le Vendredi 15 mai 2026

La tuque a été portée lors d’un rassemblement organisé par Inuit Tapiriit Kanatami (ITK) à Arviat, le 23 avril dernier, afin de souligner la sélection de la communauté pour accueillir l’université inuit. Selon le maire, la célébration comprenait des discours de signataires, un repas, des jeux, de la musique et de la danse. 

Depuis la recrudescence de la guerre entre Israël et le Hamas en octobre 2023, les symboles associés à Israël ou à la Palestine suscitent régulièrement des réactions et des débats. Les opérations et bombardements menés par l’armée israelienne auraient fait un dernier bilan de 75 000 morts dans la bande de Gaza, selon une étude publiée en février dernier par la revue scientifique The Lancet. Une commission d’enquête de l’ONU a notamment conclut en septembre que l’État hébreu commetait un génocide à Gaza. Le Premier ministre Benjamin Nétanyahou est par ailleurs sous le coup d’un mandat d’arrêt international pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité délivré par la Cour Pénale Internationale le 21 novembre 2024.

Contacté par Le Nunavoix, le maire affirme que la tuque portée lors de l’événement était à ses yeux « simplement une tuque », et qu’elle n’était « certainement pas liée à ce qui se passe actuellement au Moyen-Orient ».

Ce n’est néanmoins pas la première fois que Joe Savitaaq Jr arbore un symbole israélien, sous forme de tuque ou de casquette. 

Dans une gracieuseté envoyée au Nunavoix en novembre 2025 pour un article traitant de l’implantation du futur campus, Joe Savitaaq Jr portait une casquette avec le drapeau israelien. 

Courtoisie

Vives réactions sur les réseaux sociaux

En réaction aux critiques et discussions apparues en ligne, Joe Savikataaq Jr. soutient que plusieurs personnes « sont arrivées à une conclusion sans rien savoir ». Il a également défendu le droit des internautes à donner leur avis, affirmant qu’« il n’y a rien de mal » à ce que les gens expriment leurs opinions.  

Dans les commentaires, plusieurs ont associé la tuque à un soutien envers Israël, estimant qu’un tel symbole ne pouvait être dissocié du contexte de la guerre à Gaza. D’autres ont jugé le port de cet accessoire lors d’un événement lié à la future université particulièrement malvenu. « Notre propre pays a fait ce qu’il pouvait pour nous dépouiller de notre identité, décimer notre culture et notre langue, nous empêcher de vivre des modes de vie traditionnels, nous utiliser comme mâts de drapeau. Comment pouvons-nous soutenir l’État d’Israël qui fait ce qu’il peut pour anéantir toute une ethnie ? » s’interrogeait une Nunavummiuq sur Facebook, dans une publication du 29 avril. 

D’autres internautes ont plutôt dénoncé les attaques personnelles visant le maire. Contacté après avoir publié un message en ligne sur le sujet, Brad Kuksuk affirme que Joe Savikataaq Jr. a toujours été très impliqué dans la communauté et qu’il représente, selon lui, un bon exemple de leader. Il le décrit également comme une personne amicale qui « ne rabaisse jamais les autres ».

Brad Kuksuk dit avoir trouvé « très triste » de voir des gens juger le maire à partir « d’un simple morceau de vêtement » qui, selon lui, ne le définit aucunement « comme leader et comme être humain ».

Interrogé sur la possibilité que le débat fasse ombrage à cette annonce, Joe Savikataaq Jr. a affirmé ne pas s’inquiéter de la situation.

ITK n’avait pas répondu à nos questions au moment de publier cet article.

Après un mandat de cinq ans, Mary Simon quittera ses fonctions prochainement. Toute première femme inuk a avoir occupé cette fonction, la gouverneure générale du Canada avait essuyé, de très nombreuses critiques lors de sa nomination. En effet, originaire de Kangiqsualujjuaq au Nunavik, elle parle couramment l’anglais et l’inuktitut, mais pas le français. 

Mary Simon s’était rendue à Iqaluit lors de la Fête du Nunavut, en juillet dernier.

Crédit : Brice Ivanovic

Une nomination qui a soulevé des crispations chez les francophones

Dans son rapport annuel 2021-2022, Raymond Théberge, commissaire aux langues officielles, a rappelé que les Canadiens ont un attachement profond à la dualité linguistique. Suite à la nomination de Mme Simon au poste de gouverneure générale le 26 juillet 2021, 1346 plaintes avaient été déposées au Commissariat aux langues officielles, ce qui représente plus de 33 % des plaintes reçues cette année-là. M. Théberge avait déclaré que « les réactions vives du public à la nomination d’une gouverneure générale ne parlant pas français (…) font écho à ma réaction. En effet, la nomination de personnes qui ne maitrisent pas les deux langues officielles du Canada à des postes de leadeurship clé envoie un message aussi fort que négatif ». Les nominations de ce genre créent d’abord un fort sentiment d’injustice chez de nombreux francophones, pense-t-il, car elles renforcent l’impression que l’anglais est plus important que le français au pays.

 « Ces nominations peuvent aussi laisser croire, comme l’illustre la désignation de la nouvelle gouverneure générale, que les exigences en matière de français constituent un obstacle à la valorisation de la diversité et à une véritable réconciliation avec les peuples autochtones. »

— Raymond Théberge

Pour le commissaire, il est clair que le leadeurship en matière de langues officielles doit se manifester à tous les échelons, mais surtout à celui de la haute gestion. « Comme je l’ai dit sur toutes les tribunes, ainsi que dans mon rapport d’enquête sur les plaintes portant sur la nomination de la gouverneure générale, il est temps, une fois pour toutes, de tenir compte de la capacité réelle des candidates et des candidats à un poste clé de comprendre les deux langues officielles, et de s’exprimer dans celles-ci. »

Cependant, M. Théberge insiste dans ce rapport sur un fait : 

« Le Canada peut et doit simultanément promouvoir les langues officielles et les langues autochtones ; et c’est en favorisant l’avancement du français, de l’anglais et des langues autochtones du pays que nous réussirons à bâtir ensemble une société plus juste et inclusive. »

— Rapport 2021-2022 sur les langues officielles

Dans son rapport publié en 2021-2022, le Commissaire aux langues officielles du Canada insistait sur la nécéssité de promouvoir langues officielles et autochtones.

Crédit : Vincent Desrosiers - Archives

Œuvrer pour la réconciliation

Durant son mandat, Mme Simon a fait de la réconciliation, la santé mentale, la diversité et l’inclusion et l’environnement ses priorités. Le 20 avril dernier, lors d’un discours prononcé au Forum permanent des Nations Unies sur les questions autochtones, elle a rappelé que sa nomination à ce poste a été plus qu’une étape importante dans son cheminement. Elle considère également que sa nomination a réaffirmé l’engagement du Canada en faveur de la réconciliation, de l’autodétermination des peuples autochtones et de la mise en œuvre de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones.

 « J’ai pu observer des progrès, tout comme une prise de conscience accrue de la population canadienne, fruit des efforts nationaux et régionaux en faveur de la réconciliation. La réconciliation transforme notre compréhension de l’histoire et favorise l’établissement de nouvelles relations dans notre société », a-t-elle également souligné lors de son discours. 

La nomination de Mary Simon a marqué un tournant important dans l’histoire du Canada, souligne Cindy Woodhouse Nepinak. Dans une déclaration du 5 mai, la Cheffe nationale de l’Assemblée des Premières Nations a rappelé que « sa présence à ce poste a été profondément significative pour les Premières Nations et pour tous les Canadiens. » Et cette dernière d’ajouter : « Les Premières Nations entretiennent une relation historique avec la Couronne, et les engagements de la gouverneure générale Simon en faveur de la réconciliation et de la reconnaissance des droits ont été importants et inspirants. Son héritage perdurera. »

Le mandat de Mary Simon en six dates 

26 juillet 2021 : Entrée en fonction de Mary Simon qui devient la 30e gouverneure générale et la première femme autochtone à occuper ce poste au Canada depuis la Confédération.
Juillet 2022 : Rencontre avec le pape François lors de sa visite historique au Canada, et en particulier à Iqaluit, au Nunavut où il a présenté des excuses aux survivants des pensionnats.
Février 2023 : Visite officielle en Finlande où les discussions avec le président Sauli Niinistö et la première ministre Sanna Marin ont porté sur l’OTAN et l’Arctique.
Mars 2024 : La gouverneure générale a assisté à une partie des épreuves des sports arctiques aux Jeux d’hiver de l’Arctique à Mat-Su en Alaska. 
Septembre 2025 : Organisation d’une rencontre, à Ottawa, à la veille de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation afin de revenir sur les dix années qui se sont écoulées depuis la publication du rapport final de la Commission de vérité et réconciliation. Mme Simon est accompagnée, entre autres, de survivants des pensionnats et de professionnels de la santé
Mars 2026 : Rencontre avec le pape Leon XIV lors d’une visite au Vatican.

Après le grand succès de la première édition du spectacle de lutte professionnelle il y a deux ans, l’Association des francophones du Nunavut a remis le couvert samedi 2 mai, par l’intermédiaire du théâtre Uiviit. Quatorze lutteurs et lutteuses professionnelles de la North Shore Pro Westling (NSPW) ont investi l’hôtel Aqsarniit pour se livrer à un gala spectaculaire, devant plus d’une centaine de spectacteurs.

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Lancé officiellement en février 2025, le magasin Qinnirvik a rapidement revu son fonctionnement. Un an plus tard, l’initiative continue d’évoluer pour répondre aux réalités du terrain.

Les commentaires reçus depuis l’ouverture sont positifs, indique Joseph Murdoch-Flowers, directeur général du centre communautaire d’alimentation Qajuqturvik. « Nous entendons des clients qui sont vraiment contents d’avoir cette ressource fiable et de qualité ».

L’accès à différents aliments traditionnels est particulièrement apprécié, dont le caribou, l’omble de l’Arctique, le phoque et le maqtaq. À l’occasion, des palourdes et du bœuf musqué sont aussi offerts. Des produits transformés comme le caribou séché et le pitsik figurent également parmi les options proposées.

À lire aussi : Iqaluit a son magasin d’alimentation traditionnelle

Janet Pitisulaaq Brewster et Lori Idlout lors de l’inauguration du magasin.

Crédit : Brice Ivanovic - Archives

Un recentrage sur la nourriture traditionnelle

Au départ, le magasin proposait à la fois de la nourriture traditionnelle et des produits en vrac. Les données de vente ont toutefois rapidement montré que la clientèle venait surtout pour la première option.

Fermé brièvement à l’automne 2025 pour des raisons opérationnelles, Qinnirvik a rouvert en décembre avec une offre recentrée. Le projet a alors été réorienté, notamment avec l’abandon du vrac au profit d’aliments du territoire. « Nous avons dû repenser à quelques aspects de notre modèle », explique Joseph Murdoch-Flowers. Ce recentrage vise à répondre plus efficacement aux besoins de la clientèle et à clarifier l’offre du magasin. « Nous apprenons à faire fonctionner le magasin et à mieux comprendre les attentes », poursuit-il.

Selon lui, l’initiative est encore appelée à s’adapter. De nouveaux types de produits pourraient éventuellement être introduits, mais aucune décision n’a encore été prise. La clientèle est majoritairement inuit, mais attire également des résidents d’autres communautés et parfois, des touristes, ce qui influence l’offre. Cette diversité se reflète aussi dans les besoins, qui varient selon les saisons.  

En matière d’aliments traditionnels, la demande fluctue au fil de l’année. « Il y a plus de clients pendant les mois où il est plus difficile d’aller chercher sa nourriture », souligne-t-il. L’achalandage diminue en été et au printemps, lorsque plusieurs vont chasser et pêcher, tandis qu’il augmente à l’automne et en hiver.  

Dans l’ensemble, l’expérience est jugée positive. Une résidente d’Iqaluit indique s’y rendre régulièrement, notamment pour acheter des os pour ses chiens. Elle souligne l’accessibilité du lieu et l’accueil chaleureux du personnel, ainsi que des prix qu’elle considère avantageux par rapport à d’autres commerces. Une autre met de l’avant la qualité du service à la clientèle et des prix jugés raisonnables. 

Un rôle communautaire

Au-delà de sa fonction commerciale, Qinnirvik cherche aussi à jouer un rôle dans la communauté.

Chaque mercredi, un repas de nourriture traditionnelle est offert gratuitement aux aînés. L’initiative s’inscrit dans une volonté plus large de favoriser l’accès à ces aliments et de créer un lieu de rassemblement.

L’établissement prolonge d’ailleurs une démarche amorcée il y a quelques années, à l’époque où le centre alimentaire distribuait des boîtes de nourriture traditionnelle à Iqaluit. « C’était vraiment le commencement, les premières idées qui ont mené au magasin », rappelle Joseph Murdoch-Flowers.

Depuis, le modèle a évolué afin de structurer l’approvisionnement à plus grande échelle et de mieux répondre à la demande.

Le programme s’appuie également sur un réseau de chasseurs et de pêcheurs à travers le territoire, notamment en collaboration avec Project Nunavut. Au moment de publier, aucun participant au programme n’avait pu être contacté pour commenter. Will Hyndman, fondateur de Project Nunavut affirme que ce modèle présente des retombées bénéfiques pour les chasseurs.

« Qinnirvik est une initiative très positive pour les chasseurs qui fournissent de la nourriture traditionnelle. C’est l’une des rares occasions pour eux de gagner leur vie, grâce à leurs compétences sur le territoire »

— Will Hyndman, Project Nunavut

Des défis à surmonter

Des obstacles demeurent toutefois, notamment en lien avec le transport. Will Hyndman révèle que les compagnies aériennes gèrent un volume important de marchandises, ce qui entraîne parfois la perte ou l’endommagement de certaines expéditions. Joseph Murdoch-Flowers partage ce constat. Il souligne que, malgré une collaboration efficace avec le transporteur, des retards et des problèmes liés à leur état surviennent à l’occasion, en particulier lorsque les produits arrivent décongelés. « Nous devons seulement vendre les aliments dans lesquels nous avons confiance. Si nous avons des doutes sur la qualité, nous ne pouvons pas les offrir ».

Il ajoute que les installations actuelles, comme les espaces de congélation, permettent de gérer les arrivages, mais qu’une infrastructure plus développée serait souhaitable pour répondre à la demande.

Organisme à but non lucratif, Qinnirvik doit composer avec des charges importantes. Les produits sont achetés aux chasseurs, qui doivent être rémunérés, puis revendus en magasin afin d’absorber les dépenses, notamment les salaires des employés.  « L’objectif n’est pas de faire du profit, mais de couvrir nos frais », résume-t-il.  

Le fonctionnement repose également sur des subventions, qui permettent de soutenir le programme.

La structure de prix a aussi été ajustée. Alors que trois gammes étaient offertes au départ, un seul est désormais appliqué pour chaque produit, soit un tarif se rapprochant du coût minimal. Selon le directeur, les invendus sont rares et lorsqu’il y en a, ils sont redistribués au centre communautaire alimentaire, qui intègre ces aliments dans ses repas ou ses activités.

Un impact sur la sécurité alimentaire

Des projets comme Qinnirvik contribuent à renforcer la souveraineté alimentaire des Inuit à l’échelle du territoire, souligne le ministère des Services à la famille du Nunavut. À Iqaluit, le modèle a aussi un impact concret sur la sécurité et la souveraineté alimentaires, indique le directeur du centre. Il génère par ailleurs des revenus pour les chasseurs et pêcheurs. Pour Joseph Murdoch-Flowers, ces retombées sont bien tangibles. « Ça met de la valeur sur leur travail, sur leurs connaissances de la chasse et de la pêche ».

L’initiative repose sur la participation de ménages inuit des trois régions, qui consigneront leurs dépenses alimentaires, prendront part à des entrevues virtuelles et répondront à une série de questions sur leur accès à la nourriture. Le projet s’échelonnera sur six mois.

Amautiit souhaite ainsi documenter concrètement le coût des produits essentiels, les variations régionales des prix et les défis d’approvisionnement, tout en mettant en lumière des réalités que les données seules ne permettent pas de saisir.  

Allier données et vécu

L’initiative entend combiner données quantitatives et points de vue issus des communautés afin de mieux refléter ces réalités. Les renseignements recueillis serviront à nourrir le travail de plaidoyer, la sensibilisation du public et les discussions politiques liées à la sécurité alimentaire au Nunavut, précise Masha-May Fotheringham, responsable des communications à Amautiit Nunavut Inuit Women’s Association. Une attention particulière est accordée aux perspectives des femmes inuit, conformément au mandat de l’association.

La porte-parole souligne que ce projet répond à des préoccupations persistantes face à la hausse du coût des aliments et de l’insécurité alimentaire dans les communautés inuit. Si la situation n’est pas nouvelle, elle insiste sur l’urgence de documenter ces réalités à partir d’expériences vécues, alors que la vie devient de plus en plus chère.

Nutrition Nord : des effets contestés sur le terrain

Les informations recueillies pourraient contribuer à éclairer les décisions publiques, notamment en appuyant des programmes comme Nutrition Nord ainsi que de futures initiatives locales. Selon l’Enquête canadienne sur le revenu, 58,1 % des ménages du Nunavut vivaient en situation d’insécurité alimentaire en 2023, contre 34,2 % dans les Territoires du Nord-Ouest et 21,8 % au Yukon. Un niveau, nettement plus élevé, qui illustre l’ampleur du phénomène sur le territoire.

Le programme Nutrition Nord vise à améliorer l’accès à des aliments nutritifs dans les communautés nordiques, en partie grâce à la subvention du transport. Sur le terrain, ses effets sont toutefois régulièrement remis en question.

Selon Masha-May Fotheringham, les subventions ne se traduisent pas toujours par une réelle capacité financière pour les ménages. « De nombreux membres de la communauté continuent de faire face à des coûts alimentaires élevés malgré le programme ».

Elle soulève aussi des enjeux de transparence, d’accessibilité et d’efficacité de cette mesure à refléter les réalités des collectivités. L’organisation espère que le projet contribuera à renforcer la reddition de comptes et à orienter les mesures existantes, notamment en favorisant les discussions autour de Nutrition Nord et d’autres formes de soutien systémiques.

À lire aussi : Nourrir le Nord : des communautés à la recherche de solutions durables

Des chiffres qui ne traduisent pas une réalité parfois plus complexe

Le projet s’inscrit dans un contexte où le gouvernement du Nunavut a récemment publié une enquête sur le prix des aliments, un exercice qui n’avait pas été réalisé depuis six ans. Celle-ci mettait en lumière le coût élevé de plusieurs produits essentiels et des écarts importants entre les collectivités, sans toutefois rendre pleinement compte des réalités vécues par les ménages.  

Masha-May Fotheringham souligne que ce type d’enquête fournit des « instantanés utiles », mais ne permet pas toujours de saisir toute la complexité du quotidien : 

« Elles ne captent pas les compromis que doivent faire les familles, les effets sur la nutrition et le bien-être, les différences régionales ou encore les dimensions culturelles de l’accès à la nourriture, notamment en ce qui concerne les aliments traditionnels. »

Ces réalités se manifestent aussi dans la vie de tous les jours, où différentes stratégies sont mises en place pour composer avec le coût de la vie.

À Iqaluit, des formes d’entraide émergent sur les réseaux sociaux, où des résidents partagent ou redistribuent de la nourriture.

« Les prix des aliments sont tellement élevés qu’il faut choisir entre se nourrir et payer le loyer… Pour réussir à couvrir les deux, trois membres de notre famille doivent travailler », confie un résident d’Iqaluit, qui a préféré garder l’anonymat.

« Le coût de la nourriture, de la vie et du transport devient plus facile à gérer lorsqu’on partage », souligne Maika Niego-Akavak, à l’origine d’un groupe d’échange alimentaire.

À lire aussi : Un groupe de partage pour faire face à l’insécurité alimentaire

À Baker Lake, d’autres initiatives locales tentent également de composer avec le prix élevé des aliments, entre autres par l’organisation de rassemblements pour aînés. « Les coûts restent préoccupants, surtout lorsqu’il faut rassembler tous les ingrédients », explique Karen Yip, coordonnatrice stagiaire en bien-être communautaire.

Selon Olivia Tagalik, directrice des communications à Ilitaqsiniq, un projet comme celui d’Amautiit a le potentiel de mieux comprendre la réalité des dépenses liées à l’alimentation.

Elle ajoute que l’initiative permettra d’observer les variations de prix d’une semaine à l’autre, la fréquence des achats et les compromis que doivent faire les ménages en temps réel. Elle rappelle que de nombreux foyers au Nunavut sont multigénérationnels et peuvent compter de six à dix personnes. Il sera donc crucial d’inclure des familles de tailles et compositions différentes pour refléter la diversité des réalités entre les communautés.

« Le fait de suivre les reçus d’épicerie en parallèle des expériences vécues peut offrir un portrait beaucoup plus complet que les enquêtes ponctuelles sur les prix », conclut Olivia Tagalik.

Selon l’enquête canadienne sur le revenu, les taux d’insécurité alimentaire s’élèvent à 58,1 % au Nunavut, 34,2 % aux TNO et 21,8 % au Yukon en 2023. Celle-ci touche malheureusement le Nunavut depuis plusieurs décennies. En 2012, le rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation signalait que les Inuit du Nunavut présentaient le plus haut taux d’insécurité alimentaire attesté pour une population autochtone d’un pays développé. Si le territoire est touché de façon disproportionnée, les Territoires du Nord-Ouest et le Yukon sont malheureusement aussi confrontés à cette situation.

À lire aussi : Au Nunavut, le coût de l’alimentation pèse lourd sur les ménages

Écouter les communautés

À Chesterfield Inlet et Coral Harbour, le projet Foxe Basin Kivalliq North Sapujiyiit Guardians of the Sea Society examine les obstacles auxquels les familles de ces deux villages doivent faire face pour se procurer de la nourriture en épicerie, mais aussi de la nourriture traditionnelle.

C’est par le biais de sondages et d’entrevues avec des familles de ces deux collectivités que Dr Chelsea McNeil-Dewer, directrice de recherche pour ce projet, souhaite savoir si des alternatives comme la mise en place d’une soupe populaire pourraient améliorer la sécurité alimentaire.

« Mon objectif est surtout de recueillir les points de vue des membres de la communauté sur la manière dont la subvention de Nutrition Nord Canada a été mise en œuvre, et de savoir s’ils pensent qu’il existe des savoirs traditionnels inuits ou des pratiques inuites à prendre en compte comme moyens alternatifs pour renforcer la sécurité alimentaire »

— Dr Chelsea McNeil-Dewer

Enfin, le dernier volet du projet permettra la création d’une soupe populaire communautaire utilisant les aliments récoltés en tant que projet pilote. Mais avant de concrétiser cette partie du projet, Mme McNeil-Dewer souhaite recueillir l’avis des habitants des deux villages.

En effet, même si l’objectif est de pouvoir aider le plus grand nombre de personnes, le succès d’une initiative repose sur la collaboration et les attentes au niveau local. « C’est précisément cette dimension complexe que le projet cherche à mieux comprendre et à mettre en lumière. Le but étant d’identifier les solutions les plus pertinentes, car, avant de lancer ou de tester une initiative, nous voulons nous assurer qu’elle répond réellement aux besoins et qu’elle a de bonnes chances de succès au sein de la communauté », explique Dr Chelsea McNeil-Dewer.

Le concept de souveraineté alimentaire intègre des dimensions d’équité et de culture qui ne sont pas prises en compte dans celui de la sécurité alimentaire. Toutes les communautés du Nunavut ont le droit d’avoir accès à de la nourriture qui revêt une importance culturelle, selon Dr Chelsea McNeil-Dewer : « La souveraineté alimentaire, c’est cette dimension supplémentaire qui reconnait que les gens ont également droit à l’équité en matière d’alimentation. Les communautés ont droit à la souveraineté et elles ont le droit de pouvoir manger les aliments qui revêtent pour elles une importance traditionnelle, essentiels pour leur santé et leur culture et qu’elles apprécient. »

L’épicerie virtuelle, une solution ?

Le projet Niksik étudie si la vente en ligne de produits alimentaires peut influencer les prix et ainsi rendre la nourriture plus abordable au Nunavut. C’est dans le cadre d’un partenariat avec Arctic Fresh, une initiative d’épicerie virtuelle visant à améliorer l’accès à la nourriture et livrant dans 13 collectivités du territoire, que ce projet s’est concrétisé. En effet, Rhoda Angutimarik, fondatrice de l’épicerie a accepté de partager ses données. En analysant aussi les couts, les économies, les salaires et les expériences des communautés, le projet évaluera l’efficacité des modèles alimentaires en ligne et locaux et fournira des données pour améliorer les politiques de subvention alimentaire.

Selon Shanshan Tian, directrice générale de Niksik, ce projet de recherche permettra de passer de la simple distribution d’aide alimentaire d’urgence à un travail de fond sur le plan des politiques et des changements d’infrastructures. Pour passer de l’insécurité alimentaire à la souveraineté alimentaire, une diversité de voix est nécessaire.

« Il est important que les organisations qui remettent en cause le statuquo soient présentes à ces tables de décision. Si ce sont toujours les mêmes acteurs qui sont présents, à mener les mêmes discussions, alors le système n’évolue pas et ne change pas pour les gens », insiste-t-elle.

En partenariat avec Arctic Fresh, une initiative d’épicerie virtuelle, le projet Niksik étudie si la vente en ligne pourrait influencer les prix.

Source : Niksik

Une vision holistique dans les TNO

Au sein de la Première Nation Sambaa K’e, la sécurité alimentaire nécessite une approche collective et holistique. Le projet appelé « De la terre, du jardin et du magasin : les voies menées par les Dénés pour la sécurité alimentaire à Sambaa K’e » (From the Land, Garden, and Store: Dene-led Pathways for Food Security in Sambaa K’e) est le seul projet des TNO à avoir reçu un financement.

Toutes les initiatives liées à la sécurité alimentaire à Sambaa K’e sont menées par la communauté et visent à répondre aux problèmes identifiés par celle-ci, explique Ruby Jumbo, directrice générale de la Première Nation Sambaa K’e.

Initié en 2023, ce projet de sécurité alimentaire entre dans une nouvelle phase ambitieuse et se poursuit désormais jusqu’en 2028 avec un objectif clair : renforcer la sécurité alimentaire tout en renforçant les savoirs culturels traditionnels, y compris l’apprentissage de la langue par l’intermédiaire de cours de cuisine intergénérationnels et l’accès à l’épicerie communautaire.

« Nous nous sommes appuyés sur les conclusions de la première phase (menée en partenariat avec l’Université Wilfrid-Laurier), qui ont montré que la communauté était vraiment intéressée par une meilleure éducation alimentaire et une meilleure culture culinaire en matière d’alimentation saine et de nutrition, ainsi que par la nécessité de transformer les produits que nous cultivons déjà dans le potager »

— Danielle Bayne, coordonnatrice du bienêtre communautaire au sein de la Première Nation Sambaa K’e.

Le projet appelé « De la terre, du jardin et du magasin : les voies menées par les Dénés pour la sécurité alimentaire à Sambaa K’e » est la seule initiative des TNO à avoir reçu un financement de Nutrition Nord.

Courtoisie

900 kilos de production par an

La production du jardin communautaire s’élève à environ 900 kilos par an et tout ce qui n’est pas consommé immédiatement est cuisiné ou transformé lors d’ateliers de conservation d’aliments, de fermentation et d’apprentissage de recettes adaptées aux produits locaux. Pour Julian Russell, coordinateur environnemental de la communauté, les choses ne se sont pas faites du jour au lendemain et la communauté travaille au développement d’infrastructures de stockage et de transformation des aliments depuis 2013.

Mais ces ateliers vont bien au-delà de la simple cuisine. Selon Aliya Hirch, coordinatrice du jardin communautaire et responsable de la planification des cultures et des récoltes, les ateliers deviennent des espaces vecteurs de transmission intergénérationnelle où les ainés et les familles se réunissent pour partager des recettes, des histoires et du vocabulaire.

« Il existe un lien très fort avec la nourriture issue de la terre, car cela revêt une dimension très familiale. Les jeunes parlent souvent d’apprendre de leurs grands-parents, de leurs ainés, de leurs tantes, de leurs oncles, de leurs parents. Et c’est vraiment très fort dans l’alimentation, dans l’accès à la nourriture issue des récoltes et de la chasse. Mais aujourd’hui, et cela a toujours été un peu le cas, la culture des aliments dans le potager est moins une affaire de famille. Nous souhaitons donc en quelque sorte rassembler les familles », détaille Mme Bayne.

Le projet intègre également un volet santé. Face à des enjeux comme le diabète ou l’hypertension, les ateliers servent de cadre à des discussions sur la nutrition et les choix alimentaires pour améliorer le bienêtre global de la communauté.

Le jardin communautaire de Sambaa K’e produit 900 kilos de légumes par an.

Courtoisie

Accéder à de la nourriture traditionnelle

Au sein de la Première Nation Sambaa K’e, le concept de la sécurité alimentaire repose sur l’accessibilité de la nourriture traditionnelle, les légumes et herbes aromatiques qui poussent dans le potager ainsi que la nourriture disponible au magasin communautaire. Les concepts de sécurité alimentaire et de souveraineté alimentaire sont étroitement liés selon Mme Bayne qui estime qu’avoir le choix est un aspect fondamental. « Les gens peuvent choisir la manière qui leur convient le mieux pour se nourrir, nourrir leur famille et leurs enfants. Sans possibilité de choix ni prise en compte des valeurs, on peut avoir la sécurité alimentaire, mais la dimension culturelle est absente », pense-t-elle.

Pour soutenir ces activités, la première nation s’est dotée d’une nouvelle infrastructure qui tient lieu de centre de la sécurité alimentaire composé d’une cuisine industrielle mobile et d’espaces de stockage. Cette infrastructure, installée en février 2026, permettra non seulement de transformer les aliments, mais aussi de les conserver pour l’hiver selon des méthodes culturellement appropriées, détaille M. Russell.

Derrière le succès de leur projet, la Première Nation Sambaa K’e souhaite montrer à l’ensemble des collectivités des trois territoires qu’il est possible de cultiver dans le Nord avec une approche communautaire de la sécurité alimentaire.

Infirmière depuis plus de 15 ans, j’ai travaillé en urgence, en périnatalité et en santé scolaire, en plus d’avoir vécu près de cinq ans au Nunavik. Ces expériences m’ont donné une vision globale et humaine de la santé. Passionnée de prévention et de saines habitudes de vie, j’ai à cœur de rendre l’information accessible. Amatrice de plein air et mère de famille, j’ai le plaisir d’apporter ici une chronique santé adaptée à notre réalité nordique.

Être infirmier·ière, c’est avant tout être à l’écoute des besoins des personnes, des familles et des communautés. Cette profession repose sur l’observation, le jugement clinique et l’action, dans des contextes souvent complexes. Au quotidien, le personnel infirmier contribue à rendre les soins accessibles, qu’il s’agisse de santé physique, mentale ou sexuelle. Dans les communautés nordiques, cette mission prend une dimension particulière, influencée par l’éloignement géographique, les réalités culturelles et les ressources disponibles.

Un contexte nordique qui accentue les défis

Sur le terrain, les situations cliniques rencontrées sont variées et, à plusieurs égards, comparables à celles observées ailleurs au pays : urgences mineures ou majeures, enfants malades, fractures, maladies chroniques ou crises de santé mentale. Toutefois, le contexte nordique accentue certains défis. L’accès limité aux services spécialisés, les conditions climatiques et les infrastructures parfois restreintes exigent une grande autonomie et une capacité d’adaptation constante de la part des infirmières et infirmiers.

À ces réalités s’ajoutent des facteurs qui influencent directement l’état de santé des populations. L’accès à un logement adéquat, à de l’eau potable et à des aliments de qualité demeure un enjeu dans plusieurs communautés nordiques. Ces conditions, bien qu’extérieures au système de santé, ont des répercussions concrètes sur le bien-être et se manifestent quotidiennement dans la pratique clinique. Elles rappellent que la santé ne se limite pas aux soins, mais s’inscrit dans un ensemble plus large de déterminants.

Un rôle clé

Dans ce contexte, l’exercice de la profession requiert une combinaison de compétences techniques et d’aptitudes humaines. La rigueur, le jugement, la patience et l’ouverture d’esprit sont essentiels. Le personnel infirmier doit être en mesure d’intervenir efficacement dans des situations complexes, parfois avec des ressources limitées, tout en offrant des soins sécuritaires et adaptés aux réalités culturelles des communautés desservies. Cette polyvalence en fait un pilier du système de santé, particulièrement dans les régions éloignées.

Les infirmières et infirmiers jouent également un rôle clé comme observateurs privilégiés des réalités du terrain. Leur proximité avec les patients leur permet d’identifier des besoins émergents, des tendances et des obstacles à l’accès aux soins. À ce titre, leur contribution est importante pour orienter les priorités en santé et soutenir une meilleure compréhension des enjeux par les décideurs et le public.

Les approches axées sur la prévention et l’éducation s’inscrivent directement dans cette perspective. Informer, accompagner et soutenir les individus dans la gestion de leur santé permet de réduire certains risques et d’améliorer les résultats à long terme. Ces interventions complètent les soins curatifs et participent à une vision plus globale et durable de la santé.

Aujourd’hui, le leadership infirmier constitue un levier important de transformation du système de santé. Par leur expertise, leur capacité d’innovation et leur proximité avec les patients, les infirmières et infirmiers contribuent à faire évoluer les pratiques vers des soins plus accessibles, plus humains et mieux adaptés aux réalités locales. L’Association des infirmières et infirmiers du Canada représente la profession à l’échelle nationale et internationale. Elle œuvre à son développement et soutient des initiatives visant à améliorer les résultats en santé au sein du système public canadien.

Célébrer un engagement

À l’occasion de cette semaine de reconnaissance, marquée par le 12 mai – date de naissance de Florence Nightingale (1820-1910), reconnue pour son rôle fondateur dans le développement des soins infirmiers modernes – la population est invitée à souligner le travail du personnel infirmier. Les différentes initiatives et activités proposées permettent de mieux faire connaître l’étendue de leur rôle et leur contribution au système de santé.

Dans les communautés nordiques, où les réalités de pratique comportent des défis particuliers, les infirmières et infirmiers occupent une place centrale dans l’organisation et la prestation des soins. Leur travail s’inscrit à la fois dans l’intervention clinique, l’éducation à la santé et l’adaptation des services aux besoins des populations. La Semaine des infirmières et infirmiers offre ainsi une occasion de reconnaître concrètement leur apport. Par leur engagement quotidien et leur capacité à s’adapter à des contextes variés, ils et elles participent activement à la transformation de la santé — à l’échelle des individus comme des communautés. Merci à vous !

Depuis le 20 avril et jusqu’au 7 septembre 2026, le prix de certains carburants diminue au Nunavut en raison de la suspension de la taxe d’accise fédérale. 

Cette mesure découle d’une décision du gouvernement fédéral visant à atténuer le coût de la vie, alors que les prix du carburant ont connu de fortes hausses et fluctuations sur les marchés mondiaux, notamment en raison des conflits au Moyen-Orient.

L’essence affiche une baisse d’environ 10 cents le litre, tandis que le diesel et le carburant d’aviation reculent d’environ 4 cents. Contrairement à d’autres régions du pays, les coûts du carburant au Nunavut sont en partie déterminés à l’avance, puisque le gouvernement territorial achète ses stocks annuellement.

Une baisse immédiate, mais encadrée

Bien que le carburant soit acheté des mois à l’avance dans le cadre du ravitaillement annuel, la taxe d’accise fédérale est appliquée uniquement au moment de la vente au consommateur. Sa suspension se traduit donc immédiatement par une baisse à la pompe.

Selon les données de la Division des produits pétroliers, cette taxe représente près de 11 cents par litre pour l’essence, pour un prix total dépassant 1,45 $ dans certaines localités du Nunavut.

Le ministère des Finances du Canada souligne toutefois que, dans des régions comme le Nunavut, où le carburant est acheté et entreposé préalablement, les répercussions de la mesure peuvent s’échelonner dans le temps, à mesure que les stocks existants sont renouvelés.

Les autorités territoriales confirment un impact immédiat, tout en précisant que les retombées réelles pour les consommateurs restent difficiles à quantifier. Elles soulignent également que cette réduction ne modifie pas le coût d’approvisionnement, déjà fixé, et que ses effets demeurent limités dans un contexte où les frais de transport et de distribution représentent une part importante du prix final dans le Nord.

Des effets limités

Si la baisse est réelle à la pompe, plusieurs acteurs rappellent que son impact demeure modeste dans le contexte nordique.

Sur le terrain, certains commerçants observent une hausse de l’achalandage. « Nos clients sont très contents de la réduction de prix de l’essence. Notre volume a augmenté au cours de la dernière semaine, mais il s’agit d’une progression légère », indique Stephane Daigle, gestionnaire chez Arctic Cooperatives Ltd. à Iqaluit. Selon lui, le beau temps contribue également à cette hausse. « Ça sent le printemps », ajoute-t-il.

Dans plusieurs communautés du territoire, où le carburant est essentiel aux déplacements et à l’acheminement des marchandises, toute variation de prix est scrutée de près.

La Ville d’Iqaluit accueille favorablement la mesure, qui pourrait permettre certaines économies pour ses véhicules et équipements. « Bien qu’il s’agisse d’un pas positif, des facteurs plus larges comme l’approvisionnement, le transport et l’acheminement continuent d’influencer les coûts du carburant dans le Nord, de sorte que l’impact global sur le budget de fonctionnement de la Ville devrait demeurer limité », explique Geoffrey Byrne, gestionnaire des communications et du service à la clientèle à la Ville d’Iqaluit.

Du côté du transport aérien, Canadian North précise que la suspension de la taxe d’accise fédérale a été prise en compte dans l’ajustement de ses surcharges de carburant, fait valoir Hance Colburne, gestionnaire des communications et des relations avec les intervenants pour l’entreprise.

Il ajoute que ces surcharges, appliquées tant aux passagers qu’au fret, visent uniquement à couvrir les hausses réelles des coûts, alors que les prix du carburant restent soumis à d’importantes pressions dans le Nord.

À titre de comparaison, les prix de l’essence dans le sud du pays se sont récemment rapprochés de la barre des 2 $ le litre, tout en fluctuant davantage qu’au Nunavut.

Malgré cette baisse, les réalités d’approvisionnement au territoire continuent de limiter les variations de prix pour les consommateurs.

Du 18 au 21 juin 2026, le festival mettra à l’honneur le thème des pisiit, des chants traditionnels inuit porteurs d’histoires et de mémoire, qui guideront la programmation.

Bien que tous les détails n’aient pas encore été dévoilés, les éditions précédentes donnent une idée de ce qui est à venir. L’an dernier, le festival présentait une offre variée, mêlant spectacles musicaux, ateliers culturels, expositions et événements communautaires.

Par ailleurs, l’identité de la première artiste invitée a été révélée le 4 mai. La chanteuse inuk du Groenland Naja P, qui se produit en kalaallisut, proposera une musique alliant douceur et intensité, abordant des thèmes comme l’amour et l’estime de soi.

Son premier mini-album lui a notamment valu des distinctions aux KNR Awards en 2023, confirmant sa place parmi les voix émergentes de la scène musicale kalaallit.

Les organisateurs du festival n’avaient pas répondu à nos demandes au moment de publier.

Naja P., chanteuse groenlandaise, est la première artiste annoncée cette année.

Un lieu de retrouvailles

Les activités se déploient dans différents lieux à Iqaluit, des scènes intimes aux espaces plus vastes, contribuant à une atmosphère accessible et conviviale.

Le festival met en lumière des artistes inuit, circumpolaires et autochtones, tout en accueillant des créateurs de diverses disciplines venus d’ailleurs. La programmation valorise aussi des performances multidisciplinaires, avec la participation, ces dernières années, de groupes comme Artcirq et d’artistes de la relève, illustrant l’importance accordée à la transmission et à l’implication des jeunes.

Pour plusieurs, Alianait représente un moment pour se retrouver. Le musicien Terry Uyarak évoque un festival « proche de chez-lui », où les liens entre les musiciens sont bien présents. « Pour moi, c’est spécial, car c’est près de chez moi : un seul vol d’avion, et tous mes amis musiciens sont là-bas », dit-il.

Le groupe Nanook, qui s’y est produit à quelques reprises, souligne également le caractère rassembleur de l’événement. Ses membres décrivent un festival où artistes et publics se rencontrent facilement, créant des liens et partageant des expériences significatives. Ils insistent sur l’accueil reçu, autant de la part du public que des autres participants et de l’équipe du festival.

L’édition 2025 était placée sous le signe du Qilaut.

Crédit : Brice Ivanovic - Archives

Une affiche porteuse de sens

L’identité visuelle du festival reflète cette volonté de transmission et de rassemblement. L’affiche officielle, signée par Nooks Lindell, s’inscrit directement dans le thème des pisiit. Pensée comme une célébration de ces chants, elle met de l’avant leur rôle dans la transmission et la mise en valeur des histoires et des expériences inuit, à travers les générations. « Les pisiit nous rappellent que nos expériences personnelles ont du pouvoir et du sens », souligne l’artiste.

Il explique que l’œuvre, qui représente notamment une figure féminine forte évoluant dans un environnement nordique, évoque à la fois l’attachement au territoire, la résilience et la volonté de faire vivre ces traditions dans le présent. Elle reflète également l’esprit de rassemblement au cœur du festival, qui réunit artistes et communautés autour d’une identité commune.

L’idée du projet remonte à une exposition physique présentée à l’Université Laval en 2020, à partir d’objets du quotidien collectés dans les années 1960 et 1970 par l’anthropologue Bernard Saladin d’Anglure. Interrompue par la pandémie, l’initiative a alors été repensée pour rejoindre un public plus large par la bibliothèque de l’Université Laval et la Chaire de recherche sur les relations avec les sociétés inuit. Le musée virtuel, en ligne depuis le 1er avril 2026, s’inscrit dans cette démarche. Il constitue un projet distinct, fondé sur la même collection.

Près de 25 ateliers ont été organisés à l’Igloolik High School. Élèves, enseignants et intervenants y ont exploré la culture inuit, son histoire et ses transformations à partir de cette collection, intégrée à différents cours, notamment en langue et culture inuit, mais aussi en arts, en mathématiques et en sciences sociales. Ces ateliers ont marqué un tournant dans la démarche, en ancrant davantage celle-ci dans la communauté.   

Quand la communauté s’approprie les objets

En parallèle des activités scolaires, des ateliers ouverts à la communauté ont aussi été organisés, ainsi que des enregistrements réalisés à Igloolik auprès de porteurs de savoir. Certains résidents venaient observer, tandis que d’autres transmettaient leurs savoirs ou leurs points de vue, parfois en présence de leurs enfants et petits-enfants. Plusieurs ont également évoqué des souvenirs liés à l’anthropologue, qui a passé beaucoup de temps dans la communauté.

Les interprétations des objets divergeaient parfois. « On n’était pas là pour juger si l’un a raison et l’autre tort », résume Valentine Ribadeau Dumas, coordonnatrice du projet Inuit Worlds au sein de la Chaire de recherche sur les relations avec les sociétés inuit de l’Université Laval, dirigée par Caroline Hervé. Ces différentes versions ont été intégrées au site, permettant aux visiteurs de se faire leur propre idée.

Un projet façonné entre Igloolik et Québec

Le projet s’est construit à travers plusieurs allers-retours entre Igloolik et Québec. Cinq voyages ont permis de faire avancer les travaux, tandis que les partenaires locaux ont contribué à orienter les décisions, notamment celles liées aux différentes étapes de réalisation et à l’implication des aînés.  

Parmi eux, Jack Haulli, collaborateur principal local du projet, ainsi que Deborah Qaunaq et Natalino Piugattuk, descendants d’artisans ayant fabriqué certains objets, ont partagé leurs connaissances et leurs souvenirs. Tous trois se sont rendus à Québec pour découvrir l’ensemble de la collection conservée à l’Université Laval et contribuer à sa mise en valeur.

Avant sa mise en ligne, une version préliminaire du site a été présentée à Igloolik afin de recueillir les commentaires des participants et des élèves et d’en valider le contenu.

« L’équipe ne voulait pas utiliser ces objets comme de simples artéfacts ou des outils, mais comme des supports de mémoire permettant de créer des liens à la fois entre l’université Laval et la communauté d’Igloolik, mais aussi d’une génération à l’autre, entre aînés et jeunes », explique Valentine Ribadeau Dumas.

Au total, plus d’une vingtaine d’heures d’enregistrements ont été réalisées, donnant lieu à une sélection de contenus audio et visuels intégrés au site.

Une tête de harpon inuit (anguvigag), utilisée traditionnellement pour la chasse aux mammifères marins, illustre l’ingéniosité des techniques ancestrales de subsistance dans l’Arctique.

Crédit : Projet Mondes Inuit

Des objets qui parlent aux jeunes générations

Dans les écoles, ces éléments sont devenus des points de départ pour des discussions entre élèves, enseignants et aînés. « Pour plusieurs jeunes, ces objets étaient complètement inconnus », souligne la coordonnatrice.

Pour Jack Haulli, ces échanges ont permis de redécouvrir certaines pratiques :

« En écoutant les aînés parler des jeux d’autrefois, on comprend à quel point ces pratiques différaient d’aujourd’hui. Par exemple, les équipes se formaient selon la saison de naissance, été ou hiver, et s’affrontaient en conséquence. »

Il évoque aussi un vocabulaire précis utilisé par les aînés pour décrire le territoire et anticiper des dangers, comme les glaces instables.

Les pièces présentées invitaient les étudiants à réfléchir à leur usage, à leur fabrication et à leur signification, tout en servant d’appui à l’apprentissage du vocabulaire en inuktitut.

Au-delà du cadre scolaire, les discussions autour des objets ont aussi rappelé des souvenirs plus personnels chez les aînés. Un masque, nommé kinappak en inuktitut, a ainsi ravivé des récits d’un jeu autrefois pratiqué dans la région, lors de rassemblements entre groupes, marquant profondément plusieurs enfants. Ces échanges montrent comment ces objets deviennent de véritables porteurs de mémoire, un rôle que le musée virtuel cherche à prolonger.

Conçu comme un outil pédagogique trilingue (français, anglais, inuktitut), le musée s’appuie sur la participation de près de 200 personnes, dont plusieurs ont contribué au contenu. Déjà utilisé en milieu scolaire à Igloolik, le site Web s’impose comme un outil de transmission, où les récits des aînés continuent de faire vivre la mémoire collective.