’abri, elles peuvent perdre plusieurs de leurs repères essentiels. « Elles sont séparées de leur famille, des aînés, de leur langue, de leur culture, de leur emploi, de l’école et d’autres soutiens au moment où elles en ont le plus besoin », souligne Pauktuutit. 

La présence de refuges dans l’Inuit Nunangat peut contribuer à prévenir l’isolement social, les obstacles linguistiques, la discrimination et les difficultés d’accès à des services culturellement adaptés. Les femmes inuit et leurs enfants peuvent également être confrontés à l’instabilité résidentielle ou à l’itinérance après avoir fui la violence. Cette réalité est liée au sous-investissement et à des politiques fragmentées.  

Parmi les lacunes relevées par l’organisme figurent l’absence de financement stable sur plusieurs années pour les organismes qui gèrent ces établissements, ainsi que le manque d’intégration systématique entre les programmes d’habitation et les mesures de soutien offertes localement, comme l’aide en santé mentale, la sécurité du revenu, les services de garde et la prévention de la violence.  

Pauktuutit affirme qu’environ 59 % des communautés inuit ne disposent pas d’un refuge d’urgence, laissant de nombreuses femmes et leurs enfants sans ressource de ce type sur place. L’organisation préconise notamment un soutien financier à long terme, du personnel inuit local formé ainsi qu’un continuum allant de l’hébergement d’urgence au logement permanent, en passant par des solutions de transition et de deuxième étape. 

Les 25 communautés du territoire dépendent encore du diesel pour leur électricité. Le gouvernement du Nunavut soutient notamment le développement de systèmes hybrides associant des sources renouvelables, des batteries et des génératrices afin de réduire la consommation de carburant sans compromettre la fiabilité de l’approvisionnement électrique.   

Le 22 juin 2026, Ottawa a annoncé 17,2 millions de dollars pour quatre projets d’énergie propre au Nunavut. Parmi eux, une initiative financée à hauteur de plus de 4,8 millions de dollars permettra à Nunavut Nukkiksautiit Corporation de réaliser des études d’ingénierie à Sanirajak, Kinngait et Qausuittuq en vue d’un microréseau combinant énergie solaire, éolienne et stockage par batterie.  

Près de 8,5 millions de dollars sont également destinés à la même société pour un système d’énergie propre au nouvel hôtel et centre de congrès Aqsarniit, à Iqaluit, tandis que Sakku Investments reçoit 2,5 millions de dollars pour un projet solaire intégrant des batteries à Rankin Inlet.  

Enfin, plus de 1,3 million de dollars sont accordés à Qulliq Energy Corporation (QEC) pour accélérer le développement des énergies renouvelables à l’échelle du territoire.  

D’autres initiatives progressent dans plusieurs communautés du Nunavut. 

Kugaaruk au stade de l’évaluation 

À Kugaaruk, la démarche demeure exploratoire. Le 25 septembre 2026, la Commission du Nunavut chargée de l’examen des répercussions a ouvert la période de commentaires publics sur une proposition d’Aurora Energy Solutions visant à évaluer les ressources éoliennes et solaires dans la communauté.  

La station temporaire serait exploitée d’octobre 2026 à octobre 2028 sur un terrain inutilisé situé dans les limites municipales. Elle comprendrait notamment un lidar, un appareil permettant de mesurer le vent à distance à l’aide d’un laser, ainsi que six panneaux solaires, quatre microéoliennes et des batteries.  

Les données recueillies serviraient à soutenir la planification de futurs projets d’énergie renouvelable à l’échelle locale. La proposition ne prévoit toutefois aucune infrastructure permanente de production d’électricité.

La cérémonie de coupe du ruban du projet solaire Ikayuut, à Naujaat, en septembre 2026.

 

Stewart Burnett 

Des projets qui se concrétisent 

À Naujaat, Ikayuut alimente le réseau électrique de la communauté depuis le 20 août 2026.   

Le système combine une installation solaire d’une puissance de 1,4 mégawatt et une batterie pouvant stocker un mégawattheure d’électricité. Il devrait couvrir environ 30 % des besoins annuels en électricité de Naujaat.   

Selon QEC, Ikayuut est le premier projet achevé dans le cadre de son programme de producteurs d’électricité indépendants. Il fournit déjà de l’électricité à la Société d’État, mais demeure en période d’essais et devrait atteindre sa pleine capacité de production au printemps 2027. 

À Sanikiluaq, une turbine d’un mégawatt a été érigée à la fin septembre 2026 dans le cadre du projet Anuriqjuak Nukkiksautiit, dont le financement provient de plusieurs partenaires. 

Le maire de Sanikiluaq, Johnny Appaqaq, affirme que cette initiative devrait permettre à la communauté de ne plus dépendre uniquement des génératrices au diesel pendant l’hiver. « Nous verrons comment cela se passera une fois que l’éolienne sera mise en service en novembre ». 

Un système de stockage par batterie est également prévu. L’ensemble devrait réduire d’au moins 50 % la consommation de diesel destinée à la production d’électricité. Selon la Banque de l’infrastructure du Canada, cette réduction pourrait atteindre 70 %, soit jusqu’à 600 000 litres par année.  

Des travaux restent toutefois nécessaires pour intégrer la turbine au réseau électrique local. Sa mise en service suivra leur achèvement et les essais requis.   

Plus largement, QEC indique avoir reçu, dans le cadre de son programme de producteurs d’électricité indépendants, des demandes concernant des projets dans dix communautés : Arviat, Baker Lake, Cambridge Bay, Chesterfield Inlet, Coral Harbour, Iqaluit, Naujaat, Rankin Inlet, Sanikiluaq et Whale Cove.  

Ces dossiers se trouvent à différentes étapes du processus d’examen et d’évaluation technique. La société d’État souligne toutefois que le dépôt d’une demande ne garantit pas la réalisation d’un projet. 

Une accélération après plusieurs années de travail 

Pour Martha Lenio, directrice générale d’Arctic Renewables Society, la tendance observée est bien réelle au Nunavut. « Le développement des énergies renouvelables s’accélère, mais il repose sur le travail réalisé au cours des huit à dix dernières années », souligne-t-elle.  

Elle attribue notamment cette évolution à des changements de politiques qui ont progressivement permis à QEC d’acheter de l’électricité renouvelable auprès de fournisseurs indépendants. Elle cite le programme de mesurage net, dont la politique a été publiée vers 2018, celui destiné aux producteurs commerciaux et institutionnels, vers 2019, puis celui des producteurs indépendants mis en place au début des années 2020 et ajusté depuis.  

Selon elle, ces mesures ont favorisé la réalisation d’installations de plus grande envergure. De telles initiatives prennent toutefois davantage de temps à se concrétiser, puisqu’elles nécessitent des études environnementales et techniques ainsi qu’une participation des communautés.  

Martha Lenio juge également le financement fédéral essentiel à la réussite des projets communautaires. Elle mentionne notamment l’Initiative autochtone pour réduire la dépendance au diesel, le programme Énergie propre pour les collectivités rurales et éloignées ainsi qu’ARDEC Nord. Ces programmes ont appuyé diverses réalisations, allant d’installations solaires sur des équipements communautaires à des études de faisabilité, en passant par la formation et l’élaboration de plans énergétiques locaux. 

Le soutien territorial a également joué un rôle grâce au programme de subvention en énergie renouvelable pour cabine, qui encourage l’utilisation du solaire et de l’éolien et contribue à réduire la dépendance au diesel lors des séjours hors des communautés. L’ensemble de ces efforts se traduit maintenant par une meilleure compréhension et une adoption accrue de l’énergie propre et de l’efficacité énergétique au Nunavut. 

Le ministère de l’Environnement du Nunavut partage ce constat.

Le Nunavut assiste à un passage de petits projets de démonstration à des projets d’énergie renouvelable de plus grande ampleur à l’échelle communautaire, qui peuvent réduire considérablement la consommation de diesel .

— Ministère de l’Environnement du Nunavut

Il explique cette accélération par l’augmentation des investissements, le leadership accru des Inuit et des communautés, l’amélioration des données sur les ressources renouvelables ainsi que les progrès en matière de stockage par batterie et de microréseaux. Le gouvernement travaille également à l’élaboration d’une stratégie énergétique du Nunavut destinée à orienter la transition à long terme selon des approches adaptées aux communautés.  

De son côté, QEC associe l’intérêt croissant pour l’énergie propre à des cadres plus clairs pour l’intégration des projets aux réseaux locaux et à un meilleur accès au financement. 

Des défis techniques, financiers et humains 

Malgré cette progression, Martha Lenio estime que le coût des projets et la difficulté de les mener à bien localement demeurent des obstacles importants. L’aide fédérale reste particulièrement nécessaire pendant leur développement, avant qu’ils ne génèrent des revenus.  

Les communautés ont également besoin de personnel qualifié pour assurer la mise en place et l’entretien des installations. « Le financement et les capacités humaines, notamment la formation, sont deux des principaux défis », résume-t-elle. Cette demande de main-d’œuvre pourrait toutefois favoriser la création d’emplois dans le secteur.   

À ces enjeux s’ajoutent des contraintes techniques. Les réseaux électriques des 25 communautés ne sont pas interconnectés, ce qui empêche de recevoir de l’électricité d’une autre localité en cas de panne. L’intégration du solaire et de l’éolien exige donc une planification et des essais tenant compte des particularités de l’Arctique. 

QEC souligne aussi les coûts liés à la modernisation des réseaux, au transport maritime d’équipements spécialisés et à l’adaptation des infrastructures au diesel. Les conditions hivernales limitent les périodes propices à la construction et compliquent la production d’énergie renouvelable sans stockage par batterie adéquat. 

Le ministère de l’Environnement considère la sécurité énergétique comme un élément important de la transition. « Dans un avenir prévisible, les énergies renouvelables fonctionneront parallèlement à la production actuelle au diesel », indique-t-il. Un recours accru à l’électricité renouvelable produite localement pourrait ainsi réduire la dépendance au carburant importé et renforcer la résilience des systèmes énergétiques du Nunavut.

Ces dernières semaines, j’ai retrouvé l’Arctique après une longue année d’absence. Retrouvé le Grand Nord à la saison que je préfère : l’automne. Ukiaq en groenlandais et en inuktitut. 

Mais l’automne existe-t-il réellement sous les hautes latitudes ? Une saison fugace, une transition éclair entre l’été étincelant et la longue nuit d’hiver. Malgré sa rapidité, l’automne boréal porte, lui aussi, une sensation de ralentissement, de sérénité, le calme de paysages abandonnés par les migrateurs, moins de baleines, peu d’oiseaux marins. Plus de glace non plus, septembre étant le mois où l’étendue de glace de mer est à son minimum. Les bateaux ravitailleurs entament leurs dernières tournées de livraisons avant la longue trêve hivernale. Dans les maisons, les coops, on fait des stocks et des réserves.  Au Groenland, c’est la saison de la chasse aux rennes. Sous leur fourrure, les grands mammifères terminent d’épaissir leur graisse. 

Ce que j’affectionne particulièrement à cette saison, c’est d’observer, à l’image des latitudes forestières, la toundra arctique se parer de robes aux mille couleurs chatoyantes. Même rase, la végétation se dore, rougit, s’agite, fait valser ses flammettes de petites feuilles de saules jaunes, de bouleaux écarlates, secoue les dernières baies comme des clochettes que gobent les lagopèdes et les renards en demi-pelage hivernage. Ces teintes se retrouvent, le soir et le matin, dans les lumières inimitables d’aurores et des crépuscules incandescents. 

Le bateau de croisière d’expédition sur lequel je navigue avance en silence. Dans le vent frais de son sillage, je pressens les effluves des futures neiges. L’hiver est à nos trousses. 

Avant que le blanc ne revienne habiter en maître le paysage, que la neige ne recouvre les souvenirs des grandes chaleurs, que la glace de mer bâillonne à nouveau les éclats de l’océan, il est temps de se retourner et de dresser le bilan de ce que fut ce dernier été. 

Un été chaud confirmé sous les latitudes boréales 

Au fil des communautés que je visite, à Qeqertarsuatssiat au Groenland, à Iqaluit au Nunavut, à Nain et à Rigolet au Labrador, j’interroge les habitants. Comment a été l’été par chez vous ? 

Partout, une réponse unanime et souriante : « très beau ! » « Plus beau que d’habitude, surtout en juillet ». Par « beau », on entend très chaud et très sec. Plus que d’habitude donc. Des conditions plutôt bienvenues en ces périodes d’effervescence, de pêche, de déplacements, de visites, d’activités multiples. Août ne fut pas moche non plus, plutôt habituel.  En d’autres termes, l’été 2026, en Arctique comme en Europe, semble avoir rimé avec chaleur et de sécheresse. La tendance climatique se confirme, la tendance au réchauffement se renforce et avec elle, les conséquences associées sur l’environnement. 

Qu’en disent les données scientifiques collectées cet été ? Elles corroborent largement ces quelques témoignages, mais les tempèrent parfois aussi, car cet été boréal n’a pas montré de manière homogène de record flagrant.  

Ainsi, les premières observations montrent des mois de juin à août 2026 exceptionnellement chauds à l’échelle de l’Arctique, agrémentés de disparités régionales marquées : au Nunavut, record des températures depuis 1950. Au Groenland aussi elles dépassent les moyennes. Juin fut le mois de juin le plus chaud jamais enregistré dans l’Arctique, avec des températures régionales supérieures de +2,22 °C à la normale. Juillet se positionne troisième plus chaud de l’histoire de l’Arctique, (températures records en Sibérie jusqu’à 37,7 °C et plus de 30 °C dans les Territoires du Nord-Ouest). En revanche, les latitudes plus hautes qui bordent le pôle Nord ont enregistré un été frais et agité, caractérisé par une basse pression atmosphérique (le plus frais depuis 2014). 

De multiples répercussions 

Les conséquences s’illustrent directement dans l’étendue de glace de mer. Au 12 septembre, le minimum observé était de 4,60 millions de kilomètres carrés, au niveau similaire à celui des étés 2008, 2010 et 2025, le classant au rang de 10ᵉ plus bas jamais enregistré par satellite. Début octobre, l’étendue de banquise reste inférieure à la moyenne le long des côtes eurasiennes, et en mer de Barents. En revanche, le côté sud du Passage du Nord-Ouest est resté obstrué par des glaces épaisses dans le détroit de M’Clure. Du côté de l’Atlantique, la banquise, peu compacte, s’étend jusqu’au pôle Nord. 

Les conséquences du changement climatique s’illustrent directement dans l’étendue de glace de mer. Au 12 septembre 2026, le minimum observé était de 4,60 millions de kilomètres carrés, au niveau similaire à celui des étés 2008, 2010 et 2025, le classant au rang de 10e plus bas jamais enregistré par satellite.

Centre national de données sur la neige et la glace, Université du Colorado Boulder

Ces conditions météorologiques se répercutent sur l’état des sols et sur la fonte du pergélisol. Le Labrador est une région particulièrement touchée par ce phénomène. Des terrains autrefois solides deviennent instables, provoquant des fissures et des affaissements sous les habitations et les bâtiments communautaires. La communauté de Nain, village le plus septentrional de la province du Nunatsiavut, déplore la fragilisation des infrastructures. Les travaux nécessaires à la mise aux normes des bâtiments se heurtent aux difficultés d’accès aux matériaux et de logistique. Le nouveau centre culturel Illusuak, flambant neuf, a été construit en bordure de côte sur des pilotis enfoncés à 25 mètres de profondeur dans la roche afin d’éviter de tels désagréments. 

Des études montrent que cette fonte se déroule aussi sous le plancher océanique. La communauté, pour laquelle la pêche à l’omble chevalier demeure une ressource importante, s’en inquiète, mais observe également avec surprise l’arrivée dans la rivière de saumons, jusqu’ici absents.  

Un peu plus au sud de Nain, le petit village de Rigolet ne connait pas les mêmes inquiétudes. Le saumon de la rivière qui remonte jusqu’au lac Melville se porte bien. Au village, une fête s’annonce. Les moustiques sont partis. On danse en dégustant de la confiture de chicouté et des gâteaux de poisson. C’est avec regret que je quitte le Labrador, admirant les heures durant le défilé majestueux de la forêt boréale.  

Quelques jours plus tard, à Terre-Neuve, les habitants me tiendront un discours différent sur les mois écoulés : un été très froid, humide. Le dérèglement du climat n’arbore pas partout le même visage. 

Quel sera celui de l’hiver qui s’avance ? Alors qu’un épisode intense d’El Niño intense est attendu, chacun s’interroge. 

Fin septembre, le regel de la banquise a entamé un développement rapide, dû à des conditions assez fraîches en Arctique. 

À l’heure où je vous écris, à 82°N, la nouvelle Tara Polar Station (TPS), bateau scientifique moderne en forme de soucoupe, vient volontairement de se faire prendre dans les premières glaces. Installée sur une plaque immense, elle entame une dérive arctique au gré des courants qui devrait durer près de neuf mois. À son bord, douze femmes et hommes entament un long hivernage. 

Étendue de la glace de mer à son minimum, en Septembre 2026, comparé à la moyenne observé entre 1981 et 2010 (ligne magenta).

Centre national de données sur la neige et la glace, Université du Colorado Boulder

Daphné Buiron, glaciologue (PhD)

Passionnée de nature et d’exploration, j’ai étudié les géosciences et la climatologie. J’ai soutenu un doctorat sur la science des carottes glaciaires à l’Université de Grenoble, en France. En 2012, je suis partie vivre une année sur la base Dumont d’Urville, en Terre Adélie. Depuis, je travaille comme guide naturaliste conférencière sur des navires d’expédition, ou comme coordinatrice scientifique. J’aime arpenter les pôles, en explorer la nature, les cultures, en saisir la poésie. En 2016, j’ai passé plusieurs mois au Groenland pour un projet éducatif. Je continue d’étudier la culture du Grand Nord. En parallèle, j’œuvre dans l’éducation, le journalisme, la communication et suis auteure de plusieurs ouvrages.

Un sondage mené auprès de 650 résidents de plus de 18 ans, du Yukon, des TNO, du Nunavut et du Nunavik, mené en mai 2026, par l’observatoire de la politique et de la sécurité de l’Arctique (OPSA), le réseau canadien de la défense et de la sécurité ainsi que le Centre d’études politiques internationales a permis de recueillir les réponses des résidents de l’Arctique et leur degré de satisfaction envers les différentes instances de gouvernements dans un contexte de renforcement de la sécurité dans le Nord.

Anessa Kimball, professeure titulaire en sciences politiques à l’Université Laval, remarque que les États-Unis sont dorénavant perçus comme une menace dans la région arctique par 48 % des répondants contre 37 % en 2025.

 

Courtoisie Université Laval / Anessa Kimball 

Une inquiétude croissante 

En 2025, un premier sondage avait mis en lumière une vision plutôt sombre. Cette année encore, les personnes interrogées ont exprimé leur pessimisme face à la nature des menaces qui pèsent sur l’Arctique canadien.  

Anessa Kimball, professeure titulaire en sciences politiques à l’Université Laval, qui collabore avec l’Observatoire de la politique et de la sécurité de l’Arctique, remarque que les États-Unis sont dorénavant perçus comme une menace dans la région arctique par 48 % des répondants contre 37 % en 2025, tandis que seulement 30 % citent la Russie (35 % en 2025) et 12 % seulement la Chine (17 % en 2025). 

De plus, 60 % des personnes interrogées pensent que le Canada devrait adopter une ligne ferme pour défendre ses territoires de l’Arctique et seuls 26 % estiment qu’il vaut mieux négocier un compromis avec les autres pays contre 47 % en 2025.  

Par ailleurs, les menaces pesant sur l’espace aérien canadien ont été perçues comme les plus préoccupantes, 50 % des personnes interrogées se sentant peu ou pas du tout en sécurité face à une éventuelle attaque aérienne, peut-on lire dans les résultats du sondage. 

Une menace maritime  

Les perspectives des régions du Nord concernant le trafic maritime futur sont sans équivoque, peut-on lire dans les résultats du sondage. Alors qu’une augmentation du trafic maritime est prévue dans les prochaines années, 85 % des répondants partagent cette hypothèse, qu’il s’agisse d’une augmentation significative (38 %) ou d’une augmentation modérée (47 %).  

En revanche, les types de vaisseaux et la menace potentielle qu’ils représentent sont perçus différemment. Au Nunavut, les répondants ont des opinions relativement similaires sur les navires de fret et les navires de croisière, ces deux types de navires étant considérés comme une menace par une proportion similaire de personnes interrogées (respectivement 35 % et 28 %). Cela met en évidence des points de vue divergents concernant le tourisme dans ce territoire : certaines communautés sont ouvertes au tourisme et aux navires de croisière, tandis que d’autres se montrent plus réticentes à saisir cette opportunité économique potentielle. 

Au Nunavik, les bateaux de croisière sont davantage perçus comme des menaces. Ces réponses illustrent une différence de perception entre les habitants et celle des experts sur les questions de sécurité.

« Les experts vont souligner que les menaces dans l’Arctique, ce sont souvent les navires de pêche ou les navires scientifiques de la Chine ou de la Russie. Et donc, encore une fois, on voit un désalignement avec ce que les experts disent et ce que les gens qui vivent là ont comme perception de la menace »

— Anessa Kimball, professeure titulaire en sciences politiques à l’Université Laval

Un manque de consultation du gouvernement fédéral 

Certaines questions du sondage abordent également la satisfaction des habitants du Nord à l’égard de leur gouvernement territorial ainsi que du gouvernement fédéral. Dans l’ensemble, les résultats montrent que les répondants reconnaissent certaines opportunités économiques avec des offres d’emplois intéressantes, mais le gouvernement fédéral ne consulte pas suffisamment les habitants du Nord.  

Malgré le manque de consultation de la part du gouvernement fédéral exprimé par les répondants, les effets positifs des emplois et des projets fédéraux qui se développent en Arctique sont plutôt bien considérés. « C’est sûr que cela démontre justement le fait que la confiance est encore à bâtir entre les gouvernements et les personnes qui vivent dans ces régions-là », remarque Mme Kimball. 

Par ailleurs, le niveau de satisfaction à l’égard des gouvernements territoriaux est élevé, ce qui offre à ces derniers l’opportunité de jouer un rôle plus central dans les décisions importantes. Ces administrations bénéficient clairement d’un capital de sympathie de la part du public et pourraient être mises à contribution. 

Contrer la tendance «préoccupante» de l’unilinguisme anglophone…

Dans l’une de ses deux recommandations, la commissaire dit vouloir éviter une tendance vers l’unilinguisme dans les services au public et dans la langue de travail de la fonction publique.

Elle enjoint le Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada à rendre la formation sur les responsabilités des gestionnaires de la fonction publique en lien avec les langues officielles obligatoire d’ici le 31 mars 2028. Cette formation est donnée par l’École de la fonction publique du Canada.

Une manière d’éviter cette «tendance préoccupante de fonctionnaires représentant des institutions fédérales qui prennent publiquement la parole uniquement ou majoritairement dans une seule des deux langues officielles», indique la commissaire dans le rapport.

«Il s’agit pourtant de chefs de file qui ont la responsabilité de promouvoir un milieu de travail bilingue et propice à l’usage des deux langues officielles», peut-on lire.

Sans l’évoquer, c’est l’unilinguisme anglophone qui est ici visé. La commissaire demande aux responsables à «promouvoir un milieu de travail bilingue», en rappelant que l’unilinguisme des personnes dans les postes d’autorité donne un «mauvais exemple» au personnel.

… par la formation

Le rapport souligne que 73 plaintes ont été recensées pour l’année 2025-2026 en lien avec les formations pour les fonctionnaires. L’accès inégal à la formation en français pour le personnel des institutions fédérales est pointé comme un irritant. Il y aurait un manque de ressources disponibles dans cette langue et une qualité et une fréquence parfois inférieures à celles offertes en anglais.

La langue choisie par l’employé dans les régions désignées bilingues en vertu de la Loi sur les langues officielles (LLO) n’est pas toujours respectée, notamment dans les outils de travail ou la supervision.

Il faut aussi mieux encadrer la conception des formations, exprime le rapport. Celles créées dans des régions unilingues et déployées à l’échelle nationale sont rarement traduites ou offertes dans l’autre langue.

Ces lacunes peuvent avoir des conséquences négatives sur les employés, comme «freiner son rendement, provoquer son exclusion ou créer une insécurité linguistique».

Des plaintes au sujet de séances d’information, de présentations ou de discours livrés entièrement dans une seule des deux langues officielles par des fonctionnaires représentant des institutions fédérales assujetties à la Loi ont été recensées. La présence écrasante de l’anglais dans des comités interministériels également.

À lire aussi : Des milliers de documents de travail seulement en anglais à Statistique Canada

Considérant la constance des manquements liés aux droits et obligations en matière de langue de travail au fil des ans, force est de constater qu’il est grand temps que la formation à ce sujet devienne obligatoire pour les fonctionnaires en situation de leadeurship […]»,

— Rapport de la commissaire aux langues officielles

Intégrer une lentille «langues officielles» dans l’utilisation de l’IA

Les autres recommandations concernent l’intelligence artificielle (IA). Il y a un biais linguistique qui découle de cet outil, dénonce la commissaire aux langues officielles dans son rapport.

«[…L]es fonctionnaires fédéraux ont besoin de technologies qui fonctionnent dans les deux langues simultanément et de façon uniforme. De plus, ils ont besoin de formation pour apprendre à déceler les biais culturels linguistiques que peuvent entrainer les outils d’intelligence artificielle», affirme Kelly Burke, dans sa première recommandation.

Elle déplore notamment que le Guide sur l’utilisation de l’intelligence artificielle générative du Secrétariat du Conseil du Trésor ne fournisse pas de méthode pour remédier à ces biais, «qui pourraient représenter de manière disproportionnée les perspectives anglophones au détriment des perspectives francophones».

Kelly Burke et son équipe proposent au gouvernement fédéral d’adapter tout outil d’intelligence artificielle qu’il acquiert et de «proposer des interfaces et fonctionnalités d’égale convivialité en français et en anglais» aux fonctionnaires.

En outre, la Loi sur les langues officielles modernisée en 2023 devrait figurer dans la liste des lois qui touche de près ou de loin la Stratégie nationale en matière d’intelligence artificielle du Canada : L’IA pour touslancée le 4 juin 2026.

Amendes délivrées par le commissariat : désaccord avec Patrimoine canadien

Le rapport fait état d’un autre point d’accroche majeur : l’exclusion de certaines entités qui devraient, selon la commissaire, recevoir des sanctions administratives pécuniaires.

Depuis la publication de l’avant-projet de règlement sur les sanctions administratives pécuniaires qui encadre un nouveau pouvoir du Commissariat aux langues officielles, la commissaire plaide pour que ces amendes visent les autorités portuaires, les autorités aéroportuaires et l’Administration canadienne de la sûreté du transport aérien.

«Patrimoine canadien croit que cette institution ne devrait pas être sujette à l’émission de sanctions puisqu’il s’agit d’une société d’État entièrement financée par des crédits parlementaires, mais le Commissariat n’est pas d’accord avec cette logique. L’inclusion de l’Administration canadienne de la sûreté du transport aérien encouragerait une meilleure conformité de sa part ainsi que le respect des obligations prévues par la Loi», plaide le rapport.

La commissaire écrit également qu’elle attend toujours du ministère qu’il revoie sa position sur l’allègement du processus de procès-verbal d’une sanction administrative pécuniaire. Elle qualifie pourtant de «simple et direct» d’autres règlements de même nature dans l’appareil gouvernemental.

Elle rappelle que les deux comités permanents des langues officielles, à la Chambre et au Sénat, appuient sa vision.

À lire aussi : Langues officielles : des élus veulent doubler les amendes et élargir les sanctions

Top 2 des plaintes en 10 ans

Sur un total de 4110 plaintes déposées auprès du Commissariat aux langues officielles en 2025-2026, 2493 ont été déposées par rapport aux services au public dans les deux langues officielles au Québec.

Cette province est largement en tête du nombre de plaintes. Arrive ensuite la région de la capitale nationale, Ottawa, avec 316 plaintes.

Selon les données du rapport, l’année 2025-2026 est la seconde année où il y a eu le plus de plaintes visant notamment la même entité et le même homme : Air Canada et Michael Rousseau, désormais ex-PDG de la compagnie aérienne.

L’année 2021 conserve la première place sur le podium. Cette année-là, il avait affirmé avoir «été capable de vivre à Montréal sans parler français» et que c’était «tout à l’honneur de Montréal», après un discours uniquement en anglais à la Chambre de commerce de Montréal.

À lire aussi : Affaire du PDG d’Air Canada, «le perpétuel recommencement»

Le nouveau pouvoir de médiation de la commissaire : un échec?

L’un des nouveaux pouvoirs accordés par la Loi sur les langues officielles au Commissariat est d’utiliser la médiation, un processus qui permet à la personne plaignante et à l’institution fédérale concernée de chercher ensemble une solution à une plainte linguistique, avec l’aide d’une personne du Commissariat. Une manière d’éviter les solutions coercitives.

Si le Commissariat reconnait que les personnes qui déposent des plaintes «manifestent généralement peu d’intérêt pour la médiation», ce n’est «pas un échec», réfute Kelly Burke, en conférence de presse lors du dévoilement du rapport. La commissaire rappelle que sur les 16 plaintes soumises à ce processus au 31 mars 2026, 8 ont été réglées malgré tout. Elle et son équipe sont en train d’améliorer le processus, affirme-t-elle. 

«Un grand nombre d’entre elles déposent une plainte uniquement dans le but de dénoncer une violation de la Loi, et ne souhaitent pas s’impliquer dans le traitement de la plainte», précise le rapport.

La crainte de dévoiler son identité pour les employés, par crainte de représailles, et la structure de certaines institutions qui rend la médiation compliquée font partie des obstacles que rencontre le Commissariat dans l’application de ce nouveau pouvoir.

C’est avec un grand honneur que nous faisons cette annonce : Le Nunavoix est le lauréat du Prix d’Excellence Générale – Réseau.Presse pour sa qualité éditoriale  

Décerné le 13 octobre à Ottawa par Réseau.Presse lors du Gala de son 50e anniversaire, ce prix récompense le sérieux, la qualité et la rigueur de notre journal. Pour la première fois de notre existence, nous nous illustrons sur la scène fédérale dans cette prestigieuse catégorie. Le Nunavoix était également finaliste dans les catégories « Article de l’année » et « Excellence Générale – Innovation et rayonnement multiplateforme ». 

« Les lauréates, les lauréats et l’ensemble des finalistes de cette année nous rappellent toute la force du journalisme francophone au Canada. Derrière chacun de ces prix, il y a des journalistes et des équipes qui vont à la rencontre de leurs communautés, qui posent des questions essentielles et qui permettent aux francophones de se voir, de se comprendre et de faire entendre leur voix. Alors que Réseau.Presse célèbre ses 50 ans, nous pouvons être extrêmement fiers du chemin parcouru et surtout enthousiastes devant ce qui reste à bâtir », a déclaré François Hastir, directeur général de Réseau.Presse. 

Un aboutissement pour notre petite mais superbe équipe. Un grand bravo à Karine Lavoie – journaliste IJL – et Brice Ivanovic – rédacteur en chef – ainsi qu’à tous nos collaborateurs et collaboratrices pour ce travail de longue haleine et cette belle récompense. 

Merci au jury pour cette distinction, à Réseau.Presse ainsi qu’à tous nos bailleurs de fonds. 

Gwendoline Le Bomin, rédactrice en chef adjointe et Karine Lavoie, journaliste IJL, ont fait le déplacement à Ottawa pour cette remise des prix.  

Nicolas Servel

Stéphane Sarrazin, député provincial de Glengarry-Prescott-Russell (Ontario) a assisté au Gala et pris la parole pour saluer la vitalité du journalisme francophone au Canada. 

Étienne Ranger (Le Droit) 

Les lauréats des Prix d’Excellence de la presse francophone 2026