Depuis 2023, l’Association franco-yukonnaise (AFY), l’Association francophone du Nunavut (AFN) et le Collège nordique francophone (CNF) travaillent de concert pour développer une offre de formations en français au niveau postsecondaire dans les territoires. C’est lors la clôture du Sommet panterritorial sur l’apprentissage dans le Nord canadien que les trois partenaires ont annoncé le développement d’un campus dans chaque territoire à l’horizon de 2028.
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« Ça fait trois ans que je suis au Collège nordique et que l’on travaille sur un projet de collaboration pour le postsecondaire », relate Patrick Arsenault, directeur général au CNF. « On n’avait pas vraiment de modèle clair, défini, mais on explorait. Puis là, on est arrivé à un point où tout le monde est d’accord. Donc on a une aspiration commune. »
« C’est sûr qu’il reste des détails à préciser, mais on vise d’avoir un Collège nordique évolué en 2028, avec un campus à Whitehorse, Yellowknife et Iqaluit »
« On s’engage sur une transformation des services de formation et donc indirectement des associations communautaires, donc l’Association franco-yukonnaise et l’Association francophone du Nunavut, et du Collège nordique pour pouvoir avoir une structure panterritoriale », complète Souâad Larfi, directrice du service Formation à l’AFY. « Donc, ça reposerait sur une transformation du CA du Collège nordique et puis le développement d’autres entités, d’autres services de travail au sein du Collège nordique pour supporter ce modèle. »
Prochaines étapes
Pour mettre sur pied cette nouvelle structure, chaque partenaire va mener prochainement des discussions avec son gouvernement territorial respectif concernant, entre autres, la pérennisation et la recherche de nouveaux financements et la validation du modèle de structure panterritoriale. En parallèle, les trois partenaires visent à faire évoluer la gouvernance et à la structurer.
« C’est vrai que ça n’a jamais été fait, vraiment, dans notre collège », reconnaît Patrick Arsenault. « C’est assez unique. Il y a peu d’exemples similaires au Canada. Donc, il va falloir qu’on développe un peu au fur et à mesure. […] Ça va être beaucoup de nouveautés dans les prochaines années, puis j’imagine beaucoup de négociations, puis de créativité pour voir comment est-ce que le modèle peut vivre, exister, évoluer, considérant nos différences, nos gouvernements territoriaux, les bailleurs de fonds. »
Mme Larfi précise que les associations communautaires seront toujours impliquées via une commission qui serait créée au sein de la future structure. « Il y aura donc une implication des trois organismes communautaires, l’AFY, l’AFN et la Fédération franco-ténoise de sorte qu’ils jouent leur rôle de porte-parole et qu’ils puissent aussi contribuer au développement de la structure et de s’assurer que les intérêts des communautés soient bien pris en compte par la future structure panterritoriale. »
Le sommet panterritorial sur l’apprentissage dans le Nord canadien s’est déroulé les 3 et 4 juin dernier à Yellowknife aux T.N-O. Ce fut l’occasion pour les trois partenaires (l’AFY, l’AFN et le CNF) d’annoncer le choix du modèle de gouvernance de la future structure panterritoriale.
Un campus à Iqaluit?
Le Centre de formation Qaujimaniq offre de la formation linguistique, des ateliers communautaires, des services d’orientation, et des formations continues et professionnelles toutefois non créditées, contrairement à celles du CNF.
Des cours d’anglais pour les nouveaux arrivants (programme LINC) et des cours de français pour les nouveaux arrivants (programme CLIC) sont également offerts en partenariat avec le CNF.
« On veut continuer d’offrir tout ça », affirme Marie-France Talbot, gestionnaire du Centre de formation Qaujimaniq à l’AFN.
« On veut ajouter le volet postsecondaire et que les gens qui ont envie d’avoir un diplôme ou des cours crédités puissent le faire. »
Pour atteindre cet objectif, il faudrait que la future Maison de la francophonie de l’AFN sorte de terre. « Des locaux sont prévus pour nous dans ce bâtiment », précise-t-elle.
Le projet impliquerait également l’embauche de nouveaux employés. « On veut pouvoir mutualiser les ressources, puis travailler pour que le corps enseignant ou le personnel de soutien soit sur les trois territoires », informe la gestionnaire.
En attendant, le Centre de formation demeurera toujours dans les locaux de l’AFN.
2023 : L’AFY engage deux consultants afin de conduire une étude de faisabilité sur l’enseignement postsecondaire en français au territoire. Cette étude recommande, entre autres, une collaboration panterritoriale entre le Yukon, les T.N-O et le Nunavut.
Juin 2024 : Première rencontre en présentiel des trois partenaires (l’AFY, l’AFN et le CNF) à Whitehorse au Yukon. Le but de la rencontre est de définir la gouvernance, de discuter des infrastructures et de la signature pédagogique. Une entente de collaboration entre les trois organisations est signée.
Octobre 2025 : Deuxième rencontre en présentiel à Iqaluit, au Nunavut, pour établir un modèle de collaboration et de gouvernance en éducation postsecondaire en français dans les trois territoires.
Mai 2026 : Lors de la clôture du Sommet sur l’apprentissage dans le Nord canadien à Yellowknife, aux T.N-O, les trois partenaires annoncent la finalisation du modèle de gouvernance de la future structure panterritoriale.
Située à près de 300 kilomètres au sud du cercle polaire, Iqaluit ne connait pas le soleil de minuit contrairement aux communautés situées au nord de ce dernier. Néanmoins, la nuit a désormais cédé sa place à une lumière du jour qui règne sur la ville 24 heures sur 24. Jusqu’à atteindre son maximum le 21 juin prochain, date du solstice d’été.
Le scrutin visait à pourvoir le poste laissé vacant à la suite de la démission de Jeremy Tunraluk, accusé de voies de faits en décembre dernier. NTI avait devancé la tenue du vote, initialement prévue en décembre 2026, évoquant des difficultés à assurer sa représentation avec un seul dirigeant exécutif en poste.
Le taux de participation a atteint environ 72,4 % en hausse par rapport aux 68 % enregistrés lors de la dernière élection présidentielle de NTI en 2024. Plus de 17 000 personnes se sont exprimées dans les urnes au Nunavut, un peu plus de 900 un peu partout ailleurs au pays.
Aucun aspirant n’a franchi le cap des 20 % des suffrages. Le président par intérim Paul Irngaut a terminé au deuxième rang avec 2 633 votes, suivi de Samuel Alagalak (2 270) et de l’ancienne présidente Cathy Towtongie (2 196). Jeremy Tunraluk, dont la démission plus tôt cette année avait mené à la tenue du scrutin a obtenu 2 094 voix.
Gloria Uluqsi, nouvelle présidente de la NTI et Paul Irngaut, ancien président par intérim, lors de la transition à la tête de l’organisation.
Rôle central dans l’application de l’Accord du Nunavut
Le poste de président de NTI joue un rôle central dans la représentation des Inuit du Nunavut et l’application de l’Accord du Nunavut. La personne élue siège notamment au conseil d’administration et au comité exécutif de l’organisation et participe à plusieurs instances liées au développement social, au logement, à la langue et à la gestion des revenus issus des terres inuit.
Au cours de la campagne, plusieurs enjeux avaient été mis de l’avant par les candidats et les électeurs, dont le coût de la vie, la mise en œuvre de l’Accord du Nunavut, les services de santé et la représentation des Inuit vivant à l’extérieur du territoire.
Certaines organisations ont rapidement réagi à l’élection. Sur les réseaux sociaux, John Main, le premier ministre du Nunavut, a affirmé vouloir poursuivre la collaboration entre le gouvernement territorial et NTI afin de soutenir les priorités du Nunavut, soulignant l’importance du partenariat entre les deux institutions.
L’organisme Amautiit Nunavut Inuit Women’s Association a également salué l’élection de Gloria Uluqsi, décrivant une « voix forte » et un leadership dédié aux communautés inuit. La Qikiqtani Inuit Association (QIA) a rapidement félicité la nouvelle présidente, soulignant son expérience et sa vision.
Sur une publication Facebook de NTI invitant les bénéficiaires à partager leurs attentes envers la présidente élue, plusieurs internautes ont évoqué des préoccupations liées au coût de la vie, au logement, à la sécurité alimentaire et à l’emploi inuit. D’autres ont insisté sur une plus grande transparence au sein de l’organisation ainsi que sur la transmission des savoirs traditionnels et à l’amélioration de certains programmes destinés aux bénéficiaires inuit.
La 27e rencontre fédérale-provinciale-territoriale sur les personnes âgées a notamment permis aux ministres et représentants gouvernementaux d’échanger sur le maintien à domicile, les soins destinés aux aînés et les défis propres aux diverses régions du pays. Tenues sur deux jours à Iqaluit, les discussions ont aussi mis en lumière une réalité bien connue au Nunavut : plusieurs doivent encore quitter leur collectivité pour recevoir certains soins spécialisés.
La question du vieillissement soulève des enjeux bien différents de ceux vécus dans plusieurs provinces canadiennes. « Notre réalité est que certains niveaux de soins ne peuvent tout simplement pas être offerts dans plusieurs de nos communautés », a affirmé le premier ministre John Main lors d’un point de presse à Iqaluit.
À la suite du forum, le premier ministre a également insisté sur le besoin d’accroître le nombre de logements supervisés et d’améliorer les soins de santé afin de permettre aux personnes âgées de vieillir « en sécurité, dans la dignité, et parmi les leurs ». John Main a aussi souligné l’importance de renforcer la présence de personnel inuit dans les secteurs des soins de longue durée et de la santé, notamment par davantage de formation et de partenariats.
Le Premier ministre et la secrétaire d’État fédérale aux Aînés, Stephanie McLean, ont coprésidé le 27e forum sur les personnes âgées tenu à Iqaluit en mai.
Vieillir loin des siens
Pour plusieurs familles, la question dépasse toutefois les politiques publiques. Lorsqu’une personne âgée nécessite des services indisponibles dans sa communauté, cela peut signifier un départ vers Iqaluit ou même à l’extérieur du territoire, avec son lot de bouleversements familiaux, linguistiques et culturels.
Cette réalité n’est pas nouvelle au Nunavut. En 2021, Manitok Thompson, avait participé à une pétition réclamant davantage de résidences pour aînés au Nunavut. L’idée était d’éviter que des personnes âgées soient forcées de quitter leur milieu de vie pour recevoir des soins.
Jointe par Le Nunavoix, elle estime que certaines avancées, comme l’ouverture du Centre de soins de longue durée à Rankin Inlet, ont permis à certains aînés de demeurer plus près de leur communauté et d’évoluer dans un milieu mieux ancré dans leur langue et leur culture. « Au moins, ils sont pris en charge par des personnes qui parlent l’inuktitut et peuvent voir des visages familiers », affirme-t-elle.
Elle souligne toutefois que des enjeux persistent, notamment lorsque des couples âgés doivent être séparés ou que des aînés doivent vivre loin de leurs proches. Le coût élevé du transport aérien complique aussi les visites familiales, ajoute-t-elle.
L’organisation Pairijiit Tigummiaqtikkut (Iqaluit Elders Society), qui milite depuis plusieurs années pour davantage d’options permettant aux aînés de rester chez soi, a récemment publié un document présentant cinq recommandations destinées au gouvernement du Nunavut.
Selon Anne Crawford, impliquée au sein de l’organisme, les besoins demeurent particulièrement criants en matière de logements adaptés pour les aînés. Ces constats reflètent, à ses yeux, des réalités observées à l’échelle du territoire, dont la nécessité de créer davantage des milieux favorisant le maintien des Nunavummiut près des leurs.
Selon le rapport, le Nunavut aurait besoin de neuf fois plus de logements accessibles pour les aînés qu’il n’en existe actuellement, alors que la population âgée de 65 ans et plus devrait augmenter fortement au cours des prochaines années. On y apprend également que plus de la moitié des aînés (53 %) vivent avec des enfants, soulignant l’importance des liens familiaux pour vieillir au Nunavut.
Des solutions à développer
À Iqaluit, Anne Crawford estime qu’un soutien accru au projet Kuugallaq Triangle, destiné aux aînés, serait nécessaire. Premier du genre sur le territoire, le projet comprendrait des logements indépendants ainsi que des espaces et services communautaires, notamment une radio en inuktut, afin de favoriser un milieu de vie ancré dans le tissu social et culturel inuit.
Pour Pairijiit, l’éloignement des aînés de leur communauté ne constitue pas une solution à long terme. L’organisme estime plutôt qu’un meilleur accès à des logements adaptés et à des soins de proximité permettrait aux personnes âgées de demeurer près de leur famille, de leur langue et de leurs repères.
Au-delà des enjeux propres au Nunavut, le forum a aussi permis d’identifier certaines priorités communes à l’échelle canadienne, notamment le maintien à domicile, la disponibilité des services dans des collectivités éloignées et la prévention de l’exploitation financière. Les ministres ont également annoncé la création de groupes de travail sur les procurations et certaines technologies d’assistance destinées à favoriser l’autonomie des aînés.
Pour plusieurs intervenants, le défi ne se limite donc pas à offrir des soins, mais à permettre aux aînés de vieillir près des leurs.
Le gouvernement fédéral a annoncé le 12 mai dernier un financement total de près de 2,4 millions de dollars pour six projets de recherche dirigés ou codirigés par des Autochtones. Au Nunavut, le projet est mené par Nicolas D. Brunet, professeur associé à l’Université de Guelph (Ontario). En collaboration avec la communauté d’Arviat, il cherche notamment à cartographier les secteurs touchés par la pollution plastique et à évaluer ses conséquences sur les écosystèmes, les systèmes alimentaires et la population.
Les initiatives financées visent entre autres à croiser les savoirs autochtones et la recherche universitaire afin de mieux comprendre les impacts de la pollution plastique. Les connaissances qui en découleront pourraient aussi être utiles à d’autres collectivités de l’Arctique confrontées à des défis similaires.
L’objectif de cette nouvelle étude vise à mieux comprendre l’impact des déchets plastiques sur le territoire.
Pourquoi Arviat ?
Le projet vise à mieux comprendre le phénomène à Arviat et à contribuer à l’élaboration d’une approche dirigée par les Inuit pour en réduire les répercussions.
Selon Nicolas D. Brunet, des préoccupations locales liées aux effets potentiels des plastiques sur l’alimentation et l’eau ont contribué à la mise sur pied de l’initiative, même si, d’après lui, la pollution plastique ne constitue pas encore un enjeu majeur dans ce hameau.
Il précise que le projet a pris forme après des échanges avec l’Aqqiumavvik Society et des collaborateurs d’Environnement et Changement climatique Canada (ECCC). Ceux-ci menaient déjà des travaux de suivi de cette problématique dans la communauté avec des étudiants.
Selon des informations transmises par l’organisme d’Arviat, des recherches sur les microplastiques sont effectuées depuis plusieurs années dans la région, notamment dans l’eau marine, les sols et divers oiseaux de rivage.
Le nouveau partenariat vise d’ailleurs à mieux comprendre les impacts des déchets plastiques observés sur le territoire, tant pour l’environnement que pour la santé humaine. Des jeunes du programme Ujjiqsuiniq Young Hunters Program pourraient également participer à des travaux de suivi, dans une optique de formation et de sensibilisation environnementale.
« Arviat a été choisie en premier parce que les plastiques représentent une préoccupation locale, en raison des effets potentiellement néfastes de leur présence dans l’alimentation et l’eau. »
Selon M. Brunet, l’initiative s’articulera autour de trois grandes questions : où et pourquoi la pollution plastique est présente dans et aux abords de la communauté, quels impacts elle pourrait avoir et quelles solutions permettraient d’en atténuer les conséquences.
Le professeur explique qu’une première phase de l’étude sera consacrée à la cartographie de la pollution plastique à l’aide d’observations, de relevés sur le terrain et de l, destinée aux savoirs Inuit et à la recherche. Des résidents, jeunes, chasseurs et aînés seront appelés à documenter les déchets plastiques observés sur le territoire au moyen de photos et de données géolocalisées afin d’identifier les secteurs les plus touchés.
Une deuxième étape portera sur le bien-être de la communauté. Des ateliers et des discussions locales permettront de mieux comprendre les effets potentiels des plastiques, poursuit-il. Enfin, la démarche doit mener à l’élaboration de solutions dirigées par les Inuit afin d’en limiter les répercussions.
Bien que le projet soit déjà en cours, les activités de collecte de données à Arviat devraient débuter à l’automne, une fois les autorisations nécessaires obtenues, précise Nicolas D. Brunet.
Le chercheur souhaite que les connaissances tirées du projet puissent être utiles aux communautés inuit et aux décideurs appelés à intervenir face à la pollution plastique. Selon lui, l’initiative pourrait aussi permettre à des jeunes et à des résidents d’acquérir de l’expérience en participant à la recherche.
« Pas une préoccupation majeure » selon le maire, mais des résultats attendus
Le maire Joe Savikataaq Jr. estime que la pollution plastique ne constitue pas pour l’instant une préoccupation majeure à Arviat. « À ce stade-ci, ce n’est pas une préoccupation très importante, mais cela pourrait changer selon les résultats de cette recherche menée localement », affirme-t-il.
Selon lui, la communauté représente un terrain d’étude pertinent en raison de sa forte dépendance aux aliments traditionnels provenant de la terre et de l’eau. Il souligne que la localité approvisionne également d’autres communautés en nourriture prélevée sur le territoire, ce qui renforce l’intérêt de mieux comprendre les impacts potentiels de cette pollution.
Joe Savikataaq Jr. espère que cette recherche mènera à des retombées concrètes pour la population locale, tout en permettant à des résidents d’Arviat d’acquérir de l’expérience en participant aux travaux.
Le séjour constituait le second volet d’un échange amorcé en avril, alors que 27 jeunes de Prince George avaient été accueillis à Iqaluit pour découvrir la culture inuit et le quotidien nordique. En retour, 22 élèves de la 7e à la 12e année de l’École des Trois-Soleils se sont rendus en Colombie-Britannique en mai dernier.
L’initiative poursuivait toutefois un objectif plus large que le simple séjour éducatif. Selon la directrice Nadine Petnkeu, elle visait notamment à renforcer l’attachement des jeunes à leur communauté francophone et à favoriser leur rétention scolaire dès la 7e année. « Ça donne un sentiment d’appartenance et ça permet de développer un rapport positif avec la langue française. »
Elle indique que c’est après que le conseiller socioculturel de l’école a entendu parler du programme d’échanges, qu’elle a présenté l’idée au comité de parents. L’initiative a pris ensuite forme au cours des derniers mois. « On s’est lancé sans trop savoir dans quoi on s’embarquait », raconte-t-elle, soulignant la mobilisation des familles, des jeunes, du personnel scolaire et de la communauté.
Si le programme couvrait le transport et l’hébergement, l’école a également pu compter sur des levées de fonds et des partenaires communautaires afin de concrétiser le projet. Le Nunavut Arctic College et la Commission scolaire francophone du Nunavut (CSFN) figurent notamment parmi les organismes ayant prêté main-forte.
Un jumelage naturel
L’échange visait aussi à élargir les horizons des élèves d’Iqaluit en leur faisant explorer une autre réalité francophone en région éloignée. L’école cherchait d’ailleurs un établissement partageant plusieurs points communs avec sa communauté. La ressemblance entre les deux écoles ne s’arrêtait pas à la francophonie en contexte minoritaire. À Prince George, les élèves d’Iqaluit ont également été exposés à un milieu marqué par une culture autochtone, un parallèle que la direction jugeait particulièrement intéressant dans le cadre de ce projet. « On a trouvé notre jumeau », résume la directrice.
Avant même l’arrivée des élèves de Prince George à Iqaluit, un premier contact avait été établi entre les jeunes des deux écoles. Un échange vidéo a permis aux participants de faire connaissance, une façon de créer des liens avant le séjour.
Pour Nadine Petnkeu, il était toutefois essentiel que l’échange se déroule dans les deux sens afin de permettre aux jeunes de créer de véritables liens et de mieux découvrir la réalité nordique des jeunes d’Iqaluit.
Lorsque les élèves de l’École Franco-Nord ont été accueillis à Iqaluit en avril, ils ont notamment pu participer à différentes activités liées à la culture inuit, assister à des événements du festival Toonik Tyme et découvrir le quotidien des jeunes du Nunavut. Le séjour avait d’ailleurs été planifié en fonction du festival afin de familiariser les participants avec la vie culturelle locale.
Les visiteurs ont également dormi à l’école, une formule qui, selon la directrice, a contribué à créer une ambiance familiale. D’abord envisagé en famille d’accueil, l’hébergement a toutefois dû être adapté à la réalité du logement à Iqaluit. « L’école était vivante », résume-t-elle.
Une expérience formatrice
Kamagate Yacouba, éducateur spécialisé à l’École des Trois-Soleils ayant accompagné les élèves durant leur séjour, estime que les retombées les plus marquantes dépassent le cadre des activités prévues.
Il considère que l’expérience a notamment permis à plusieurs jeunes de gagner en autonomie. Certains n’avaient jamais quitté Iqaluit ou voyagé sans leurs parents auparavant. En Colombie-Britannique, les élèves partageaient des chambres, respectaient un horaire et assumaient certaines responsabilités du quotidien.
« C’est ce genre de choses qui les a fait grandir », souligne l’accompagnateur.
Il affirme d’ailleurs avoir été impressionné par le comportement des jeunes durant le voyage. Pendant les déplacements et les activités, les élèves ont fait preuve d’une discipline qui a surpris l’équipe.
La visite des jeunes de Prince George semble aussi avoir ravivé l’intérêt de certains élèves d’Iqaluit pour le programme d’échanges. « J’ai des élèves qui ne voulaient pas participer au programme d’échange, mais lorsqu’ils ont vu de nouveaux amis, une nouvelle dynamique, ils se sont impliqués », raconte la directrice.
Le séjour a également amené des jeunes francophones d’Iqaluit à envisager des études postsecondaires en français. Selon Nadine Petnkeu, certains participants ont découvert l’existence d’options en Colombie-Britannique, une avenue qu’ils n’avaient jusque-là pas explorée.
De retour de leur semaine en Colombie-Britannique, les élèves semblent d’ailleurs avoir apprécié le séjour. La directrice affirme que les jeunes qu’elle a consultés ont majoritairement évalué leur voyage entre 8 et 10 sur 10, malgré quelques défis liés notamment aux longs déplacements.
L’école songe déjà à répéter l’expérience. Malgré la fatigue et les nombreuses heures de travail investies par le personnel, l’équipe-école estime que les retombées sont suffisamment positives pour envisager une nouvelle édition.
Les liens semblent d’ailleurs se poursuivre au-delà du voyage. Selon la directrice, un parent lui a rapporté que son fils avait rencontré une famille prête à l’accueillir à nouveau l’an prochain.
Au moment du départ, des élèves ont eu du mal à cacher leur émotion. « Certains ont commencé à pleurer au moment où ils devaient se séparer », se souvient Kamagate Yacouba.
L’an dernier, alors qu’elle était en 4e année, Shékinah avait pris part à une première étape du concours. Trop jeune pour accéder au volet international, l’élève avait néanmoins été encouragée par son enseignante, qui lui avait indiqué qu’avec de la préparation, elle pourrait éventuellement aspirer à représenter son école à plus grande échelle.
L’entraînement s’est poursuivi bien au-delà des heures de classe. En plus des listes de mots proposées par la professeure, Shékinah s’est pratiqué grâce à des dictées disponibles sur le site de la Fondation Paul Gérin-Lajoie, avec l’appui de ses parents.
La Dictée P.G.L., organisée depuis 35 ans, est une initiative éducative francophone destinée aux élèves du primaire et du début du secondaire. Le concours met notamment l’accent sur la langue française, la culture générale et la participation citoyenne.
Les efforts ont porté fruit. Au printemps, la jeune fille a d’abord obtenu la meilleure note d’une épreuve organisée à l’école, ce qui lui a permis de poursuivre le processus de sélection. Une autre étape, réunissant des jeunes des Territoires du Nord-Ouest, lui a ensuite valu son billet pour Montréal.
L’élève était la seule représentante de l’École des Trois-Soleils à cette édition du concours. D’autres étudiants de l’établissement ont déjà participé au volet national, indique la directrice Nadine Petnkeu.
Plus qu’une simple dictée
Selon Yves Takouo, sa fille a pris la préparation au sérieux avec l’appui de ses parents, même s’il n’était pas toujours facile pour une enfant de 11 ans de rester concentrée sur les exercices. Si les jeux et les vidéos pouvaient parfois détourner son attention, les parents de Shékinah avaient mis en place certaines conditions pour favoriser ses périodes de pratique. L’accès à l’ordinateur venait notamment avec l’obligation de démontrer le travail accompli.
À la maison, le français occupe une place importante. Yves Takouo indique que sa fille aime les défis et nourrit un intérêt marqué pour les mots, la lecture et l’écriture.
Au-delà du concours, le séjour à Montréal représentait aussi une étape importante pour la jeune élève. Selon son père, ce moment revêtait plusieurs significations : une occasion de partir uniquement avec lui, de quitter momentanément sa mère et ses frères, de découvrir une ville et de retrouver des cousins venus la soutenir le jour de la dictée.
« Elle réalisait que c’était quelque chose de grand qui lui donnait la possibilité de voyager, de rencontrer du monde. »
Shékinah explique avoir été « heureuse et excitée » lorsqu’elle a appris qu’elle participerait au concours, notamment à l’idée de revoir ses cousins à Montréal. Elle dit toutefois avoir été stressée la journée de l’événement, craignant de « ne pas être à la hauteur ».
Une grande fierté
D’abord convaincue qu’elle avait très bien réussi, la jeune fille a été surprise en découvrant les résultats, précise son père. Malgré l’absence de classement, l’expérience est demeurée positive. « Par-dessus tout, elle était contente ». De retour à Iqaluit, elle a même poursuivi ses exercices pendant quelques jours avant de reprendre un rythme plus normal.
Yves Takouo s’est lui aussi prêté au jeu en faisant la dictée sur place. Il admet avoir été surpris par le niveau de difficulté, estimant qu’il ne se serait retrouvé ni parmi les meilleurs ni parmi les derniers.
Pour le père, cette expérience rappelle l’importance de l’accompagnement parental en contexte francophone minoritaire. La collaboration entre les familles et l’école peut jouer un rôle essentiel dans le développement du potentiel des jeunes.
Pour l’École des Trois-Soleils, cette participation revêt aussi une portée particulière. « Dans notre contexte francophone minoritaire au Nunavut, cet accomplissement représente une grande source de fierté pour toute notre communauté scolaire », souligne Nadine Petnkeu.
Un geste de l’école a particulièrement marqué Yves Takouo. À son retour à Iqaluit, la directrice Nadine Petnkeu s’est déplacée à l’aéroport pour accueillir Shékinah malgré un horaire chargé, une attention qui a touché la famille.
Malgré sa déception de ne pas être revenue avec la coupe à Iqaluit, l’expérience a renforcé sa motivation. Elle souhaite déjà participer de nouveau l’an prochain, disant avoir réalisé qu’elle n’était « pas assez préparée ».
L’avant-projet de règlement sur la partie VII de la Loi sur les langues officielles (LLO) était attendu au tournant : les communautés francophones en situation minoritaire espéraient y voir des mesures positives bien définies.
Déposée le 9 décembre dernier par le Secrétariat du Conseil du Trésor (SCT), cette ébauche de règlement a toutefois fait l’objet de plusieurs critiques en raison du manque de mordant de ces mesures et autres définitions qui aideraient concrètement les communautés de langue officielle en situation minoritaire (CLOSM) à s’épanouir au même titre que la majorité linguistique, avec les mêmes droits.
Rétablissement des mesures positives
Les mesures positives sont des actions prises par le gouvernement pour faire respecter les deux langues officielles du Canada, le français et l’anglais, à se développer en contexte minoritaire.
Pour les francophones vivant hors Québec, il s’agirait par exemple de financer des écoles dans leur langue ou de soutenir l’offre de services en français.
En début d’année, lors de témoignages aux deux comités des langues officielles (Chambre des communes et Sénat), les fonctionnaires avaient affirmé aux parlementaires qu’ils ne pouvaient pas inclure de définitions des mesures positives ni « imposer » des clauses linguistiques dans les ententes entre le fédéral et les provinces/territoires.
« Vous répétez des parties de la Loi, mais vous ne clarifiez pas [le règlement, NDLR] », leur avait alors reproché le député du Bloc québécois, Mario Beaulieu, le 12 février.
Dans leur rapport remis aux Communes, les députés font des demandes claires. Ils exigent de tenir des consultations avec l’objectif de prendre ce type de mesures ; que les institutions fédérales et autres entités assujetties à la LLO en proposent elles-mêmes ; et que ces mesures doivent être le résultat d’une analyse différenciée en langues officielles, soient adaptées aux besoins des communautés francophones, qui sont toutes différentes, avec des besoins différents à travers le pays.
Ces mesures doivent notamment produire un « un effet réel et mesurable sur l’épanouissement et le développement des minorités de langues officielles, la reconnaissance et l’usage du français et de l’anglais partout au Canada, la protection et la promotion du français, ainsi que l’apprentissage dans la langue de la minorité […] », indique le document.
Clauses linguistiques…
L’un des autres points phares du rapport exige que les institutions fédérales impliquées dans un accord entre le gouvernement fédéral et une province ou un territoire divulguent aux autres ordres de gouvernement les clauses linguistiques qu’elles ont proposées dans l’entente.
Les députés somment aussi le SCT de commander à ces institutions fédérales d’inclure les démarches à entreprendre si ces clauses ne sont pas respectées. C’était d’ailleurs un point d’achoppement entre les différents paliers de gouvernement et les conseils scolaires ou organismes francophones lors de la conclusion d’accords sur les garderies en 2024 et lors d’accord pour la construction d’écoles en français, en Colombie-Britannique.
Un énoncé de l’objectif du règlement – qui manque à l’appel dans la version actuelle – doit être noté pour rappeler trois objectifs qui fondent l’importante partie VII de la LLO : l’épanouissement et du développement des communautés de langue officielle, attaché à la promotion de l’usage des deux langues officielles dans la société canadienne; la protection et la promotion de la langue française dans chaque province et territoire et les engagements envers l’apprentissage dans la langue de la minorité.
…et plan d’action clair
Pour s’assurer que le SCT tienne ses engagements, les députés ont également fait valoir la nécessité de la mise en œuvre d’un plan d’action spécialement dédié à la partie VII de la Loi.
Plus concrètement, ce plan aurait des objectifs liés à l’ensemble des engagements prévus par cette partie, les mesures positives envisagées pour les atteindre, les indicateurs de rendement permettant d’en évaluer les résultats ainsi que les mécanismes de reddition de comptes.
Ce plan devrait être publié sur les sites Web des institutions, transmis au Secrétariat du Conseil du Trésor dans le cadre des bilans sur les langues officielles et évalués périodiquement par ce ministère, avance le rapport, dans sa 4e recommandation.
L’une des autres nombreuses critiques visait le manque de suivi des obligations des ministères et institutions fédérales par le SCT – reproché par le Commissariat aux langues officielles (CLO) lui-même – et le manque d’évaluation d’impact pour les CLOSM.
Au lieu d’une révision du règlement tous les 10 ans, les députés du comité des langues officielles préconisent au gouvernement de le revoir tous les 5 ans.
L’évènement rassemblait des acteurs et actrices de l’éducation, des organismes communautaires, des partenaires institutionnels, des étudiant.e.s et des membres des communautés francophones du Yukon, des Territoires du Nord-Ouest et du Nunavut.
Les Yellowknives Dene Drummers ont marqué l’ouverture du Sommet panterritorial sur l’apprentissage dans le Nord canadien, le 3 juin, à Yellowknife.
Apprendre au-delà de l’école
Dès l’ouverture, Nuka Jocas-McCrae, animateur du sommet, a voulu élargir la réflexion au-delà du cadre scolaire. « L’apprentissage, ce n’est pas seulement ce qui se passe dans une salle de classe », a-t-il lancé, en rappelant que les savoirs se construisent aussi dans les familles, les communautés, sur le territoire, au travail et dans les expériences du quotidien.
Cette idée a traversé une bonne partie de la rencontre. Dans les territoires, où les communautés sont dispersées et où les parcours sont souvent moins linéaires qu’ailleurs, l’apprentissage prend plusieurs formes. Il peut passer par une formation officielle, un atelier communautaire, une expérience professionnelle,
une transmission familiale ou une adaptation imposée par les réalités du Nord.
Pour Nuka Jocas-McCrae, cette dimension est particulièrement présente dans les communautés nordiques. Les gens y portent souvent plusieurs chapeaux, apprennent à collaborer et doivent trouver des solutions malgré les distances qui les séparent. Il a résumé l’objectif du sommet en une formule : « Mieux comprendre notre réalité pour mieux construire la suite. »
Reconnaitre tous les apprentissages
Le sommet s’inscrivaoit aussi dans une démarche plus large amorcée à l’échelle canadienne. Denis Desgagné, directeur général du RESDAC, le Réseau pour le développement de l’alphabétisme et des compétences, a rappelé que l’organisme a longtemps été associé à l’alphabétisation avant d’élargir son action vers le développement des compétences. Cette évolution, a-t-il expliqué, amène désormais le réseau à s’intéresser à l’apprentissage tout au long de la vie, dans différents milieux et à différentes étapes des parcours individuels.
Dans son intervention, il a insisté sur trois contextes d’apprentissage : le formel, lié aux institutions scolaires et aux diplômes reconnus ; le non formel, qui comprend notamment les ateliers, les formations communautaires ou professionnelles ; et l’informel, qui se construit dans la vie quotidienne, au travail, dans les familles ou dans les communautés. L’enjeu, selon cette approche, n’est pas de les opposer, mais de mieux reconnaitre leur complémentarité.
Denis Desgagné, directeur général du RESDAC, a présenté une réflexion sur les différents contextes d’apprentissage et sur la reconnaissance des compétences développées tout au long de la vie.
Du constat aux pistes d’action
La programmation du sommet traduisait cette volonté de passer de la réflexion aux réalités concrètes. Les ateliers et panels abordent notamment la construction identitaire, la formation à distance, les parcours étudiants, les apprentissages atypiques, les compétences en contexte minoritaire et la réconciliation à travers l’éducation. Un portrait pan territorial des besoins des apprenants francophones du Yukon, des TNO et du Nunavut doit aussi permettre de dégager des constats communs et des pistes d’action.
En toile de fond, les discussions se sont déroulées dans un contexte où l’accès à l’apprentissage en français demeure fragile dans plusieurs communautés nordiques. Aux Territoires du Nord-Ouest, les récentes décisions touchant certains programmes d’immersion rappellent que l’éducation en français, sous toutes ses formes, reste un enjeu sensible.
Le théâtre Uiviit accueillait cette fin de semaine le 𝐶𝑖𝑟𝑞𝑢𝑒 𝐼𝑛𝑡𝑖𝑚𝑒 au Franco-Centre. La troupe venue de Montréal a offert un événement disruptif avec son expérience 𝑫𝑬𝑼𝑿𝑿. Le concept ? Une immersion dans la littérature érotique, exprimée par les arts de la scène et articulée autour de la liberté d’observation, de la proximité et du consentement.