le Vendredi 17 juillet 2026

Le ministère de l’Environnement du Nunavut recommande de faire passer le quota annuel de récolte de 550 à 6 600 caribous. La proposition a été discutée par le Nunavut Wildlife Management Board le 24 juin dernier, mais, au moment de mettre sous presse, le conseil n’avait pas encore rendu sa décision.  

Selon les plus récentes estimations gouvernementales, la population de caribous de l’île de Baffin serait passée d’environ 4 600 animaux en 2014 à près de 48 000 en 2024. Cette hausse est attribuée aux importantes restrictions de chasse mises en place au cours des dernières années. 

Le rapport Baffin Island Caribou Distribution and Abundance Survey February/March 2024/2025 indique toutefois que cette progression n’est pas uniforme à l’échelle de l’île. Les plus fortes augmentations sont observées dans le Centre de Baffin, les péninsules de Meta Incognita, de Hall et de Foxe, tandis qu’aucune croissance statistiquement significative n’a été constatée l’île Prince-Charles.  

Pour leur part, les auteurs de l’étude recommandent de maintenir le régime actuel de gestion et de poursuivre le suivi de la population pendant cinq à sept ans avant une nouvelle réévaluation des mesures. Celle-ci demeure toutefois loin des quelque 150 000 caribous estimés dans les années 1980, même si ses effectifs ont nettement rebondi depuis le creux d’environ 4 600 animaux recensé en 2014.

Steeve Côté, spécialiste du caribou à l’Université Laval, estime qu’une augmentation du quota de récolte pourrait être envisagée, mais de façon plus prudente.

Courtoisie

Un appel à la prudence  

Cette proposition gouvernementale suscite des réserves chez Steeve Côté, professeur titulaire au Département de biologie et au Centre d’études nordiques de l’Université Laval, spécialiste du caribou. Il indique que le prélèvement proposé équivaut à environ 12,5 % du troupeau estimé à 48 000 caribous, un taux qu’il considère élevé.  

Déjà contacté à ce sujet en février 2026, il mentionnait que ce rétablissement constituait une excellente nouvelle pour le troupeau de l’île de Baffin, plusieurs populations étant en déclin ailleurs au pays. 

« Seulement les populations en forte croissance peuvent supporter ce taux. Un taux de 7-8 % est plus prudent. Parfois les taux sont autour de 4 % pour les populations dont le statut est incertain. »  

 

— Steeve Côté, professeur titulaire au Département de biologie et au Centre d’études nordiques de l’Université Laval, spécialiste du caribou

Le chercheur ne s’oppose pas à un relèvement du quota, mais juge qu’il devrait être plus graduel. « Le quota pourrait être augmenté, mais de façon plus prudente. »  

Les auteurs du rapport concluent néanmoins que l’augmentation observée est statistiquement significative, ce qui la rend peu susceptible d’être attribuable au hasard.   

Entre prudence et accès au caribou 

L’étude qualifie cette reprise de « remarquable » et estime que le rythme de croissance observé, qui est d’environ 25 % par année depuis 2014, compte parmi les plus élevés documentés chez le caribou.  

Steeve Côté rappelle que ces résultats reposent sur un seul inventaire faisant état d’une forte hausse de la population. Il juge difficile d’évaluer la trajectoire démographique à long terme du troupeau. À sa connaissance, aucune donnée n’est disponible sur la survie individuelle des animaux ou le recrutement annuel. 

Le spécialiste ajoute que l’estimation de 48 000 caribous comporte nécessairement une marge d’erreur. « Si l’estimé de 48 000 était en réalité un peu plus bas, alors on pourrait avoir 15-16-17 % de prélèvement, ce qui serait très élevé », affirme-t-il. 

Cette prudence ne fait pas l’unanimité sur le terrain. M.C., un chasseur actif d’Iqaluit qui a accepté d’être identifié par ses initiales, juge que la population est aujourd’hui en bonne santé. D’après son expérience, il est désormais possible d’observer cette espèce à quelques minutes seulement de la ville, alors qu’il fallait auparavant parcourir plusieurs heures en motoneige pour en trouver.   

À ses yeux, le caribou demeure au cœur de l’alimentation traditionnelle.

«Nous avons grandi en mangeant du caribou. Plusieurs de nos aînés en réclament toujours aujourd’hui.»

— M.C., un chasseur actif d’Iqaluit

Le quota actuel de 150 caribous pour Iqaluit ne répond plus aux besoins d’une communauté en croissance, où plusieurs familles dépendent encore de la récolte d’aliments traditionnels. Un quota d’environ 450 caribous serait plus adapté à la réalité d’Iqaluit, estimeM.C. 

Il fait également valoir que l’accès à cette ressource représente un enjeu économique majeur pour de nombreux ménages alors que le coût relativement faible d’une sortie de chasse permet d’obtenir une quantité de viande largement supérieure à ce qu’il serait possible de se procurer à l’épicerie pour le même montant. « Je peux aller au magasin avec 30 dollars et acheter un steak, ou mettre 30 dollars d’essence et récolter un caribou qui donnera environ 100 steaks ».  

D’après lui, plusieurs chasseurs jugent déjà les quotas actuels trop restrictifs. Il estime que l’opposition au système pourrait continuer de croitre si les limites de récolte demeurent inchangées.  

Sans se prononcer sur la hausse proposée, le directeur général du centre communautaire d’alimentation Qajuqturvik, Joseph Murdoch-Flowers, observe que la demande pour la viande de caribou est soutenue. Il souligne que le caribou revêt une valeur culturelle et économique importante pour les Inuit. « Chaque fois que nous avons du caribou en stock au magasin Qinnirvik, ce qui arrive assez souvent, il se vend rapidement », ajoute-t-il, précisant que cette viande est aussi particulièrement populaire auprès des aînés qui participent aux activités. 

 Interrogée au sujet des signalements, des enquêtes et des infractions liées au braconnage du caribou sur l’île de Baffin, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) au Nunavut a indiqué que ces informations relevaient plutôt du ministère de l’Environnement. Au moment de mettre sous presse, ce dernier n’avait pas répondu à nos questions sur l’application des quotas ni sur la disponibilité des données concernant le braconnage et la récolte du caribou.

Pour le gouvernement du Nunavut, ce vote budgétaire constitue l’accomplissement majeur de la plus récente session parlementaire. 

Joanna Awa, attachée de presse au bureau du premier ministre John Main, explique qu’en raison des élections territoriales de 2025, l’examen du budget principal a été reporté au printemps, amenant les ministres à comparaître devant le comité permanent afin de défendre les dépenses proposées par leur ministère. Ce processus a permis aux députés de questionner les choix du gouvernement dans plusieurs domaines. 

À ses yeux, ce budget devrait avoir les retombées les plus concrètes pour la population, notamment grâce aux investissements dans les services publics et les infrastructures.   

Des investissements majeurs 

Le budget prévoit 201 millions de dollars pour les infrastructures communautaires ainsi que 87 millions pour le logement public et les logements réservés au personnel gouvernemental. Une somme de 10 millions de dollars est destinée aux organismes locaux d’habitation, tandis que 29 millions de dollars additionnels financeront les soins de longue durée.  

Des sommes sont également consacrées à l’aide aux étudiants postsecondaires, au recrutement et à la rétention de travailleurs de la santé, à la petite enfance et à diverses initiatives de réduction de la pauvreté.  

Trois mesures législatives ont reçu la sanction royale au terme de la session. Ces projets concernent des crédits supplémentaires en immobilisations pour l’exercice 2026-2027, des modifications à diverses lois territoriales ainsi qu’une révision de la Loi de l’impôt sur le revenu.

Par ailleurs, Joanna Awa souligne que la dévolution, qui doit entrer en vigueur le 1eravril 2027, demeurera l’un des principaux dossiers à suivre au Nunavut.

Quatre textes législatifs liés au transfert des responsabilités en matière de gestion des terres, des eaux et des ressources naturelles ont été déposés à la clôture des travaux. 

Le bureau du premier ministre précise que, bien qu’il s’agisse d’une pratique peu courante, ces ébauches ont été présentées afin de permettre aux députés d’en prendre connaissance avant leur introduction officielle. L’examen de ces projets de loi devrait se poursuivre lors des séances d’automne 2026 et d’hiver 2027.  

D’autres dossiers marquants 

Si le gouvernement considère l’adoption du budget comme la réalisation phare de la récente session parlementaire, le député de Quttiktuq Steven Taqtu estime plutôt que le transport médical aérien (medivac) a été l’un des dossiers les plus importants. 

Steven Taqtu cite également les quotas de caribou ainsi que les questions liées à la sécurité et à la souveraineté dans l’Arctique. Il croit que le medivac, les soins aux aînés et les enjeux arctiques demeureront au cœur des discussions à l’automne.

Fred Pedersen, député de Cambridge Bay, partage ce constat. Il affirme que les délais dans le transport médical aérien ont occupé une place importante durant la session, rappelant que des patients de certaines communautés du Kitikmeot ont dû récemment composer avec des délais de plus de 24 heures avant l’arrivée d’une évacuation médicale. À son avis, la situation pourrait demeurer préoccupante si les temps d’attente ne s’améliorent pas.  

L’élu de Cambridge Bay estime également que la dévolution figurera parmi les dossiers à suivre lors des prochains travaux. 

Selon un communiqué publié le 12 juin 2026, l’entreprise aura d’abord accès à une première tranche de 110 millions de dollars américains afin de financer notamment ses achats de carburant, les coûts liés à la restructuration et ses dépenses courantes et éviter ainsitoute interruption de ses activités à la mine Mary River et au port de Milne.  

Baffinland affirme que la saison de transport maritime de 2026 se déroulera comme prévu et souhaite également maintenir la possibilité de faire progresser la composante Steensby de son projet Mary River. 

Lire aussi : Baffinland sous protection judiciaire, les activités maintenues pour l’instant 

La restructuration se poursuit 

La minière demeure toutefois sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC). Cette période de restructuration doit lui permettre d’évaluer différentes options stratégiques tout en conservant le contrôle et en stabilisant ses activités. Ces options pourraient inclure une recapitalisation ou une éventuelle vente.  

Le tribunal devait également se pencher le 30 juin sur le maintien du financement accordé par EDC ou sur son remplacement par des fonds provenant de prêteurs spécialisés.  

Peter Akman, responsable des relations avec les parties prenantes et des communications de Baffinland, estime que ce financement témoigne de l’importance de la minière pour le Nunavut, les communautés inuit ainsi que ses employés, ses fournisseurs et ses entrepreneurs. L’entreprise demeure en « dialogue actif » avec l’ensemble des acteurs concernés. 

Il a cependant refusé de commenter plus en détail le processus de restructuration, affirmant que ceux-ci figurent déjà dans les documents déposés devant le tribunal.  

De son côté, Zoé de Bellefeuille, conseillère principale aux communications externes d’EDC, a indiqué que l’organisme n’était pas en mesure de se prononcer sur les raisons ayant mené à cette décision. Elle a toutefois rappelé qu’EDC soutient Baffinland depuis 2014 et qu’un prêt existant a été renouvelé en novembre 2025 afin d’aider l’entreprise à maintenir ses liquidités tout en poursuivant ses activités. L’organisme espère par ailleurs que le processus supervisé par le tribunal assurera un avenir viable au projet minier. 

Un navire amarré aux installations portuaires de Baffinland lors d’opérations de chargement.

Baffinland Iron Mines Corporation

Des retombées multiples 

Le président-directeur général de la Chambre des mines des Territoires du Nord-Ouest et du Nunavut, Paul Hébert, considère que Baffinland demeure « l’un des plus importants employeurs du secteur privé et l’un des principaux moteurs économiques du Nunavut ». L’importance de la mine Mary River « va bien au-delà du site minier », compte tenu notamment des emplois, des contrats et des retombées économiques qu’elle génère dans le territoire, estime-t-il. 

Il indique qu’en 2025, Baffinland comptait en moyenne 320 employés et entrepreneurs inuit. L’entreprise a versé 27,7 millions de dollars en salaires à des travailleurs inuit et accordé 153,4 millions en contrats à 42 entreprises inuit. À cela s’ajoutent 14,2 millions de dollars versés à la Qikiqtani Inuit Association (QIA), ainsi que 9 millions versés au gouvernement du Nunavut l’an dernier.   

«Ces chiffres montrent pourquoi la mine est importante pour les familles, les communautés, les entreprises et les revenus publics du territoire»

— Paul Hébert, président-directeur général de la Chambre des mines des Territoires du Nord-Ouest et du Nunavut

Paul Hébert souligne également que la minière soutient diverses initiatives locales, notamment un programme de repas chauds dans plusieurs collectivités de la région ainsi que le centre de formation de Pond Inlet.  

Bien qu’il reconnaisse les inquiétudes entourant le processus de restructuration, le président-directeur général estime que la mine Mary River conserve un important potentiel à long terme, et que la priorité demeure de préserver les emplois et les retombéeséconomiques pour les communautés.  

Sollicité pour commenter cette nouvelle étape du processus de restructuration de Baffinland, le gouvernement du Nunavut n’avait pas répondu à nos questions au moment de publier.  

Le ministère de la Santé a confirmé qu’un examen des services assurés est en cours. L’exercice devrait mener à des recommandations destinées à moderniser le régime et à clarifier la couverture offerte aux résidents du territoire.   

Jennifer Anawak, directrice des programmes d’assurance-maladie, affirme que la démarche vise à établir un cadre « clair, cohérent et durable » pour la couverture des soins de santé au Nunavut. La révision s’inscrit, ajoute-t-elle, dans une volonté d’améliorer le système de santé et d’assurer aux Nunavummiut un accès adéquat aux services assurés. 

Malgré plusieurs questions, les responsables du dossier n’ont pas précisé les volets concernés, les aspects de la couverture actuellement à l’étude et les changements qui pourraient être recommandés. Ils ont indiqué que la révision se poursuit et qu’aucune modification aux politiques existantes n’a été apportée jusqu’à présent.  

Aucune échéance n’a été fournie quant à la fin de l’examen ou à la publication de ses conclusions.  

Une évaluation qui sème des inquiétudes 

La Nunavummi Disabilities Makinnasuaqtiit Society (NDMS), qui suit le dossier de près, affirme ne pas encore disposer de suffisamment d’information pour mesurer pleinement les impacts potentiels de la révision.   

Son directeur général, Pierre Essoh, estime que tout changement aux services de santé devrait être évalué en fonction de ses répercussions sur les personnes handicapées.  

Il souligne que cette population fait souvent face à des obstacles supplémentaires liés à l’éloignement géographique, aux déplacements médicaux, à l’équipement spécialisé, aux médicaments ainsi qu’à l’accès à des soins continus. 

« Une réduction de la couverture ou l’introduction de frais d’utilisation pourrait avoir des répercussions disproportionnées pour ceux et celles qui ont déjà des besoins de santé plus importants et des dépenses plus élevées. » 

— Pierre Essoh, directeur général de la NDMS

Le dirigeant demande également au gouvernement du Nunavut de consulter les personnes concernées et les organismes qui les représentent tout au long du processus afin que tout changement favorise l’accès aux soins essentiels plutôt que de le limiter. 

Une vaste consultation réclamée 

L’Association des municipalités du Nunavut estime aussi que toute révision de la couverture des soins de santé devrait garantir un accès équitable aux services de santé pour l’ensemble des Nunavummiut, peu importe leur lieu de résidence.  

Sa directrice générale, Marla Limousin, souligne que les élus locaux observent quotidiennement les conséquences des difficultés d’accès aux soins dans les collectivités éloignées, où les coûts de prestation sont plus élevés et les services plus limités. Elle exhorte le gouvernement à tenir compte des réalités propres au Nunavut, notamment de sa géographie, de ses infrastructures, des pénuries de main-d’œuvre et des déterminants sociaux de la santé.  

 « Tout changement aux services assurés devrait renforcer plutôt que réduire l’accès aux soins de santé essentiels et ne devrait pas créer de barrières financières ou administratives supplémentaires pour les résidents », affirme-t-elle.  

Marla Limousin ajoute que les municipalités, les organisations inuit, les professionnels de la santé ainsi que la population devraient être consultés tout au long du processus afin que les mesures proposées reposent sur l’expérience vécue des collectivités du territoire. Selon elle, les retards dans les soins, les déplacements médicaux et les limites des services ont des répercussions sur le bien-être communautaire, la capacité d’action et les interventions d’urgence.  

Tout au long de la semaine, les auditeurs retrouvent des émissions diffusées en direct telles que Midi Nordique, La Communauté, À fleur de peau, et N’importe quoi. Certaines remportent particulièrement un vif succès selon le gestionnaire arrivé au poste depuis un an. C’est le cas d’À fleur de peau, émission d’éducation sexuelle diffusée sur les ondes tous les vendredis soir à partir de 21 h et animée par Joyce, Andy et Franck Bleu. 

Lors de l’émission, les auditeurs peuvent appeler ou envoyer des messages de façon anonyme aux animateurs qui tentent de répondre à leurs questions. Franck Bleu rapporte que l’équipe reçoit entre 20 et 30 messages à chaque émission! 

La Communauté est une autre émission phare de la radio. Cette émission de décryptage est diffusée de 18 h à 19 h les vendredis et est animée par Laurent Monti et Arnaud Gohi. « On essaie de revoir l’actualité, de faire le bilan de l’actualité de la semaine », explique Franck Bleu. Chaque vendredi, le duo reçoit un invité de la communauté, ou de la francophonie pour discuter des enjeux des francophones ou pour partager leur avis sur des sujets sélectionnés pour l’émission.  

Enfin, Midi nordique, une émission de divertissement animée par Franck Bleu, rencontre également un beau succès les jours de la semaine sur l’heure du midi.  

Le gestionnaire souligne que les pics d’audiences sont généralement enregistrés en semaine, les auditeurs privilégiant les activités en famille la fin de semaine. Seule l’émission Afro-sono, diffusée en direct le week-end, attire une plus grande part d’audience.  

La radio se modernise 

La radio s’est également dotée d’un troisième micro et de plus grands écrans.  

Franck Bleu ajoute que la station s’équipera très prochainement d’une console numérique. « Tout est connecté là-dessus, on peut mettre des émissions, on peut la commander à distance », explique-t-il. « C’est vraiment un nouveau matériel qui vient révolutionner la radio. La radio se modernise et devient plus professionnelle. » 

Jusqu’à récemment, la station radio utilisait encore une console analogique, une technologie désormais désuète selon le gestionnaire. 

La radio connaît une plus grande part d’audience notamment grâce à la diffusion d’émissions en direct et du journal de Radio Canada.

Franck Bleu

Nouveautés à la rentrée 

En septembre prochain, Franck Bleu prévoit de diffuser deux nouvelles émissions.  

La première, Au-delà des -35 degrés, donnera la parole à des habitants de la capitale qui partageront leur expérience. Le but est de favoriser une meilleure connaissance mutuelle au sein de la communauté francophone. « On va recevoir toutes sortes de professions qui nous diront comment elles arrivent à vivre, à survivre dans le Grand Nord où nous sommes en minorité », précise-t-il. 

Le second projet, L’univers des tout-petits, réunira autour du micro des enfants, principalement de l’École des Trois-Soleils. « On va raconter des contes et les enfants nous diront ce qu’ils ont envie de faire très prochainement dans l’avenir », explique le gestionnaire. 

Franck Bleu informe être ouvert aux propositions de sujets d’émission et être toujours à la recherche de nouveaux collaborateurs. 

La radio en chiffres  

Augmentation de 27,2 % de part d’audience depuis janvier 2026

Nombre d’auditeurs réguliers : 5 360

Nombre d’invités : une 20aine depuis janvier 2026

Six émissions en direct

Répartition de l’audience par genre : 52,6 % de femmes et 47,4 % d’hommes

Source : StatsRadio. Période : janvier 2026 à juin 2026 

À Iqaluit, la Saint-Jean vient avec son traditionnel souper de homards. Employés et bénévoles de l’AFN ont travaillé fort pour ravir les papilles de la centaine de convives.

Crédit : Brice Ivanovic

L’invité le plus convoité de la soirée !

Crédit : Brice Ivanovic

Un grand bravo à l’équipe en cuisine. Soupe de chou-fleur, salade, crevettes, homards et tiramisu : un vrai festin. 

Crédit : Brice Ivanovic

Reinaldo Guilbert, directeur du théâtre Uiviit, au four et au moulin !

Crédit : Brice Ivanovic

Des homards du sol au plafond, et des grands sourires pour tout le monde. 

Crédit : Brice Ivanovic

Un Franco-Centre aux couleurs du Québec

Crédit : Brice Ivanovic

Émile Bilodeau a clôturé cette belle soirée par un concert de près d’une heure.

Crédit : Brice Ivanovic

Émile Bilodeau a clôturé cette belle soirée par un concert de près d’une heure.

Crédit : Brice Ivanovic

Et un public charmé !

Crédit : Brice Ivanovic

Désormais nouvelle ex-gouverneure générale, Mary Simon n’aura pas fait l’unanimité à sa nomination ni après son départ, notamment auprès de la francophonie canadienne. Si cette haute fonction gouvernementale ne requiert pas légalement le bilinguisme contrairement aux autres institutions fédérales, ses difficultés à s’exprimer régulièrement en français l’auront suivi tout au long de son mandat, reléguant parfois au second plan ses actions en matière de réconciliation. Pour de nombreux inuit et autochtones, ce point a rouvert des cicatrices qui peinent à se refermer, et démontre une fois de plus la place coloniale qu’occupent l’anglais et le français. 

Lire aussi : Gouverneure générale : le mandat Mary Simon aura marqué les esprits

Mary Simon, gouverneure générale du Canada, a terminé son mandat le 8 juin 2026.

Crédit : Anne-Marie Brisson, Rideau Hall © BSGG

Des réactions contrastées

Le débat entourant la maitrise du français de Mary Simon a laissé des traces chez plusieurs leadeurs inuit. Pour la députée libérale du Nunavut, Lori Idlout, les critiques formulées à l’encontre de la première gouverneure générale inuk démontrent qu’un important travail de sensibilisation reste à faire sur l’histoire et les réalités autochtones du Canada. Selon elle, les politiques coloniales ne relèvent pas uniquement du passé et continuent d’avoir des répercussions sur les communautés.

L’ancien commissaire du Nunavut et survivant des pensionnats, Piita Irniq, partage ce point de vue :

« D’après ce que j’ai observé, les dirigeants canadiens qui se sont exprimés dans les médias et qui ont critiqué Mary Simon parce qu’elle ne parlait pas couramment le français ont été totalement injustes et leurs commentaires déplacés. Ce n’était pas canadien. »

— Piita Irniq, ancien commissaire du Nunavut

Selon lui, les dirigeants du pays auraient plutôt dû être fiers de voir une Inuk accéder à cette fonction.

La commissaire aux langues officielles des Territoires du Nord-Ouest, Krista Carnogursky, retient le travail exemplaire accompli par Mary Simon pour la réconciliation. Même si elle comprend certaines critiques, sa nomination reste – de son point de vue – historique.

« En tant que première personne autochtone à occuper ce poste, j’espère que certaines personnes ont pu comprendre l’histoire et l’héritage des pensionnats, et comment, historiquement, ceux-ci ont souvent empêché les gens d’apprendre leur langue », explique-t-elle.

François Larocque, professeur titulaire à la faculté de droit de l’Université d’Ottawa, adopte quant à lui une position plus nuancée. Il reconnait l’avancée importante que représente la nomination d’une gouverneure générale autochtone au Canada, compte tenu du passé colonial canadien et du symbole de la Couronne britannique : « Cette nomination a été un grand moment, pour plein de raisons historiques profondes et importantes. »

En revanche, malgré cette importante avancée, sa nomination constitue un tournant dans l’application des exigences liées au bilinguisme, selon l’universitaire.

« Il reste qu’au Canada, le pays est officiellement bilingue depuis 1969, rappelle-t-il. Et depuis ce temps-là, le gouvernement fédéral est dans un processus de bilinguisation progressive de toutes ses institutions fédérales, y compris pour le poste de gouverneur général. Donc, tous les gouverneurs généraux sont bilingues, en alternance de première langue française et de première langue anglaise. La nomination de Mary Simon, dans un sens, était une rupture avec cette tradition. »

— François Larocque, professeur titulaire à la faculté de droit de l’Université d’Ottawa

François Larocque, professeur titulaire à la faculté de droit de l’Université d’Ottawa, reconnait l’avancée importante qu’a représentée la nomination d’une gouverneure générale autochtone au Canada. Il soulève cependant que cette nomination est une rupture avec la tradition de nommer des gouverneurs généraux bilingues.

Courtoisie François Larocque – Université d’Ottawa

« Colonisée par des missionnaires anglophones » – Sénatrice Michèle Audette

Michèle Audette, sénatrice du Québec et leadeur autochtone franco-innue, s’est dite très fière de la nomination de Mary Simon. « Pour la première fois de l’histoire, c’est une femme autochtone. Ça, c’était ma fierté, il fallait que je l’honore. »

Elle considère ce moment comme un évènement historique, d’autant plus que la sénatrice travaille beaucoup pour la cause des femmes autochtones. Elle a notamment été nommée parmi les cinq commissaires chargés de mener l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées.

Les peuples autochtones n’ont choisi ni leurs colonisateurs ni la langue dans laquelle ils s’exprimaient. Mme Audette rappelle que Mary Simon n’a jamais eu le choix d’aller dans un pensionnat anglophone et les critiques à son encontre n’étaient pas justifiées au regard de ce contexte.

« Le fait qu’elle parle sa langue inuktitut et que le colonialisme l’a amenée à être colonisée par des missionnaires anglophones, pour moi, ça, c’était loin. Ce n’était pas une critique. Je savais que dans l’histoire, elle n’a pas choisi. Comme moi, je n’ai pas choisi les missionnaires francophones » explique-t-elle lors d’une entrevue accordée. 

— Sénatrice Michèle Audette - Courtoisie Sénat du Canada

Cependant, la sénatrice autochtone rappelle que les deux langues officielles du Canada ont un statut commun et équivalent ; l’anglais ne devrait pas être considéré comme une langue ayant la priorité.

Des blessures encore présentes

Le débat soulevé autour de Mary Simon et des langues officielles ont ravivé de douloureux souvenirs à Piita Irniq. L’ancien commissaire du Nunavut, envoyé de force dans un pensionnat durant son enfance, rappelle que les élèves n’avaient pas le droit de parler leur langue.

En septembre 1958, après avoir parlé en inuktitut avec un autre élève, une religieuse l’a fait venir devant la classe avant de le frapper avec une règle. « On nous disait : « Ne me laissez plus jamais vous entendre parler cette langue dans cette classe. Vous êtes ici pour apprendre l’anglais et à écrire en anglais » », détaille celui qui est également enseignant en culture inuit. 

« La douleur est encore présente aujourd’hui dans la paume de ma main. »

— Piita Irniq

Piita Irniq rappelle que l’histoire des pensionnats doit être « pleinement comprise par tous les Canadiens »

Courtoisie

Lire aussi : Chasse et produits dérivés du phoque : Brigitte Bardot, le grand fardeau

Une question qui dépasse le bilinguisme

Lori Idlout démontre que le mandat de Mary Simon illustre pourquoi le débat ne peut être réduit à la seule question du bilinguisme. Elle se souvient notamment du discours du Trône prononcé en inuktitut, anglais et français lors de sa première élection en 2021. La présence d’un qulliq pendant la cérémonie l’avait particulièrement marquée. « Lorsque j’ai senti l’odeur du qulliq, je me suis sentie accueillie dans le système parlementaire canadien en tant que nouvelle députée », raconte-t-elle.

Piita Irniq indique, lui-aussi, que le débat dépasse largement la seule question des langues officielles : « Nos langues autochtones existaient bien avant la création du Canada. Elles méritent d’être reconnues au même titre que le français et l’anglais et devraient être enseignées dans les salles de classe au pays ».

Commissaire aux langues officielles du Nunavut, Karliin Aariak, partage cette position et affirme qu’il est impossible de parler de réconciliation sans évoquer les langues. Selon elle, la perte de l’inuktut, qui englobe notamment l’inuktitut et l’inuinnaqtun, fait partie des blessures que le processus de réconciliation cherche à guérir. 

Elle considère également que les droits liés à la langue ne devraient pas être mis en concurrence :

« La reconnaissance d’une langue n’enlève jamais rien à une autre. »

— Karliin Aariak, Commissaire aux langues officielles du Nunavut

À ses yeux, reconnaitre l’inuktut ne diminue pas le français, pas plus que la reconnaissance du français ne diminue les langues inuit et autochtones.

Elle souhaite que la population cesse de voir les droits linguistiques « comme un gâteau à partager, où la part de l’un est prise à l’autre » et estime qu’il y a de la place pour toutes les langues.

La Commissaire aux langues officielles du Nunavut estime que toutes les langues peuvent cohabiter ensemble.

Crédit : Commissariat aux langues officielles du Nunavut

Pourquoi les langues autochtones ne sont-elles pas reconnues comme langues officielles ?

Le 7 septembre 1969, la première Loi sur les langues officielles fédérale est adoptée et les langues française et anglaise y sont déclarées comme étant les deux langues officielles du Parlement et du gouvernement du Canada. En 1982, le français et l’anglais sont déclarés langues officielles du Canada avec l’adoption de la Charte canadienne des droits et libertés.

Le professeur François Larocque rappelle qu’à cette époque, les enjeux entourant la reconnaissance des langues autochtones étaient totalement absents de la sphère publique et politique : « C’est un geste important en 1982 lorsqu’on a codifié les droits linguistiques dans la loi suprême du Canada. Mais ce qu’on n’a pas fait, c’est qu’on n’a pas codifié les langues autochtones, on n’a pas mis les langues autochtones dans cette catégorie. Est-ce qu’on aurait pu le faire ? Bien sûr que oui. Est-ce qu’on aurait dû le faire ? Peut-être, mais il n’y avait pas encore de conversation nationale sur cet enjeu-là. »

Lorsque le projet de cette loi appelée C120 a été discuté et adopté, Mme Audette regrette qu’aucun leadeur autochtone n’ait été convié aux négociations.

« Premièrement, lorsque les gens qui se sont mis autour d’une table pour décider quelles seraient les langues officielles au Canada (…), les premiers peuples n’ont jamais été invités. C’était une erreur de décider, sans nous, que seuls le français puis l’anglais devaient être officiels au Canada. »

— Sénatrice Audette

De plus, inscrire cette loi dans la Constitution ne relevait pas de la bonne démarche, selon la sénatrice. En effet, les modifications constitutionnelles sont encadrées par des procédures exigeantes et complexes. « Ça devient difficile d’ouvrir la Constitution parce qu’il y a plein d’autres enjeux qui attendent leur tour si jamais la Constitution ouvrait. Pour moi, ça a été un rendez-vous manqué et la racine qui a fait mal à nos langues vernaculaires, nos langues millénaires et précieuses qui, pour beaucoup d’entre elles, sont encore vivantes. »

Dans ses appels à l’action, la Commission de la vérité et de la réconciliation n’a pas demandé à ce que les langues autochtones soient reconnues comme langues officielles. Les 14e et 15e appels à l’action font référence à la création d’une loi sur les langues autochtones et à la nomination d’un Commissaire aux langues autochtones afin de les valoriser et les revitaliser. « Nous demandons que ce commissaire soit chargé de contribuer à la promotion des langues autochtones et de présenter des comptes rendus sur l’efficacité du financement fédéral destiné aux initiatives liées aux langues autochtones, » peut-on lire dans le document.

Le 21 juin 2019, la loi sur les langues autochtones a été adoptée. La création du Bureau du commissaire aux langues autochtones découle de l’entrée en vigueur de cette loi qui prévoit aussi un examen parlementaire tous les trois ans et d’un examen indépendant tous les cinq ans. À ce jour, cette réévaluation n’a pas été faite et Mme Audette souhaite que cet examen se réalise, comme initialement prévu alors que la Décennie internationale des langues autochtones déclarée par l’Unesco a été proclamée jusqu’en 2032. « Faites cette étude-là, (une évaluation) de ce qu’il y a de bien ou ce qui devrait être amélioré dans cette loi-là », lance la sénatrice à l’attention des députés de la Chambre des Communes. 

Par ailleurs, la sénatrice considère que les langues autochtones ne sont pas uniquement les premières langues du Canada  : elles ont autant de valeur que le français et l’anglais.

« Les langues autochtones sont aussi importantes que les langues officielles parce que vous avez bâti votre pays sur nos territoires. On ne devrait pas quémander ces choses-la. Mais ça a été déchirant, difficile et on a perdu la bataille. »

— Michèle Audette

Le Nunavut plaide pour une meilleure représentation des langues autochtones

Au-delà du débat entourant Mary Simon, plusieurs intervenants estiment que cette reconnaissance doit désormais passer à une autre étape et s’accompagner de mesures concrètes.

Piita Irniq croit qu’une certaine « pensée coloniale » demeure présente dans les discussions concernant les langues autochtones. Il partage à ce sujet l’analyse formulée par l’ancien député Jack Anawak, dans une entrevue accordée à CBC.

À ses yeux, les peuples autochtones doivent maintenant occuper une plus grande place afin que leurs droits, leur culture et leurs langues soient davantage reconnus et valorisés par les Canadiens non autochtones.

Lori Idlout souligne l’importance de la Loi sur les langues autochtones adoptée en 2019 et plaide pour un soutien accru aux efforts de revitalisation linguistique.

« Les programmes liés aux langues autochtones doivent devenir permanents. Les peuples autochtones continuent de faire face à des obstacles administratifs qui les empêchent de concentrer leurs efforts sur la préservation et la transmission de leur patrimoine linguistique. »

— Lori Idlout, députée libérale du Nunavut

Dans une publication Facebook diffusée le 8 juin dernier, Lori Idlout a rendu un hommage appuyé à Mary Simon.

Crédit : Anne-Marie Brisson, Rideau Hall © OSGG, 2026

La Commissaire aux langues du Nunavut estime également que le renforcement de l’inuktut est directement lié à une meilleure représentation des Inuit au sein des institutions canadiennes. Elle soutient que tant qu’une personne ne pourra pas pleinement travailler, étudier et recevoir des services dans cette langue, la place des Inuit dans ces institutions demeurera fragile.

Malgré les progrès réalisés ces dernières années, Karliin Aariak juge qu’un écart subsiste entre les engagements et leur application concrète : 

« Une loi n’a de valeur que dans la mesure où elle est mise en œuvre », déclare-t-elle.

Elle ajoute que plusieurs recommandations formulées par son bureau doivent être répétées année après année sans obtenir de réponse, tandis que les institutions fédérales présentes au Nunavut ne sont assujetties à aucun délai précis pour réagir à ces constats.

La Commissaire souligne également que la langue inuit ne bénéficie pas du même poids ni des mêmes garanties que le français et l’anglais à l’échelle fédérale. Cette différence se reflète notamment dans l’absence d’une reconnaissance équivalente à la prime de bilinguisme accordée aux fonctionnaires fédéraux travaillant dans les deux langues officielles. Les employés qui utilisent l’inuktut dans l’exercice de leurs fonctions ne bénéficient pas d’une mesure comparable.

Malgré ces constats, la Commissaire estime qu’il n’est pas nécessaire d’attendre une réforme constitutionnelle pour améliorer la situation. Elle indique que plusieurs avancées pourraient être réalisées dès maintenant dans le cadre des lois existantes, « si la volonté est là ».

Karliin Aariak rappelle néanmoins que les Nunavummiut disposent déjà de droits linguistiques reconnus par les lois territoriales et que les institutions présentes au Nunavut devraient d’abord veiller à respecter ces obligations. Le droit de recevoir des services en inuktut ne relève pas simplement d’une bonne intention, mais constitue une obligation légale pour les institutions visées. 

« Lorsque nous traitons les langues autochtones comme un sujet à part, moins prioritaires que les langues officielles fédérales, nous perpétuons une hiérarchie héritée de notre histoire », souligne-t-elle.

Krista Carnogursky, Commissaire aux langues officielles des Territoires du Nord-Ouest.

Courtoisie Bureau du Commissaire aux langues officielles des TNO

Commissaire aux langues autochtones : un rôle symbolique ?

Le Canada fait figure de pionnier avec la création du tout premier poste de commissaire aux langues officielles au monde en 1970. « C’était vraiment une première, se remémore M. Larocque. Depuis ce temps-là, d’autres juridictions ont suivi l’exemple et ont créé des postes similaires », poursuit-il.

Cependant, comme le rappelle Michèle Audette, le rôle du Commissaire aux langues autochtones n’est pas équivalent à celui du Commissaire aux langues officielles. Alors que ce dernier est dans un espace plus symbolique avec des pouvoirs de décision et d’actions moins forts que ceux du Commissaire aux langues officielles, la sénatrice remarque que les langues autochtones sont, de ce fait, moins protégées.

En tant que Commissaire aux langues officielles des TNO, Krista Carnogursky, entrevoit son rôle et son mandat comme un facteur de revitalisation des neuf langues autochtones reconnues parmi les onze langues officielles. « Je considère que mon rôle consiste à informer les gens de leurs droits en vertu de cette loi et à leur faire savoir qu’ils peuvent déposer une plainte. Ce faisant, cela nous aidera à garantir que le gouvernement fournisse ces ressources ou ces services et traduise les informations dans leur langue, ce qui, je l’espère, contribuera également à la revitalisation de certaines langues autochtones, car nous savons que certaines sont en voie d’extinction », élabore la Commissaire qui entrevoit aussi des débouchés professionnels pour les personnes travaillant dans la traduction ou l’interprétation.

L’exception yukonnaise

Contrairement aux Territoires du Nord-Ouest et au Nunavut, le territoire du Yukon n’a pas de Commissaire aux langues officielles. Un recours peut cependant être intenté pour obtenir réparation en cas de violation des droits reconnus dans la Loi sur les langues. Cette dernière permet l’offre de services en langues autochtones sous certaines conditions.

Après avoir contacté à plusieurs reprises le Conseil des Premières Nations du Yukon, la direction générale a répondu que le Conseil ne ferait aucun commentaire sur ce sujet.

Une étude publiée le 13 mai dernier dans la revue Nature, révèle que des précipitations plus concentrées réduisent la capacité de stockage d’eau des sols. Alors que la saison des feux de forêt est déjà en cours au Yukon et aux TNO, il est important d’étudier la sécheresse et ses causes, à la lumière du réchauffement climatique.

Pour Corey Lesk du département des sciences de la terre et de l’atmosphère, à l’Université du Québec à Montréal et coauteur de cette étude, la disponibilité en eau terrestre est un facteur déterminant pour le bien-être des populations et des écosystèmes. Mais au-delà des variations des précipitations et de l’évaporation moyennes, il reste des zones d’incertitudes sur les effets de la concentration des précipitations sur l’équilibre hydrique. « On ignore comment la concentration des précipitations à l’échelle quotidienne en un nombre réduit d’évènements plus intenses affecte la répartition hydrologique et le bilan hydrique terrestre », peut-on lire en introduction de l’étude. 

À partir d’observations sur le terrain, l’étude conclut que des précipitations plus concentrées réduisent la disponibilité en eau terrestre dans tous les climats à l’échelle mondiale, un effet de sécheresse d’une ampleur aussi forte que l’effet d’humidification lié à l’augmentation des précipitations totales. En d’autres termes, l’assèchement des sols est accentué par des épisodes de pluies intenses, mais courts.

Quels sont les impacts sur la forêt boréale ?

Cette étude globale a cependant révélé des faits intéressants pour les TNO et le Yukon. Comme l’explique M. Lesk, l’ensemble des bassins hydrographiques du Yukon et du Mackenzie dans les nord des TNO sont affectés.

Notre étude montre que lorsque les précipitations se concentrent davantage en un nombre réduit d’épisodes plus intenses, les terres ont tendance à être plus sèches. Cet effet va au-delà de l’influence générale de l’augmentation ou de la diminution des précipitations totales, et s’observe à l’échelle mondiale ainsi que dans les bassins hydrographiques du Yukon et du Mackenzie.

Corey Lesk, département des sciences de la terre et de l’atmosphère, à l’Université du Québec à Montréal

En d’autres termes, la manière dont la pluie et la neige tombent est tout aussi importante que leur quantité.

D’après Corey Lesk, l’effet d’assèchement de ces changements fait pencher la balance en faveur d’une surface terrestre plus sèche et lorsque l’on ajoute à cela le fait que l’air plus chaud assèche de toute façon les forêts, ces résultats révèlent une nouvelle façon dont le changement climatique pourrait accroître la probabilité et l’intensité des feux de forêt.

Durant tout l’été, le musée des beaux-arts du Canada à Ottawa présente une exposition sur l’Arctique circumpolaire contemporain par des artistes issu.e.s du nord. Organisée par une équipe commissariale internationale entièrement autochtone de la région circumpolaire, l’exposition Qillaniq rejette les traditions institutionnelles rigides au profit d’une approche improvisée et multidisciplinaire qui rend hommage aux artistes vivant.e.s.

L’exposition a été conçue pour permettre aux visiteurs de découvrir un monde arctique interconnecté et fluide. 

Une volonté de décolonisation

Jocelyn Piirainen, Inuk urbaine originaire d’Iqaluktuuttiaq, au Nunavut, conservatrice associée, et Ooleepeeka Eegeesiak, Inuk et Qallunaaq originaire d’Iqaluit, au Nunavut et adjointe à la conservation du département Voies autochtones et décolonisation au MBAC ont travaillé aux côtés de commissaires invitées. 

Laakkuluk Williamson, artiste, poète, actrice, conteuse et écrivaine, originaire du Groenland, mais vivant à Iqaluit est l’une des commissaires de cette exposition qui a réuni trois autres commissaires invitées auprès de l’équipe du musée. 

Selon elle, cette exposition ne lutte pas contre des stéréotypes, car ce sont avant tout des histoires racontées à la première personne qui sont mises de l’avant. Cette démarche artistique s’inscrit surtout dans une volonté de décolonisation que le MBAC a entreprise il y a plusieurs années. « C’est là un aspect essentiel de la décolonisation : laisser de la place, créer un espace pour que les peuples autochtones puissent raconter leurs histoires selon leur propre point de vue. Nous avons mis l’accent sur cette joie radicale dans beaucoup d’œuvres, et le mot “radical”, qui précède “joie”, témoigne de la façon dont nous travaillons dur, en tant qu’individus, familles, amis et communautés, pour créer ces moments d’hilarité, d’appréciation, de connexion à la terre, de ce rire personnel et intime que vous verrez tout au long de l’expérience. »

Cette exposition est donc atypique, car elle a été conçue par l’équipe des commissaires comme une expérience sensorielle où plusieurs sens sont sollicités. 

« J’aime vraiment en parler comme d’une expérience, car nous mobilisons tant de nos sens lorsque nous nous imprégnons de l’art. Il ne s’agit pas seulement de regarder, il s’agit aussi d’écouter, d’être conscient de son espace personnel. C’est aussi une ascension, c’est une expérience qui englobe tout. Et la joie radicale est au cœur de tout cela », explique-t-elle lors d’une entrevue le jour de l’inauguration.

Guná (Megan Jensen), Yéil (image fixe), 2021, film, 4 min 51 s Avec l’autorisation de l’artiste et du réalisateur, Shaunoh Wilson (TSU North).

Megan Jensen Photo : Avec l’autorisation de l’artiste

Pourquoi Qillaniq ?

En inuktitut, Qillaniq évoque le scintillement de la lumière du soleil ou de la lune lorsqu’elle se reflète sur l’eau. Ce concept puissant sert de métaphore à l’éclat des peuples autochtones circumpolaires qui résistent à la colonisation, maintiennent leur lien profond avec le territoire et utilisent leurs pratiques artistiques pour faire entrer l’extraordinaire dans la vie quotidienne.

Les artistes participant.e.s incarnent une riche mosaïque de cultures, notamment celles des Gwich’in, des Inuvialuit, des Sugpiat et d’autres nations autochtones du nord, unis dans une célébration fervente de l’Arctique et de la souveraineté autochtone.

Au-delà des frontières

Les artistes dont les œuvres ont été choisies pour cette exposition innovante remettent tous en question, d’une façon ou d’une autre, leurs propres communautés. « Ce sont donc des artistes qui posent des questions, et on parle ici de personnalités hors du commun qui, bien sûr, remettent en question le monde en général par leur simple existence et par le travail qu’ils accomplissent. Mais ils mettent également leurs propres communautés au défi de faire mieux, d’être meilleures », détaille Taqralik Partridge, autrice, poète de spoken word et commissaire indépendante originaire de Kuujjuaq, au Nunavik et l’une des quatre commissaires invitées.

Malgré les tensions géopolitiques actuelles, lorsqu’il est question de cultures et d’arts, il n’y a pas de frontières selon l’équipe commissariale qui a sélectionné des artistes aux parcours aussi variés que leurs techniques multidisciplinaires. 

« Il existe de nombreuses cultures différentes et de nombreuses nations, mais il n’y a pas de frontières dans les conversations qui ont lieu. Nous avons vraiment travaillé dur pour inclure des personnes venues des quatre coins de l’Arctique circumpolaire. »

L’Association des francophones du Nunavut (AFN) avait rendez-vous avec son histoire, ce samedi 13 juin à l’hôtel Aqsarniit. Quarante-cinq ans d’existence en territoire arctique, ça se fête ! L’organisme porte-parole des franco-nunavummiut avait donc donné rendez-vous à ses membres, ses historiques, mais aussi partenaires et bénévoles actuels pour une soirée de Gala inclusive, en présence notamment de Brian Koonoo, ministre des Langues officielles du Nunavut, et de David Akeeagok, ministre de l’Éducation et leader du gouvernement. La dernière célébration du genre remontait au 40e anniversaire de l’organisation. Mais depuis, qu’est ce qui a donc changé pour l’AFN ?

À découvrir : Revivez en photos et en vidéo le Gala des 45 ans de l’Association des francophones du Nunavut

Diversification des services

Au cours des cinq dernières années, l’AFN a diversifié ses services. En effet, le Comité jeunesse franco-nunavummiut a vu le jour en 2021. Puis, le Centre de formation Qaujimaniq a été créé l’année suivante. En 2024, l’organisme a lancé une clinique d’aide juridique et d’aide aux impôts en français et a créé le Réseau NunaFemmes+.

L’équipe de l’AFN s’est alors agrandie, passant de quelques employés à 19 membres. Cette croissance entraîne toutefois des défis en termes d’espace, comme le souligne le directeur général, Christian Ouaka. De plus, malgré les travaux de rénovation réalisés au cours des années précédentes, le bâtiment actuel ne répond plus aux besoins et la salle communautaire arrive à la limite de ses capacités. « Quand le bâtiment a été acquis en 1989, le nombre de francophones au territoire n’était pas le même qu’aujourd’hui », souligne le directeur.

Construire une nouvelle maison de la francophonie est donc primordial, selon lui. Le directeur espère qu’un nouvel édifice verra le jour en 2028. « Il suffit juste que le financement arrive pour démarrer la construction », informe-t-il.

Selon Christian Ouaka, directeur général de l’AFN, la construction d’une nouvelle Maison de la francophonie constitue le chantier prioritaire, les installations actuelles ne répondant plus aux besoins croissants de l’organisme.

Crédit : Brice Ivanovic

Depuis 2021, l’AFN multiplie ses services

2021 : le Comité jeunesse franco-nunavois voit le jour. Il représente les jeunes âgés de 12 à 25 ans et vise à accompagner et créer des activités dédiées aux jeunes afin de renforcer leur sentiment d’appartenance à la francophonie.

2022 : le Centre de formation Qaujimaniq est créé pour offrir de la formation postsecondaire, professionnelle, continue, linguistique et communautaire aux francophones du Nunavut.

2024 : l’AFN a lancé une clinique d’aide juridique et d’aide à la déclaration d’impôts en français pour offrir un accompagnement en français aux francophones.

2024 : le Réseau NunaFemmes+ est créé. Il vise à favoriser l’émancipation, l’entraide et la solidarité entre les femmes, tout en défendant leurs droits et en favorisant leur épanouissement personnel, professionnel, social et culturel en français.

Un pilier dans la communauté

Lors de son discours en ouverture de la soirée, le ministre des Langues du Nunavut – Brian Koonoo – a salué l’action de l’organisme depuis sa naissance, lorsque celui-ci s’appelait alors l’Association des francophones de Frobisher.

« C’est un honneur d’être ici ce soir pour célébrer 45 ans de vie francophone au Nunavut. Quarante-cinq ans d’engagement, de résilience et de fierté pour construire une communauté forte » a introduit le ministre originaire de Pond Inlet, avant d’ajouter : « La croissance du français s’est toujours faite avec un profond respect du territoire ».

Le ministre des Langues officielles du Nunavut a salué la résilience de la communauté francophone au Nunavut.

Crédit : Brice Ivanovic

Depuis sa création en 1981, l’AFN joue un rôle important au sein de la communauté. François Fortin, francophone installé depuis une dizaine d’années à Iqaluit, reconnaît l’apport essentiel de l’organisme à la vie culturelle et communautaire du territoire. « La communauté francophone d’Iqaluit, avec le Franco-Centre, c’est vraiment une belle communauté rassembleuse, qui m’a permis de rencontrer beaucoup de monde », partage-t-il.

« C’est une façon de connecter avec les gens qui ont au moins le même langage », rapporte Nancy Pellerin, francophone arrivée au territoire en 2016. La Franco-Nunavummiuq garde d’ailleurs de très bons souvenirs des soirées d’improvisation et celles du Jam Café et tient à se rendre chaque année à la cabane à sucre.

Aujourd’hui, elle vit sa francophonie principalement à travers ses enfants inscrits à l’École des Trois-Soleils, car il était important pour elle de « mettre l’emphase sur le français seulement. » Elle apprécie particulièrement les activités offertes par le Comité jeunesse aux jeunes générations de la communauté.

Des efforts d’ouverture salués

Les deux francophones aimeraient que l’AFN développe davantage son lien avec la communauté inuit qui, selon eux, s’est un peu perdue au fil du temps tout en reconnaissant des efforts de rapprochement plus récents. « Je pense qu’il y aurait peut-être moyen d’en faire plus, mais ce n’est pas évident », reconnaît M. Fortin. « Je vois tranquillement plus d’ouverture », rapporte Nancy Pellerin, « comme lors de la dernière cabane à sucre. On avait plein de gens inuit qui étaient à côté de nous. C’était super cool. »

Pour Christian Ouaka et Goump Djalogue, président à l’AFN, il est essentiel que l’organisme continue à renforcer ses liens avec la communauté inuit afin de « ne pas être vu comme une communauté à part, mais de faire partie intégrante de la communauté », explique M. Ouaka. L’année dernière, l’AFN a entrepris un projet d’entente avec le Nunavut Tunngavik Inc. (NTI), principal organisme chargé de la veille du respect de l’application des Accords du Nunavut.

C’est également l’objectif que se donne Reinaldo Guibert Sotolongo, chef du service Arts et Culture à l’AFN, à travers les activités et spectacles qu’il organise. « J’ai réussi à créer des liens interculturels importants avec d’autres communautés, autant la communauté inuit que la communauté francophone », dit-il.

Le directeur général Christian Ouaka (droite) en compagnie des nouveaux représentants de l’AFN à Rankin Inlet.

Crédit : Brice Ivanovic

Rejoindre tous les francophones

L’AFN se donne également pour mission d’aller rejoindre les francophones résidant dans d’autres communautés du territoire, en dehors d’Iqaluit.

« Nous avons démarré depuis l’année passée une petite antenne à Rankin Inlet et on veut l’étendre à l’échelle du territoire pour que les gens puissent avoir accès aux services et que nous puissions toucher les communautés dans les actions que nous faisons », rapporte Goump Djalogue. En effet, en juin 2025, Marie-France Talbot et Samia Salomon de l’AFN et Annie Laroque de la Commission scolaire francophone du Nunavut s’y sont rendues pour la première fois afin de sonder les besoins.

L’équipe s’y est rendue une deuxième fois en début d’année. Une délégation s’est ensuite envolée vers Cambridge Bay au mois de mars. L’organisme souhaite désormais réitérer ce genre de déplacements afin de connecter les francophones dans les places les plus reculées du Nunavut.