Avec les informations de Julien Cayouette – Francopresse
FRANCOPHONIE
Le Canada a dépassé de 0,4 % sa cible d’immigration francophone à l’extérieur du Québec en 2025. Une progression saluée par la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) et le Parti conservateur. Malgré cette hausse en pourcentage, le nombre total d’immigrants francophones a diminué par rapport à 2024 en raison de la réduction globale des admissions. Le gouvernement maintient toutefois des cibles croissantes jusqu’en 2029 et ajoute 5000 places au Programme des candidats des provinces afin de renforcer le poids démographique et économique de la francophonie.
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Selon les données gouvernementales pour 2025, 48 000 invitations à la résidence permanente ont été envoyées pour des demandes d’immigration à travers la catégorie Compétence linguistique en français du programme Entrée express. Cela représente 42 % des près de 114 000 invitations émises par ce programme, qui ne s’applique pas au Québec. Probablement plus : Les francophones peuvent faire leur demande à travers d’autres catégories, ce qui pourrait faire grimper le total. Selon des données incomplètes pour 2025, 4400 autres offres ont été envoyées entre janvier et octobre pour d’autres catégories où le français était la langue principale évaluée.
L’organisme Droits collectifs Québec (DCQ) et le Bureau de la Registraire de la Cour suprême du Canada (BRCSC) étaient devant la Cour fédérale les 21 et 22 janvier.
En novembre 2024, DCQ a déposé une poursuite contre le BRCSC dans l’espoir de forcer la traduction des jugements de la Cour suprême rendus avant 1970 – dont 70 % sont en anglais seulement.
Sans le CLO : Dans un communiqué envoyé le 16 janvier, DCQ indiquait que la Cour fédérale avait refusé que le commissaire aux langues officielles (CLO) intervienne. Les avocats du BRCSC s’opposaient à la participation d’un autre organe fédéral. Le CLO a déjà déposé des avis favorables à la traduction des documents dans le passé.
Plus que 24 : Au cours de 2025, le BRCSC a lancé un processus de sélection et de traduction de 24 anciennes causes. Un nombre largement insuffisant pour DCQ et la Fédération des associations de juristes d’expression française de common law. La Cour suprême a rendu plus de 6000 jugements avant 1970.
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La ministre de l’Immigration, Lena Metledge Diab, a annoncé que la cible fixée par les gouvernements de Justin Trudeau, puis celle de Mark Carney de 8,5 % d’immigrants francophones en 2025 a été dépassée de 0,4 point de pourcentage.
CANADA
Jeudi et vendredi, le Cabinet des 27 ministres de Mark Carney s’est réuni à Québec pour établir son plan d’action avant la rentrée parlementaire du 26 janvier. À l’ordre du jour : la réduction du cout de la vie quotidienne, selon le communiqué envoyé par le Bureau du premier ministre, ainsi que des présentations d’experts sur le contexte mondial et les technologies de pointe qui pourraient aider les ministres à atteindre les objectifs fixés dans la lettre unique de mandat que leur a adressé le premier ministre en mai dernier.
Pied de nez à Trump : Dans un discours-fleuve adressé jeudi aux Canadiens et aux Canadiennes, depuis Québec, le premier ministre a répondu à Donald Trump, qui avait suggéré la veille que le Canada devait se montrer plus «reconnaissant» envers les États-Unis, grâce à qui «le Canada existe», selon le président américain.
En rappelant à de maintes reprises les bases de l’histoire du Canada, et en repoussant la réflexion de Trump, le premier ministre a affirmé sous les applaudissements que le Canada «n’existe pas grâce aux États-Unis, mais le Canada prospère, car nous sommes Canadiens».
Il a rappelé notamment que les peuples autochtones sont «les premiers gardiens de cette terre».
Références au bilinguisme : Mark Carney a fait référence à «l’avènement du bilinguisme officiel» depuis Québec, notamment grâce à «la résilience des francophones – toujours déterminés à préserver une langue, une culture, une identité».
INTERNATIONAL
«Je parlerai aujourd’hui de la rupture de l’ordre mondial, de la fin d’une fiction agréable et du début d’une réalité brutale où la géopolitique des grandes puissances n’est soumise à aucune contrainte.»
Le discours du premier ministre Mark Carney à Davos, en Suisse, lors du Forum économique mondial, a fait des vagues au Canada, mais aussi à l’étranger. Son honnêteté, de même que son opposition aux tarifs douaniers et aux attaques de Donald Trump contre plusieurs pays, ont retenu l’attention.
L’exemple le plus récent étant la volonté du président des États-Unis d’acquérir le Groenland – sans «employer la force», a-t-il nuancé, alors qu’il était lui aussi présent à Davos. Aux dernières nouvelles, il souhaiterait «acheter» le territoire autonome.
Les propos de Mark Carney ont été appuyés par le Bloc québécois et le NPD après son discours à Davos.
«Nouvel ordre» : Mark Carney a misé sur «l’espoir» et l’union entre les pays, sans mentionner Donald Trump, la Chine ou la Russie, mais en rendant ses cibles claires. «Si nous ne sommes pas à la table, nous sommes au menu», a-t-il dit.
«Les autres pays, en particulier les puissances moyennes comme le Canada, ne sont pas impuissants. Ils possèdent la capacité de construire un nouvel ordre qui intègre nos valeurs, comme le respect des droits de la personne, le développement durable, la solidarité, la souveraineté et l’intégrité territoriale des états.»
Réactions de la classe politique canadienne : Dans un communiqué de six pages envoyé aux médias mercredi soir, le chef du Parti conservateur du Canada, Pierre Poilievre, a adressé «toutes ses félicitations» à son rival en offrant la collaboration des conservateurs pour que le Canada devienne «plus autonome, moins dépendant et travaille avec des pays qui partagent nos intérêts».
Le ton plaisant s’est toutefois arrêté à la fin du premier paragraphe : le reste du communiqué est une liste des «promesses non tenues» des libéraux, selon le chef de l’Opposition officielle, agrémentée de mesures que le Parti conservateur propose pour rendre le pays plus «abordable, autonome et souverain».
Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois, a quant à lui «salué» la position «générale» du premier ministre. «Le Bloc québécois est favorable à l’idée d’agir de façon concertée et de renforcer l’alliance avec l’Europe pour faire front commun face aux multiples menaces et pressions exercées par Donald Trump», a-t-il exprimé, par voie de communiqué.
Le Bloc attend désormais «des gestes clairs» de la part de Mark Carney et de son gouvernement.
Selon le chef intérimaire du Nouveau Parti démocratique (NPD), Don Davies, le premier ministre a «bien parlé de l’évolution de l’ordre mondial et de la nécessité pour le Canada de prendre des mesures efficaces et fondées sur des principes pour répondre à cette nouvelle réalité».
Donald Trump a retiré son invitation faite à Mark Carney de rejoindre son nouveau «Conseil de paix» à Gaza, jeudi dans la soirée, sans en préciser les raisons. Cette décision survient peu après le discours remarqué de Mark Carney au Forum économique mondial de Davos (lire plus haut).
À la base, le premier ministre canadien s’était montré ouvert à participer, jusqu’à que le président américain fasse payer un milliard de dollars le siège au Conseil. Mark Carney avait avancé que le Canada contribueraittout de même à l’aide humanitaire Gaza.
«Conseil de la paix»? Initialement pensé pour superviser la reconstruction de Gaza, ce «Conseil de paix» du président Trump viserait plus largement la résolution de conflits à l’échelle mondiale, avec un droit d’entrée d’un milliard de dollars américains pour l’obtention d’un siège permanent.
Ce prix d’entrée et la structure de sa gouvernance ont été la cible de critiques, certains y voyant une alternative à l’ONU. Les critiques se sont intensifiées lorsque Donald Trump a assuré que le président russe, Vladimir Poutine, a accepté l’invitation, alors que la Russie évoque davantage un «examen en cours».
Dix pays ont accepté d’y participer : l’Arabie saoudite, le Qatar, l’Égypte, la Jordanie, les Émirats arabes unis, la Turquie, l’Indonésie, le Pakistan, le Koweït et Israël, ce dernier étant accusé de génocide en Palestine.
Cette initiative fait ressortir d’autres tensions, notamment sur le rôle du Qatar et de la Turquie à Gaza.
Le 14 janvier dernier, une rencontre sous haute tension a eu lieu à Washington DC entre le vice-président JD Vance, plusieurs représentants de l’administration Trump et les ministres des Affaires étrangères du royaume du Danemark et du Groenland, respectivement Lars Løkke Rasmussen et Vivan Motzfeldt.
À l’issue de la rencontre, le ministre danois a déclaré, le visage grave, qu’il y a un désaccord fondamental entre les États-Unis d’un côté, et le royaume du Danemark et le Groenland d’autre part. « Même si nous acceptons d’être en désaccord, les idées qui ne respectent pas l’intégrité territoriale du Royaume du Danemark et le droit à l’autodétermination du Groenland sont totalement inacceptables », a-t-il déclaré devant un groupe de journalistes.
Les parties se sont cependant entendues sur la création d’un groupe de travail de haute instance afin d’étudier la possibilité de trouver une voie commune pour aller de l’avant. « Notre groupe se concentrera sur la manière de répondre aux préoccupations des États-Unis en matière de sécurité tout en respectant la ligne rouge du Royaume du Danemark », a détaillé M. Rasmussen.
À l’issue d’une rencontre avec le vice-président des États-Unis, JD Vance et des membres de l’administration Trump, les ministres des Affaires étrangères du royaume du Danemark et du Groenland, Lars Løkke Rasmussen et Vivan Motzfeldt ont déclaré qu’il y avait un désaccord fondamental avec les États-Unis sur l’avenir du Groenland.
Renforcement de la présence militaire au Groenland
Au même moment, le ministère de la Défense du Danemark a annoncé, dans un contexte de tensions grandissantes en Arctique, poursuivre l’intensification des exercices militaires des forces armées danoises au Groenland, en étroite coopération avec les alliés de l’OTAN. Le renforcement des capacités militaires au Groenland, qui ont débuté en 2025, se poursuivra une grande partie de l’année 2026, selon le ministère de la Défense :
« L’objectif est de former les troupes à opérer dans les conditions particulières de l’Arctique et de renforcer la présence de l’alliance dans cette région, au bénéfice de la sécurité européenne et transatlantique. La sécurité dans l’Arctique revêt une importance cruciale pour le Royaume du Danemark et nos alliés arctiques. Il est donc essentiel que nous renforcions encore notre capacité à opérer dans cette région, en étroite coopération avec nos alliés. Les forces armées danoises, en collaboration avec un certain nombre d’alliés arctiques et européens, examineront dans les semaines à venir comment une présence et des exercices accrus dans l’Arctique peuvent être mis en œuvre dans la pratique. »
Le Groenland peut-il être acheté ?
La possibilité de l’achat du Groenland est un sujet en cours de discussion au sein de l’administration Trump a indiqué Karoline Leavitt, porte-parole de la Maison-Blanche. Au cours d’une conférence de presse tenue le 7 janvier, elle a rappelé que les États-Unis s’intéressent au Groenland depuis les années 1860. Ce territoire autonome du Royaume du Danemark représenterait des avantages certains en termes de sécurité nationale. « L’acquisition du Groenland est avantageuse pour la sécurité nationale des États-Unis. Le président Trump estime qu’il est dans l’intérêt des États-Unis de contrer l’agression russe et chinoise dans la région arctique. C’est pourquoi son équipe discute actuellement de ce à quoi pourrait ressembler un éventuel achat. »
Mais de quelles menaces parle-t-on exactement ? Sur quels faits concrets le gouvernement se base-t-il pour avancer de telles suppositions ? Selon Frédéric Lasserre, directeur du Conseil québécois d’Études géopolitiques à Québec, ces déclarations ne sont pas basées sur des faits tangibles et relèvent du fantasme.
Même s’il est vrai que la Russie essaie de réactiver sa flotte qui a été longtemps négligée et que le président Poutine aimerait se doter d’un outil naval crédible avec la flotte du Nord, le pays n’a pas besoin de pénétrer loin dans l’Atlantique Nord pour être en mesure de nuire aux intérêts de l’OTAN dans le cadre d’un scénario d’une guerre en Europe, relève M. Lasserre. « Mais est-ce que les États-Unis ont besoin forcément d’étendre leur souveraineté sur le Groenland pour ça ? La réponse est non, précise le directeur. Puisqu’il y a un accord militaire signé en 1951, renouvelé en 2004, entre le Danemark et les États-Unis, qui prévoit que si les Américains veulent construire d’autres bases militaires sur le territoire du Groenland, ils peuvent le faire avec l’accord du Groenland. Tout cet argument de la menace qui serait imminente sur la sécurité du Groenland et donc sur la sécurité de l’Amérique du Nord, ça parait vraiment très très tiré par les cheveux », conclut-il.
Andreas Østhagen, chercheur principal à l’Institut de l’Arctique, abonde dans ce sens. L’argument de la menace russe et chinoise au Groenland ne tient pas la route. Dans une publication du 8 janvier, il indique que Donald Trump passe littéralement à côté du sujet en invoquant cette raison. Aucun navire russe ou chinois ne navigue sur les côtes du Groenland et, si les États-Unis devaient se méfier des activités russes en Arctique, il faudrait plutôt regarder du côté de l’Europe du Nord, de l’Estonie au Svalbard, ou même au large de l’Alaska, pense le chercheur.
L’opposition en Alaska
Lisa Murkowski, sénatrice républicaine de l’Alaska au Congrès des États-Unis depuis 2002, a fait part de son désaccord profond avec les déclarations du président Trump qui fait usage d’une rhétorique agressive.
« Nous avons beaucoup à faire en 2026. La prise du Groenland ne devrait pas figurer sur cette liste. Nous devrions plutôt continuer à établir des relations – par le biais du commerce, du tourisme, des échanges culturels et de la gouvernance autochtone – plutôt que d’envoyer des messages provocateurs qui détruisent des décennies de confiance », a-t-elle déclaré le 9 janvier.
Quels sont les risques pour le Canada ?
Qu’en est-il des déclarations sur le 51e État et les risques pour le Canada, qui est considéré comme un état subordonné, par Donald Trump ? Le colonel Pierre Leblanc est retraité de l’armée et expert sur les sujets de sécurité en Arctique. En 1995, il a pris le commandement de la zone nord des Forces canadiennes (Yukon, Nunavut et Territoires du Nord-Ouest), où il a servi jusqu’à sa retraite en septembre 2000. Selon lui, il existe un risque pour le Canada qui, depuis des décennies, est connu sur la scène internationale pour ne pas investir suffisamment dans les coûts de défense.
Les reproches exprimés il y a un an par Donald Trump ont aussi été exprimés par les membres de l’OTAN. Même si la défense du pays est vue à travers les alliances, le colonel Leblanc rappelle que toutes les parties sont censées participer. « Le premier ministre est en train d’essayer de corriger, a-t-il précisé lors d’une entrevue. On parle beaucoup d’investissement dans l’Arctique et on s’en va dans la bonne direction. Ça, c’est des signaux très positifs qui vont plaire à Trump, mais ça va nous prendre probablement dix ans pour corriger le manque à combler des dernières 30 années. »
Articles de l’Arctique est une collaboration des cinq médias francophones des trois territoires canadiens : les journaux L’Aquilon, L’Aurore boréale et Le Nunavoix, ainsi que les radios CFRT et Radio Taïga.
Avec cette rentrée chargée, on a oublié de vous partager la photo de la semaine digne d’un épisode de Stranger Things ! Ces fortes aurores boréales teintées de rose et de bleu (elles sont généralement plutôt vertes en Arctique) résultent de la plus grosse éruption solaire mesurée depuis 2003. La couleur de ces aurores dépendent de l’altitude à laquelle les particules solaires entrent en collision avec les molécules présentent dans l’atmosphère :
– Vert (les plus fréquentes à nos latitudes) : collision entre 100 et 300 km d’altitude avec des molécules d’oxygène.
– Rose / Rouge foncé : 100 km – molécule d’azote
– Rouge : 300 à 400 km – atome d’oxygène
– Bleu et mauve : entre 100 et 200 km – molécules d’hydrogène et d’hélium.
Mercredi 6 janvier. La nuit est tombée depuis bien longtemps sur Iqaluit, en ce milieu d’après-midi. Si en Europe on s’émeut de la disparition de Brigitte Bardot et lui rend hommage, les Nunavummiut subissent encore les conséquences de l’embargo imposé sur les produits du phoque. À quelques centaines de kilomètres du cercle polaire arctique canadien, Aaju Peter nous ouvre les portes de sa maison surplombant la banquise sur la baie de Frobisher, dans la capitale du Nunavut. Le visage marqué par la fatigue, l’actualité au Groenland – sa terre natale – et des années de combat pour les droits inuit, elle s’excuse d’avoir reporté notre rendez-vous de deux petites heures. « Les nouvelles sont tellement mauvaises dans le monde » soupire-t-elle en fermant les yeux après s’être installée derrière son bureau.
Engagée depuis des années dans la lutte contre la désinformation sur la chasse aux phoques qui domine en Europe, protagoniste principale du documentaire Angry Inuk (2016) réalisée par son amie Alethea Arnaquq-Baril, Aaju Peter n’a pas hésité longtemps avant d’accepter notre rencontre pour évoquer « l’héritage Bardot » :
« Elle a été cruelle envers les Inuit, avec des conséquences très néfastes pour notre culture, notre économie et la transmission générationnelle de notre savoir-faire dans tout l’Arctique. Elle nous laisse un goût amer. »
Aaju Peter est l’une des grandes figures de la défense des droits inuit sur la scène internationale.
Des campagnes dénoncées comme racistes et coloniales
Pour comprendre ce « goût amer » laissé par Brigitte Bardot au sein des populations inuit, il faut remonter à la fin des années 1970. Après avoir abandonné sa carrière d’actrice pour se consacrer à la cause animale, « BB » devient la première célébrité à dénoncer la chasse aux phoques en 1976, dans le sillage des ONG tels que le Fonds international pour la protection des animaux (IFAW) ou Greenpeace. « Canadiens assassins » prononce-t-elle l’année suivante lors d’un voyage à Terre-Neuve après s’être mise en scène devant les caméras en caressant un bébé phoque (blanchon).
À la suite de ces campagnes qui choquent l’opinion publique, l’Union européenne interdit la commercialisation de peaux et produits dérivés du blanchon en 1983, sans se soucier des conséquences pour les peuples inuit et autochtones. « C’était improbable que l’Europe ait la possibilité d’adopter une loi qui affecte un autre pays, un autre peuple, mais elle l’a fait » regrette Aaju Peter. Le marché s’effondre, sans distinction. Une première victoire pour les organisations de défense animale, qui militent encore aujourd’hui pour l’interdiction pure et simple de la chasse aux phoques. Pour les Inuit, c’est le début d’une « Grande Dépression ».
Cinéaste engagée autour des enjeux socioculturels inuit, Alethea Arnaquq-Baril dénonce des campagnes fondées sur du racisme, qu’il soit inconscient ou délibéré. « Beaucoup de gens à qui ces célébrités – comme Brigitte Bardot, Pamela Anderson ou Ellen DeGeneres – s’adressent ne se rendent pas compte à quel point leur tactique est profondément raciste. Il ne leur vient pas à l’esprit que de s’attaquer à la principale source de nourriture d’une ethnie spécifique, cela a un profond impact raciste. Mais les visages de ces campagnes le savent très bien » déclare la réalisatrice d’Angry Inuk, avant de poursuivre :
« Vous savez, quand nous traitions Brigitte Bardot de raciste, beaucoup de gens ne le croyaient pas jusqu’à ce qu’elle tienne des propos islamophobes. Finalement, le monde entier a compris à quel point elle l’était. Mais nous, nous le savions déjà depuis des décennies. »
Saisie par le Canada, l’Organisation Mondiale du Commerce reconnaît en 2013 « une mesure discriminatoire pour les produits canadiens du phoque » mais « toutefois justifiée en raison des préoccupations morales du public ». Or pour Lori Idlout, députée fédérale du Nunavut (NPD), « cela montre que des phoques ou bébés phoques sont plus importants que des humains. » Elle enchaîne : « Ces décisions sont fondées sur de l’ignorance et une vision déformée de l’environnement. Elles reposent clairement sur une attitude coloniale ».
Le navire Sea Sheperd, avec une proue à l’effigie de Brigitte Bardot, amarré sur les quais de Seine à Paris en 2015. Le trimaran est resté 11 ans dans la flotte de l’organisation fondée par Paul Watson.
1977 : Premier déplacement de Brigitte Bardot au Canada (Terre-Neuve).
1983 : L’Union européenne vote une première interdiction de commercialisation de produits dérivés du blanchon, bébé phoque du Groenland.
1987 : La chasse commerciale du blanchon devient illégale au Canada
1989 : Ajout de deux nouvelles espèces dans la directive européenne de 1983 : le phoque du Groenland et le phoque à capuchon
2001 : Le gouvernement canadien cesse de financer l’industrie
2006 : Nouveau déplacement de Brigitte Bardot au Canada pour demander au Premier ministre Harper l’interdiction de la chasse aux phoques, après le rebond du marché canadien qui atteindra un pic cette même année.
2009 : L’Union européenne vote l’embargo total sur les produits issus de ce mammifère marin, avec une entrée en vigueur en 2010. Une dérogation est toutefois accordée pour les produits issus de la chasse traditionnelle inuit et autochtone, reposant sur trois critères : issus d’une chasse réglementée pour la gestion durable ; présentent un caractère occasionnel pour les familles ou voyageurs ; ne doivent pas présenter des fins lucratives.
2015 : Modification du règlement suite aux décisions de l’OMC. Le Nunavut, les TNO et le Groenland obtiennent un statut consultatif agréé auprès de l’UE. La mise sur le marché des produits issus de la chasse traditionnelle est autorisée si certifiée.
2024 : Première réévaluation globale du règlement amorcée par la Commission européenne.
De graves conséquences économiques, socioculturelles et environnementales qui frappent encore les communautés inuit du Nunavut
Contrairement aux idées reçues, les Inuit avaient une part importante dans le commerce des peaux et produits dérivés du phoque. Colonisés, victimes d’un génocide, ils avaient trouvé dans leur principale source de nourriture et leur savoir-faire un moyen de prendre part dans une économie mondialisée, en revendant des peaux de phoque annelé aux enchères nationales et internationales par l’intermédiaire de la Compagnie de la Baie d’Hudson. « Nous avons grandement été affectés dès la première interdiction de 1983. Ici les chasseurs partent chasser, vendent les peaux, puis repartent chasser car la nourriture est partagée avec toute la communauté » explique Aaju Peter.
En 1989, un rapport rédigé par Pêches et Océans Canada indique qu’un peu plus de 284 000 peaux brutes ont été exportées vers l’Europe en 1984, dont 20 à 30 000 en provenance des Territoires du Nord-Ouest, qui englobait alors le futur Nunavut créé en 1999. « L’impact dans de petites communautés comme les nôtres est très fort » note Zoya Martin, directrice de la Division des pêches et de la chasse aux phoques du gouvernement du Nunavut. « Nous n’avons pas besoin d’en vendre des milliers pour faire vivre des familles. Une centaine représente déjà une grande différence. » (NDLR : 36 000 habitants au Nunavut en 2021).
Dans un territoire arctique où le chômage atteint 15,3%, frappé par l’insécurité alimentaire, les communautés inuit ont ainsi perdu une importante source de revenus. « Les chasseurs ne pouvaient plus obtenir d’argent pour aller chasser, mettre de l’essence. Leur capacité à subvenir aux besoins de la communauté a donc considérablement diminué » développe Aaju Peter, qui avait engagé, sans succès, plusieurs actions en justice contre l’Europe.
Lors du festival des arts inuit Alianait qui s’est déroulé en juin dernier, deux phoques s’apprêtent à être découpés et partagés dans un festin communautaire.
Selon le livre blanc Past present and future of the canadian seal fishery (Conservation Visions Inc, 2024), les exportations de produits du phoque ont généré en 1964 plus de 7 millions de dollars aux Territoires du Nord-Ouest. Après l’interdiction européenne de 1983, ce chiffre est tombé à moins de 250 000 dollars. Dans la communauté de Pangnirtung, le revenu moyen d’un chasseur est passé de 1100 à 200 dollars par an entre 1984 et 1994. Les prestations sociales ont explosé, augmentant de 176% à Clyde River, jusqu’à 443% à Sanirajak. « À cause de cette interdiction, nous sommes la troisième génération d’Inuit à vivre encore de l’aide sociale. » insiste Delia Young, responsable de la Division des pêches et de la chasse aux phoques.
Évolution des revenus générés par l’exportation de produits du phoque aux Territoires du Nord-Ouest entre 1961 et 2017.
Au prix d’une lutte sans relâche pour faire entendre leur voix, Inuit et autochtones n’ont obtenu qu’un timide recul de l’Union européenne en 2009 et 2015. Les exemptions accordées, trop contraignantes, n’ont pas permis d’améliorer la situation. « Nous ne pouvons toujours rien vendre » se désole Aaju Peter, également conceptrice de bijoux et vêtements. « Nous ne pouvons pas faire de vente en ligne car nous ne pouvons pas obtenir facilement les formulaires d’attestation auprès des artistes. Les obstacles sont trop difficiles » confirme Zoya Martin. Pour Lori Idlout, ces dérogations n’ont fait qu’aggraver la situation : « Diviser les peuples ne profite à personne. Les chasseurs de phoques de la côte Est et les chasseurs inuit jouent tous un rôle important. La stigmatisation persiste avec ces exemptions ».
2009 : Une dérogation est toutefois accordée dans la loi européenne pour les produits issus de la chasse traditionnelle inuit et autochtone, reposant sur trois critères :
1) issus d’une chasse réglementée pour la gestion durable ;
2) présentent un caractère occasionnel pour les familles ou voyageurs ;
3) ne doivent pas présenter des fins lucratives.
2015 : La mise sur le marché de ces produits est autorisée si certifiée.
Au-delà des lourdes répercussions économiques sur les familles inuit, la transmission du savoir-faire traditionnel s’est elle aussi trouvée impactée, aggravant les stigmates de la sédentarisation forcée par le Canada.
« À mon époque, le processus de traitement des peaux consistait à s’assurer que toutes les femmes sachent nettoyer correctement la peau, à faire des coupes parfaites […] Quand j’ai commencé, on ne me donnait pas une bonne peau pour des questions d’expérience. On la confiait à quelqu’un d’autre pour rapporter plus d’argent à la famille. Maintenant, c’est quelque chose qui ne se fait plus autant. C’est l’un des grands problèmes de cette situation » témoigne Delia Young.
Sur le plan environnemental, si un déclin des populations de phoques était effectivement constaté, causé par de multiples facteurs, avant les différentes mesures prises par l’Europe, certaines catégories connaissent depuis d’importantes hausses. Selon un rapport parlementaire canadien, 7,4 millions de phoques du Groenland étaient recensés en 2017, soit 6 fois plus que dans les années 1970.
Le phoque annelé présent en Arctique est plus difficile à étudier dans une région aussi vaste et difficile d’accès mais aussi car cette espèce met bas dans des tanières creusées sous la neige. Leur population était néanmoins estimée à 1,3 million dans les années 1990.
Aire de répartition du phoque commun dans l’Atlantique Nord.
Dans son rapport Assurer l’avenir de la chasse aux phoques (2024), un comité sénatorial critique la gestion fédérale : les quotas de chasse – 60 000 pour le phoque gris, 400 000 pour le phoque du Groenland, ne sont que rarement atteints avec 1 et 7% des limites capturées entre 2018 et 2022. Morley Knight, ancien sous-ministre adjoint aux Politiques des pêches souligne que les phoques consomment « 22 fois plus de poissons que ce que capturent les bateaux de pêche commerciale », nuisant à la fois au secteur et à l’équilibre des écosystèmes. Aaju Peter complète : « Nous savons que les phoques consomment des tonnes de poissons, plus que ce que les pêcheurs attrapent. C’est parce qu’on les laisse se multiplier à volonté qu’on en voit beaucoup plus qu’avant ».
La direction de la Division des pêches et de la chasse aux phoques estime que ces conséquences environnementales sont imputables à l’Union européenne : « Les interdictions promulguées par l’UE ont involontairement créé une sorte d’expérience scientifique. Partout où la chasse aux phoques a été interdite, les populations de phoques sont devenues trop importantes et sont tombées malades, car elles ont dépassé la capacité de l’environnement à subvenir à leurs besoins. Mais au Nunavut, nos chasseurs ont continué à chasser et ces mammifères marins sont toujours en harmonie avec l’environnement. »
Les zones de chasse réparties au Canada.
Autre conséquence de ces interdictions : le gaspillage. « Tout le monde continue de chasser le phoque pour se nourrir mais la peau est souvent gaspillée aujourd’hui. Les gens utilisent autant de peaux qu’ils le peuvent, mais nous consommons plus de viande que nous n’utilisons de peaux alors qu’elles pourraient contribuer à l’économie du Nunavut et aider à soutenir les revenus des Inuit » regrette Alethea Arnaquq-Baril. Lori Idlout dénonce pour sa part une certaine hypocrisie au nom du développement durable : « L’utilisation de produits synthétiques est en fait plus nocive que la chasse et l’utilisation des phoques pour leur viande et leur peau. »
L’inaction contre la désinformation
En Europe, mais aussi aux États-Unis, les campagnes des ONG et autres organisations de défense animale usent parfois de faits, mais aussi de mésinformation et de désinformation pour faire avancer cette cause. Le marketing autour de l’image du blanchon est toujours d’actualité. Comble de l’histoire, le site internet de la Commission européenne utilise lui aussi un blanchon dans sa section « Trade and Seal Products ».
Dans un communiqué de presse diffusé en septembre 2024 par sa fondation, Brigitte Bardot déclarait au sujet de la première réévaluation globale entreprise par l’Europe : « Je sais que la Commission a rouvert le débat sur le règlement européen qui protège chaque année plusieurs centaines de milliers de phoques des coups de gourdins qui leur fracassent le crâne avant d’être dépiautés, vivants, pour alimenter le marché de la fourrure ». Cette déclaration ignore, volontairement ou non, les procédures de certification des méthodes d’abattage mises en place par le Canada depuis 2009, et les contraintes administratives auxquelles font face Inuit et autochtones.
🇪🇺 Ursula von der Leyen prête à réactiver la chasse aux phoques ?
— Fondation Brigitte Bardot (@FBB_Officiel) October 25, 2024
Le 15 mai 2024, sous pression de pays européens bordant la mer Baltique, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a lancé un audit du Règlement de l'UE de 2009 sur le commerce des produits… pic.twitter.com/A9CwEQwKpy
Les gouvernements du Nunavut, des Territoires du Nord-ouest et du Groenland ont également soulevé en 2023 auprès de l’UE que les derniers amendements portés à la loi n’étaient pas suffisamment connus. Le règlement étant toujours perçu comme une interdiction absolue. « L’amélioration souhaitée par tous en matière d’accès au marché et de compréhension des informations erronées n’a pas eu lieu. Nous ne constatons toujours aucun changement, car l’Union européenne n’a pas sensibilisé sa population » regrette Zoya Martin.
« Il est très difficile d’éduquer des gens qui ont subi un lavage de cerveau pendant des décennies. Ils pensent encore que nous ne faisons que massacrer les phoques » s’afflige Aaju Peter avant d’ajouter, la gorge nouée : « Il n’y a pas de volonté politique de le faire. S’il y en avait une, le gouvernement canadien ne nous aurait pas dit de nous taire et de ne rien faire […] Et les gens comme moi ne bénéficient pas d’un financement indépendant pour se battre, alors tout disparaît et rien ne se passe. Parce que je n’ai pas d’argent pour défendre ma cause. »
Dix ans après la sortie de son documentaire Angry Inuk, Alethea Arnaquq-Baril constate une perception qui a évolué, du moins au Canada, même si des barrières persistent : « Je pense qu’il y a moins de stigmatisation, mais ça ne veut pas dire que nous n’y sommes plus confrontés. Le site web Etsy, une plateforme populaire que de nombreux créatifs utilisent pour vendre leurs créations en ligne, n’autorise pas la peau de phoque même au Canada. Cela n’a pas disparu. »
Dans son dernier rapport, le comité sénatorial a formulé neuf recommandations au gouvernement du Canada. Parmi celles-ci : mener des campagnes de lutte contre la mésinformation et la désinformation, mais aussi approfondir la recherche scientifique sur les populations de phoques, qui agite et nourrit encore des débats clivants sur la scène internationale.
La Division des pêches et de la chasse aux phoques reconnaît avoir eu une augmentation des échanges avec le gouvernement fédéral sur la chasse et l’aspect commercial. « Cependant, en ce qui concerne les neuf appels à l’action, nous n’avons reçu aucune mise à jour ni aucune information à ce sujet. Nous n’avons donc pas encore constaté de recherches supplémentaires sur les populations de phoques, du moins pas au Nunavut » reconnaît Zoya Martin, qui avait témoigné dans le cadre de ces travaux. Quand on lui demande si Ottawa a suffisamment soutenu les intérêts du Nord dans ce dossier, Lori Idlout est catégorique : « Pas du tout ».
Comment les Inuit du Nunavut tentent de s’adapter
Pour permettre au secteur de survivre, la Division a mis en place un programme de financement annuel de 150 000$, destiné aux personnes qui souhaitent chasser ou travailler le mammifère marin. « Nous sommes conscients qu’il reste beaucoup à faire » reconnaît la directrice, qui souhaite travailler en plus étroite collaboration avec les organisations à but non lucratif et les organismes veillant à l’application de la loi sur les revendications territoriales.
Des programmes sont également offerts par le gouvernement du Nunavut, via le ministère de l’Environnement et celui des Services Communautaires. « Le ministère de l’Environnement achète des peaux de bonne qualité qui sont ensuite transférées dans notre service. Nous les traitons et les tannons, puis nous travaillons avec les entreprises dans les communautés pour les revendre à prix subventionné » détaille Zoya Martin.
Le gouvernement du Nunavut revend des peaux à des entreprises locales à prix subventionné.
Cette Division travaille également avec le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest, confrontés aux mêmes problématiques. Ce dernier a par ailleurs développé la plateforme certifiée Proudly Indigenous Crafts and Designs où les produits dérivés du phoque peuvent être vendus. « Amazon et d’autres sites n’en vendent pas et beaucoup d’influenceurs ne le font pas non plus. Ils sont peut-être d’accord avec la chasse au phoque, mais ils ne la défendent pas ouvertement, car c’est un sujet très tabou pour les gens » explique Zoya Martin.
Malgré le tabou, Delia Young insiste sur la sauvegarde de toute une dimension identitaire et culturelle pour les Inuit, mais aussi sur le plan de la sécurité alimentaire. « Cette pratique revient en force. Les Inuit du Nunavut, du Nord du Québec et du Groenland voyagent pour échanger leurs connaissances sur la manière de nettoyer les peaux et de confectionner des vêtements. Le programme rural d’alimentation traditionnelle permet aussi aux communautés de chasser, notamment le phoque, pour les partager lors de festin ou, la plupart du temps, faire don des peaux à des personnes ou des organismes communautaires » développe la responsable.
De la viande de phoque est partagée devant l’école Nakasuk, lors de la Fête du Nunavut
Si tous ces programmes encouragent la chasse, la réalité économique d’une société profondément transformée laisse néanmoins peu d’espoir pour ce secteur. Les perspectives de carrière dans ce domaine restent limitées, malgré les efforts déployés ces dernières années. « Il faudrait retrouver ce désir mais actuellement, vu la façon dont fonctionnent le monde et l’éducation, il faut aller à l’école. Dans ce mode de vie différent, c’est plus important que d’investir dans les jeunes chasseurs et leur formation » pense Aaju Peter.
Touchés dans leur économie, meurtris dans leur culture, les Inuit ont toujours fait de l’adaptabilité et de la résilience quelques-unes de leurs grandes forces. Le combat pour obtenir une voix à l’international continue. Après l’adoption en 2007 de la Déclaration des Nations Unies sur les Droits des Peuples Autochtones, une loi a été promulguée en 2021 au Canada pour sa mise en œuvre. Une instance permanente sur les questions autochtones a également vu le jour au sein de l’ONU, fruit d’une longue lutte menée entre autres par Aaju Peter. « Elle souhaitait que ses efforts déployés ces dernières années aboutissent à la création d’une structure similaire au sein de l’UE » commente Alethea Arnaquq-Baril.
La cinéaste poursuit son travail de longue haleine pour sensibiliser le monde aux réalités inuit, en pleine production de la deuxième saison de North of North.
« Dans la série, nous n’avons pas parlé directement des sentiments anti-chasse au phoque. C’était une décision délibérée de simplement montrer, d’une manière positive, les Inuit mangeant de la viande de phoque et portant des peaux » justifie la productrice.
Elle pense aussi que le monde regarde désormais le Nunavut et les Inuit d’un autre œil : « Les gens voient notre environnement et à quel point il fait froid, qu’il n’y a pas de ferme, pas d’arbre et que le phoque est une de nos seules sources de nourriture ».
Dans un combat inégal face à la désinformation qui s’impose dans nos sociétés modernes, la communauté inuit ne s’avoue pas vaincue. « Beaucoup de gens ne comprenaient pas à quel point nous dépendons de la chasse au phoque. Nous avons pu toucher des milliers et des milliers de personnes en même temps avec le documentaire Angry Inuk » observe Aaju Peter.
Alethea Arnaquq-Baril a produit de nombreux films et séries sur les défis socio-culturels auxquels les Inuit sont confrontés, comme The Grizzlies, Angry Inuk ou encore Twice Colonized.
Les évolutions de ces dernières années, notamment dans les relations avec l’Europe ou avec les excuses présentées en 2014 par Greenpeace Canada, permettront-elles une modification majeure de la loi ? « Lorsque nous sommes allés en Europe en 2020, nous n’avons rien obtenu de nos revendications. De mon côté, c’était la première fois que je m’y rendais dans ce cadre. Mais les personnes qui ont entrepris ce travail auparavant nous ont dit que la nature des discussions était différente, la façon de nous écouter aussi. Quatre ans plus tard, l’Europe a donc entrepris un travail de réévaluation. Je continue d’espérer que les Européens ne souhaitent pas rester dans l’ignorance » conclut Zoya Martin.
Les travaux de réévaluation du règlement devaient prendre fin au dernier trimestre 2025. Des consultations par questionnaires et commentaires publics ont été réalisées, recueillant plus 14 146 avis valides, dont 13 749 uniques venant majoritairement de France (82,44%). Une mobilisation française que la Commission justifiait auprès de Radio-Canada par « l’attention considérable que la question de la chasse au phoque a reçue dans l’arène publique et politique de l’Hexagone mais qui ne reflète pas l’opinion publique européenne ». Paradoxal, alors que l’État membre n’a pas rendu son rapport national à la Commission en 2023.
« Nous avons discuté avec la Commission en novembre dernier. La nouvelle équipe en place nous a dit qu’elle était sur le point de finaliser le rapport. On ne sait pas si ce sera un résumé, des recommandations, ou s’ils iront plus loin en proposant des modifications à apporter » indique Zoya Martin au Nunavoix. « Nous espérons qu’une délégation du Canada, accompagnée du Groenland, se rendra à l’UE en février ou mars pour travailler sur la réglementation. »
La députée Lori Idlout, qui revendique une abrogation, ne se fait guère d’illusion : « Je n’ai pas beaucoup d’espoir que les choses changent, car les lobbyistes ont beaucoup plus d’argent et d’attention que les Inuit ne peuvent en avoir. »
Les conclusions de cette évaluation devraient être rendues prochainement.
Un incendie a ravagé le bâtiment situé au 1088 Miviik Street à Iqaluit, le 8 janvier. 36 familles ont été déplacées. Des bureaux d’entrepreneurs et l’épicerie MAC African Market ont également été ravagés par les flammes. Une grande solidarité s’est activée dans la communauté pour soutenir les sinistrés qui ont tout perdu.
La grande première de la série North of North a été diffusée le 7 janvier 2025 sur les ondes d’APTN et CBC. Réalisée par Alethea Arnanuq-Baril et Stacey MacDonal, cette série qui brosse le portrait tout en humour du Nord et de la culture inuit a connu un succès international sur Netflix. Une deuxième saison est en cours de production.
Du 6 au 14 février, l’Association de patinage de vitesse du Nunavut a accueilli la star québécoise du patinage de vitesse Charles Hamelin, quadruple champion olympique et 38 fois médaillé au Championnat du monde ainsi que Jonah Hurtubise, ancien entraîneur de l’équipe nationale féminine de poursuite de 2018 à 2020. Allumer l’étincelle et nourrir l’amour du patinage de vitesse : tels étaient les objectifs de ce camp à Iqaluit.
Décès le 13 février de l’anthropologue français Bernard Saladin d’Anglure, spécialiste en culture inuit et figure notoire de la communauté d’Iglulik. . Sur le terrain jusque dans les universités, il a su raconter le peuple du froid et rendre justice à sa résilience et sa créativité.
L’ancien ministre des Relations Couronne-Autochtones et des Affaires du Nord, Gary Anandasangaree présente le 27 février dernier des excuses très attendues au nom du gouvernement fédéral, qualifiant « d’échec » les relocalisations de Dundas Harbour, ajoutant que le Canada a laissé tomber les Inuit touchés.
Iqaluit, 28 février 2025. Vice-président de NTI, Paul Irngaut pose fièrement avec des morceaux de caribou achetés lors de l’inauguration du magasin de nourriture traditionnelle Qinnirvik,
Lori Idlout assiste en direct à la démission de son chef de file Jagmeet Singh après la lourde défaite du Nouveau Parti Démocrate, le 28 avril. Elle est réélue députée du Nunavut au bout de la nuit avec seulement 77 voix d’avance. Nommé Premier ministre du Canada par intérim en mars, Mark Carney mène le Parti Libéral vers la victoire face aux Conservateurs et conserve son fauteuil.
Toonik Tyme – 12 avril. les Iqalummiut s’affairent à construire un igloo sous les conseils avisés du maire de la ville, Solomon Awa.
Juin 2025 : le légendaire groupe de rock Northern Haze a embarqué la foule dans un grand moment de communion lors de la cérémonie d’ouverture du festival Alianait, dont cette 21e édition était placée sous l’emblème du Qilaut.
Le projet hydroélectrique d’Iqaluit retenu comme grand projet fédéral. Le gouvernement fédéral a annoncé le 13 novembre sa deuxième série de projets d’infrastructures d’envergure nationale qui bénéficieront d’une procédure d’approbation accélérée par le Bureau des grands projets (BGP). Parmi les initiatives retenues figure Iqaluit Nukkiksautiit, une centrale hydroélectrique de 15 à 30 mégawatts visant à remplacer entièrement l’électricité produite par les générateurs diesel de la ville.
18 novembre : John Main est élu nouveau Premier ministre du Nunavut par les membres de l’Assemblée législative le 18 novembre à l’occasion du forum du leadership. Le député d’Arviat North-Wale Cove, locuteur inuktitut succède à P.J. Akeeagok.
Infirmière depuis plus de 15 ans, j’ai travaillé en urgence, en périnatalité et en santé scolaire, en plus d’avoir vécu près de cinq ans au Nunavik.
Ces expériences m’ont donné une vision globale et humaine de la santé. Passionnée de prévention et de saines habitudes de vie, j’ai à cœur de rendre l’information accessible.
Amatrice de plein air et mère de famille, j’ai le plaisir d’apporter ici une chronique santé adaptée à notre réalité nordique.
À 15 ans, je suis rentrée chez moi avec l’odeur de cigarette sur mes vêtements. Ma mère ne m’a pas grondée. Elle s’est simplement assise avec moi et m’a raconté un souvenir marquant : enfant, elle voyait régulièrement un locataire cracher du sang à cause du tabac. Elle parlait avec sincérité et bienveillance, simplement pour mon bien. Cette confidence, sans menace ni jugement, m’a profondément marquée. C’est souvent ainsi que naissent les conversations importantes : par un partage sincère et un désir de protéger.
Un enjeu collectif au Nunavut
Au Nunavut, le tabagisme dépasse le cadre du choix individuel. Entre 60 % et 75 % des personnes de 16 ans et plus fument, soit trois à quatre fois plus que la moyenne canadienne. Dans certaines communautés, plus de 80 % des adultes fument régulièrement. Chez les jeunes de 12 à 19 ans, près d’un sur deux consomme du tabac.
Le vapotage, souvent perçu comme moins nocif, gagne aussi en popularité, surtout chez les adolescents et jeunes adultes. Pourtant, il entraîne une forte dépendance à la nicotine et expose à des substances dont les effets à long terme restent méconnus. Des études montrent qu’il peut accroître la dépendance et mener vers la cigarette traditionnelle.
Ces chiffres démontrent que la lutte contre le tabagisme doit s’appuyer sur des politiques publiques solides, et pas seulement sur la motivation individuelle. Des programmes comme NU Quits, les centres communautaires et les professionnels de santé jouent un rôle clé en offrant soutien, conseils et outils adaptés.
Ce que dit la loi : 4 règles essentielles
Pour protéger la santé collective, la législation du Nunavut encadre strictement le tabac, le vapotage et la consommation de cannabis. Voici les 4 règles clés à connaître :
1- Lieux sans fumée : tous les bâtiments publics, lieux de travail, écoles, centres de santé, garderies, terrains de jeux et lieux publics fermés sont non-fumeurs. Il est interdit de fumer, vapoter ou consommer du cannabis dans ces espaces.
2- Zones tampons : une zone de neuf mètres entoure ces bâtiments. Il est interdit de fumer, vapoter ou consommer du cannabis à moins de neuf mètres des entrées, sorties, escaliers, rampes, fenêtres ou systèmes d’aération.
3- Véhicules sans fumée : il est interdit de fumer, vapoter ou consommer du cannabis dans tous les véhicules motorisés en présence d’enfants ou de jeunes de moins de 19 ans (voitures, camions, bateaux, VTT, motoneiges).
4- Logements sans fumée : il est illégal de fumer, vapoter ou consommer du cannabis, ou de permettre à d’autres de le faire, dans tous les logements sociaux et dans les logements du personnel du Gouvernement du Nunavut.
Ces règles visent à protéger les plus vulnérables et à créer un environnement favorable à la santé et à la réduction du tabagisme.
Pourquoi c’est important pour la santé
Le tabac contient des milliers de substances chimiques nocives. Il reste la principale cause de cancer du poumon, tout en augmentant les risques de maladies cardiaques, d’AVC, de maladies respiratoires chroniques et d’affaiblissement du système immunitaire. Chez les femmes enceintes, fumer accroît les risques de naissance prématurée et de faible poids à la naissance.
La fumée secondaire peut nuire aux enfants, augmentant les risques d’infections respiratoires et d’asthme. Le vapotage, bien que récent, n’est pas sans danger : il irrite les voies respiratoires, crée une forte dépendance à la nicotine, et ses effets sur le développement cérébral des jeunes sont encore incertains.
Changer, c’est possible : chaque pas compte
Arrêter de fumer ou de vapoter peut sembler difficile, mais chaque petit pas compte. Réduire sa consommation, retarder la première cigarette, ou éviter de fumer à l’intérieur apporte déjà des bénéfices. Dès l’arrêt complet, le corps commence à se réparer : la respiration s’améliore, l’énergie revient et les risques de maladie diminuent.
Conseils pratiques pour cesser de fumer
Au Nunavut, ces conseils sont soutenus par des programmes comme NU Quits, les centres de santé communautaires et les professionnels de santé qui adaptent les interventions à chaque réalité locale. Ces politiques et ressources sont essentielles pour créer un environnement où réussir est possible, sans culpabilisation.
Ensemble, écrivons une nouvelle page
Comme l’histoire que m’a racontée ma mère, ce sont souvent les paroles bienveillantes qui marquent le plus. La Semaine sans tabac est une invitation à réfléchir, discuter et agir. En combinant engagement individuel, conversations sincères et politiques publiques de soutien, nous pouvons écrire une nouvelle page de santé au Nunavut — un souffle à la fois.
Dans une déclaration du 5 janvier dernier, le président Trump a réaffirmé son intérêt envers le Groenland. Sous le prétexte que le Danemark ne peut défendre ce territoire autonome, Donald Trump a indiqué « avoir besoin » de cette ile d’une superficie de plus de 2M de km2.
De nombreuses voix se sont depuis fait entendre, en soutien au peuple groenlandais. Per-Olof Nutti, président du Conseil des Saami, a fait part de son inquiétude dès le 5 janvier. Sans jamais citer ni le nom du président américain ni même évoquer les États-Unis, il a rappelé que « le Kalaallit Nunaat (Groenland) occupe une place importante dans l’Arctique (…) et que les Inuits en tant que peuple autochtone, est doté du droit fondamental de déterminer son propre avenir. »
L’avocate et militante Aaju Peter (gauche) a organisé un rassemblement de soutien samedi 17 janvier à Iqaluit.
Évoquant le respect et la collaboration, concepts qui dominent les tables rondes et discussions au sein du Conseil de l’Arctique (dont les États-Unis sont membres), M. Nutti estime que « dans un Arctique en rapide évolution, il est essentiel de rester concentré sur les progrès fondés sur la reconnaissance mutuelle, le respect et un dialogue pacifique et constructif. »
Le 13 janvier 2026, lors d’une conférence de presse avec Mette Frederiksen, la première ministre du Danemark, Jens-Frederik Nielsen, le premier ministre du Groenland a balayé d’un revers de main la possibilité d’une annexion par les États-Unis et a affirmé l’attachement du Groenland au royaume du Danemark.
« Le Groenland n’est pas à vendre et fait partie du Royaume du Danemark. La situation est très grave et les intérêts géopolitiques ont exercé une pression considérable sur notre pays et sa population. »
Par ailleurs, M. Nielsen a indiqué avoir confiance dans l’OTAN et dans l’aide cruciale que cette alliance pourra leur apporter. Il est ici question de protection de la démocratie selon lui.
L’opposition des Groenlandais
De son côté, le bureau groenlandais du Conseil Circumpolaire Inuit a réaffirmé sa position inflexible sur cette question qui relève de tactiques de colonisation. « Les Inuit ne se laisseront pas diviser par la politique des grandes puissances », a martelé le CCI dans une déclaration du 5 janvier 2026.
Il y a un an déjà, alors que les déclarations tonitruantes du président Trump au sujet de l’annexion du Groenland faisaient grand bruit, Sara Olsvig, présidente du CCI, clamait haut et fort que le peuple du Groenland « ne souhaitait pas débattre pour savoir quel État est le meilleur ou le pire pour y vivre, ou quel colonisateur est le meilleur ou le pire ». Le temps des colonisateurs est révolu selon elle et le peuple groenlandais refuse d’être considéré comme un figurant au cœur de manœuvres politiques.
« Nous avons dépassé l’époque des attitudes coloniales typiques de supériorité. Alors que l’attention mondiale se porte de plus en plus sur nos terres arctiques et nos accords d’autodétermination, les Inuit refusent d’être montés les uns contre les autres par les intérêts des États. Je tiens à le dire très clairement. Il n’existe tout simplement pas de meilleur colonisateur. Nous refusons d’être traités comme des pions sur l’échiquier de la politique de puissance. »
C’est plutôt le dialogue diplomatique et la création de partenariats transfrontaliers que le Conseil Circumpolaire cherche à faire valoir en mettant aussi au premier plan la charte des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones qui interdit la discrimination à l’égard des peuples autochtones et encourage leur participation pleine et effective à toutes les questions qui les concernent.
« Nous voulons plutôt débattre de la manière dont nous pouvons améliorer la vie, les moyens de subsistance, le bienêtre et l’autodétermination des Inuits dans toutes nos régions. Enfin, nous saluons l’attention et la réflexion sincères accordées aux inégalités auxquelles les Inuits continuent d’être confrontés en raison de la colonisation. Les progrès vers la décolonisation ne peuvent se faire qu’en travaillant en partenariat avec les Inuits », avait-elle soutenu.
Pour Frédéric Lasserre, directeur du Conseil québécois d’Études géopolitiques à Québec, la volonté du peuple inuit est réduite au silence par l’administration Trump. L’argument porté par le Danemark et qui consiste à dire que le Groenland n’est pas à vendre et que c’est au Groenland de décider n’a aucune portée à la Maison-Blanche.
« L’administration Trump surprend un peu tout le monde par le fait qu’elle ne résonne plus selon les mêmes paradigmes qui prévalaient jusqu’à présent. Un autre gouvernement, avant Trump, aurait eu une petite gêne, à dire : “On se fiche de l’opinion du Groenland”, mais là, c’est le cas ! », indique-t-il lors d’une entrevue.
Le Canada aux côtés du Danemark
De son côté, le Canada s’est positionné en tant qu’allié indéfectible du Danemark. Lors d’une rencontre, le 6 janvier 2026, entre Mark Carney et Mette Frederiksen, Mark Carney a rappelé le soutien du Canada à la souveraineté et à l’intégrité territoriale du Danemark, notamment du Groenland en vertu du droit international.
Le premier ministre a notamment affirmé que le Canada appuie la déclaration commune que les dirigeants du Danemark et de l’Europe ont faite le 6 janvier 2026 au sujet du Groenland.
Cette déclaration commune de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, de la Pologne, de l’Espagne, du Royaume-Uni et du Danemark, affirme que la sécurité en Arctique est une priorité essentielle de l’Europe et est cruciale à la sécurité nationale et transatlantique.
« La sécurité dans l’Arctique doit donc être assurée collectivement, conjointement avec les alliés de l’OTAN, y compris les États-Unis, en respectant les principes de la Charte des Nations unies, notamment la souveraineté, l’intégrité territoriale et l’inviolabilité des frontières. Il s’agit là de principes universels, et nous continuerons à les défendre sans relâche. »
Bien que les États-Unis soient toujours considérés comme un partenaire essentiel, allié de l’OTAN et signataire de l’accord de défense conclu entre le Royaume du Danemark et les États-Unis en 1951, la déclaration conclut sur le principe de souveraineté du Groenland. Le pays « appartient à son peuple. Il appartient au Danemark et au Groenland, à eux seuls, de décider des questions concernant le Danemark et le Groenland. »
Enfin, Charlotte MacLeod, porte-parole pour Affaires mondiales Canada a indiqué, dans une déclaration adressée à Médias ténois le 7 janvier 2026, que le Canada attache une grande valeur à ses relations solides avec le Danemark et le Groenland.
Ouverture prochaine d’un consulat canadien au Groenland
Dès décembre 2024, le gouvernement fédéral avait annoncé, dans sa politique étrangère du Canada pour l’Arctique, l’ouverture d’un consulat à Nuuk, capitale du Groenland. Dirigé par Carolyn Bennett, ambassadrice du Canada auprès du Royaume du Danemark, ce consulat dont l’ouverture officielle est prévue en février 2026 a pour but de « renforcer les relations bilatérales et commerciales entre le Canada et le Groenland (…) et améliorer la coopération en matière de gouvernance et de sécurité dans l’Arctique ». Julie Crôteau, cheffe de poste consulaire par intérim et diplomate de carrière spécialisée dans les enjeux liés à l’Arctique, est d’ores et déjà en poste à Nuuk depuis novembre 2025.
Articles de l’Arctique est une collaboration des cinq médias francophones des trois territoires canadiens : les journaux L’Aquilon, L’Aurore boréale et Le Nunavoix, ainsi que les radios CFRT et Radio Taïga.
NND réclame justice pour la mauvaise gestion de longue date de l’exploitation minière par les gouvernements fédéral et territorial sur son territoire traditionnel. Elle demande également une suspension temporaire des jalonnements afin de minimiser les dommages supplémentaires.
Cette action devant la justice fait suite à l’accident survenu le 24 juin 2024 sur le site de la mine d’or Eagle Gold. La défaillance de la plateforme de lixiviation en tas sur le site de la mine a entrainé un déversement majeur de contaminants dans le ruisseau Haggart et la rivière McQuesten, aux abords immédiats du lieu de l’accident.
Aujourd’hui, le site est toujours contaminé, mais la Première Nation ne sait toujours pas dans quelles proportions l’environnement immédiat est contaminé ni l’ampleur des dégâts sur la biodiversité.
Faire respecter les droits issus des traités
Cette requête devant la justice fait suite à des mois d’inaction et d’échecs cumulés selon Dawna Hope, cheffe de la Première Nation de Na-Cho Nyäk Dun.
« Nous réclamons justice pour la mauvaise gestion de longue date de l’exploitation minière par les gouvernements fédéral et territorial sur notre territoire traditionnel, ainsi qu’une suspension temporaire du jalonnement afin de minimiser les dommages supplémentaires »
La plainte met en lumière le non-respect des traités par les deux gouvernements et cette ignorance délibérée révèle, selon Mme Hope, un caractère systémique. « La Première Nation de NND attend depuis des décennies que le régime minier soit actualisé afin de refléter les promesses contenues dans notre traité. Ce litige ne concerne pas une partie en particulier ni le gouvernement du Yukon en soi. Il concerne les manquements systémiques du Yukon à respecter notre traité », précise-t-elle.
La décision de recourir à la justice dans cette affaire a été prise en juillet 2025 lors de l’Assemblée générale. Citoyens et personnes ainées en ont tout simplement eu assez des effets dévastateurs sur leur territoire traditionnel et par ricochet sur leur culture. « Nous avons besoin d’un processus qui permette d’évaluer de manière adéquate les impacts d’un projet sur nos droits issus de traités. Et nous avons besoin d’un processus qui tienne compte des effets négatifs de l’activité minière sur notre territoire traditionnel. Il ne peut plus s’agir d’un processus ponctuel, projet par projet », dénonce Mme Hope.
En effet, le gouvernement du Yukon dit consulter NDD sur près de 150 projets miniers par an, mais le délai de consultation est extrêmement restreint. Cette façon de faire ne peut plus durer, car elle est contradictoire avec les termes des traités signés dans le passé et ne constitue pas une consultation significative.
Une pollution « hors de contrôle », selon NDD
À l’heure actuelle, Mme Hope dénonce la pollution du ruisseau Haggart et de la rivière McQuesten qui est une répercussion directe de l’accident. Cette contamination, au cyanure notamment, est toujours hors de contrôle 18 mois après l’accident.
Les poissons et la faune de notre territoire traditionnel en ont souffert. Nous avons perdu notre camp traditionnel de pêche à l’omble. Nous perdons des saumons et la dégradation de son habitat perdure. Nos terres continuent d’être ravagées et cela ne peut pas continuer »
Mme Hope espère que ce procès marquera la fin d’une approche coloniale toujours en cours dans les relations avec les Premières Nations. Il obligera les gouvernements, fédéral et du Yukon, à considérer NDD comme un partenaire dans la gouvernance où ses droits constitutionnels seront enfin respectés.
La requête en cours d’examen par le gouvernement du Yukon
Dans un message adressé à Médias ténois le 12 décembre, Tim Kucharuk, attaché de presse au cabinet du premier ministre du gouvernement du Yukon, a déclaré que la requête déposée par NDD était en cours d’examen. « Nous restons déterminés à travailler dans le respect avec la Première Nation Na-Cho Nyäk Dun sur les priorités essentielles à nos relations intergouvernementales. Nous espérons rencontrer les dirigeants de Na-Cho Nyäk Dun au début de la nouvelle année et maintenir une communication ouverte avec la cheffe et les dirigeants », a-t-il ajouté.
Aucune date de procès n’a officiellement été annoncée.
La Première Nation Na-Cho Nyäk Dun réclame toujours la tenue d’une enquête publique. Cette action en justice est une démarche menée en parallèle. L’enquête, réclamée en 2024, est essentielle pour comprendre comment la catastrophe s’est produite et le rôle que chacune des parties impliquées a joué.
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La tradition de choisir une présidence du jury issue des personnes nommées l’année précédente se poursuit. Pour le Palmarès de 2025, la professeure et chercheuse de la Saskatchewan Anne Leis a accepté cet honneur.
Les candidatures étaient impressionnantes et ont vraiment marqué le jury. C’est beau de voir autant de personnes dévouées qui font avancer la francophonie partout au Canada! C’était la première fois que le jury recevait des candidatures provenant de la Colombie-Britannique et elles ont fait une entrée remarquée au Palmarès. Nous espérons qu’il y aura encore plus de candidatures l’an prochain de toutes les régions du pays pour pouvoir célébrer les talents, les réalisations et le leadeurship d’un bout à l’autre du pays »
Les candidatures ont été soumises par les journaux francophones en milieu minoritaire des quatre coins du pays. Un jury composé de quatre personnalités des éditions antérieures a eu la tâche de sélectionner les dix personnalités remarquables de 2025 qui ont brillé pour leur contribution à la francophonie canadienne.
Jeanne Baillaut
À 90 ans, Jeanne Baillaut a lancé son troisième recueil de poésie, en décembre 2024. Cette pionnière de la francophonie de la Colombie-Britannique prévoit lancer un autre livre en 2026. Dès son arrivée à Vancouver, avec son mari, en 1958, Jeanne Baillaut s’est consacrée à l’enseignement du français. Elle a créé un programme d’apprentissage par les œuvres d’art du Musée des beaux-arts de Vancouver. De 1975 à 1985, elle a été directrice de ce qui deviendra plus tard le Centre culturel francophone de Vancouver. Dans ce poste, elle a entre autres créé le premier festival francophone de Vancouver. Elle n’a pas arrêté par la suite de faire ce qu’elle aime : éduquer, écrire et jardiner, toujours en français.
Billy Boulet-Gagnon
Une bonne partie du succès du Programme spécialisé en arts de Toronto de l’École secondaire catholique Saint-Frère-André est attribuable à Billy Boulet-Gagnon, qui en est le directeur artistique depuis 2018. Il encourage les jeunes à développer leur propre talent de façon quasi professionnelle. Il a allié formation des élèves et création d’évènements culturels ouverts au grand public. L’auditorium de l’école, partagé avec l’École secondaire Toronto Ouest, est devenu un lieu de rassemblement pour la francophonie torontoise. Le Programme a aussi été un catalyseur pour augmenter les inscriptions à l’École Saint-Frère-André. En parallèle, Billy Boulet-Gagnon met à profit ses talents musicaux lors d’évènements artistiques francophones communautaires.
Julien Cadieux
Le réalisateur Julien Cadieux a remporté en novembre le prix de la Meilleure œuvre acadienne et le Prix du public lors du Festival international du cinéma francophone en Acadie pour son documentaire Amir mon petit prince. Ce n’est que le plus récent honneur pour le cinéaste du Nouveau-Brunswick. Avec ses films, comme Y’a une étoile, Une rivière métissée et Les mains du monde, il montre l’importance qu’il accorde à la représentativité et au mieux-vivre ensemble. La diffusion de ses documentaires dans des festivals partout dans le monde fait également rayonner l’Acadie et la langue française.
Yvonne Careen
Après 35 années à se battre pour améliorer l’expérience et la vie des élèves francophones dans les Territoires du Nord-Ouest, Yvonne Careen a annoncé sa retraite de la direction de la Commission scolaire francophone des Territoires du Nord-Ouest. Sa carrière a été saluée en grand par les élèves de l’École Allain St-Cyr en mai. Cette école qu’elle a aidé à fonder fêtait justement ses 35 ans. Sa longue bataille judiciaire pour un gymnase dans cette école lui avait valu une première apparition au Palmarès de Francopresse en 2018. La Fédération franco-ténoise et le Regroupement national des directions générales de l’éducation l’ont aussi honoré au cours de sa carrière.
Chantal Fadous
Chantal Fadous est une francophone passionnée originaire du Liban. En 2025, elle a été l’une des 50 coautrices d’un livre sur des femmes inspirantes du grand Vancouver, dans lequel elle met de l’avant l’importance du bénévolat et de la langue française. Après son installation au Canada il y a 16 ans, elle a choisi de s’engager dans la vie francophone. Elle a commencé par faire de la suppléance dans un programme de prématernelle, mais ne s’est pas arrêtée là. En plus d’être restée en éducation, allant jusqu’à occuper la vice-présidence du Conseil scolaire francophone de la Colombie-Britannique, elle a notamment appuyé des familles immigrantes et a été présidente de la Société francophone de Maillardville en Colombie-Britannique.
Joanne Gervais
Joanne Gervais est la force tranquille derrière de nombreuses avancées pour la francophonie du Grand Sudbury, en Ontario. La directrice générale de l’Association canadienne-française de l’Ontario du grand Sudbury a rassemblé la francophonie locale et provinciale pour organiser les célébrations du 50e anniversaire du drapeau franco-ontarien le 25 septembre 2025 à l’Université de Sudbury, où a eu lieu le premier lever de ce puissant symbole franco-ontarien. Dès 2021, elle a milité aux côtés de cette même université pour la réouverture de cet établissement postsecondaire «par et pour» les francophones, ce qui s’est concrétisé en septembre 2025.
Samuel Landry
Samuel Landry profitait déjà d’une popularité impressionnante sur les réseaux sociaux grâce à son alter ego : la dragqueen Sami Landri. Sa notoriété a explosé en fin d’année quand il est devenu le premier Acadien à participer à la populaire émission Canada’s Drag Race. Sur TikTok, ses vidéos – en français – ont été vues des millions de fois. Ses vidéos, ses spectacles, sa série Web Helpez-moi et l’émission DRAG! d’la tête aux pieds qu’il coanime contribuent à rendre la culture queer visible et accessible en français, en plus de faire connaitre le chiac, la culture acadienne et les luttes pour la diversité et l’identité.
Monique Levesque
Monique Levesque, éducatrice originaire du clan yändia’wich de la nation wendate au Québec, s’est engagée activement dans le rapprochement et la réconciliation entre les Premières Nations et les Franco-Yukonais. En 2025, elle a offert des ateliers de perlage qui ont été l’occasion de parler des traumatismes du passé et de guérison et elle a livré un exposé public qui invitait à réfléchir aux gestes que peut poser la communauté francophone pour soutenir la vérité et jeter des ponts. Dans son parcours personnel, elle apprend le wendat. Elle mène tous ces efforts de front avec son travail de directrice adjointe d’une école d’immersion et ses heures de bénévolat pour les activités francophones.
Suzanne Saulnier
L’ouverture d’une nouvelle garderie à Pomquet, dans l’est de la Nouvelle-Écosse, en juin 2025 témoigne du travail acharné mené par Suzanne Saulnier en faveur du développement de la petite enfance en français en Nouvelle-Écosse. Directrice générale du Centre d’appui à la petite enfance de la Nouvelle-Écosse depuis sa création en 1992, elle ne cesse de travailler pour l’unité, l’excellence et la durabilité de ce secteur dans la province. Elle a mis l’accent sur les partenariats et la création de garderies pour veiller à ce que les enfants aient le meilleur départ possible pour leur éducation en français.
Laurent L. Vaillancourt
La médaille du couronnement du Roi Charles III décerné à Laurent L. Vaillancourt en aout 2025 atteste du demi-siècle – et plus – d’engagement et de création de ce sculpteur autodidacte, qui a également touché au dessin et à la scénographie. Ses expositions, souvent ancrées dans le territoire nord-ontarien, ont parcouru les provinces canadiennes de l’Est ainsi que la Colombie. Laurent L. Vaillancourt a aussi aidé à structurer son domaine; il est entre autres membre fondateur du Bureau des regroupements des artistes visuels de l’Ontario (BRAVO) et de la Galerie du Nouvel-Ontario, à Sudbury. Il est également fier instigateur et actuel vice-président de l’Écomusée de Hearst, en Ontario.
Méthodologie
Les candidatures au Palmarès des personnalités influentes de la francophonie canadienne de 2025 ont été soumises par les médias écrits de langue française en milieu minoritaire de partout au Canada.
Un jury composé de quatre personnes nommées au Palmarès entre 2021 et 2024, dont la présidente de l’édition de 2025, a évalué les candidatures et fait une sélection par consensus à la mi-décembre.
Le jury a tenu compte de l’influence des candidats et candidates sur la francophonie de leur région dans leur domaine respectif et s’est aussi laissé guidé par un souci de représentativité des régions du pays et de la diversité de la francophonie.
Dans un article paru le 17 novembre dernier sur le Réseau d’analyse stratégique et intitulé La souveraineté et la sécurité de l’Arctique canadien : de qui se méfier ?, les coauteurs Frédéric Lasserre, Mathieu Landriault, Pauline Pic et Stéphane Roussel font le point sur les réelles menaces que représentent la Russie et la Chine pour la souveraineté canadienne en Arctique. Plusieurs médias canadiens ont fait des amalgames en présentant ces deux pays comme des périls, et ces allégations ne sont pas justifiées selon les experts.
Mathieu Landriault, professeur associé à l’École nationale d’administration publique et directeur de l’Observatoire de la politique et la sécurité de l’Arctique, rappelle que, même si le sentiment d’insécurité est présent parmi la population canadienne, ce discours n’est pas nécessaire et repose sur des spéculations.
« Ce type d’analyse n’aide en rien à contextualiser ces menaces, explique-t-il. Les menaces hybrides (comme des campagnes de désinformation, des cyberattaques) sont présentes, mais dire que la Russie va débarquer demain matin pour envahir l’Arctique canadien et l’occuper, ça, c’est un énorme saut conceptuel qu’il faut éviter de faire. »
Mathieu Landriault, co-auteur de l’article La souveraineté et la sécurité de l’Arctique canadien : de qui se méfier ? est professeur associé à l’École nationale d’administration publique et directeur de l’Observatoire de la politique et la sécurité de l’Arctique.
La Russie représente-t-elle vraiment une menace ?
Une grande partie des investissements militaires russes dans l’Arctique portent avant tout sur la sécurisation de sa route maritime du Nord dans l’Arctique russe. Il y a donc une volonté de sécuriser les routes maritimes et de contrôler la région, plutôt que des ambitions d’invasion.
La Russie a adopté une posture défensive, plutôt qu’offensive, et défend son bastion constitué par la mer de Barents, peut-on lire dans l’article.
Enfin, « il n’y a pas eu d’ouverture de nouvelle base militaire russe dans l’Arctique, excepté un bâtiment abritant un bataillon de 250 hommes près de la base aérienne de Nagurskoye, dans l’archipel de la Terre François Joseph. Ces réouvertures de bases anciennes modernisées ne constituent pas nécessairement un pas vers une attaque du Canada », pense le groupe d’experts.
De plus, la Russie ne s’est pas retirée du Conseil de l’Arctique et n’a jamais contesté les revendications de plateaux continentaux étendus du Canada ou du Danemark dans l’océan Arctique. La coopération entre la Russie et les autres États arctiques s’est poursuivie après l’invasion de l’Ukraine en février 2022. Plus précisément à la conférence des parties de l’accord international pour la prévention d’activités non règlementées de pêche en haute mer dans le centre de l’océan Arctique. Cet accord a été signé le 3 octobre 2018 par le Canada, le Danemark, l’Union européenne, la Norvège, l’Islande, le Japon, la Corée du Sud, les États-Unis, la Chine et donc, la Russie.
Quelles sont les ambitions de la Chine ?
Du côté de la Chine, comment peut-on affirmer que des navires commerciaux chinois parcourront les eaux arctiques canadiennes sans en demander la permission, se demandent les experts. Le seul cas documenté d’un navire chinois ayant approché la côte arctique canadienne sans que sa visite ait été prévue est celui de la visite du brise-glace de recherche Xue Long à Tuktoyaktuk, en 1999. La demande d’autorisation de navigation pourtant envoyée en amont avait été perdue dans un dédale de la bureaucratie canadienne.
Nancy Teeple avait publié en 2010, pour le compte du ministère canadien de la Défense, une analyse des faits : « Il semble que l’arrivée inattendue du navire à Tuktoyaktuk ait été le résultat d’erreurs de communication entre les organismes canadiens, car des sources signalent que l’équipage avait informé l’ambassade du Canada à Beijing de son intention d’entrer dans les eaux canadiennes. »
Une bouée d’origine chinoise a bien été récupérée par les Forces armées canadiennes en février 2023, mais « le saut qualitatif entre la présence de bouées et l’établissement de structures sur la masse terrestre serait cependant très conséquent », estiment les experts.
Se méfier des États-Unis
En novembre 2025, la stratégie nationale sur la sécurité des États-Unis était divulguée. Ce document de 29 pages exprime une vision du rôle et de la place des États-Unis dans le monde. Présentée comme une feuille de route, cette stratégie exacerbe la prééminence des États-Unis que le président Trump n’hésite pas à présenter comme la plus grande et la plus prospère de l’histoire humaine. « Dans les années à venir, nous continuerons à développer toutes les dimensions de notre puissance nationale et nous rendrons l’Amérique plus sure, plus riche, plus libre, plus grande et plus puissante que jamais », peut-on lire en introduction du document.
M. Landriault pense qu’il faut accorder une certaine importance aux États-Unis, notamment à cause du langage employé par le gouvernement, durant le premier mandat de 2017 à 2021. Celui-ci laissait entendre la possibilité de faire des opérations de liberté de navigation dans les eaux de l’Arctique et dans les eaux du passage du Nord-Ouest. « Si je regarde le parcours en ce moment du gouvernement Trump, bien souvent, il reprend ses mauvaises idées (du premier mandat), puis il les reprend d’une manière étendue », développe-t-il.
Les déclarations tonitruantes du président Trump sur la possible annexion du Groenland et de l’assimilation du Canada pour en faire le 51ᵉ État avaient consterné les Canadiens. La publication de cette stratégie a ravivé les inquiétudes et n’a fait que confirmer la vision dominatrice des États-Unis.
Sans jamais mentionner le Canada en tant qu’allié, le document indique dans un paragraphe sur l’hémisphère occidental que l’approche américaine vise à rétablir la prééminence dans les espaces géographiques stratégiques. Cela signifie une présence accrue de la Garde côtière et de la Marine pour contrôler les voies maritimes et les itinéraires de transit clé. Pour M. Landriault, cette section de la stratégie est la plus inquiétante, car elle résonne comme un avertissement. En effet, en annonçant leur volonté de défendre leurs intérêts dans l’ensemble de l’hémisphère occidental, le gouvernement des États-Unis semble considérer l’ensemble du continent nord-américain comme étant sous leur influence.
« À mon avis, l’administration Trump considère le Groenland comme faisant partie de l’hémisphère occidental, donc des Amériques, estime le chercheur. Je pense aussi que pour le Canada, cela représente une inquiétude encore plus grande. Cette stratégie envoie le message de ne pas coopérer avec des pays à l’extérieur des Amériques d’une manière trop étroite. »
Ce procédé est abrasif et porte sur la confrontation. Les relations internationales y sont appréhendées dans une perspective de sphères d’influence, selon M. Landriault.
« Ce document vient confirmer que les États-Unis ne voient pas le Canada comme un égal, mais comme un État subordonné. Tout le reste des Amériques est vu comme une région subordonnée à ses intérêts, et ça, côté canadien, c’est d’autant plus inquiétant », conclut-il.
Articles de l’Arctique est une collaboration des cinq médias francophones des trois territoires canadiens : les journaux L’Aquilon, L’Aurore boréale et Le Nunavoix, ainsi que les radios CFRT et Radio Taïga.