« Nous avons le terrain pour construire, mais c’est l’eau qui pose problème », a déclaré Solomon Awa, maire d’Iqaluit, lors du Baffin Mayor’s Forum le 10 mars dernier.
La Ville indique pour sa part ne pas compiler de données globales sur les interruptions liées au réseau d’eau. Elle renvoie plutôt à une série d’avis publiés sur son site web et ses réseaux sociaux pour suivre les incidents depuis le début de l’année.
Plusieurs évènements ont d’ailleurs été rapportés récemment, qui ont notamment concerné les maisons dans le sud de la ville. Cette situation limite concrètement la capacité de la Ville à soutenir la construction de nouveaux logements.
Un réseau sous pression
Des enjeux ont été observés à différents endroits ces dernières semaines, selon Geoffrey Byrne, spécialiste des communications de la Ville. Il précise que les secteurs touchés et le nombre de ménages concernés sont détaillés dans les avis d’interruption.
« À cette période de l’année, le gel demeure le principal problème. Il peut entraîner des blocages dans les conduites, ainsi que des bris occasionnels en raison des variations de température et des conditions du sol. »
Ces enjeux s’inscrivent dans un contexte plus large qui affecte l’ensemble des infrastructures dans le Nord.
Le pergélisol constitue l’un des facteurs qui fragilisent ces réseaux. Son dégel, accentué par les changements climatiques, peut endommager les conduites d’eau, provoquer des mouvements du sol et exercer une pression sur les installations enfouies, souligne la Ville. Malgré ces défis, la municipalité soutient que la situation n’a pas d’incidence sur le raccordement de nouveaux logements au réseau d’eau.
Plus largement, Jean-Pascal Bilodeau, professeur agrégé à l’Université Laval et directeur adjoint du Centre d’études nordiques, explique que les mêmes mécanismes affectent l’ensemble des infrastructures nordiques, qu’il s’agisse de routes, d’aqueducs ou d’égouts. « Quand la glace fond dans un sol riche en glace, cela laisse un grand vide. L’eau s’y draine et le sol se reconsolide », précise-t-il.
Ce processus peut entraîner des tassements importants du sol, parfois de plusieurs décimètres, voire de mètres. « Il n’existe pas d’infrastructures capables de soutenir des tassements de grande envergure », poursuit-il. Les conduites d’eau enfouies sont particulièrement vulnérables à ces mouvements.
Dr Bilodeau, également titulaire de la Chaire Sentinelle Nord sur les infrastructures nordiques, précise qu’avec les changements climatiques, la situation tend à s’aggraver. Le pergélisol, qui était auparavant en équilibre avec son environnement, est désormais en transition. « Si le sol se réchauffe, cela signifie que la partie supérieure du pergélisol qui était gelé avant va avoir tendance annuellement à dégeler toujours plus en profondeur ».
Tous les types de pergélisol ne réagissent toutefois pas de la même façon selon le spécialiste. La sensibilité au dégel dépend notamment de la quantité de glace qui s’y trouve en excès. Dans certains cas, les conséquences varient. Par exemple, le pergélisol sur du roc n’entraîne pas d’enjeu de consolidation ou de tassement.
Le Dr Jean-Pascal Bilodeau explique qu’aucune infrastructure n’est capable de soutenir des tassements de grande envergure.
Des investissements attendus
Le gouvernement fédéral a récemment annoncé un investissement de plus de 108 millions de dollars dans le cadre du « Fonds pour bâtir des collectivités fortes », un programme visant à financer des infrastructures essentielles comme les réseaux d’eau, les routes et les hôpitaux. Ce financement doit notamment permettre de bonifier les services d’approvisionnement en eau et d’assainissement par camion-citerne, ainsi que le prolongement des infrastructures existantes, des conduites isolées adaptées aux conditions nordiques.
L’objectif est de soutenir un développement résidentiel à plus forte densité et de répondre aux besoins grandissants liés à la croissance démographique. La Ville consacre d’ailleurs plus de 43 millions de dollars, soit plus de la moitié de son budget 2026, à ses installations liées à l’eau. Le projet pourrait aussi avoir des retombées au-delà d’Iqaluit, en améliorant la fiabilité des services dans la capitale du territoire.
Geoffrey Byrne ajoute que ses équipes interviennent au fur et à mesure que les problèmes surviennent, tout en poursuivant des opérations d’amélioration sur le long terme. « En s’associant avec les municipalités et en travaillant directement avec elles, nous mettons en place les équipements nécessaires pour soutenir la construction d’un plus grand nombre de logements abordables et pour offrir de plus grandes chances aux Iqalummiut et aux Inuit d’accéder à la propriété, tout en renforçant notre collectivité pour l’avenir », a indiqué par voie de communiqué, Solomon Awa, maire de la Ville d’Iqaluit, à la suite de l’annonce fédérale.
Ces fonds doivent notamment favoriser la réalisation de 2 000 à 2 500 nouveaux logements d’ici 2031, ce qui représenterait une augmentation significative du parc immobilier actuel, alors même que ses limites continuent de faire débat.
Derrière cette moyenne, l’étude de 2025 repose sur un panier de 24 produits de consommation courante, avec des comparaisons d’une communauté à l’autre. Ce panier ne reflète toutefois pas entièrement les habitudes d’achat de tous les ménages.
Cette nouvelle enquête marque un retour à la diffusion de données complètes sur les prix des aliments. Ces informations avaient bien été recueillies en 2021, mais n’ont jamais été publiées en raison de problèmes de capacité.
Le gouvernement indique que les résultats ne doivent pas être directement comparés à ceux de 2019 et qu’ils doivent être interprétés avec prudence, notamment en raison des perturbations des chaînes d’approvisionnement, de la hausse des frais de transport et des pressions inflationnistes observées ces dernières années.
À Iqaluit, le coût du panier atteint 200,43 $, légèrement supérieur à la moyenne territoriale de 198,75 $. Les produits non disponibles au moment de la collecte ont été exclus des calculs. Il s’agit d’une limite importante dans un territoire où l’accès aux aliments varie d’une communauté à l’autre.
Des écarts marqués entre les collectivités
Les écarts de prix demeurent marqués entre les régions, variant d’environ 165 $ à Resolute Bay et de plus de 237 $ à Taloyoak. Même à l’échelle du territoire, les différences persistent : le panier alimentaire s’élève en moyenne à 204,31 $ dans la région du Kitikmeot, contre 192,49 $ dans le Kivalliq, la région la moins dispendieuse.
Certains aliments de base, dont les bananes et le gruau, peuvent coûter jusqu’à deux fois plus cher qu’à Ottawa. Les produits frais figurent parmi les plus volatils : dans certaines communautés, un litre de lait peut dépasser 8 $. D’autres denrées atteignent aussi des prix très élevés, comme les barres de chocolat, qui peuvent grimper autour de 88 $ le kilogramme, et les tomates, près de 20 $ le kilogramme.
Si cette hausse s’inscrit dans un contexte plus large d’inflation alimentaire à l’échelle canadienne, elle est particulièrement accentuée au Nunavut par les réalités du transport.
Interrogé sur les écarts de prix relevés par l’étude, le ministère de la Famille du Nunavut indique ne pas être surpris, évoquant notamment les coûts d’acheminement et les limites de l’approvisionnement.
Le transport, un facteur déterminant
Les coûts de transport figurent parmi les principaux facteurs qui influencent les prix au Nunavut, en particulier pour les produits frais et périssables, explique Brigitte Burgoyne, directrice des communications chez North West Company.
Dans le sud du pays, ces coûts représentent une part relativement faible de la facture alimentaire alors qu’au Nunavut, ils deviennent un facteur déterminant. De nombreux produits doivent être acheminés par avion, ce qui est beaucoup plus coûteux et très sensibles aux variations du prix du carburant.
« Lorsque le coût du carburant augmente, l’effet se fait sentir rapidement et directement en magasin », précise Brigitte Burgoyne. Même une hausse modeste des frais de transport peut avoir un impact concret.
Le fret maritime joue également un rôle clé puisqu’il constitue la base de l’approvisionnement annuel dans plusieurs communautés, ce qui fait que certaines augmentations se répercutent sur l’ensemble de l’année.
Dans les collectivités desservies par avion, une augmentation de 5 % à 10 % des tarifs de fret peut représenter 20 à 50 cents de plus par livre, soit 2 à 5 dollars de plus pour un contenant de lait de 4 litres. Selon la North West Company, les répercussions sont immédiates et bien visibles pour les ménages.
L’entreprise mentionne également que les différences entre les communautés ne se limitent pas aux prix, mais se traduisent aussi par une variabilité marquée des conditions d’approvisionnement, souligne Brigitte Burgoyne.
Les localités davantage dépendantes du transport aérien font face à des livraisons moins fréquentes et plus sensibles aux aléas climatiques, ce qui entraîne des fluctuations plus prononcées dans la disponibilité des produits, notamment les denrées fraîches, tandis que celles qui bénéficient de volumes plus importants ou d’un ravitaillement plus régulier profitent d’une certaine stabilité.
Un impact direct sur les ménages
Ces données confirment une réalité bien connue sur le terrain. « L’insécurité alimentaire atteint un niveau sans précédent au Nunavut », observe Olivia Tagalik, directrice des communications à Ilitaqsiniq.
« Le coût élevé des aliments n’est pas qu’une statistique. C’est une situation que vivent les personnes qui participent à nos programmes chaque jour. Dans chaque communauté que nous servons, le besoin est visible et grandit » poursuit-elle.
Elle précise que le panier standard présenté dans l’étude ne reflète pas toujours les conditions de vie des ménages du territoire, souvent multigénérationnels ou surpeuplés, comptant de six à plus de dix personnes sous le même toit. « Les familles peuvent devoir acheter trois ou quatre fois cette quantité simplement pour passer la semaine », note-t-elle. Par exemple, quatre litres de lait peuvent être consommés en un à deux jours.
Au-delà du prix, elle insiste aussi sur les enjeux d’accès et de régularité de l’approvisionnement, qui forcent fréquemment les foyers à faire des choix difficiles. Le ministère de la Famille indique que ces données pourraient servir à appuyer des demandes de financement et à orienter certains programmes.
Il s’agit du premier service de transport en commun à Iqaluit depuis plus de 20 ans. Le service, opéré par l’entreprise IQ Transit Ltd., marque un retour attendu après l’abandon du précédent réseau municipal en 2004, en raison de coûts élevés et d’un faible achalandage.
Selon les informations publiées en ligne, le trajet actuel compte actuellement 14 arrêts « virtuels » sans signalisation officielle, obligeant les utilisateurs à se repérer à l’aide de photos. Comme ce service est assuré par le privé, le rôle de la Ville d’Iqaluit se limite à accompagner le projet, notamment en matière de permis et de soutien administratif.
Pour l’entreprise, ce système fonctionne bien pour les usagers, qui peuvent localiser les emplacements grâce à des photos de points de repère disponibles sur le site web et l’application. « Il s’agit d’une approche moderne du transport qui permet de garder notre service flexible et accessible », explique Jacinto Marques, fondateur et chef de la direction d’IQ Transit Ltd.
La compagnie travaille aussi à traduire les panneaux d’arrêt, les annonces et le site en ligne en inuktitut. Cette étape est jugée essentielle pour assurer l’accessibilité à l’ensemble de la population.
Des réactions partagées
Sur les réseaux sociaux, les réactions sont généralement positives. Plusieurs internautes saluent une option « excellente » et « nécessaire », certains y voyant une solution prometteuse. Toutefois, certaines critiques sont exposées quant à l’accessibilité du service et à son extension à d’autres secteurs de la ville. En réponse, l’entreprise affirme analyser de nouveaux emplacements et que des zones comme le Plateau, Happy Valley et Tundra Valley figurent parmi les ajouts envisagés. D’autres annonces pourraient suivre.
Sans fournir de données précises, la compagnie évoque une hausse de l’achalandage et un fort engagement en ligne depuis le lancement. Une période de gratuité, offerte lors de la mise en place du service, a également pu encourager les premiers usagers à l’essayer.
Le tarif régulier est fixé à 5 $ par trajet pour les adultes, 4 $ pour les aînés tandis que les enfants de 10 ans et moins voyagent gratuitement. À titre comparatif, une course en taxi coûte environ 9,50 $.
Actuellement, l’offre est limitée aux jours de semaine, de 7 h à 18 h, sans service la fin de semaine. Un seul autobus est en fonction, mais un second pourrait être ajouté selon l’achalandage. Un véhicule d’appoint, accessible aux personnes à mobilité réduite, pourrait aussi être mis en circulation au besoin.
La question des infrastructures d’attente se pose également, alors que les usagers doivent composer dans un climat rigoureux une bonne partie de l’année. L’entreprise affirme que l’installation d’abris est envisagée, sans échéancier précis. « C’est certainement quelque chose que nous souhaitons explorer à mesure que le service se développe », déclare le fondateur. Interrogée sur les défis rencontrés jusqu’à présent, il parle surtout d’une « période d’adaptation ».
Des enjeux de cohabitation
Du côté des entreprises, ce nouveau mode de déplacement suscite un optimisme prudent quant à ses retombées. L’amélioration du transport collectif pourrait faciliter l’accès aux établissements, notamment dans les secteurs centraux, et soutenir l’activité économique, souligne Rowena House, directrice générale de la Chambre de commerce régionale de Baffin. « Pour certains résidents, une offre plus fiable et abordable pourrait aussi simplifier les trajets vers des magasins qu’ils fréquenteraient autrement moins souvent », poursuit-elle.
Elle insiste toutefois sur la nécessité d’une intégration réfléchie avec les options existantes. « Les taxis continuent de jouer un rôle essentiel à Iqaluit et il sera important que les deux services fonctionnent bien ensemble afin de répondre aux besoins des résidents, des travailleurs et des entreprises », ajoute-t-elle.
La Ville d’Iqaluit rappelle que ce nouveau service s’inscrit parmi d’autres modes de déplacement déjà utilisés dans la communauté, comme les véhicules privés, les taxis et le transport actif.
Plus de 11 650 foyers du Nunavut devraient bénéficier d’un meilleur accès à Internet haute vitesse grâce à cet investissement fédéral, a indiqué le secrétaire d’État au Développement rural, Buckley Belanger.
Mené par Northwestel, le projet reposera sur la constellation de satellites en orbite basse de Télésat pour accroître la capacité et la fiabilité des services dans le Nord. Selon Brandon Cooper, directeur principal du marketing et des ventes au détail de l’entreprise, le projet prévoit l’installation d’une infrastructure de fibre optique directement dans les habitations et les entreprises du territoire.
Déjà déployée dans la plupart des communautés du Yukon et des Territoires du Nord-Ouest, où plus de 95 % des foyers ont accès à Internet haute vitesse, cette infrastructure sera combinée à des liaisons satellites en orbite basse, via Telesat Lightspeed, afin d’offrir une connexion performante et à faible latence adaptée aux réalités nordiques.
Une infrastructure adaptée au Nord
Le projet est actuellement en phase de préparation, alors que des consultations sont en cours avec les communautés pour en planifier les modalités de déploiement. Brandon Cooper précise que la construction s’échelonnera sur plusieurs années, de manière progressive. L’objectif est de rendre la technologie accessible dans les 25 collectivités du Nunavut d’ici l’automne 2028.
Pour y parvenir, Northwestel s’appuie sur la nouvelle génération de satellites de Télésat, une entreprise canadienne spécialisée dans les communications par satellite. Le gouvernement du Canada a d’ailleurs conclu une entente de 600 millions de dollars avec Télésat pour déployer cette technologie, notamment dans les régions nordiques et éloignées.
« Les Nunavummiut devraient disposer du même accès à des services Internet haute vitesse fiables que leurs concitoyens des autres régions du pays », affirme le secrétaire d’État au Développement rural, Buckley Bélanger.
Ce projet s’inscrit dans la Stratégie canadienne pour la connectivité, qui prévoit une enveloppe de 3,225 milliards de dollars pour brancher l’ensemble des foyers d’ici 2030.
Dans une réponse écrite, le ministère des Transports et de l’Infrastructure du Nunavut n’a pas été en mesure de préciser les impacts concrets de l’initiative pour les résidents, renvoyant plutôt vers le gouvernement fédéral et l’entreprise Northwestel.
Des répercussions dans les écoles
Au-delà des usages résidentiels et commerciaux, les limites du réseau ont des répercussions dans le milieu scolaire. Annie Larocque, directrice générale à la Commission scolaire francophone du Nunavut (CSFN), affirme que l’accès à Internet demeure une source constante de préoccupations.
« Les limites de forfaits entraînent une surveillance continue de l’utilisation afin d’éviter les dépassements, ce qui génère du stress pour le personnel et freine la réalisation de projets pédagogiques ambitieux. »
Elle ajoute que l’instabilité du réseau oblige les enseignants et les employés à prévoir systématiquement un plan B, compliquant l’organisation.
La directrice rappelle que les apprentissages ne doivent cependant pas reposer uniquement sur Internet, mais aussi sur les ressources et les réalités du territoire.
Une transformation amorcée
Sur le terrain, certaines technologies ont déjà transformé l’accès à Internet, notamment avec l’arrivée de services comme Starlink. Contrairement à ces offres utilisées directement par les consommateurs, le projet fédéral repose plutôt sur des infrastructures satellitaires fournies à des entreprises comme Northwestel.
Selon Graham Dickson, président d’Arctic Kingdom, ces avancées ont permis d’améliorer la vitesse et la flexibilité des connexions, y compris dans des zones très isolées. « Jusqu’à récemment, nous dépendions du service DSL de Northwestel, de Xplornet ainsi que d’autres comme Qiniq et Ice Wireless. Ces services fonctionnaient, mais restaient lents et moins fiables », explique-t-il
Il souligne toutefois que cette évolution s’accompagne de nouveaux défis. « Le Nord dépend maintenant fortement d’un seul fournisseur ».
Une dépendance qui inquiète
Cette situation ravive les inquiétudes liées à la concurrence dans le secteur des télécommunications nordiques. Adam Fiser, directeur par intérim de l’équipe des communautés autochtones et nordiques de Signal49, estime que la dépendance a un nombre limité de fournisseurs comporte certains risques, notamment en ce qui concerne les interruptions de service et les prix. L’arrivée de nouveaux concurrents ne suffira toutefois pas, à elle seule, à régler le problème. Selon lui, il s’agit de marchés de petite taille et à coûts élevés, où les opérateurs dépendent souvent d’infrastructures de base partagées et de financements publics.
Il ajoute que des options satellitaires telles que Starlink ou InukNET peuvent élargir l’accès dans certaines régions, sans constituer une solution complète. D’autres avenues, comme des financements dans des infrastructures de transport partagés, par exemple des liaisons de fibre optique sous-marines, pourraient selon lui hausser la performance de l’ensemble du réseau.
« Des progrès concrets sont plus susceptibles de découler d’investissements coordonnés permettant de réduire les coûts et d’améliorer la fiabilité à l’échelle du système », affirme Adam Fiser.
Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) soutient de son côté vouloir favoriser davantage la concurrence, notamment en facilitant l’accès au réseau de Northwestel pour d’autres fournisseurs.
L’organisation canadienne OpenMedia, qui milite pour un Internet plus accessible et ouvert à la concurrence, déplore que les financements publics dans les infrastructures Internet au Nunavut contribuent à renforcer un marché où l’offre reste limitée.
Matt Hatfield, directeur général d’OpenMedia, souligne que la réalité d’un territoire vaste et peu peuplé complique l’arrivée de nouveaux acteurs. Il évoque notamment des solutions comme un accès ouvert aux infrastructures financées par l’État ou la création d’un fournisseur public.
« Les retombées de cet appui devraient bénéficier aux citoyens du Nunavut, et non se traduire par une hausse des profits d’un monopole du secteur privé que le gouvernement contribue à créer ».
Le Nunavoix : Qu’est-ce qui vous a motivé à revenir au poste de commissaire aux langues du Nunavut ?
Karliin Aariak : Après avoir occupé le poste par intérim en 2019, puis effectué un mandat de cinq ans, je souhaitais laisser la chance à d’autres d’assumer ce rôle. Toutefois, après un an sans candidat retenu, j’ai jugé important de poursuivre le travail afin d’assurer le respect des droits linguistiques au Nunavut, comme prévu par la loi.
Quel est le rôle du Bureau du commissaire aux langues dans la protection et la promotion des langues au Nunavut ?
Le principal mandat du Bureau du commissaire aux langues est de veiller à ce que les droits linguistiques des Nunavummiut soient respectés et protégés, conformément aux lois en vigueur. Il est essentiel d’informer la population de ses droits. Si une personne estime que ses droits ont été enfreints, elle peut déposer une plainte auprès de notre bureau.
Il importe aussi de sensibiliser les gouvernements, les municipalités et le secteur privé à leurs obligations prévues par le cadre législatif du Nunavut, afin d’en assurer le respect.
Concrètement, comment la Loi sur les langues officielles et la Loi sur la protection de la langue inuit orientent-elles votre travail ?
La Loi sur les langues officielles du Nunavut et la Loi sur la protection de la langue inuit définissent le mandat de notre bureau ainsi que celui du commissaire aux langues. Elles précisent également les rôles d’autres acteurs, notamment le ministre responsable des langues au gouvernement du Nunavut et l’Inuit Uqausinginnik Taiguusiliuqtiit, l’organisme chargé de la langue inuit.
Ces lois imposent par ailleurs des obligations aux organisations, en particulier aux municipalités, au secteur privé et au gouvernement fédéral, afin d’assurer la prestation de services en inuktut.
Quelle place souhaitez-vous accorder à la communauté francophone dans votre mandat ?
Comme lors de mon précédent mandat, et encore aujourd’hui, la communauté francophone est tout aussi importante, et ses droits linguistiques sont reconnus au même titre que ceux liés à la langue inuit, tels qu’ils sont établis dans la Loi sur les langues officielles du Nunavut.
En fait, la reconnaissance des droits des francophones aujourd’hui, ainsi que la mobilisation de cette communauté, qui a contribué à les renforcer, représentent un exemple dont la communauté inuit peut s’inspirer. La mobilisation francophone pour faire valoir ses droits linguistiques est le fruit d’un engagement profond à les faire valoir par voie légale.
« L’inuktut, le français et l’anglais sont reconnus de manière égale dans la Loi sur les langues officielles, à laquelle les institutions territoriales et les organismes publics doivent se conformer. »
Comment conciliez-vous le soutien à l’inuktut, notamment sa revitalisation, tout en veillant à ce que les autres communautés linguistiques se sentent respectées et incluses ?
L’inuktut, le français et l’anglais sont reconnus de manière égale dans la Loi sur les langues officielles, à laquelle les institutions territoriales et les organismes publics doivent se conformer.
Les plaintes peuvent provenir de toute communauté linguistique reconnue, ce qui reflète l’équilibre recherché entre les différentes langues. Il est également important de noter que l’inuktut comprend l’inuktitut et l’inuinnaqtun.
Quelles seront vos principales priorités pour les prochaines années ?
Le nombre de plaintes reçues montre qu’il reste du travail à accomplir dans le territoire. Ces plaintes peuvent également refléter dans quelle mesure le territoire respecte, ou non, les lois linguistiques. Le mandat du Commissariat consiste aussi à informer les Nunavummiut de leurs droits linguistiques, et il est important de poursuivre ces efforts de sensibilisation.
Il y a des réalisations issues de mon précédent mandat, mais certains enjeux restent à régler. Je souhaite continuer à collaborer dans toutes les instances auprès desquelles mon bureau a un rôle à jouer, soit le gouvernement du Nunavut et ses organismes publics, le gouvernement fédéral, le secteur privé et les municipalités.
Le maintien des échanges avec l’ensemble des acteurs du milieu linguistique est tout aussi essentiel afin d’assurer une cohésion dans les actions menées, là où nos rôles peuvent se croiser.
Prévue le 1er avril 2027, la dévolution a pour objectif de transférer l’administration et le contrôle des terres, des ressources et des eaux du gouvernement du Canada à celui du Nunavut. Ce transfert est présenté comme une étape clé vers une plus grande autonomie du territoire.
Des attentes élevées, des effets graduels
Stephen Mansell, négociateur en chef du transfert, indique que les attentes exprimées par les Nunavummiut sont élevées et portent entre autres sur une prise de décision « plus proche des communautés », en particulier en matière de développement des ressources naturelles. Les collectivités souhaitent également que ces décisions reflètent davantage leurs priorités et génèrent des retombées économiques à long terme, comme des emplois et une plus grande participation locale. L’industrie, pour sa part, vise une transition fluide et stable, ajoute-t-il. Ces attentes sont au cœur du processus et nourrissent l’espoir de résultats concrets.
Ken Coates, professeur émérite à la Johnson-Shoyama Graduate School of Public Policy de l’Université de la Saskatchewan et spécialiste dans les questions liées à la souveraineté et à la sécurité dans l’Arctique, souligne que les gouvernements privilégient généralement une mise en œuvre harmonieuse, notamment en ce qui concerne le personnel et la continuité des effectifs, un élément clé pour assurer le bon fonctionnement des programmes.
Pour le public, les attentes diffèrent toutefois. « Dans l’immédiat, on prévoit peu ou pas de changements visibles à court terme », précise-t-il.
Un processus complexe, mais encadré
« Je comparerais le processus de dévolution à la planification d’un déménagement majeur, d’une ville à une autre », illustre le professeur. Concrètement, cela implique de trouver un nouveau logement, d’organiser le transfert, d’assurer l’accès aux services essentiels et de maintenir les activités en cours.
Le Nunavut a toutefois bénéficié de plusieurs années de préparation pour ce transfert. Le spécialiste nordique spécifie qu’il existe une importante mémoire collective en matière de dévolution et le gouvernement a déjà emprunté cette voie à plusieurs reprises, s’en tirant généralement bien.
Selon Ken Coates, les précédents processus de dévolution dans le Nord se sont déroulés sans perturbations majeures des services publics.
Stephen Mansell indique que la dévolution entraînera surtout des changements au sein de l’appareil gouvernemental dans l’immédiat, mais que ses effets seront plus marqués à long terme. « La prise de décision sera désormais assurée par un gouvernement local, plus accessible », souligne-t-il. Il évoque également une participation accrue des communautés et de nouvelles retombées économiques liées aux ressources.
Dans cette optique, le développement des compétences locales apparait comme une condition essentielle pour répondre aux attentes associées à la dévolution.
Le Collège de l’Arctique du Nunavut affirme vouloir soutenir les Nunavummiut dans l’acquisition des savoirs et des qualifications nécessaires afin de participer pleinement à l’évolution de la fonction publique et de l’économie du territoire. Il met l’accent sur des formations offertes directement dans les communautés pour réduire les obstacles d’accès et de fournir une main-d’œuvre locale dans des secteurs clés comme la gestion des terres et des ressources.
Il développe aussi des programmes liés aux responsabilités transférées, notamment en environnement et en gestion des ressources, et travaille à l’implantation d’une formation universitaire au Nunavut, dont le financement demeure à confirmer.
Le gouvernement du Nunavut assure être en mesure d’assumer ces nouvelles compétences : « Bien qu’il reste encore du travail à faire, nous sommes en bonne voie pour la transition prévue le 1er avril 2027 ».
Il reconnait toutefois que plusieurs éléments doivent être finalisés d’ici là, dont l’adoption du cadre législatif, la mise en place d’une structure gouvernementale adaptée, le transfert des actifs et des mandats, ainsi que l’intégration des employés fédéraux appelés à rejoindre l’administration territoriale.
Des défis et des risques qui pourraient freiner les attentes
Pour le professeur Coates, les principaux défis touchent la gestion des ressources humaines. Le Nunavut fait face à des enjeux persistants dans ce domaine : un roulement important du personnel, la nécessité de recruter des leaders et des travailleurs inuit, ainsi qu’à des contraintes de capacité liées à la petite taille du gouvernement et aux exigences en expertise.
Malgré cela, le Nunavut a réussi à gérer ces pressions au cours des dernières décennies. « Je ne m’attends pas à ce que le transfert de 2027 rencontre des difficultés particulières », déclare le spécialiste en souveraineté et sécurité arctique.
Le processus comporte néanmoins certains risques, qui sont toutefois, selon Ken Coates, déjà anticipés et devraient être bien gérés. Il évoque la possibilité d’un départ imprévu de personnel clé, en particulier dans la haute direction, ce qui pourrait perturber l’élaboration des politiques et l’administration réglementaire.
Une résistance interne aux changements organisationnels pourrait également compliquer la transition, tout comme d’éventuelles modifications rapides dans les orientations politiques.
Enfin, une réaction du secteur des ressources, particulièrement sensible aux changements réglementaires, pourrait freiner certains investissements, un scénario que le spécialiste juge peu probable, mais qui illustre les incertitudes entourant les attentes liées à la dévolution.
Originaire d’Igloolik, où il a grandi avant d’en devenir maire, Louis Tapardjuk est demeuré étroitement lié à sa communauté tout au long de sa carrière. Son parcours s’est inscrit à la fois dans la vie politique du territoire, notamment comme député de la circonscription d’Amittuq de 2004 à 2013, et dans la défense des intérêts inuit.
L’ouvrage Fighting for Our Rights: The Life Story of Louis Tapardjuk, publié en 2016 par Nunavut Arctic College Media retrace son rôle dans le développement du Nunavut ainsi que son combat pour la reconnaissance des droits et la promotion de l’inuktut.
Au fil des années, Louis Tapardjuk s’est imposé comme une figure influente de la vie politique nunavummiut. Il a participé aux négociations ayant mené à la création du Nunavut, siégé à l’Assemblée législative et exercé plusieurs fonctions liées à la culture, à la langue et à la jeunesse.
Il a également fait partie du conseil d’administration de la Qikiqtani Inuit Association (QIA). Plus récemment, il occupait la présidence de l’Inuit Uqausinginnik Taiguusiliuqtiit, l’organisme responsable de la promotion et de la protection de la langue inuit au Nunavut, poursuivant ainsi son action de longue date pour sa préservation et son rayonnement.
Un héritage salué à travers le territoire
Le Premier ministre du Nunavut, John Main, estime que les contributions de Louis Tapardjuk à la préservation de la langue et de la culture inuit « sont inégalées ». Il évoque notamment ses débuts à Igloolik, où il participait, pour la station de recherche, à la documentation du savoir et des traditions orales inuit, à une époque de profonds bouleversements pour les communautés.
Toujours selon le Premier ministre, cet engagement s’est poursuivi sur la scène politique, notamment dans la défense du droit à l’autodétermination et la promotion de la langue et des pratiques inuit au sein des institutions.
De son côté, la Qikiqtani Inuit Association (QIA) a souligné l’importance de son héritage, rappelant qu’il a consacré sa vie au service public et au renforcement de l’identité inuit. Son président, Olayuk Akesuk, a salué, par voie de communiqué, un leader « respecté et influent », dont l’attachement à sa communauté, à la langue et à la culture « continuera de guider les générations futures ».
Plusieurs figures publiques ont également tenu à rappeler l’empreinte durable qu’il laisse derrière lui.
L’ancien commissaire du Nunavut, Piita Irniq, qui l’a connu dès 1958, se souvient d’un homme « toujours engagé à aider les autres », et soucieux de faire une place à la culture et aux traditions inuit au sein du gouvernement. Il souligne qu’il a « joué un rôle majeur dans la construction du Nunavut ».
Sur les réseaux sociaux, l’ancien leader inuit Tagak Curley a, pour sa part, mis en lumière son attachement à la langue, rappelant qu’il s’exprimait uniquement en inuktut au sein du cabinet et répondait aux questions ainsi à l’Assemblée législative.
Son petit-fils, Randy Qattalik, évoque enfin un homme profondément engagé. « Mon grand-père était un ardent défenseur du progrès culturel des Inuit. Il incarnait les principes de l’Inuit Qaujimajatuqangit, notamment par sa sagesse, sa gentillesse et sa patience. Son dévouement est inspirant. Il nous manquera énormément ».
Le constructeur naval Davie a annoncé que la construction du futur brise-glace Polar Max, dont la coque a été découpée à Helsinki, en Finlande, et acheminée au Québec, se poursuit maintenant à Lévis.
Le chantier a officiellement débuté en aout 2025 à Helsinki avec la première découpe d’acier pour la coque, tandis que la première soudure officielle a été réalisée le 31 mars dernier, à Lévis.
C’est dans le cadre d’un contrat à prix fixe que le chantier a été attribué à Davie en mars 2025. La construction du brise-glace progresse à un rythme inédit, selon le constructeur grâce à une collaboration étroite entre Davie, le chantier naval d’Helsinki et la Garde côtière canadienne.
« Cette approche illustre le rôle central de Davie dans la construction navale canadienne et démontre une fois de plus que Davie contribue directement au renforcement de la souveraineté canadienne en Arctique en accélérant l’accès à des capacités essentielles », explique Catherine Audet, directrice des affaires publiques à Davie.
La construction est menée simultanément au Canada et en Finlande, ce qui permettra de réduire de plusieurs années les délais de livraison. Pour Mme Audet, le rythme exceptionnel du projet Polar Max s’explique principalement par l’approche innovante proposée par Davie au gouvernement du Canada, qui a permis de devancer de près d’une décennie la livraison d’un brise‑glace polaire par rapport au plan initial. « Le contrat repose sur un design éprouvé, ce qui a permis d’éviter plusieurs années de conception et d’entrer rapidement en phase de production », précise-t-elle.
La construction du brise-glace Polaire Max est un chantier d’ampleur à Lévis au Québec. La première découpe d’acier pour la coque a eu lieu à Helsinki en Finlande en aout 2025.
Une collaboration fructueuse avec la Finlande
En mars 2025, la société Davie, propriétaire du chantier naval d’Helsinki, a signé un accord avec le gouvernement canadien pour la construction d’un brise-glace de grande puissance. Ce nouveau navire, dont le plan s’inspire de la base de la forme de coque originale Aker ARC 148 d’Aker Arctic, créé par le chantier naval d’Helsinki.
La collaboration avec la Finlande et son savoir-faire mondialement reconnu est bénéfique selon Mme Audet. De plus, un important échange de savoir-faire entre les équipes canadiennes et finlandaises est en cours, et plus d’une cinquantaine d’employés participent déjà à des rotations entre les deux pays, contribuant à renforcer l’expertise qui appuiera les futurs programmes de la Stratégie nationale de construction navale (SNCN).
« Ces échanges s’inscrivent dans le cadre du ICE Pacte, une initiative qui vise à renforcer la coopération entre nations alliées afin de soutenir le développement des capacités industrielles en construction navale », élabore Mme Audet.
Les autres navires prévus dans l’enveloppe de la SNCN seront livrés de façon échelonnée selon les calendriers contractuels établis par le gouvernement du Canada.
Le Polar Max sera un navire de 22 800 tonnes. Il servira également de navire de recherche, capable d’intervenir toute l’année dans le cadre d’opérations de lutte contre les marées noires et de remorquage d’urgence.
Cinq minutes de défilement quotidien sur TikTok pendant un an et vous parcourez l’équivalent de 20 kilomètres en voiture chaque semaine. Regarder des vidéos en continu pendant une à deux heures sur un téléviseur ? Une consommation d’électricité comparable à celle d’un réfrigérateur en une demi-journée. Nos usages numériques ont un impact environnemental réel, et toujours grandissant.
L’empreinte carbone du numérique correspond à l’ensemble des émissions de CO₂ produites par les activités en ligne, comme la lecture de vidéos en continu, les jeux, le défilement de publications sur les réseaux sociaux, le téléchargement de fichiers, les réunions virtuelles ou encore l’envoi de courriels.
L’empreinte ne se limite pas à ce qu’on fait en ligne : elle englobe aussi – et surtout – les infrastructures matérielles, comme les équipements (téléphones intelligents, ordinateurs, objets connectés), le matériel lié au réseau (antennes relais, câbles, boitiers Internet) et les centres de données.
En résumé, elle inclut tout ce qui vient en amont, dont la fabrication des appareils, leur utilisation, puis leur fin de vie, avec la question des déchets électroniques, notamment.
Un centre de données Google de taille standard utiliserait environ plus de 1,7 million de litres d’eau par jour, rapporte la spécialiste en communication et engagement à la Fondation David Suzuki, Laurence Bolduc. Elle ajoute que la construction de ces bâtiments peut aussi entrainer des déforestations et la destruction d’habitats naturels.
Les câbles à fibres optiques sous-marins s’étendent sur environ 1,5 million de kilomètres à travers le globe. « Tout ça a énormément de conséquences, que ce soit avec la pollution chimique et sonore », poursuit-elle.
Le numérique représenterait entre 3 et 5 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, un ordre de grandeur similaire à l’aviation civile (2,5 %) ou aux véhicules lourds (4 %), illustre Martin Deron, doctorant à l’Université Concordia et membre de l’Observatoire international sur les impacts sociétaux de l’IA et du numérique (Obvia).
Des chiffres certainement bien en deçà de la réalité, car, au Canada comme ailleurs, des données précises sur le sujet manquent.
Opacité des données
« Ce sont beaucoup d’estimations. En fait, dans l’univers technologique, on a beaucoup d’opacité. On n’est pas en mesure d’avoir accès à beaucoup de chiffres, à la fois sur les équipements importés, mais également sur la manière dont se déploient nos systèmes », explique Martin Deron.
« La raison pour laquelle on n’a pas de chiffres, c’est parce que l’industrie ne nous laisse pas y avoir accès […] On n’a pas accès à comment les grands systèmes d’intelligence artificielle générative – OpenAI, META, etc. – ont entrainé leur modèle, quel mix énergétique ils ont utilisé. »
S’il n’existe pas de données spécifiques au Canada, les mesures utilisées proviennent principalement d’études internationales ou de travaux réalisés en France. Une des similitudes entre ce pays européen et certaines provinces canadiennes réside dans un mix énergétique peu carboné : l’hydroélectricité ici et le nucléaire en France. Les deux États importent en outre la majorité de leurs équipements technologiques.
Greenwashing et course à l’IA
Est-ce que l’industrie essaie de corriger le tir ? Oui et non. Les entreprises s’intéressent aux énergies décarbonées quand celles-ci leur permettent de faire des économies. « Les centres de données ont tout intérêt à se déployer dans une région du monde où l’électricité peu carbonée est moins chère et à augmenter ou améliorer en permanence leur procédé de récupération de chaleur, tout ça parce que c’est lié à des couts », détaille Martin Deron.
« Les trajectoires que suivent les [entreprises] numériques aujourd’hui sont insoutenables, au sens où tous les facteurs d’impact [environnemental] augmentent rapidement […] La réponse des acteurs principaux, c’est de dire qu’on va faire moins pire ou on va réduire l’accélération des impacts.»
Ce qui reste, à ses yeux, insuffisant. Par ailleurs, les géants du numérique se présentent comme des acteurs de transition seulement lorsque cela les arrange. « Il y a quelques années, on avait des rapports annuels de Google, d’Amazon, de Meta qui nous disait à quel point ils allaient être carboneutres ou water positive […] Les discussions autour des mesures de carboneutralité étaient un petit peu plus importantes, y compris pour les consommateurs
et les gouvernements. »
Mais les temps ont changé. « Maintenant, avec une espèce de course à l’armement en IA générative, toutes les équipes en éthique ou en environnement ont été mises de côté. On n’a plus du tout de promesses de ce type. »
Martin Deron n’hésite pas à parler de « greenwashing » : « C’est opportuniste pour ces acteurs de le faire lorsqu’il y a la place » dans le discours public. Le contexte politique actuel n’aide pas. « La plupart de ces entreprises-là ont un lien, sinon direct, indirect, à l’administration américaine. Et en ce moment, celle-ci prend un bord qui ne considère pas du tout ces questions-là », remarque le spécialiste.
Quelles solutions ?
Martin Deron retient deux niveaux d’action : poser des gestes concrets à l’échelle individuelle et changer carrément de paradigme. Allonger au maximum la durée de vie des équipements ou favoriser des logiciels et des sites Internet écoconçus peut constituer un point de départ. Dans le monde du travail, ne pas renouveler systématiquement les flottes informatiques et mutualiser les équipements en est un autre.
Parmi les autres petits gestes qui peuvent réduire notre empreinte, Laurence Bolduc conseille de désactiver la lecture continue ou automatique des vidéos, mettre son cellulaire en mode énergie, enlever la vidéo lors des visioconférences ou encore favoriser les appels téléphoniques quand cela est possible.
Changer de modèle
L’autre piste reste de réfléchir collectivement à la façon dont on peut construire un autre monde numérique, à contrecourant des grandes plateformes. Autrement dit : « Comment est-ce qu’on fait advenir un écosystème numérique qui soit compatible avec la transition écologique ? », résume Martin Deron.
Pour lui, cette réflexion relève même d’une considération démocratique : « Les technologies numériques algorithmiques ont une telle influence sur nos vies, ce n’est peut-être pas normal qu’on n’ait pas un endroit où on peut en discuter démocratiquement. »
La question n’est pas de tout débrancher et de revenir en arrière, mais de choisir, nuance-t-il. « Aujourd’hui, on est dans une surenchère technologique qui dépasse de loin les besoins et les envies des personnes ». « Entre Wikipédia et ChatGPT, ce sont des modèles d’affaires différents, des valeurs différentes et une consommation d’énergie et des impacts environnementaux d’ordres de grandeur extrêmement différents. »
Agir à son échelle
L’échelle d’action est beaucoup plus petite qu’on ne le pense. « Alors oui, c’est sûr que si on avait un cadre règlementaire qui forçait les entreprises technologiques à faire ceci ou cela, ce serait formidable. […] Mais quelque part, la dimension politique, elle peut être beaucoup plus proche des individus aussi », avance Martin Deron.
Il mentionne En Commun, une plateforme qui regroupe des personnes et communautés qui partagent leurs expériences et bonnes pratiques, notamment pour sortir des GAFAM (Google, Apple, Facebook – Meta –, Amazon et Microsoft).
Le chercheur reste optimiste : « Il y a des façons de connecter ces actions individuelles avec des préoccupations plus collectives, que ce soit à l’échelle des communautés, d’un territoire, d’une province, d’un pays. »
La capitale du territoire a connu de fortes chutes de neige ce dimanche 19 avril, recouverte d’un beau manteau d’une quinzaine de centimètres. Une neige de printemps, dense mais encore légère, douce comme des plumes d’oie, qui rappelle à « Charly » que l’hiver arctique n’a toutefois pas encore tiré sa révérence.