le Vendredi 6 mars 2026

Une course à pied de 175 kilomètres autour du massif du Mont-Blanc, entre France, Suisse et Italie, pour 10 000 mètres de dénivelé positif. C’est le défi que s’était lancé Anthony Morell il y a un peu plus d’un. Défi relevé cet été avec un résultat inattendu à la clé pour cet inconditionnel du plein air : un top 500 pour sa première participation, après 36h40 d’effort. « C’est une course mythique qui fait rêver tout le monde quand on pratique la course en sentier » introduit le sportif.

« On se sent vivant »

Anthony Morell a pris goût à la discipline en pratiquant, d’abord, de longues randonnées au Canada et aux États-Unis. « Puis j’ai rencontré des gens qui courraient en montagne » se souvient le jeune homme de 31 ans. Sportif depuis son plus jeune âge, il se découvre un amour pour la montagne grâce aux vacances passées en famille dans les Alpes et Pyrénées françaises. « Ça m’a fait aimer les endroits isolés, reculés » ajoute le graphiste de profession, installé à Iqaluit depuis 2024 et qui a toujours eu le rêve de découvrir le Grand Nord dans un coin de sa tête.

Pour le commun des mortels, on peut bien se demander ce qui pousse quelqu’un à s’aventurer dans de telles épreuves. « Ce qui m’attire dans l’ultra distance ? On se sent vivant ! » répond celui qu’on pourrait qualifier de « fou », comme certains de ses amis le font. « Être seul en haute-montagne, c’est ce que je recherche » réplique l’intéressé.

Originaire du sud de la France, Anthony Morell est passionné de montagne depuis son plus jeune âge.

Fournie

Tempête de neige et tendinite

 Pour vous donner une idée de la difficulté de cette épreuve, 2500 coureurs se sont présentés au départ à Chamonix le 29 août dernier. Moins de 2000 ont franchi la ligne d’arrivée. « On a eu des conditions extrêmes, surtout la première nuit. Froid, neige : il y a eu plus de 800 abandons » se souvient le finisseur.

Le chemin fût lui-aussi semé d’embûches pour Anthony Morell, tout au long des sept ascensions répertoriées sur le parcours. S’il n’avait, certes, jamais disputé d’épreuve de cette longueur, il pouvait tout de même compter sur son expérience acquise en entraînement et lors de courses de plus de 100 kilomètres. « C’est un effort particulier, très long. Il faut bien gérer la nutrition, son corps et la nutrition » explique le coureur.

Après avoir traversé une tempête neige, le Français a aussi connu des moments plus difficiles. « Il y a des moments magnifiques, mais aussi beaucoup de moments de doute. Tu te demandes si tu vas aller au bout » reconnaît Anthony, qui rêve aussi de disputer un jour la Diagonale des fous sur l’île de la Réunion. « Dans les 50 derniers kilomètres, j’ai eu une tendinite aux tendons releveurs. Il fallait accepter la douleur ». L’abandon a-t-il été une option ? « Non, puis mon ami ne m’aurait jamais laissé faire. Quand il arrive dans la dernière montée pour faire un bout de sentier avec moi, c’était vraiment un beau moment » se souvient « Antho », qui a terminé l’épreuve en boîtant et sans la moindre émotion, épuisé par son exploit. Il mettra plusieurs jours à faire dégonfler ses pieds et à remarcher normalement.

Préparation arctique

 Défier son corps et les éléments, ça se prépare. Quoi de mieux qu’un environnement arctique pour préparer son corps ? « Se lever à 6 heures du matin pour courir avec le vent de face, ça forge le mental » sourit Anthony, qui s’est entraîné plus de 12 heures par semaines entre janvier et août. Course à pied, raquette, ski, salle de sport : rien n’a été laissé au hasard, jusqu’à la nutrition.

Anthony Morell s’est également envolé vers Pangnirtung en avril, pour faire une partie de la traversée du Parc national Auyuittuq en solitaire. « J’ai enchainé des journées de près de 9 heures dans le vent, le froid et en tirant un traineau. Ça m’a apporté beaucoup sur le plan mental » souligne celui qui souhaite relever de nouveaux défis au Nunavut.

À l’extrême : un portrait complet à visionner sur notre chaîne Youtube, Facebook et Instagram.

Depuis mon arrivée aux commandes du Nunavoix en août 2024, j’ai pour ligne directrice de le mener vers un positionnement de référence sein de la communauté francophone du Nunavut, mais pas que. Fondé en 2002 sous ce nom actuel, Le Nunavoix est un journal communautaire. Sa mission : desservir notre communauté franco-nunavummiut en français.

À mon arrivée ici, j’ai souvent entendu cette phrase : « Mais Le Nunavoix, c’est le journal des bonnes nouvelles non ? ». Et bien non, Le Nunavoix, ce sont les nouvelles, tout simplement. Raconter le Nord, raconter ses habitants, raconter ses enjeux.

Des efforts récompensés

Produire de l’information dans le l’Arctique est certainement l’une des missions les plus difficiles qui m’ait été donné de faire en un peu plus de dix ans de carrière dans ce métier, mais sans aucun doute l’une des plus épanouissante. Ici, il y a de la place pour tenter de nouvelles choses, de nouveaux formats.

Il y a eu, d’abord, la longue série sur le Nunavik et le 50e anniversaire de la convention de la Baie-James. Le renforcement, ensuite, du projet panterritorial Connexion Arctique avec nos partenaires Médias Ténois, CFRT 107.3 et l’Aurore boréale. Le retour du reportage, progressivement, malgré de petits moyens humains ici à Iqaluit. De l’innovation, comme avec ce premier grand format de quatre pages pour ouvrir cette année 2026 sur la chasse et les produits dérivés du phoque. Le lancement de nouvelles rubriques, comme la photo de la semaine qui rencontre un inespéré succès chaque semaine. L’évolution du programme d’Initative de Journalisme Local vers plus d’exigence et de qualité, aussi.

Ce travail de fond se traduit par des résultats concrets : de 200 connexions mensuelles à son lancement en 2024, notre site web accueilli en moyenne 1000 visiteurs uniques mensuels au cours des trois mois, soit une augmentation de 187% par rapport à la même période l’année dernière.

S’adapter aux nouvelles méthodes de consommation

 Si ces chiffres sont très positifs et récompensent notre engagement dans notre mission, des défis subsistent. En matière de visibilité et d’accessibilité, premièrement. La décision de Méta de bannir tout contenu de nouvelles avec des liens sur ses plateformes nous a contraint à tout reconstruire avec une nouvelle page Facebook.

Cliquer trois fois sur deux médias différents pour lire un article, nous avons bien conscience que c’est malheureusement loin d’être idéal, alors que les médias sociaux restent la troisième source d’information la plus utilisée par les Canadiens francophones, derrière les sites ou applications de nouvelles et la télévision, selon le Digital News Report 2025. Même si, selon l’étude, son utilisation a fortement baissé depuis 2023, Facebook reste le média social le plus utilisé à des fins d’information.

Les habitudes se transforment également au sein des jeunes générations (18-34 ans), qui s’informent désormais différemment, au profit par exemple de nouveaux formats (vidéo, balado…) sur Youtube, Instagram, Facebook et enfin Tik-Tok.

Pour essayer de répondre à ces défis, Le Nunavoix passe à l’action : réinvestir l’espace numérique avec régularité. Il change d’apparence, mais reste fidèle à son esprit : raconter la vie du Nord dans sa richesse et sa diversité.

Vos médias communautaires francophones des trois territoires déploient un dispositif spécial à Whitehorse. Reportages, entrevues, vidéo, radio : ne ratez rien de cette 28e édition.

Pour retrouver tous nos contenus, suivez nous sur Facebook, Instagram et Youtube 

La délégation nunavummiut sera représentée dans plusieurs disciplines, allant du hockey au ski de fond, en passant par le basketball, le volleyball et le curling. S’y ajoutent les sports arctiques et les jeux dénés, des épreuves emblématiques qui rappellent l’ancrage nordique de l’événement.

Après avoir décroché 66 médailles lors de la dernière édition 2024, l’équipe aborde ces Jeux avec confiance, même si l’objectif dépasse le simple décompte des podiums. Plus qu’une compétition, cette rencontre est une occasion de mesurer l’entraînement, de tester le niveau de chacun et surtout : vivre une belle expérience humaine.

La délégation du Nunavut et l’équipement pour ces AWG 2026 ont été dévoilés fin février.

Crédit : NU Fédération

Une expérience marquante dans un parcours athlétique

Cette édition réunira près de 2000 participants et membres du personnel issus des différentes zones circumpolaires, transformant Whitehorse en véritable carrefour des disciplines nordiques.

Après sa solide performance il y a deux ans, Team Nunavut indique que les attentes pour ses 219 athlètes du territoire sont surtout axées autour de la fierté, le dépassement de soi et l’esprit sportif.

Paolo Gallina, responsable des communications des Jeux d’hiver 2026, indique que les sports d’équipe intérieurs comme le futsal et le volley-ball ont, au fil des ans, élargi présence dans plusieurs régions. Une croissance continue des épreuves arctiques et des jeux dénés a aussi été remarquée, reflétant une intérêt accru chez les jeunes et une résurgence culturelle. « Pour de nombreux adolescents du Nord, ce rendez-vous circumpolaire constitue une première expérience majeure dans un événement multisport », affirme-t-il. Il ajoute que l’événement contribue également à renforcer la confiance et les compétences en leadership à long terme.  

Des propos qui font écho aux commentaires de Team Nunavut, pour qui représenter le territoire est une source de fierté, un jalon dans le parcours d’un athlète et une étape déterminante pour ses ambitions futures.

Plein feu sur des participants inuit

À seulement 15 ans, Tyler Williams vivra ses premiers jeux d’hiver de l’Arctique avec l’équipe U15 de hockey masculin, où il joue au centre.  Fier de représenter le Nunavut, l’adolescent qui vit à Iqaluit souhaite « apporter sa culture et son héritage aussi loin que possible, et les montrer à tout le pays ». Le jeune hockeyeur affirme que cette expérience dépasse largement le simple tableau indicateur et sera l’occasion de « créer des souvenirs qui dureront toute une vie ». Il raconte également l’énergie de ses coéquipiers. « Ils m’apprennent à créer des liens sur la glace et en-dehors et nous nous aidons pour gagner ». En plus du hockey et de la fierté de porter les couleurs du Nunavut, Tyler partage un aperçu de ses petites habitudes : avant un match, il prend plaisir à écouter « The Show Goes On » de Lupe Fiasco pour se motiver.

Tyler Williams souhaite montrer sa culture et son héritage à tout le pays.

Courtoisie Hockey Nunavut

Pour Eliyah Laird, compétiteur en patinage de vitesse courte piste dans la catégorie U15, ce sera aussi une grande première. Ses entraîneurs ont demandé une dérogation d’âge pour qu’il puisse prendre le départ, ce qu’il attend avec impatience. L’athlète confie être très fier de représenter son territoire : « Je veux donner mon maximum, améliorer certains temps personnels et surtout, profiter pleinement de l’expérience en savourant chaque course et chaque moment avec mes partenaires ».

Kayla Tikivik en sera à sa deuxième participation. En lice dans les sports arctiques, elle confie que cela signifie beaucoup pour elle de représenter le Nunavut cette année. « Je suis fière de mettre en valeur notre culture, notre force et notre détermination », dit-elle. Sur le plan personnel, elle s’est fixé l’objectif de réussir un saut pied levé à 7 pieds lors de l’épreuve.

Eliyah Laird souhaite donner son maximum pour ses premiers Jeux. 

Crédit : Nunavut Speed

S’entraîner à contre-courant

Pour les sports individuels, la préparation a également été intense, même si des contraintes logistiques et météorologiques ont perturbé celle du club de ski. Une compétition à Gatineau, mi-février, a servi de véritable test puisqu’il s’agissait de la première et unique épreuve de la saison avant les Jeux. Callum Goddard y a décroché l’argent au 5 km, un résultat jugé encourageant pour une équipe qui n’en est qu’à sa troisième participation aux Jeux.

Si les quatre fondeurs et leurs entraîneurs qui forment la délégation de ski de fond arrivent aux Jeux fébriles, c’est dans un contexte où chaque séance d’entraînement relève presque de l’exploit. L’association doit compter largement sur ses propres ressources pour entretenir les pistes et assurer l’équipement nécessaire, souvent dans des conditions variables et exigeantes.

« On est tellement fier de ce qu’on a réussi à faire. On l’a fait à contre-courant ! »

— Benoit Havard, entraîneur

« On veut avoir le droit d’avoir nos installations, d’avoir nos pistes de ski de fond tout simplement » ajoute ce passionné de la discipline.

À quelques jours du départ pour Whitehorse, la préparation se résume à une seule chose : skier, skier, skier. Dans un territoire où les traces classiques ne peuvent pas être aménagées comme ailleurs, chaque sortie est un défi. Lors de leur passage au sud, l’équipe en a profité pour rapporter un nouveau coffre de fartage.

Le groupe espère monter sur le podium sur les 5 et 10 kilomètres. Comme le résume l’entraîneur : « On n’est jamais assez prêt pour une course, sauf que, quand tu y vas, tu arrives avec ce que tu as. En tant que coach, c’est ça qu’il faut réussir à faire : leur en donner le plus possible, sans que ça déborde ». Pour eux, chaque kilomètre parcouru se transforme en une expérience formatrice avant Whitehorse.

Callum Godd a remporté une belle médaille d’argent à Gatineau lors de l’unique épreuve de préparation.

Crédit : Iqaluit Ski Team

Une première pour Lili Havard

Parmi les quatre fondeurs qui prendront part à l’épreuve de ski de fond, Lili Havard, 13 ans, découvrira elle aussi les Jeux d’hiver de l’Arctique. La course de Gatineau a donné à la jeune athlète un premier avant-goût de l’adversité qui l’attend.  « J’étais nerveuse et excitée en même temps. Je me suis bien amusée durant la course » relate-t-elle.

Son père et entraîneur ajoute que cet événement a permis à Lili de voir à quel point le travail fourni est exigeant : « Ça fait mal, ce sont des efforts extrêmes, tu te pousses au maximum et c’est un défi de gérer tout ».

La skieuse reconnaît avoir trouvé la rencontre sportive intimidante, surtout avec de nombreuses personnes autour, mais a pu compter sur le soutien d’une de ses coéquipières. Elle pense aussi que cette étape l’a aidée à prendre conscience de ses forces et des aspects à améliorer. Malgré la fatigue, elle s’est surprise à persévérer, à mieux gérer son effort et à chercher des façons d’aller plus vite. Pour les Jeux à venir, son objectif est simple : franchir la ligne d’arrivée.

 

Le nouveau chalet de biathlon, qui accueillera les athlètes lors des épreuves des prochains jeux de l’Arctique à Whitehorse, a été inauguré le 16 février dernier. Lors d’une conférence de presse qui a réuni les entraineurs, d’anciens athlètes et des représentants du comité d’organisation des jeux, Brendan Hanley, député du Yukon, a rappelé à quel point ce projet a été audacieux.

En effet, en sept mois, une toute nouvelle infrastructure a vu le jour, malgré les délais serrés pour compléter la construction qui a couté 3,8 M$, dont 400 000 $ pour la construction de la route et du pont sur lequel une piste surplombe la route d’accès au bâtiment. Le gouvernement fédéral a contribué à près de 60 % du cout total du projet. « Je me souviens des délais ambitieux que j’avais présentés et de la pression énorme qui pesait sur nous pour que tout soit prêt à temps pour les Jeux d’hiver de l’Arctique », se rappelle le député.

Cory Bellmore, ministre des services aux collectivités présente ce jour-là, estime que le sport a le pouvoir unique d’inspirer l’excellence et d’inculquer des compétences qui durent toute la vie. « Dans cette nouvelle installation, les Yukonnais et Yukonnaises ainsi que les visiteurs et visiteuses pourront renforcer l’esprit de communauté en s’adonnant au biathlon. »

Ce bâtiment remplace l’ancienne remorque et deux cabanes vieilles de 40 ans. Cependant, les cabanes ont été conservées et déplacées vers d’autres zones du même site et continueront d’être utilisées.

Bill Curtis est le président de Biathlon Yukon. Ce nouveau centre représente une étape importante pour le développement du sport dans tout le territoire.

Crédit : Nelly Guidici

Un projet communautaire

Pour Bill Curtis, président de Biathlon Yukon, cette installation est le fruit d’années de dévouement, de collaboration et de soutien communautaire. Le succès du projet repose aussi, et surtout sur les épaules des « anciens membres du conseil d’administration, des anciens présidents, des bénévoles, des entraineurs, des officiels, des parents, des athlètes, des partenaires et des supporteurs qui ont cru en notre capacité à nous développer en innovant. »

L’engagement de cette communauté a permis de façonner ce qu’est devenu Biathlon Yukon, c’est-à-dire une communauté forte, résiliente et éprouvée dans tout le territoire, selon M. Curtis.

« Cette nouvelle infrastructure nous permet de mieux nous entrainer, de mieux accueillir et de rêver plus grand », a-t-il déclaré dans son discours d’inauguration.

Les athlètes disputeront les épreuves de biathlon ici durant les Jeux d’hiver 2026.

Crédit : Nelly Guidici

Enfin, de nouveaux intérêts dans le biathlon vont émerger, croit Bill Curtis qui entrevoit des partenariats prometteurs avec le club de ski de fond de Whitehorse. Même si aucune discussion à ce sujet n’a débuté, il pense que les deux domaines skiables sont maintenant complémentaires et peuvent profiter mutuellement à l’ensemble des skieurs de fond de la capitale. Cependant l’implication de bénévoles reste fondamentale pour concrétiser cette vision. « Nous ne sommes pas en concurrence et nous ne le serons jamais. Leur réseau de pistes est de classe mondiale. Je ne dis pas que le nôtre est mauvais, mais nous avons peu de bénévoles pour l’entretien, rappelle-t-il, nous allons avoir besoin de personnes pour nous aider à faciliter cette ouverture à la communauté. »

À quelques jours du lancement de la prochaine édition des Jeux d’hiver de l’Arctique, un petit retour dans le temps s’impose pour comprendre ce présent sportif. Stuart Hodgson, commissaire des TNO de 1967 à 1979 et Bud Orange, membre du Parlement des TNO de 1965 à 1972 ont eu l’idée de créer des Jeux d’hiver de l’Arctique alors qu’ils assistaient aux tout premiers Jeux d’hiver du Canada au Québec en 1967.

Préoccupés par le manque de compétition auquel les athlètes et entraineurs du Nord avaient accès et par le fait qu’ils étaient souvent exposés à des scores déséquilibrés lorsqu’ils participaient aux Jeux du Canada et à d’autres évènements nationaux dans le Sud, des jeux organisés en Arctique devaient, selon eux, rétablir un équilibre et un accès équitable à des compétitions.

Cette idée a été acceptée par James Smith, commissaire du Yukon puis par le gouverneur de l’Alaska, Walter Hickel. Trois ans plus tard, les Premiers Jeux se déroulaient à Yellowknife pour coïncider avec le centenaire de la création des Territoires du Nord-Ouest.

En l’an 2000, les jeux se sont déroulés à Whitehorse.

(Courtoisie Arctic Winter Games International Committee Archives

De la création en 1970 à la pandémie en 2020

Les premiers Jeux de l’Arctique ont eu lieu en 1970 à Yellowknife et l’ouverture officielle a été orchestrée par le Premier ministre de l’époque Pierre Elliott Trudeau. Le Yukon, l’Alaska et les TNO ont participé à ces premiers jeux. Dans le premier numéro de l’Ulu News, le journal des jeux parut le 9 mars 1970, la parade d’inauguration est décrite comme la plus grande parade qui a eu lieu à Yellowknife. Plus de 700 athlètes, entraineurs et personnalités politiques ont défilé notamment sur l’avenue Franklin.

En 1972, l’événement s’est tenu à Whitehorse au Yukon et ces jeux marquent le début d’une rotation entre les différentes régions qui y participent tous les deux ans. L’équipe du Nunavik – qui s’appelait à l’époque Northern Québec – a envoyé des athlètes ainsi que le Groenland. Le Labrador et la Russie ont quant à eux envoyé un contingent d’observateurs.

Deux ans plus tard, l’édition 1974 a eu lieu à Anchorage en Alaska. Puis le nombre de participants a été revu à la baisse en 1976. En effet, cette année-là, les jeux ont lieu à Schefferville, une petite communauté nordique à la frontière du Québec et du Labrador, où les infrastructures et les hébergements étaient très limités.

En 1986, le nord de l’Alberta les organise pour la première fois et en 1990, le Groenland envoie un contingent de 50. La Russie envoie pour sa part une délégation culturelle originaire de la province de Magadan, dans le nord-est de la Sibérie.

En 1992, des athlètes russes et groenlandais participent officiellement pour la première fois aux jeux.

En 2020, les jeux sont annulés à moins de deux semaines du coup d’envoi à cause de la pandémie de Covid. Puis en 2022, toujours en lien avec la pandémie, les jeux sont reportés à l’année suivante à Wood Buffalo dans le nord de l’Alberta.

Malgré la participation des Samis de l’Europe du Nord, les jeux n’ont, cependant, encore  jamais eu lieu en Europe.

L’équipe du Nunavut aux Jeux d’hiver de l’Arctique en 2002 qui. Ont été organisés à la fois à Nuuk au Groenland et à Iqaluit au Nunavut.

Courtoisie Arctic Winter Games International Committee Archives

Une édition unique entre le Nunavut et le Groenland

En 2002, à la suite de plusieurs volontés politiques, le Comité international des Jeux d’hiver de l’Arctique approuve l’organisation des Jeux dans deux sites distincts. Nuuk, au Groenland, et à Iqaluit, au Nunavut.

Les premiers Jeux organisés en partie hors d’Amérique du Nord comprenaient 17 sports. Iqaluit a accueilli le basketball, le curling, les jeux dénés, le mushing, le hockey, la gymnastique, les jeux inuits, le patinage de vitesse et la lutte, tandis que Nuuk, au Groenland, a accueilli, entre autres, le ski alpin, le badminton, le ski de fond ou encore les sports arctiques.

14 ans plus tard, la ville de Nuuk a accueilli seule les jeux. Maliina Abelsen, directrice générale a rappelé, dans l’édition du journal des jeux, Ulu News, que le nombre de participants était plus de deux fois supérieur à celui des jeux de 2002. « Pour une ville de 17 000 habitants, trouver de la place pour (loger) 2 000 personnes supplémentaires n’est pas une mince affaire. »

Quel est le rôle du Comité international des Jeux ?

Le Comité international des Jeux d’hiver de l’Arctique assure la gestion des jeux. Cet organe directeur promeut les valeurs symbolisées par les trois anneaux entrelacés des jeux, qui représentent la compétition sportive, l’exposition culturelle et l’échange social. Dédié au succès continu de ces jeux, le Comité supervise la préparation de la société hôte et guide l’intégrité technique et culturelle des jeux.

Le principe de ces jeux est de permettre aux athlètes du nord circumpolaire de concourir, selon leurs propres termes, sur leur propre terrain. Non seulement les épreuves permettent aux sportifs d’améliorer leurs techniques et performances en se mesurant à d’autres athlètes lors d’une compétition internationale, mais en plus ces rencontres sportives renforcent la compréhension mutuelle et les liens d’amitié qui se créent entre les différentes communautés de l’Arctique.

Dès leur création en 1970, les Jeux d’hiver de l’Arctique ont fait le choix de ne jamais dissocier les performances athlétiques de l’expression culturelle. Intégré au départ comme pilier à part entière, le programme culturel évolue au même titre que les épreuves sportives et a façonné une dynamique singulière.  

Aujourd’hui, les Jeux figurent parmi les manifestations les plus marquantes de l’identité nordique. Pour la directrice exécutive du Comité international, Moira J. Lassen, cet événement constitue l’une des plateformes majeures du Nord, où les jeunes se regroupent au-delà des frontières pour partager des histoires, des langues et des traditions.  

Au fil des décennies, cette dimension culturelle a gagné en visibilité et en reconnaissance. Pour plusieurs délégations, elle représente aujourd’hui un volet aussi attendu que les compétitions sportives, rappelant que le rassemblement dépasse largement le cadre des médailles.

Bien plus qu’une simple compétition

Au-delà des cérémonies d’ouverture et de clôture, la culture imprègne l’événement qui se déroulera dans la capitale du Yukon entre le 8 et le 15 mars. Elle s’exprime par les langues, les arts, les rituels et les échanges quotidiens entre délégations.

« Pour nous, la dimension culturelle des Jeux est essentielle. Le sport dans l’Arctique est indissociable de la communauté et de l’appartenance. »

— Aviaaja Geisler, cheffe de mission groenlandaise

Selon elle, les jeunes de Kalaallit Nunaat incarnent aussi des personnalités façonnées par la vie arctique, les savoirs autochtones et les valeurs nordiques partagées. Sans aborder directement la politique, elle évoque toutefois des notions de visibilité, d’autodétermination et de confiance en leur propre voix. « En exposant notre culture ouvertement et fièrement lors des Jeux, nous communiquons que le sport n’est pas séparé de l’identité, mais qu’il constitue une manière significative d’exprimer qui nous sommes et où nous allons en tant que peuple arctique », poursuit Aviaaja.

Pour plusieurs jeunes, ces manifestations sportives et culturelles marquent un moment important dans leur parcours. Elles permettent de partager leur culture avec d’autres régions du Nord et de se reconnaître dans des réalités à la fois proches et différentes.

Sarah Frampton, cheffe de mission de l’Alaska, souligne la diversité culturelle de sa région, réunie sous une seule et même bannière dans un rassemblement qui célèbre le monde nordique :

« Nos athlètes ne concourent pas seulement pour des médailles, mais comme ambassadeurs des populations et des traditions de l’Alaska. » 

Cette position rejoint celle de Paolo Gallina, responsable du marketing et des partenariats aux Jeux d’hiver de l’Arctique Whitehorse 2026, pour qui cette dimension est fondatrice : « La disparition du programme culturel réduirait l’identité nordique des Jeux, transformant l’expérience en une compétition sportive standard plutôt qu’en une célébration axée sur le sport, la culture et l’amitié ».

La délégation du Nunavut présentera des performances de danses du tambour et des chants à Whitehorse.

Courtoisie

Les jeunes : passeurs d’héritage et d’identité

Plusieurs délégations illustrent cette dynamique, à commencer par la Sápmi qui souligne le rôle central des jeunes dans la transmission culturelle. « Très souvent, cela inclut le joik dans la présentation », affirme Sini Rasmus, seconde cheffe de mission, précisant que ces chants traditionnels sont appris au sein de la famille ou de la communauté. Les plus expérimentés peuvent improviser et adapter leur joik à l’ambiance, faisant de chaque performance une expression individuelle et communautaire.

Cette année, leur prestation réunit trois formules artistiques : un joikeur, un cinéaste et un pianiste. Cette combinaison rassemble savoirs ancestraux et expressions contemporaines. Sini Rasmus souligne également l’importance du duodji, l’artisanat traditionnel de leur région, comme un pilier identitaire et un vecteur de transmission culturelle.

Au Groenland, les Jeux favorisent aussi cette transmission en créant un espace où les jeunes se rencontrent, échangent et voient leur culture reconnue dans un contexte élargi. Cette reconnaissance a un impact profond : elle nourrit leur fierté, leur sentiment d’appartenance et leur motivation à faire perdurer cet héritage.

Pour beaucoup, la participation au rassemblement circumpolaire devient une expérience structurante, qui renforce l’identité et l’engagement à long terme dans le sport comme dans la vie communautaire, selon plusieurs chefs de mission.

Une opportunité qui se manifeste aussi au Nunavut, où Les Inuksuk Drum Dancers d’Iqaluit, – groupe composé d’élèves de l’Inuksuk High School et encadré par Mary Piercy-Lewis, représenteront le territoire lors du gala culturel à Whitehorse. Par le chant et la danse au tambour, ils offriront une expression vivante de la culture inuit aux côtés des autres délégations.

Ici, ces Jeux offrent une vitrine pour « mettre en valeur des Nunavummiut beaux et résilients ». Dans un territoire vaste où le développement sportif commence dans chaque communauté, l’événement est l’occasion de reconnaître le travail accompli à la base.

Le contingent des Territoires du Nord-Ouest sera pour sa part représenté par les Mackenzie River Dancers, une troupe d’Inuvik dédiée à préserver, faire rayonner et partager le patrimoine autochtone par le biais de leurs prestations articulées autour de musiques traditionnelles, tout en inspirant la fierté collective et en renforçant les liens intergénérationnels. Composé de danseurs et de mentors de différents niveaux d’expérience, le groupe se réunit autour d’une passion commune : leur territoire, leurs pratiques et l’apprentissage.

« Par l’enseignement régulier et l’ancrage au sein de leur milieu local, ces jeunes artistes contribuent à préserver et à célébrer les savoirs ancestraux transmis par les générations précédentes »

— Rita Mercredi, cheffe de file des Territoires du Nord-Ouest

Leur spectacle met en valeur une variété de danses traditionnelles qui reflètent l’histoire, les relations à la terre ainsi que les coutumes sociales de la région.

Elle ajoute que les aînés, entraîneurs, leaders et membres de la collectivité participent activement à la préparation des jeunes, veillant à ce que ces enseignements ne soient pas seulement appris, mais vivants. « Les Jeux garantissent que ce legs n’est pas statique ou symbolique, mais bien vécu », ajoute Rita Mercredi.

Une solidarité circumpolaire

En plus de la valorisation des identités propres à chaque délégation, les Jeux d’hiver de l’Arctique établissent un espace commun entre les peuples du Nord. Pour Sarah Frampton, l’événement a la capacité de créer des ponts à l’intérieur même d’un territoire. En réunissant des participants des centres urbains comme Anchorage ou Juneau et ceux des communautés rurales et autochtones, elle considère que cela effectue un trait d’union, renforçant les interactions au sein de l’État tout en consolidant celles entre les régions circumpolaires.

L’équipe du Groenland confirme cette vision et y voit l’une des plateformes les plus importantes pour tisser des liens forts entre ces communautés nordiques et autochtones. Les Jeux favorisent la confiance et la compréhension mutuelle.  « Une expression vivante du Nord », illustre Moira Lassen.

Au-delà des performances et des cérémonies, les Jeux deviennent ainsi un cadre où les jeunes du Nord se reconnaissent, se projettent et affirment ensemble ce qu’ils souhaitent transmettre aux générations suivantes.

Un Franco-Centre coloré et plus chaleureux. Durant tout le mois de février, la salle communautaire s’est mise aux couleurs de l’art inuit contemporain. Cinq artistes locaux ont ainsi exposé 23 œuvres sur les murs. « J’ai considéré cette exposition comme un outil essentiel pour renforcer la qualité des relations entre notre communauté francophone et les Inuit. Promouvoir la diversité culturelle dans notre écosystème est très important, tout en valorisant la richesse de la culture locale » explique Reinaldo Guibert, directeur artistique du Théâtre Uiviit.

Avec « the Dive », Ippiksaut Friesen représente des animaux marins (un omble arctique et un héron) dans une forme abstraite.

Crédit : Brice Ivanovic

G.C. (Galaxy Cat), met quant à lui l’accent sur des couleurs fluorescentes avec « Stolen Essence ».  

Crédit : Brice Ivanovic

Le dossier des langues officielles au Nunavut comporte toujours son lot de défis sur le plan des services, que ce soit pour les Inuit ou les francophones. Dans cette optique, deux initiatives ont été lancées en 2024 par l’AFN : une clinique d’aide juridique en français et celle d’impôts. L’objectif était d’offrir des solutions concrètes aux besoins exprimés par une partie de la communauté francophone. « J’aime dire qu’on n’est pas une force de revendication, mais une force de proposition » explique Laurent Monty, analyste politique pour l’organisme communautaire.

L’intérêt de faire appel à un professionnel dans un système parfois complexe

 Remplir une déclaration de revenus peut sembler ardue pour plusieurs. « Déjà le système est complexe, si je dois le faire en anglais en plus, ça l’est doublement. On s’est dit que c’est quelque chose qui va pouvoir aider les membres de la communauté », soutient Laurent Monty.

Pour Me Jean-Claude Nguyen, avocat responsable du service pour une deuxième année, l’enjeu dépasse la simple question linguistique. « Même avec un faible revenu, ou en l’absence de revenus, produire une déclaration donne accès à des prestations fédérales que plusieurs ignorent », explique-t-il, citant notamment le crédit pour la TPS, qui sera bonifié de 25 % sur cinq ans à compter de juillet 2026. Au Nunavut, cela représente en moyenne entre 600 et 800 $ par année.

Le projet bénéficie d’un soutien financier du gouvernement territorial et fédéral, un appui qui permet à l’Association d’offrir le service gratuitement.

L’initiative vise aussi à encourager les résidents à discuter de leur situation avec un professionnel afin d’éviter des erreurs et des incompréhensions. Elle s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’amélioration de l’accès aux services en français. L’AFN envisage notamment le développement d’un centre de navigation destiné à orienter les francophones vers les ressources disponibles. Dans ce contexte, la possibilité de produire une déclaration d’impôts et d’obtenir de l’aide juridique constitue un premier indicateur concret de l’utilisation de ces services par la communauté.

Des résultats concrets

L’an dernier, le service a été très apprécié. Pour Laurent Monty, l’enjeu est maintenant d’aller plus loin :

« L’objectif, c’est le résultat. On veut avoir de plus en plus de bénéficiaires. C’est un service destiné aux francophones du Nunavut. On le fait vraiment pour la communauté. »

Au cours de sa pratique, Me Nguyen soutient avoir vu des résidents passer à côté de centaines, voire de milliers de dollars faute d’avoir produit leur déclaration. « Un professionnel peut aider à récupérer certaines sommes, même après plusieurs années », précise-t-il.

S’il se réjouit de l’accueil réservé à l’initiative, Laurent Monty reconnait que plusieurs Nunavummiut auraient souhaité en bénéficier, mais n’ont pas nécessairement reçu l’information au bon moment. Il s’emploie donc actuellement à redoubler d’efforts en matière de communication : « J’ambitionne au moins une soixantaine de personnes parce qu’on va avoir une stratégie de communication plus présente. Ma démarche sera d’aller vers les gens, vers les partenaires communautaires avec les formulaires et de les mettre à leur disposition », déclare le représentant de l’AFN.  

Le service couvre une année de déclaration fiscale. Il ne permet pas de traiter les années en retard, mais peut être renouvelé chaque année. Pour en bénéficier, il faut être membre de l’association. Le service peut également être offert à distance, ce qui facilite l’accès pour les personnes francophones vivant hors d’Iqaluit, notamment à Rankin Inlet.  

Produire sa déclaration assure aussi la conformité fiscale, un élément parfois exigé lors d’une demande d’emploi ou pour certains déplacements à l’étranger. « Une fois la déclaration réalisée par un professionnel, le contribuable peut être rassuré quant à l’exactitude des informations et bénéficier d’un accompagnement en cas de question de l’Agence du revenu », souligne Me Jean-Claude Nguyen.

La marche à suivre

Dès la réception du feuillet T4, les membres peuvent communiquer avec l’AFN par courriel ou en personne dans les locaux du Franco-Centre. Un court formulaire, qui prend environ cinq à six minutes à remplir, suffit pour lancer la démarche. « Certaines personnes trouvent la procédure intimidante, mais une fois qu’elles reçoivent un peu de soutien, elles réalisent qu’elles ont tout à gagner », souligne Me Nguyen. « Il ne faut pas se décourager, il faut seulement s’y mettre ».

Un bénéficiaire, Collins Tagnigou, affirme avoir été rassuré par la rapidité du service et la possibilité d’être accompagné en français :

« Ce qui m’inquiétait le plus était le délai de traitement et la complexité des démarches. Finalement, tout s’est bien déroulé et j’ai bénéficié d’un suivi du début à la fin »,

Un message que partage également Laurent Monty, qui insiste sur l’accessibilité et la gratuité de l’initiative. « Vous allez pouvoir déclarer vos impôts dans la langue officielle de votre choix en l’occurrence le français. Tout ce que vous avez à faire, c’est de remplir un petit formulaire et de le signer. Nous, on s’occupe de tout le reste ».

Au Nunavut, les données du recensement constituent un outil central pour orienter les services publics. Gouvernements, municipalités et organismes communautaires s’appuient sur ces chiffres pour évaluer les besoins en logement, soutenir la prestation des services de santé et d’éducation et suivre l’évolution démographique.  

Parmi les informations les plus consultées figurent notamment l’âge, le genre, l’origine ethnique, la langue, le niveau de scolarité et le revenu.

Quand les chiffres peinent à suivre les besoins

La ville d’Iqaluit précise utiliser les données du recensement comme base essentielle pour comprendre les tendances démographiques qui orientent la planification du logement, des infrastructures et des services communautaires. Elles servent également à appuyer les demandes de financement fondées sur la population auprès des partenaires territoriaux et fédéraux.

Geoffrey Byrne, gestionnaire des communications à la Ville d’Iqaluit, spécifie que ces informations sont examinées en parallèle des outils internes de planification afin que les décisions reflètent à la fois les dynamiques à long terme et les réalités actuelles.

L’administration municipale reconnait toutefois que ce portrait statistique comporte certaines limites et tient compte d’un contexte opérationnel plus large lorsqu’elle évalue les besoins.

« Dans une collectivité arctique en croissance comme Iqaluit, les pressions sur les infrastructures progressent rapidement et certaines clientèles, notamment les résidents en situation d’instabilité, sont plus difficiles à saisir pleinement dans un décompte effectué à un moment précis. »

— Geoffrey Byrne, ville d'Iqaluit

Il ajoute que le principal défi demeure le décalage temporel puisque les données du recensement sont recueillies à intervalles fixes, alors que la croissance démographique et les besoins évoluent souvent à un rythme plus soutenu.

La municipalité souligne également que la pression sur les services repose sur plusieurs facteurs au-delà du simple nombre d’habitants. « À titre de centre régional, la capitale subit des réalités qui ne se transposent pas toujours dans les chiffres démographiques », poursuit Geoffrey Byrne. Les décisions de planification s’appuient ainsi sur un éventail plus large d’indicateurs.

Au-delà du portrait statistique

La Société d’habitation du Nunavut (SHN) souligne l’importance des données du recensement pour comprendre les tendances démographiques à long terme sur le territoire, notamment la croissance de la population, la taille des ménages et les besoins en logement. Elle y voit cependant certaines limites. Du point de vue du logement social, le cycle quinquennal pose un défi particulier, les pressions évoluant plus rapidement que ne le permet le calendrier du recensement, soutient Chantel Caza, gestionnaire des communications à la SHN.  

L’organisation doit compléter ces données par plusieurs sources, dont les listes d’attente, les indicateurs de surpeuplement, les analyses de besoins en chambres, les informations sur l’état des actifs et les échanges continus avec les organisations locales de logement.

Des défis propres au Nunavut

Interrogé sur l’utilisation des statistiques, le gouvernement du Nunavut affirme miser sur une approche fondée sur des éléments probants. Shereese Porter, directrice du Nunavummiut Kiglisiniartiit (Bureau des statistiques du Nunavut) explique que les résultats du recensement orientent la planification dans plusieurs secteurs, notamment les projections démographiques, les besoins en logement, les profils d’âge, les demandes de financement et l’élaboration de politiques publiques.

Elle évalue que le taux de réponse sur le territoire, combiné aux méthodes d’estimation adaptées aux petites régions, permet d’obtenir un portrait fidèle des réalités des Nunavummiut. La directrice précise toutefois que les particularités logistiques et démographiques du Nord sont considérées à toutes les étapes du processus, de la conception du sondage jusqu’à l’interprétation des données recueillies. « Une approche uniforme n’est pas toujours appropriée pour des populations uniques comme celles du Nunavut », souligne-t-elle.

Cristobal D’Alessio, agent de communication pour Statistique Canada, indique que son organisation fait face à plusieurs défis pour joindre les communautés du Nunavut dans le cadre du recensement. Il mentionne entre autres l’isolement géographique, les conditions climatiques extrêmes et les limites d’accessibilité, qui compliquent les déplacements des agents recenseurs.

S’ajoutent des difficultés locales de recrutement, une connectivité Internet parfois restreinte et la mobilité saisonnière des résidents, souvent absents pour des activités traditionnelles ou des emplois temporaires. Enfin, la diversité linguistique et l’importance d’adopter une approche culturellement adaptée exigent une communication claire et respectueuse pour assurer la participation des communautés.

À ces réalités structurelles est venue se greffer une circonstance exceptionnelle lors de la collecte de 2021, la pandémie de COVID-19, un contexte particulièrement marquant dans les régions nordiques. Cristobal d’Alession souligne, par exemple, que les déplacements des agents recenseurs ont été compliqués par les restrictions sanitaires en vigueur, surtout lorsque le recrutement local s’avérait insuffisant et que du personnel d’autres provinces devaient se rendre sur le territoire.

De plus, les opérations ont dû être menées à l’été plutôt qu’en hiver, entraînant des défis supplémentaires d’accès, notamment l’absence de routes de glace, ainsi que des enjeux liés à la migration saisonnière, certains membres des communautés étant engagés dans des activités traditionnelles ou des contrats temporaires ailleurs au pays.

Adapter la collecte aux réalités nordiques

Statistique Canada soutient que les opérations au Nunavut sont adaptées aux réalités culturelles et linguistiques du territoire. Cristobal D’Alessio rappelle l’existence du Programme des agents de liaison avec les Autochtones et la priorisation de l’embauche de personnel local. Lorsque le nombre de postulants est insuffisant, l’organisation s’assure que les employés provenant de l’extérieur reçoivent la formation appropriée. 

Le matériel de communication, incluant les questionnaires du recensement, est traduit en plusieurs langues autochtones, notamment en inuktitut, et les agents chargés de la collecte peuvent avoir recours à des guides ou des interprètes s’ils ne parlent pas la langue de la communauté. Enfin, des approches souples qui respectent les pratiques, les rythmes de vie et les activités traditionnelles des résidents sont privilégiées. Selon l’organisation canadienne, ces ajustements visent à réduire les risques de non-réponse ou de mauvaise compréhension et à améliorer la représentativité des données recueillies.

Journée type d’un recenseur

Le travail d’un agent recenseur consiste d’abord à parcourir le territoire qui lui est assigné afin de dresser la liste des logements dans un registre d’adresses et de distribuer à chacun une lettre d’invitation pour remplir le recensement en ligne. Puis, l’employé poursuit ses visites de porte en porte : il rencontre les résidents, explique le processus et complète les questionnaires. Entre deux tournées, il met à jour son répertoire, identifie les logements vacants ou inaccessibles et échange avec son superviseur pour régler les enjeux logistiques. En fin de journée, il consigne les progrès dans les systèmes de collecte et prépare son itinéraire du lendemain. Un travail qui, selon le représentant de Statistique Canada, exige patience, adaptabilité et un profond respect des réalités culturelles et communautaires. Dans un territoire en constante évolution, la qualité du portrait statistique dépend avant tout de la participation active des collectivités.