le Vendredi 9 octobre 2026

Devant une salle comble au Franco-Centre, Aaju Peter allume un qulliq tout en expliquant son importance dans la culture inuit. Lampe traditionnelle en pierre à savon, alimentée par de l’huile de baleine ou de phoque, le qulliq servait notamment à se chauffer, à s’éclairer et à cuisiner. « Sans le qulliq, nous n’aurions pas survécu dans le Nord », rappelle la militante. Bien plus qu’un objet utilitaire, le qulliq est également un symbole de résilience. 

Une résilience qui se manifeste tout au long du parcours de cette femme, marquée dès l’enfance par les politiques d’assimilation. 

Réalisé par Lin Alluna, Twice Colonized fait référence à la double colonisation qu’ont subie de nombreux Inuit : d’abord au Groenland par les colons danois, puis par les politiques et institutions canadiennes actuelles. Une colonisation dont a souffert Aaju Peter,envoyée au Danemark à l’âge de 11 ans, loin de sa famille groenlandaise, puis lorsqu’elle s’est installée au Nunavut avec son mari 10 ans plus tard.    

Un long chemin vers la guérison 

Après la projection du film, Aaju rejoint la salle pour répondre aux questions et aux interrogations du public, notamment sur la colonisation, mais aussi sur la possibilité que les Inuit puissent devenir un peuple autonome et ainsi subvenir à leurs propres besoins. 

« Les efforts se poursuivent », répond Mme Peter. « Mais les bouleversements politiques de ces dernières années, avec l’arrivée au pouvoir de Trump, ont quelque peu ralenti cette dynamique. » Selon elle, le peuple inuit doit se montrer plus fort et respecter sondroit inhérent à l’autonomie, avec sa langue et sa culture. « Nous vivons ici depuis des milliers d’années. Certains parlent de 4 000 à 10 000 ans. Et nous devons cultiver cette capacité à survivre dans l’Arctique, cette capacité à vivre de la terre. » 

Aaju Peter espère que le départ de Donald Trump de la Maison-Blanche permettra de poursuivre le combat du peuple inuit en faveur de sa souveraineté. 

Les questions posées par le public l’amènent également à rappeler le passé colonial du peuple inuit et à souligner que le système occidental qui leur a été imposé est toujours en place et bien ancré. « La première chose que je ferais si j’étais la reine du Nunavut, ce serait de m’attaquer aux traumatismes », dit-elle.  

Pour la militante, la guérison passe d’abord par la reconnaissance des traumatismes et la possibilité d’en parler, avant de trouver les moyens d’aller de l’avant. « Nous devons guérir toute cette douleur et tous ces traumatismes, car c’est le fondement de tout. Nous ne pouvons pas être une société saine et fonctionnelle sans faire face à tous ces traumatismes », estime-t-elle.  

Organisée par l’Association des francophones du Nunavut (AFN) dans le cadre de la semaine entourant la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, la projection du film Twice Colonized retraçant le parcours militant d’Aaju Peter a attiré une trentaine de personnes au Franco-Centre. 

Gwendoline Le Bomin 

Un combat à mener ensemble 

À la fin de l’événement, le public repart avec de nouvelles pistes de réflexion sur l’impact de la colonisation sur les peuples inuit, mais aussi sur les moyens de contribuer au rapprochement entre les cultures.  

Charlotte Lapôtre, Française installée au Nunavut depuis 6 ans, pense que Twice Colonized est « un documentaire que l’on devrait tous voir dans notre vie ». La jeune femme a pris conscience de l’impact du règlement interdisant l’importation et la commercialisation des produits dérivés du phoque dans l’Union européenne et les traumatismes vécus par les Inuit non seulement au Nunavut, mais aussi au Groenland et en Suède, par exemple.  

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Selon Thomas Goyette-Levac, Québécois arrivé récemment à Iqaluit, ce film permet de voir que les puissances coloniales ont un rapport à la terre « aux antipodes » des peuples autochtones. Un « clash » bien représenté, selon lui, dans le documentaire.  

Pour se rapprocher des Inuit, les francophones ont un rôle à jouer, estiment les personnes interviewées à la fin de l’événement. « Projeter ce type de film et entendre des témoignages touchants comme ce soir est une manière de sensibiliser le public », estime Olivier Bourit, gestionnaire du service Jeunesse à l’AFN. Il encourage également l’organisme francophone à organiser davantage d’événements culturels pour favoriser les échanges entre les cultures inuit et francophone. Charlotte abonde dans le même sens. Ces événements, selon elle, permettraient « plus d’échanges et de mieux se comprendre, de réussir à aller de l’avant, de parler de ses traumas, d’aller au-delà des traumas aussi, pour créer quelque chose de nouveau ensemble. » 

Selon Olivier, le discours qui résume le Nunavut à une terre d’opportunités avec de hauts salaires doit changer.  

Pour Juliana Fiallo, conseillère principale, relations stratégiques et institutionnelles à l’AFN et organisatrice de la soirée, choisir de vivre au Nunavut s’accompagne d’une certaine responsabilité : « chercher à comprendre son histoire, les réalités et la culture des Inuit, le territoire et le contexte social dans lequel on vit. » Une responsabilité qui concerne non seulement les gouvernements et les organisations, mais aussi les citoyens, souligne l’organisatrice.  

Charlotte souhaiterait que les nouveaux arrivants puissent suivre la formation, « Le Nunavut : découvrir et comprendre un territoire unique », offerte en ligne par le Centre de formation Qaujimaniq de l’AFN.  

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Et pourquoi ne pas s’inspirer les uns des autres comme l’a suggéré Aaju Peter lors de la discussion, en faisant référence à la construction de l’École des Trois-Soleils. « Je suis tellement fière des Français, car ils se battent avec acharnement pour avoir une école française, ils se battent pour leur langue française, pour leur identité au Canada », dit-elle. « Et nous devons nous en inspirer. Nous devons apprendre, en collaboration avec vous, comment y parvenir au Nunavut ? Comment obtenir autant de fonds ? » 

Finalement, Juliana espère que le public est reparti de la soirée non seulement avec une meilleure compréhension de la situation et du passé des Inuit, mais aussi avec une réflexion personnelle : « quel rôle est-ce que chacun de nous peut jouer pour faire avancer la réconciliation ? »

En 2015, la Commission vérité et réconciliation (CVR) publiait son rapport final ainsi que 94 appels à l’action. Onze ans plus tard, force est de constater la lenteur de l’application de certains appels qui sont dirigés vers l’Église, le gouvernement fédéral, mais aussi la société canadienne dans son ensemble.  

Le 15 septembre dernier, le Conseil national de réconciliation a annoncé la composition de son premier conseil d’administration permanent. Sur les trois membres nommées, deux femmes du Nunavut et du Yukon, personnalités politiques fortes dans leurs territoires, rejoignent le conseil d’administration permanent à titre d’administratrices. Kluane Adamek–Aagé est membre de la Première Nation de Kluane et ancienne cheffe régionale du Yukon au sein de l’Assemblée des Premières Nations. Kilikvak Kabloona est une dirigeante inuk originaire de Baker Lake, au Nunavut, et est reconnue pour son engagement en faveur des droits des Inuit. 

Qu’est-ce que le Conseil national de réconciliation ? 

Ce Conseil est une organisation indépendante, dirigée par des Autochtones, créée en réponse aux appels à l’action n° 53 à 56. Sa mission consiste à suivre, à évaluer et à rendre compte des progrès accomplis en matière de réconciliation, ainsi qu’à contribuer à garantir la responsabilité continue pour les travaux à venir.

En 2015, la Commission vérité et réconciliation (CVR) publiait son rapport final ainsi que 94 appels à l’action. Onze ans plus tard, force est de constater la lenteur de l’application de certains appels qui sont dirigés vers l’Église, le gouvernement fédéral, mais aussi la société canadienne dans son ensemble.  

Le 15 septembre dernier, le Conseil national de réconciliation a annoncé la composition de son premier conseil d’administration permanent. Sur les trois membres nommées, deux femmes du Nunavut et du Yukon, personnalités politiques fortes dans leurs territoires, rejoignent le conseil d’administration permanent à titre d’administratrices. Kluane Adamek–Aagé est membre de la Première Nation de Kluane et ancienne cheffe régionale du Yukon au sein de l’Assemblée des Premières Nations. Kilikvak Kabloona est une dirigeante inuk originaire de Baker Lake, au Nunavut, et est reconnue pour son engagement en faveur des droits des Inuit. 

Faire progresser la réconciliation 

En 2024, le Parlement a adopté une loi pour la création du Conseil national de réconciliation, afin de surveiller et d’évaluer si les engagements de réconciliation sont respectés à tous les niveaux du gouvernement, des institutions et des secteurs de la société. Julie Ann Wriston, présidente du Conseil national pour la réconciliation, reconnaît que le processus de création de la structure, qui a pris plus de dix ans, a été extrêmement long. Cependant, son principe d’indépendance est un aspect fondamental qui doit permettre une évaluation, en toute transparence, de la mise en place des appels à l’action. « Nous ne sommes pas un ministère de la Couronne, mais une association à but non lucratif dirigée par notre propre conseil d’administration, rappelle-t-elle. Les membres de ce conseil et mes collègues ne sont pas au service de la Couronne, et c’est important. » 

Le rôle du Conseil est restreint et très précis, car il ne dispose d’aucun pouvoir règlementaire. Sa mission consiste à surveiller, à évaluer, et à rendre compte de manière publique et indépendante les progrès de la réconciliation, explique Mme Wriston, nommée présidente permanente en septembre, et qui faisait partie du conseil d’administration fondateur depuis 18 mois : « Nous vérifions si le gouvernement fédéral met réellement en œuvre les appels à l’action, et ne se contente pas de les annoncer. » 

La présidente pense qu’il y a encore beaucoup à faire pour créer un environnement propice à un dialogue sincère qui ne se limite pas à de belles paroles. Les lacunes éventuelles et les améliorations nécessaires seront abordées en toute honnêteté. « Pour les Canadien·ne·s, cela signifie qu’il existe désormais un organisme permanent et indépendant dont la seule mission est de tenir un bilan honnête, que nous ne cacherons pas, assure-t-elle. Ce bilan ne sera pas mis de côté lorsqu’il deviendra politiquement gênant. » 

Pour Julie Ann Wriston, présidente du Conseil national de réconciliation, il y a encore beaucoup à faire pour créer un environnement propice à un dialogue sincère, qui ne se limite pas à de belles paroles. 

Courtoisie Conseil national de réconciliation 

Au Nunavut, des blessures encore visibles parmi les survivants  

Bien que le système des pensionnats ait été en vigueur dans tout le Canada, la majorité des établissements étaient situés dans l’Ouest et le Nord. C’est pourquoi la CVR, dont le siège social était à Winnipeg au Manitoba, a notamment ouvert une antenne à Yellowknife, capitale du territoire qui affiche le taux le plus élevé de survivant·e·s des pensionnats par habitant au Canada.  

Pour reconnaître l’unicité des cultures inuit, des expériences et des répercussions des pensionnats sur elles, une sous-commission des Inuit avait été créée par la CVR. Cette commission était chargée de veiller à ce que les défis liés à la collecte de témoignages desurvivant·e·s des collectivités isolées soient relevés.

Kilikvak Kabloona rappelle que les Inuit et les habitant·e·s du Nunavut sont soit des survivant·e·s des pensionnats, soit des survivant·e·s intergénérationnel·le·s. Le travail du Conseil revêt donc une importance capitale au Nunavut. « Je sais à quel point cela est important au Nunavut, car une très grande proportion d’Inuit a fréquenté les pensionnats », détaille Mme Kabloona pour qui le Conseil constitue l’un des mécanismes visant à garantir que des progrès sont accomplis en matière d’équité. 

Un financement durable nécessaire  

Alors que les membres du Conseil s’assureront que les voix des personnes survivantes soient toujours respectées, le financement pérenne des travaux doit être assuré sur le long terme, d’après Mme Wriston. Celle-ci soulève la nécessité de ressources adéquates et durables du gouvernement fédéral qui ne sont pas soumises à des changements ou à des interruptions liés à l’évolution de la situation politique. « Nous veillons à toujours revenir aux témoignages des personnes survivantes et à ce qu’elles nous ont demandé. Cela consiste à veiller à ce que des mesures concrètes soient prises. Ce sont des appels à l’action, et non de simples recommandations, et ce n’est pas un hasard. » 

Kilikvak Kabloona abonde dans ce sens et insiste sur le nécessaire financement à longue échéance des appels à l’action : « Il est très important de disposer d’un financement sûr et à long terme pour le travail de réconciliation, car il faut du temps pour mettre en place les structures, recruter le personnel et élaborer les politiques et la législation nécessaires. De plus, un changement systémique nécessite une vision à long terme. Un financement sûr, stable et à long terme, y contribuerait de manière significative. »

Kluane Adamek–Aagé est membre de la Première Nation de Kluane et ancienne cheffe régionale du Yukon au sein de l’Assemblée des Premières Nations. Elle rejoint le Conseil national pour la réconciliation à titre d’administratrice. 

Courtoisie AFN Yukon Region 

Qui sont les représentantes du Nord ? 

Kluane Adamek–Aagé, membre de la Première Nation de Kluane et ancienne chef régionale du Yukon au sein de l’Assemblée des Premières Nations, œuvre depuis près de 20 ans à la promotion des droits des peuples autochtones et au renforcement des relations entre les nations autochtones, les gouvernements, le secteur privé et l’ensemble de la population canadienne. 

De 2018 à 2025, elle a occupé le poste de cheffe régionale du Yukon à l’Assemblée des Premières Nations. Propriétaire d’une entreprise et membre du corps professoral du Banff Centre, elle siège à divers conseils, comités, fiducies et instances consultatives. 

Son engagement en faveur de la guérison et de la réconciliation a commencé alors qu’elle était une jeune membre du conseil d’administration de la Fondation Autochtone de Guérison. 

Kilikvak Kabloona, dirigeante inuk originaire de Baker Lake, au Nunavut, est reconnue pour son engagement en faveur des droits des Inuit, du bien-être communautaire et de la gouvernance dans le Nord, notamment pour avoir occupé le poste de directrice générale de l’organisme Nunavut Tunngavik Incorporated.  

Elle a également été impliquée au sein du gouvernement du Nunavut depuis 2004 où elle a occupé le poste de sous-ministre adjointe chargée de la qualité de vie, un poste créé pour faire face à la crise des suicides dans cette région. Elle a élaboré un plan d’action quinquennal doté d’un financement. Kilikvak Kabloona a été conseillère politique auprès de deux ministres et de deux premiers ministres.

Les dépenses du ministère de la Santé se sont élevées à 917,7 millions de dollars en 2024-2025, comparativement à un budget initial de 719,2 millions, soit 198,5 millions de plus.  

Du côté des Services à la famille, le dépassement s’est chiffré à 39,7 millions de dollars, contre 28,9 millions pour le logement. À l’inverse, les sommes engagées sont demeurées sous les prévisions de 112,3 millions aux Services communautaires et gouvernementaux, de 89,3 millions aux Finances et de 35,4 millions au Développement économique et aux Transports. 

Au total, les dépenses se sont établies à 3,274 milliards de dollars, soit 7,7 millions au-dessus du budget de 3,266 milliards.  

Malgré certains dépassements, le Bureau du vérificateur général (BVG) n’a constaté aucun manquement aux autorisations. Dans une réponse écrite au Nunavoix, il précise que des crédits supplémentaires ont été obtenus après la clôture de l’exercice, conformément aux pouvoirs prévus par la Loi sur la gestion des finances publiques du Nunavut. Il a ainsi pu émettre une opinion sans réserve à ce chapitre.  

Les états financiers examinés 

Mélanie Cabana, première directrice principale, et Firyal (Fera) Awada, directrice principale, toutes deux au BVG, ont comparu au nom de la vérificatrice générale. Les travaux se sont déroulés sous la direction de Fred Pedersen, député de Cambridge Bay et président du Comité permanent sur les opérations gouvernementales et les comptes publics.  

Dans sa déclaration d’ouverture, Cabana a indiqué que le Bureau avait formulé une opinion sans réserve sur les états financiers consolidés de 2024-2025, estimant qu’ils donnaient une image fidèle de la situation du Nunavut.  

Elle a toutefois attiré l’attention sur certaines difficultés rencontrées au cours de l’audit, notamment celles liées à l’implantation du système financier Oracle. Mis en œuvre en février 2025, peu avant la fin de l’exercice, le nouvel outil a compliqué la préparation des comptes et la transmission de renseignements nécessaires aux travaux du BVG. « Ces retards ont retardé notre audit et exposé le gouvernement au risque de ne pas respecter l’échéance fixée par la loi », a-t-elle déclaré.  

Fred Pedersen, président du Comité permanent sur les opérations gouvernementales et les comptes publics et député de Cambridge Bay, lors de l’audience du 23 septembre 2026. 

Capture d’écran/Assemblée législative du Nunavut 

Des lacunes persistantes à la Société d’énergie Qulliq 

Le BVG a également soulevé une préoccupation de longue date concernant la gestion des stocks de la Société d’énergie Qulliq. Depuis plusieurs années, il relève des pratiques inadéquates d’administration et d’importantes déficiences dans les contrôles liésnotamment aux pièces de rechange et aux lubrifiants.  

Malgré certaines améliorations constatées en 2024-2025, des lacunes considérables subsistent. L’information incomplète sur ces stocks a empêché le Bureau de conclure quant à l’exactitude de leur comptabilisation et de leur évaluation. 

Des enjeux à régler avant la dévolution 

Le processus prévu pour le 1er avril 2027 soulève des enjeux financiers. Dans sa réponse écrite, le BVG indique qu’il faudra notamment déterminer le traitement à accorder aux terres et aux droits relatifs à l’eau transférés, aux recettes provenant des redevances ainsi qu’aux obligations environnementales après la dévolution. 

« Le gouvernement devra également s’assurer de disposer du personnel, des compétences et du temps nécessaires pour mener à bien ce travail », précise le Bureau. 

À ce jour, le BVG n’a pas procédé à une analyse officielle des risques et des répercussions liés à cette transition, puisqu’il n’a pas reçu d’exposé de position comptable de la part du gouvernement.  

Questionné sur les leçons à tirer des expériences du Yukon et des Territoires du Nord-Ouest, il a indiqué ne pas avoir consulté ses équipes dans ces deux territoires. Il compte le faire à l’approche des travaux de 2027-2028. 

Un changement dans la présentation des comptes 

Mélanie Cabana a indiqué que des normes révisées auront une incidence sur les états financiers de 2025-2026. Le gouvernement du Nunavut et les sociétés territoriales ont choisi de les adopter de façon anticipée, une décision saluée par le BVG.  

Le modèle retenu transforme notamment la présentation de l’information, avec l’ajout d’un état de l’actif financier net ou du passif financier net.  

Une capacité renforcée pour la vérification interne  

Le budget consacré à ce secteur passe de 1,284 million de dollars en 2025-2026 à 1,722 million en 2026-2027. 

Cette hausse est principalement liée à l’ajout de deux postes d’auditeur. L’objectif est notamment de permettre la réalisation d’un plus grand nombre d’examens portant sur l’utilisation efficace des ressources gouvernementales.  

Douze audits sont prévus en 2026-2027. Certains pourraient toutefois se poursuivre au cours de l’exercice suivant, selon la disponibilité des équipes dans les ministères concernés.  

Les effets du pergélisol sur les infrastructures 

Les changements climatiques et leurs conséquences sur les infrastructures ont été abordés. Questionné sur la fonte du pergélisol, le gouvernement a indiqué que des études géotechniques portant sur les conditions du sol sont intégrées à la planification des bâtiments.  

Les ingénieurs doivent évaluer la situation actuelle, mais aussi son évolution. Cette approche est appliquée au projet de terminal de l’aéroport, dont la conception doit tenir compte de la dégradation éventuelle du pergélisol.  

Des vérifications à venir 

Le BVG prépare une vérification sur le placement en famille d’accueil. Elle visera à déterminer si le ministère des Services à la famille agit en temps opportun et de manière efficace afin d’assurer la sécurité et le bien-être des enfants et des jeunes, conformément aux lois, politiques, normes et procédures applicables.  

« Nous prévoyons déposer cette vérification sur les familles d’accueil au début de novembre 2026, donc très prochainement », a indiqué une représentante du Bureau. 

Un autre audit, consacré aux femmes et aux filles autochtones disparues et assassinées au Nunavut, est envisagé pour 2028. Sa planification est toujours en cours 

Un règlement lié au tabac 

Le règlement conclu avec trois grandes compagnies de tabac a également été abordé pendant les échanges. La part du Nunavut est estimée à 93,8 millions de dollars, mais les sommes seront réparties sur plusieurs années et le total réel pourrait varier.  

Les représentants du gouvernement ont expliqué au comité qu’ils voyaient dans ces sommes un remboursement des coûts de santé liés au tabagisme plutôt qu’une nouvelle source de revenus.  

Dans sa réponse au Nunavoix, le BVG précise que la valeur de la créance demeure soumise à une importante incertitude d’évaluation, puisqu’elle dépend notamment des bénéfices futurs des fabricants visés, des versements annuels, du taux d’actualisation et de la durée de la période de paiement. « Par conséquent, les recettes réelles pourraient s’écarter sensiblement du montant estimé. »

Selon la Division des produits pétroliers (DPP) du ministère des Transports et de l’Infrastructure du Nunavut, le volume prévu pour 2025 avait été calculé de façon à offrir une marge de 15 % par rapport aux ventes anticipées. La demande a néanmoins dépassé les estimations d’environ 10 %, principalement en raison d’une hausse de l’activité de construction à Igloolik. Cette consommation accrue a absorbé une grande partie du carburant supplémentaire planifié.   

Les réservoirs d’Igloolik peuvent contenir quelque 6,2 millions de litres de diesel. La DPP avait commandé 5,2 millions de litres pour 2025. En tenant compte du volume qui devait demeurer dans les réservoirs, l’inventaire total devait atteindre environ 5,93 millions de litres, soit 95 % de la capacité.  

Des réserves surveillées de près 

Le 18 septembre, John Ivey, administrateur principal de la municipalité d’Igloolik, expliquait d’abord ne pas savoir si les réserves suffiraient jusqu’au ravitaillement, estimant que la marge pourrait être mince. Quelques heures plus tard, après un échange avec Nathaniel Hutchinson, directeur de la Division des produits pétroliers du gouvernement du Nunavut, M. Ivey rapportait toutefois avoir reçu l’assurance que la communauté ne manquerait pas de carburant. « Nous devrions avoir suffisamment de carburant dans les réservoirs jusqu’au 26 », écrivait-t-il sur Facebook, ajoutant que des mesures de contingence étaient en place si les niveaux diminuaient plus tôt que prévu.   

M. Hutchinson précisait que les stocks étaient surveillés et que du diesel supplémentaire pourrait être rendu accessible grâce à des transferts entre les réservoirs. Dans une mise à jour transmise le même jour, la DPP faisait savoir que l’une de ces opérations avait été réalisée et qu’environ 80 000 litres étaient disponibles, une quantité jugée suffisante jusqu’au ravitaillement. La DPP n’anticipait pas devoir recourir à un acheminement par avion, bien que cette option demeure possible au besoin. La communauté n’était alors pas appelée à économiser le carburant ni à restreindre ses services. 

Les installations de stockage en vrac d’Igloolik, où sont entreposées les réserves de carburant de la communauté.

 

Gouvernement du Nunavut

Des mesures de gestion 

Selon Duane Wilson, vice-président aux relations avec les parties prenantes d’Arctic Co-operatives Limited, l’équipe qui soutient la coopérative dans la région lui a indiqué que la DPP avait demandé de limiter les livraisons de mazout aux propriétaires en raison du faible niveau des stocks et de recourir au carburéacteur Jet A pour le chauffage afin de réserver le diesel aux véhicules lourds, notamment les camions du hameau et ceux utilisés sur les chantiers, jusqu’au ravitaillement.  

M. Wilson précise que la Co-op n’a eu connaissance d’aucun cas où la situation aurait fait courir un risque pour les personnes ou les biens. Il souligne également que les températures n’étaient heureusement pas trop froides.  

Des inquiétudes avaient déjà été exprimées à Igloolik. Dans une publication Facebook du 9 septembre, Buffy Vaffi, une résidente de la communauté, réclamait davantage d’informations officielle sur l’approvisionnement en diesel. « Nous avons le droit de savoir à quoi nous sommes confrontés », écrivait-elle. Elle affirmait également que certains propriétaires se voyaient refuser du mazout pour leur domicile.   

Le 23 septembre, M. Hutchinson indiquait que du diesel demeurait disponible dans la communauté et qu’un autre transfert entre les réservoirs était en cours. La DPP estimait disposer de réserves suffisantes jusqu’à l’arrivée du navire de ravitaillement, attendu le26 septembre vers 2 heures, heure locale. Le carburant a finalement été livré au cours de la fin de semaine du 26 septembre, selon une confirmation transmise au Nunavoix.   

Le retard de la livraison a également contribué au faible niveau des stocks en prolongeant la période pendant laquelle les réserves devaient suffire. La DPP indique qu’elle augmentera le volume de diesel commandé pour 2026.  

Des besoins à réévaluer 

Le dépôt de carburant en vrac d’Igloolik a déjà fait l’objet d’un agrandissement, dans le cadre de travaux essentiellement achevés en 2016-2017. Selon la DPP, le volume total pouvant y être entreposé est alors passé d’environ 8,25 millions à plus de 10 millions de litres, avec des ajouts pour le diesel et le carburéacteur Jet A-1.  

Aucun nouvel agrandissement n’est prévu à Igloolik. La DPP dit prioriser ses projets d’immobilisations en fonction des volumes de stockage requis et de la conformité aux codes applicables, plusieurs communautés ayant des besoins en infrastructures plus importants.  

La DPP compte néanmoins réévaluer les besoins de stockage d’Igloolik à la lumière de la demande plus élevée observée cette année. À court terme, elle indique pouvoir augmenter les volumes livrés et, au besoin, prévoir un deuxième ravitaillement annuel. 

Du 14 au 22 septembre 2026, l’entreprise Tetra Tech a mené une étude géotechnique à différents endroits d’Iqaluit. Les travaux comprenaient des forages et des puits d’exploration réalisés à l’aide d’équipement portable et d’une excavatrice.   

Un relevé par drone était également prévu à environ deux kilomètres à l’est d’Iqaluit. Selon la Ville, ces travaux visaient à mieux comprendre l’état de la subsurface et du pergélisol à l’échelle de la municipalité. 

Ils s’inscrivent dans un projet plus vaste de cartographie des risques climatiques. Les informations actuellement disponibles sur les conditions du sol et du pergélisol varient d’un secteur à l’autre, explique Geoffrey Byrne, gestionnaire des communications de la Ville d’Iqaluit. L’objectif est donc de combler ces lacunes afin de disposer de meilleures données pour la planification de l’utilisation du territoire et du développement futur.  

Une démarche en plusieurs étapes 

Une première phase, réalisée en 2025, a permis d’examiner les données déjà disponibles et d’identifier les secteurs où il manquait encore des renseignements. Les travaux menés en septembre visaient à recueillir de nouvelles informations sur les couches de sol, les conditions du terrain et le pergélisol.  

Ces données serviront ensuite à produire des cartes des risques et des recommandations en matière de planification et de développement. Elles pourront notamment aider la Ville à déterminer les endroits où des études plus poussées seront nécessaires avant de prendre des décisions concernant certains sites.   

Le gestionnaire ajoute par ailleurs que le projet n’a pas été lancé en réponse à la défaillance d’une infrastructure en particulier.  

Selon l’échéancier actuel, le rapport sur les travaux de terrain doit être terminé en décembre 2026, les cartes en février 2027 et les recommandations finales en mars 2027. La Ville examinera ensuite les résultats avant de déterminer de quelle façon les documents seront rendus publics.  

Le financement provient de deux programmes fédéraux : Se préparer aux changements climatiques dans le Nord et le Fonds pour accélérer la construction de logements.  

Michel Allard, professeur émérite au Département de géographie de l’Université Laval, lors de travaux sur le pergélisol à l’entrée du parc Sylvia Grinnell, à Iqaluit, vers 2010.

Fournie

Des risques pour les infrastructures 

Le dégel du pergélisol provoque la fonte de la glace présente dans le sol. En fondant, celle-ci perd du volume et l’eau de fonte peut ensuite être partiellement ou complètement drainée par le sédiment dégelé. Ces deux pertes de volume entraînent une subsidence, c’est-à-dire un tassement du sol, explique Daniel Fortier, professeur titulaire au Département de géographie de l’Université de Montréal et directeur du Geocryolab. 

Une infrastructure construite sur le pergélisol peut alors suivre ce mouvement de tassement et se déformer. Des dépressions, des fissures ou des phénomènes de fluage peuvent se former. Selon le chercheur, ces déformations peuvent aller de quelques centimètres à l’échelle métrique. Elles peuvent réduire la durée de vie des infrastructures et se traduire par des coûts d’entretien et d’exploitation plus élevés.  

Une bonne cartographie des conditions du pergélisol est essentielle, estime-t-il. Elle permet notamment d’identifier les secteurs riches en glace à éviter pour le développement de nouvelles infrastructures, ceux où des mesures d’atténuation seraient nécessaires, ainsi que ceux qui en contiennent peu, plus propices à leur installation.  

Elle peut aussi servir à cibler les zones à risque où des infrastructures sont déjà présentes et à planifier un entretien préventif ou, dans le pire des cas, leur relocalisation. Lorsqu’un déplacement n’est pas possible, des techniques comme l’isolation, les thermosiphons ou les surfaces réfléchissantes peuvent être utilisées pour contrôler ou ralentir le dégel du pergélisol.  

Des enjeux propres à Iqaluit 

Michel Allard, professeur émérite au Département de géographie de l’Université Laval, connait bien le pergélisol d’Iqaluit. Il a participé, à partir de la fin des années 2000, à la cartographie des dépôts de surface et des conditions du pergélisol de la ville, en collaboration avec le Bureau géoscientifique Canada-Nunavut. Il a également travaillé dans le secteur de l’aéroport d’Iqaluit.  

Sur place, il a notamment constaté que la couche active pouvait approcher les trois mètres dans certaines zones composées de sable et de gravier. Il souligne aussi la présence de coins de glace, qui se développent dans des fissures du pergélisol. « Il y en a passablement dans la région d’Iqaluit. »  

Ces fissures se forment lorsque le sol se contracte sous l’effet du froid. De l’eau peut ensuite s’y infiltrer et geler, faisant grossir progressivement les coins de glace. En dégelant, ceux-ci peuvent provoquer des affaissements et des tassements.  

À l’époque, l’aéroport était, selon lui, particulièrement affecté et très à risque. La fissuration du sol en hiver pouvait notamment briser les fils enfouis servant à l’éclairage des pistes, ce qui nécessitait des travaux d’entretien. 

Les travaux réalisés pourraient permettre d’aller plus loin que la cartographie effectuée il y a plus d’une décennie. Les données tirées des sondages et des excavations aideraient notamment à préciser les variations dans la composition du sol et dans sa teneur en glace, un élément directement lié aux phénomènes de tassement.  

Le chercheur estime également que la prise de mesures de température du sol à différentes profondeurs permettrait à la Ville de mieux suivre l’évolution du pergélisol et les effets des changements climatiques au fil des années. Il précise toutefois ne pas connaitre le mandat exact confié à Tetra Tech. 

Selon lui, une cartographie plus précise pourrait aider la Ville à orienter ses choix d’aménagement en fonction de la nature du terrain, de la composition du sol et de la quantité de glace qu’il contient, alors qu’Iqaluit poursuit son expansion.  

Le 17 septembre, la Garde côtière canadienne a accueilli la population à l’occasion d’un événement comprenant des activités, des kiosques d’information et la possibilité de monter à bord du NGCC Captain Molly Kool, qui mène notamment des opérations de déglaçage afin de soutenir les collectivités de l’Arctique, dont Iqaluit.   

Cette expérience a constitué l’un des faits saillants de la journée. Selon Craig Macartney, conseiller en communications au Bureau des relations avec les médias de la Défense nationale, le public a été étonné par ses dimensions.  

« Les participants ont vraiment apprécié la visite du navire. C’est quelque chose dont ils se souviendront », souligne-t-il.  

Le rôle du personnel infirmier et l’étendue de ses responsabilités médicales ont également suscité de l’intérêt. Des élèves de différentes écoles d’Iqaluit se sont montrés curieux de la vie quotidienne de l’équipage et de ses espaces de repos et ont été surpris d’apprendre qu’un chef cuisinier faisait partie de l’équipe. Certains ont même indiqué qu’ils aimeraient un jour devenir capitaine au sein de la Garde côtière, ajoute le conseiller.  

Onze postes de matelots visés 

L’événement comportait un important volet consacré à l’emploi. Des membres de l’équipe chargée de l’embauche étaient sur place pour présenter les postes offerts dans le Nord.  

Selon Craig Macartney, le recrutement de 11 matelots est prévu dans la région arctique au cours de la prochaine année et demie dans le cadre de l’initiative de participation et de formation autochtones.  

Depuis le lancement de l’initiative, huit nouvelles recrues ont déjà été accueillies. 

Cette démarche vise entre autres à accroître la présence de groupes actuellement sous-représentés dans l’industrie maritime, dont les peuples autochtones du Nord et les femmes. La Garde côtière rattache cet objectif aux efforts de réconciliation du gouvernement fédéral.

De 300 à 400 personnes ont participé à la Journée de la Garde côtière, tenue le 17 septembre à Iqaluit.  

Gwendoline Le Bomin 

De la formation vers l’emploi 

Pour faciliter l’accès à ces carrières, la Garde côtière dit travailler avec des établissements spécialisés, dont le Nunavut Fisheries and Marine Training Consortium et l’Arctic Marine Training Centre. 

Elle affirme accorder la priorité à l’embauche de diplômés de ces programmes, tout en considérant aussi les candidatures d’Inuit, de membres des Premières Nations et de Métis ayant suivi d’autres formations maritimes.  

Pour Arctic Marine Training (AMT), même s’ils voient régulièrement des navires et des opérations dans leurs communautés, les résidents du Nord ne sont pas toujours au fait des métiers qui s’y rattachent, des qualifications nécessaires ni des cheminements qui y mènent. Des initiatives comme la Journée de la Garde côtière permettent justement de les faire connaître.  

« Ces événements transforment la sensibilisation en possibilités », souligne Kari Davenport, directrice du développement des affaires chez Arctic Marine Training.  

Elle estime toutefois que cette découverte n’est qu’une première étape. Une fois l’intérêt suscité, les candidats doivent pouvoir compter sur un parcours clair vers la formation, du soutien financier, les certifications requises, des occasions d’acquérir du temps de mer et, ultimement, un emploi. 

Le programme Bridge Watch Rating (BWR) de l’organisation constitue, selon elle, la voie la plus directe vers des postes de niveau débutant sur le pont, notamment à la Garde côtière canadienne.  

Les étudiants y développent les compétences nécessaires, approfondissent leur compréhension des exigences à respecter, se familiarisent avec l’industrie maritime et peuvent entrer en contact avec des employeurs.  

Davenport souligne également l’importance de rendre ces programmes accessibles dans le Nord. Selon elle, cela réduit les obstacles liés aux déplacements et au fait de devoir déménager pour se former, tout en leur permettant de demeurer plus près de leur famille et de leur communauté. 

Douze diplômés à la Garde côtière  

Jusqu’ici, 12 diplômés d’AMT ont été embauchés par la Garde côtière canadienne, précise-t-elle. Neuf l’ont été directement dans le cadre du programme de participation et de formation autochtones, tandis que trois ont été embauchés par d’autres voies. 

La transition vers la vie professionnelle comporte toutefois encore plusieurs obstacles pour les habitants du Nord et les Autochtones. La directrice cite notamment les coûts de déplacement, l’accès aux examens médicaux maritimes, la nécessité de détenir lescertifications requises, le temps passé loin de la famille, les démarches de recrutement et la difficulté d’obtenir une première expérience en mer.  

« Lorsque la formation est accessible, soutenue et liée à de véritables parcours vers l’emploi, les résidents du Nord connaissent beaucoup de succès », dit-elle. 

Elle ajoute que le mentorat et les mesures de soutien concrètes restent importants pour favoriser des carrières à long terme près de chez eux. 

Randy Siakuluk, inscrit au programme BWR d’Arctic Marine Training à Iqaluit, a participé à la visite du NGCC Captain Molly Kool. « Ce qui m’a le plus marqué, c’est l’équipage », indique-t-il. Il souligne notamment l’entraide entre ses membres et le travail d’équipe à bord.  

L’étudiant estime que cette expérience, combinée à ce qu’il apprend en classe, a rendu plus concrète la perspective d’une carrière dans ce secteur. Il dit vouloir devenir ingénieur maritime.  

Pour le moment, aucune autre journée semblable n’est prévue au Nunavut. 

Des visites guidées du brise-glace ont eu lieu tout au long de la journée à Iqaluit, le 18 septembre dernier. L’événement a attiré plusieurs centaines de personnes.

Gwendoline Le Bomin

Les visiteurs étaient invités à explorer différents endroits du bateau. (Sur la photo : une salle des vestiaires)

Gwendoline Le Bomin

La visite du brise-glace débutait sur le ponton du bateau.

Gwendoline Le Bomin

Le rôle du personnel infirmier et l’étendue de ses responsabilités médicales ont suscité de l’intérêt des visiteurs.

Gwendoline Le Bomin

La salle des machines du brise-glace Captain Molly Kool qui porte le nom de la première femme capitaine d’un navire à vapeur de transport de marchandises en Amérique du Nord.

Gwendoline Le Bomin

La salle de commande du brise-glace Captain Molly Kool de la Garde côtière canadienne.

Gwendoline Le Bomin

Le 15 septembre, une séance consacrée à la défense a réuni des représentants de la Défense nationale, de Construction de Défense Canada et du milieu économique inuit. Les échanges ont notamment porté sur la stratégie canadienne de défense, les retombées économiques et les projets à venir au Nunavut.  

Dans une réponse écrite, la Défense nationale précise que cette tribune a permis d’aborder le projet d’infrastructures des bases nordiques du NORAD ainsi que l’expansion et la modernisation prévues de l’emplacement d’opérations avancé d’Iqaluit.  

Les discussions ont aussi porté sur la participation des Inuit, les capacités locales, les possibilités d’approvisionnement et le perfectionnement de la main-d’œuvre.  

De la construction à l’exploitation 

Patrick Duxbury, directeur général de l’Inuit Development Corporation Association, a modéré le panel consacré aux infrastructures de défense.  

« L’ampleur et la durée des investissements en défense envisagés dans l’Arctique créent des possibilités qui vont bien au-delà des seuls contrats de construction », souligne-t-il.  

À court terme, il entrevoit notamment des débouchés liés à la construction et à la modernisation. Il précise que la Défense nationale évoque actuellement 5 milliards de dollars pour les infrastructures militaires prévues à Iqaluit.  

« Une importante possibilité à long terme consiste à développer la capacité nécessaire pour assurer l’exploitation et l’entretien de ces infrastructures au cours des prochaines décennies », ajoute-t-il. 

Il cite le Système d’alerte du Nord, un réseau de stations radar servant à surveiller les approches aériennes nordiques du Canada et des États-Unis. Des entreprises appartenant à des Inuit en assurent l’exploitation et l’entretien depuis 1994, ce qui leur a permis de renforcer leurs capacités au fil du temps.   

 « Il existe potentiellement un très large éventail de possibilités », affirme Patrick Duxbury. Il mentionne la construction et les métiers spécialisés, notamment l’électricité, la mécanique, les travaux de génie civil, la conduite d’équipement ainsi que différents métiers techniques.  

Selon lui, l’exploitation et l’entretien pourraient aussi offrir des débouchés dans plusieurs domaines : la gestion d’installations, la logistique, l’entreposage, le transport et les services de carburant. S’ajoutent la surveillance environnementale et l’assainissement, les télécommunications, les technologies de l’information ainsi que le soutien aux aérodromes et aux infrastructures.  

Bon nombre de ces services, voire la totalité, peuvent être assurés par des entrepreneurs civils, ajoute-t-il. Des entreprises inuit, comme Nasittuq Corporation, sont d’ailleurs déjà actives dans ce secteur. Le directeur estime que la hausse de la demande liée aux nouveaux investissements dans les infrastructures de défense nécessitera un renforcement des capacités et pourrait contribuer à diversifier l’économie nordique. 

« La clé est de planifier la participation des Inuit dès le départ, plutôt que d’essayer de l’ajouter une fois que les projets et les stratégies d’approvisionnement ont déjà été conçus », affirme Patrick Duxbury.  

Pour les travailleurs, cela suppose, selon lui, d’arrimer suffisamment tôt les besoins prévisibles de la défense à la formation, aux programmes d’apprentissage et au développement des compétences, afin que les Inuit puissent se qualifier pour les emplois qui seront créés. De nombreuses entreprises du Nunavut, notamment les sociétés régionales de développement, contribuent déjà au perfectionnement de la main-d’œuvre. Ces efforts devront toutefois être considérablement renforcés pour répondre à la demande liée aux investissements en défense.  

Du côté des entreprises inuit, il juge nécessaire que le gouvernement fédéral donne davantage de visibilité sur les projets à venir et structure ses processus d’approvisionnement de manière à leur permettre de développer leurs capacités, de créer des partenariats au besoin et de soumissionner pour des parts significatives des travaux. Il ajoute que le partage de cette information faisait justement partie des objectifs du panel qu’il a modéré à la foire commerciale, et que la Défense nationale et Construction de Défense Canada se sont engagées à multiplier les échanges avec les Inuit et les autres résidents du Nord dans le cadre de ces projets.  

De gauche à droite: Chris Middleton et Mike Speiser, de la Défense nationale; Antoine am Rhyn, de Construction de Défense Canada; et Patrick Duxbury, directeur général de l’Inuit Development Corporation Association, lors du panel « Defense Chat » de la Foire commerciale du Nunavut 2026. 

Michel Albert 

Une main-d’œuvre aux profils variés 

La Défense nationale prévoit elle aussi que de nombreuses professions seront sollicitées, de la planification à la construction, jusqu’à l’exploitation à long terme.  

Le ministère cite les charpentiers et les soudeurs, ainsi que les ingénieurs, les spécialistes de l’environnement, les arpenteurs et les gestionnaires de projet. Les fonctions administratives s’ajoutent aux domaines concernés, de même que l’entretien des installations, le transport, l’entreposage et l’exploitation des aérodromes.  

Les besoins précis en main-d’œuvre seront toutefois déterminés par les partenaires responsables de la réalisation des projets et les entrepreneurs.  

Avec l’avancement des projets d’infrastructures, la Défense nationale affirme que la participation des Inuit, notamment par la passation de marchés, la sous-traitance, l’emploi et la formation, sera un élément essentiel du processus d’approvisionnement, conformément aux obligations découlant des traités.  

Soutenir les capacités dans le Nord 

Dans une réponse écrite au Nunavoix, Rebecca Chartrand, ministre des Affaires du Nord et de l’Arctique et ministre responsable de CanNor, a exposé ce que les investissements en défense pourraient représenter pour les Inuit.  

Elle estime que l’expansion des activités de défense et des projets d’infrastructures dans le Nord pourrait créer d’importantes possibilités pour les travailleurs et les entreprises inuit, notamment dans la construction, les métiers spécialisés, l’arpentage et les services. Les petites et moyennes entreprises pourraient aussi en profiter. 

« Lorsque les entreprises et les travailleurs inuit jouent un rôle de premier plan et contribuent à cette expansion, les retombées restent dans les communautés », affirme-t-elle.  

La ministre insiste aussi sur l’importance de développer les capacités locales, de favoriser l’emploi dans le Nord et d’accroître la prise en charge économique locale. Elle souligne que les bureaux de CanNor à Iqaluit, Yellowknife et Whitehorse placent l’agence en bonne position pour servir de point de contact et veiller à ce que les gouvernements, les entreprises et les résidents nordiques et autochtones puissent participer aux projets et en bénéficier directement.  

Pour appuyer cet objectif, la ministre cite notamment l’Initiative régionale d’investissement dans la défense (IRID), dans le cadre de laquelle CanNor versera jusqu’à 40,5 millions de dollars sur trois ans dans les territoires afin d’aider les entreprises à se développer et à s’intégrer aux chaînes d’approvisionnement de la défense. 

Au Nunavut, elle cite Sedna ROV Services, une entreprise inuit d’Iqaluit spécialisée dans les technologies et les relevés maritimes. CanNor lui a accordé jusqu’à 4,5 millions de dollars pour acquérir de l’équipement adapté à l’Arctique pouvant servir à des fins civiles et militaires. Le projet doit notamment permettre d’effectuer des relevés hydrographiques, d’améliorer la surveillance environnementale et de soutenir l’état de préparation à la défense dans l’Arctique.   

La ministre reconnaît toutefois plusieurs obstacles qui pourraient limiter les retombées durables pour les Inuit. Elle évoque les coûts élevés de transport, l’éloignement et la complexité logistique, le manque d’infrastructures locales et de logements pour la main-d’œuvre, la disponibilité des travailleurs ainsi que l’accès au capital.  

Rebecca Chartrand souligne aussi que les entreprises du Nord devront se renforcer pour être en mesure de soumissionner pour des contrats complexes et de les réaliser, particulièrement ceux qui comportent des exigences en matière d’habilitation de sécurité. CanNor entend les aider à s’y préparer afin qu’elles puissent profiter des débouchés liés à la défense. 

Danseur, chorégraphe, DJ, organisateur de soirées, professeur de danse… John Manzo possède plus d’une corde à son arc et met ses talents au service de la communauté. Originaire de Mississauga, en banlieue de Toronto, il prend des cours de danse de salon et de danses folkloriques d’Asie du Sud-Est dès l’adolescence. Il suit en parallèle des cours de théâtre et fait partie d’un groupe de chant.  

Il multiplie ensuite les expériences professionnelles comme technicien du son et éclairagiste au Heritage Theatre, dans la région du Grand Toronto, et décroche plusieurs rôles secondaires au cinéma et à la télévision. À l’université, il étudie la danse et l’éducation et fait partie d’un groupe de steel drums. Il obtient plus tard une certification professionnelle de danse DVIDA en danses de salon et latines qui lui permet d’enseigner dans des studios professionnels prestigieux du pays tels que les studios Fred Astaire et Arthur Murray.  

John Manzo pose ses valises à Iqaluit en 2012. Ce qui ne devait être qu’une étape dans son parcours, est finalement devenu son chez-soi : l’artiste y réside toujours et multiplie les projets artistiques.   

Entre 2013 et 2015, il fait partie d’un groupe appelé « Latinos de Nieve » qui se produit principalement au Franco-Centre. C’est à ce moment-là que le groupe crée les fameuses soirées Jam Café qui ont lieu dans la même salle. « À l’époque, cet endroit s’appelait l’Arts Café, car des expositions d’arts plastiques y étaient organisées en parallèle des concerts », raconte-t-il. « Nous proposions également des pâtisseries et des boissons, ce qui donnait vraiment l’impression d’être dans un café. » 

Le groupe se produit également au Légion, chez les Elks, au Nova, au parc Sylvia Grinnel et au festival Alianait. John Manzo a également été musicien local à Iqaluit (percussions) pour le groupe Koel and the Twin Otters, ainsi que pour Kelly Fraser et Abraham Tudlik. 

Son parcours le mène également sur les scènes nationale et internationale. Il a été DJ à plusieurs reprises dans des salles de Toronto, a participé trois fois au festival Burning Man et s’est produit au Harvest Festival, notamment sur le toit d’un restaurant-bar à Pékin et dans un bar-club à Osaka, au Japon. 

Passionné par les arts, John Manzo est également peintre. Ses œuvres ont été exposées au Franco-Centre pendant tout le mois de février dernier. « C’est sous un éclairage ultraviolet que mes œuvres se révèlent le mieux », souligne-t-il.

À consulter : Photo(s) de la semaine : Le Franco-Centre aux couleurs de l’art local

Près de 100 personnes ont participé à la soirée « Silent Disco », organisée au Franco-Centre. Équipés de casques sans fil, les participants pouvaient passer d’un DJ à l’autre et choisir la musique qu’ils souhaitaient écouter parmi les trois ambiances proposées. 

Gwendoline Le Bomin 

Une scène artistique en plein essor mais de nombreux freins 

John Manzo estime que la scène artistique à Iqaluit est en plein essor, mais déplore le manque d’espaces permettant de découvrir l’art. « J’aimerais qu’il y ait plus d’opportunités », dit-il. « Il n’y a pas beaucoup d’événements artistiques au quotidien. Parfois, il faut attendre que des événements spéciaux soient annoncés », constate-t-il. « Ce serait formidable de disposer d’un espace où les artistes se sentiraient à l’aise pour être eux-mêmes, expérimenter, collaborer et partager leur travail sans avoir l’impression de devoir rentrer dans un moule particulier. Iqaluit regorge de talents créatifs et il existe tant de formes d’art différentes qui méritent d’être vues et découvertes. » 

Selon l’artiste, l’aspect financier représente un frein au développement de la scène artistique à Iqaluit. « La location d’un espace coûte très cher. Il faut donc pouvoir louer une salle, payer tous les artistes et rémunérer toutes les personnes impliquées », explique le DJ. Il avoue tirer peu de bénéfices de ses performances. « En grande partie, ce que je récolte à l’entrée revient aux artistes et au centre de répétition », avoue-t-il. « Et puis, ce qui reste sert à rembourser le matériel que j’ai acheté. Ce qui ne suffit même pas à le payer. » Il se réjouit néanmoins que chaque événement lui permet d’acquérir de l’expérience.  

Lorsqu’il organise des événements, John Manzo s’assure de réunir un large éventail d’artistes « pour que ce ne soit pas toujours les mêmes personnes, encore et encore. » Il essaie également de proposer des styles variés. « À Iqaluit, la musique est toujours la même. Les gens demandent toujours les mêmes chansons, il n’y a aucune variété. Mes soirées apportent donc des styles musicaux différents qui ne sont généralement pas diffusés de la même manière. » 

L’artiste joue notamment du drum & bass, un genre de musique électronique rapide et énergique, relativement méconnu du grand public, estime-t-il. « C’est donc une bonne occasion de faire découvrir ce genre musical en ville. Je pense que cela apporte une touched’inattendu. » Il ajoute aimer associer différentes formes d’art et créer des expériences uniques. « Qu’il s’agisse de danse, de musique, de DJing, d’arts plastiques, de costumes ou de performance, j’aime faire se rencontrer ces différents univers. » 

Il souhaiterait ainsi contribuer à créer des occasions où musiciens, danseurs, artistes plasticiens, DJ, artistes de scène et autres créateurs puissent se réunir et se soutenir mutuellement. « J’aimerais créer des occasions où les artistes confirmés peuvent entrer en contact avec ceux qui débutent, et où chacun peut apporter quelque chose d’unique à la communauté créative », partage-t-il. 

Danser en silence 

La cinquième édition de « Silent Disco » a réuni DJ Deadbbeatz en première partie de la soirée, puis DJ Miel, Galaxy Cat et DJ Will ont pris le relai. « Pour chacune des soirées “Silent Disco” que j’ai organisées, j’essaie de mélanger différentes équipes », rapporte John Manzo.  

Lors de ses soirées, l’artiste se transforme en Galaxy Cat et revêt un costume de chat lumineux, inspiré du Chat du Cheshire dans Alice au pays des merveilles, son livre préféré lorsqu’il était enfant, confie-t-il. « Les gens ont commencé à m’appeler “CosmicKitty”, puis “Galactic Cat”, avant de finalement raccourcir ce nom en “Galaxy Cat”, et ce surnom m’est resté », raconte l’artiste.  

Sur la piste du Franco Centre ce soir-là, un Deadpool se déhanchait aux côtés d’une femme pirate. Les participants étaient en effet invités à se déguiser ou à porter des tenues fluos, ou de couleurs vives. Chacun portait un casque audio qui lui permettait de basculer d’un DJ à l’autre selon ses préférences. Chaque canal de DJ était associé à une couleur spécifique. « Tu peux donc savoir quel DJ tes amis écoutent grâce à la couleur de leurs écouteurs », explique John Manzo.  

L’artiste espère organiser prochainement une nouvelle soirée de ce type et se dit également intéressé à l’idée de se produire dans d’autres communautés du Nunavut.

Retrouvez les photos de la dernière Silent Disco ci-dessous.

Gwendoline Le Bomin
Gwendoline Le Bomin
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Cette année, l’événement s’est déroulé dans une ambiance plus sereine que l’année dernière, estime Benoît Havard, réélu président à la tête du conseil d’administration (CA). « C’était très convivial et je n’ai pas senti qu’il y avait trop de discordes. » 

Des conflits d’intérêts au sein du CA avaient entraîné la tenue d’une assemblée générale extraordinaire (AGE) en août 2025. La majorité des membres du CA était chauffeurs de taxi, explique Francis Essebou, directeur général de Carrefour Nunavut. « Ils sont venus avec leur agenda, et leur agenda, c’était qu’ils mettent la main sur les ressources pour aller faire autre chose que le mandat qui nous est confié. » 

Il ajoute que quatre membres du CA souhaitaient mettre sur pied une coopérative de taxis afin de faire concurrence à Caribou Cab et de développer une coopérative d’habitation.  
« En tant que directeur, je n’ai pas voulu signer ce genre de choses-là », affirme-t-il.  

À lire aussi : Crise au Carrefour Nunavut : une assemblée générale pour tourner la page

La première partie de l’AGA a été consacrée à la révision à la révision et à la mise à jour des statuts et règlements de l’organisme.

Gwendoline Le Bomin 

Ne plus reproduire les erreurs du passé  

Dans le but de renforcer la gouvernance de l’organisme, l’événement a débuté par une Assemblée générale extraordinaire (AGE) consacrée à la révision et à la mise à jour des statuts et règlements de Carrefour Nunavut. Plusieurs articles ont ainsi été amendés et adoptés avec l’approbation des membres. 

« On s’est assuré de ne pas refaire face à ces crises-là en ayant un meilleur document sur les règles, sur les statuts et règlements de l’organisme », explique M. Havard. « Les statuts et règlements étaient désuets, et il y a des gens qui ont essayé de peut-être abuser des failles de nos règlements. »  

Un comité de sélection chargé d’évaluer les candidatures au conseil d’administration sera mis en place dès l’année prochaine. « Il y aura une présélection », informe M. Essebou. « Ça permettra déjà d’aller voir la moralité même des gens qui postulent pour le conseil d’administration. » 

Le directeur général de Carrefour Nunavut sera désormais habilité à autoriser les paiements au nom de l’organisme. « Auparavant, le conseil d’administration avait adopté, en mon absence, une résolution prévoyant que le directeur général ne pouvait plus signer de chèques. Seuls les membres du conseil d’administration étaient alors autorisés à le faire », explique M. Essebou.  

Autre modification : cinq membres en règle pourront demander la convocation d’une assemblée extraordinaire si le conseil d’administration ou son président refuse de convoquer le CA. « C’est une mesure qui vise à éviter les situations de connivence que nous avons vues l’année dernière », précise le directeur. 

L’AGA s’est poursuivie avec la présentation du rapport de la présidence, suivie de la lecture du rapport annuel 2025-2026 de la direction générale et des états financiers.   

Quel avenir ? 

« Malgré tout ce qui s’est passé, on a maintenu le cap », déclare le directeur général. « On est même allé un peu plus loin parce que nous avons introduit de nouveaux services. On a introduit de nouveaux projets et nous voulons continuer à aller de l’avant », résume Francis Essebou. Il rapporte que le budget de l’organisme a même augmenté, passant de 1,3 million de dollars à 1,5 million de dollars. 

L’AGA a également été l’occasion de présenter les membres du nouveau personnel de l’organisme. « Les secousses qu’il y a eues l’année dernière ont fait partir pratiquement tous les employés. Je suis le seul rescapé », dit-il.  

Le directeur promet de mettre sur pied un comité d’éthique au cours des prochains mois. Le CA sera chargé de désigner trois membres de la communauté possédant une certaine expertise, notamment dans le domaine juridique, afin de favoriser une certaine impartialité.   

Benoît Havard souhaite élargir la portée de l’organisme et prendre en compte l’environnement dans lequel il évolue. « Ma vision, c’est vraiment d’avoir un organisme en développement économique qui sert la communauté entière, et non seulement la communauté francophone. […] À Iqaluit, on est sur un territoire inuit, et il faut être consciencieux, il faut être sensible à l’importance d’avoir la communauté inuit en premier plan. Et donc, le respect qu’on doit porter aux Inuit, que l’on doit porter à la communauté, doit se faire sentir à travers notre approche francophone », estime-t-il.

L’assemblée s’est conclue par l’élection des membres du conseil d’administration. Benoît Havard reprend la présidence, tandis que Christ Vladimir Tchapda renouvelle son mandat de secrétaire-trésorier. Thierry Noutack, Pierre Essoh et Isabelle Din Dika siègent également au conseil à titre d’administrateurs.

Francis Essebou (à gauche), directeur général de Carrefour Nunavut, aux côtés des membres du CA, de gauche à droite : Pierre Essoh, Benoît Havard, Isabelle Din Dika, Thierry Noutack et Christ Vladimir Tchapda. 

Gwendoline Le Bomin 

Le premier ministre canadien Mark Carney a annoncé son intention de solliciter un statut inédit de membre associé de l’Union européenne. Il ne s’agit pas non plus d’une simple lubie, puisque Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a déjà appuyé cette idée.

Cette proposition est à la fois absurde et parfaitement logique, selon la façon dont on la présente. Sur le plan géographique, le Canada reste solidement ancré en Amérique du Nord, partageant une frontière avec son voisin du sud de plus en plus imprévisible, les États-Unis.

À d’autres égards importants, cependant, le Canada a clairement eu beaucoup plus en commun ces derniers mois avec les pays européens qu’avec des États-Unis de plus en plus instables. En effet, en l’espace d’un an, les États-Unis sont passés du statut de plus proche allié du Canada sur la scène mondiale à celui de principale menace pour sa souveraineté.

En renforçant les liens avec d’autres démocraties européennes, Carney espère, de toute évidence, offrir au Canada une certaine protection contre l’ingérence continue des États-Unis et l’hostilité du président américain Donald Trump. Cet argument repose sur une certaine logique.

 Donald J. Trump s’entretient avec Mark Carney lors du sommet de l’OTAN 2026 au complexe présidentiel de Bestepe à Ankara, en Turquie, le mercredi 8 juillet 2026.

Crédit : Maison Blanche - Wikimedia Commons

Les puissances moyennes s’unissent

En fait, à bien des égards, cette proposition s’inscrit tout à fait dans la lignée de l’approche multilatérale adoptée par le Canada en matière de politique internationale depuis la fin de la guerre froide.

C’est un récit que Carney a clairement évoqué lorsqu’il a parlé de la nécessité pour les puissances moyennes de tracer ensemble leur propre voie dans son discours historique prononcé à Davos plus tôt cette année.

Le Canada, hier comme aujourd’hui, n’est pas de taille à rivaliser avec les plus grandes puissances mondiales. Mais en collaborant avec d’autres États partageant les mêmes valeurs, il peut trouver des moyens de se défendre et d’accroître son influence. La différence, bien sûr, c’est qu’aujourd’hui, les États-Unis ne font plus partie de ces alliés, mais constituent au contraire la plus grande menace pour le Canada.

Il ne faut pas non plus sous-estimer cette menace. Alors que certains observateurs, dont moi-même, mettent en garde contre ce danger depuis que la piteuse démarche de Justin Trudeau à Mar-a-Lago a inspiré à Trump sa blague sur le « 51e État », l’ampleur et la gravité du problème sont devenues impossibles à ignorer.

Les dernières négociations commerciales l’ont clairement démontré. Après les blagues de mauvais goût et les cartes offensantes, l’administration Trump s’est mise à formuler des exigences plus concrètes en matière d’allégeance.

Avant même son entrée en fonction, Trump inventait des problèmes de trafic de drogue à la frontière que le Canada devait résoudre — un grief sur lequel le président revient sans cesse.

Des négociations commerciales plus récentes comprenaient des exigences qui constituaient un renoncement à la souveraineté canadienne. Elles comprenaient un droit de veto sur les partenaires commerciaux internationaux du Canada, une dépendance accrue à l’égard des États-Unis pour les marchés de défense et les services de sécurité et, chose incroyable, une tentative d’ingérence dans le bilinguisme officiel canadien.

Le premier ministre canadien Mark Carney, à gauche, et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen se serrent la main lors d’une rencontre bilatérale dans le bureau de cette dernière, au Parlement européen, à Strasbourg, en France, le 16 septembre 2026. 

Crédit : Commission Européenne Service Audiovisuel - Christophe Licoppe

Chercher de l’aide ailleurs

En cours de route, des personnalités proches de Trump ont mis en avant l’idée d’une sécession de l’Alberta, et l’ambassadeur des États-Unis a traité les Canadiens avec un mépris total. Pire encore, le Canada n’a reçu que très peu de soutien, même de la part des Américains qui lui sont favorables.

Le message est clair : les Américains ont été intimidés par un gouvernement autoritaire qui n’a aucun respect pour le Canada ni pour les Canadiens. Si le Canada souhaite défendre sa souveraineté, il doit chercher de l’aide ailleurs. Aucun pays n’est plus vulnérable que celui qui n’a pas d’alliés.

Cela nous ramène à un Canada plus étroitement lié à l’Europe.

L’Union européenne est le premier regroupement de démocraties et la première puissance économique au monde. Lorsque les États européens parviennent à coopérer sur le plan politique — ce qui n’est pas toujours acquis —, ils constituent une force capable de rivaliser avec les autres grandes puissances mondiales.

Le Canada entretient également des liens de longue date avec l’Europe, non seulement par le biais de liens culturels — un patrimoine culturel commun à de nombreux Canadiens, bien que loin d’être tous —, mais aussi grâce à une coopération diplomatique et militaire au sein de nombreuses institutions internationales. Parmi ces organisations, on compte l’OTAN, les Nations unies, le G7 ou encore la Francophonie.

En tant que démocraties tout aussi vulnérables face à des régimes autoritaires de plus en plus décomplexés, le Canada et les États membres de l’UE ont tout intérêt à se protéger mutuellement et à collaborer pour défendre les valeurs et les institutions démocratiques.

Dear @mark-carney.bsky.social, we want to bring the relationship with Canada to the highest level possible. I would like to work with you on opening the door for Canada to being the first associate member of the EU. And create a common prosperity and economic security space.

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— Ursula von der Leyen (@vonderleyen.ec.europa.eu) 16 septembre 2026 à 10:27

Risques et inconvénients potentiels

Le statut de membre associé du Canada au sein de l’UE soulève encore de nombreuses questions et comporte des risques bien réels. L’adhésion à l’Union européenne n’est pas sans inconvénient, comme l’a clairement démontré le Brexit il y a à peine dix ans.

Le Royaume-Uni a voté pour quitter l’Union européenne et, bien que cette décision ait posé des problèmes sur le plan économique, elle n’était pas dénuée de logique. L’adhésion à l’UE demeure controversée, car la mise en commun de la souveraineté exige des sacrifices : les nations renoncent à leur contrôle unilatéral en échange de bénéfices collectifs plus vastes.

Ce n’est pas un détail. La perte de pouvoir décisionnel est, dans une large mesure, ce à quoi le Canada s’oppose dans les négociations commerciales avec les États-Unis. Bien qu’il soit beaucoup trop tôt pour savoir en quoi consistera ce statut de membre associé, Carney devra prendre des mesures pour empêcher les populistes canadiens de trouver une nouvelle cible lointaine à Bruxelles.

L’harmonisation des politiques avec les alliés européens risquerait également de constituer un obstacle supplémentaire au commerce avec les États-Unis. Bien qu’il soit clair que le Canada ne puisse plus compter sur une relation de confiance avec son voisin du sud, les deux pays resteront indissociables, et les États-Unis demeureront probablement le plus important partenaire commercial du Canada, non seulement en raison de la géographie, mais aussi grâce à des décennies d’investissements et de politiques communes.

Même si le Canada a besoin d’amis, il est important que le pays agisse de manière à ne pas compromettre ses relations avec les États-Unis.

Commerce avec l’Asie

Enfin, le Canada ne doit pas oublier que des millions de Canadiens ont des racines bien au-delà de l’Europe.

La région du Pacifique demeure la plus importante source d’échanges commerciaux du Canada à l’extérieur des États-Unis, et les démocraties de cette région ressemblent, à bien des égards, davantage au Canada qu’aux pays de l’UE.

Le Japon, la Corée du Sud, l’Australie et Taïwan sont, tout comme le Canada, pris entre les influences des États-Unis et de la Chine et doivent trouver le moyen de louvoyer entre ces deux puissances. Par conséquent, dans sa recherche d’alliés, le Canada ne peut se permettre d’être trop étroit d’esprit ou trop ancré dans le passé. L’Europe représente le passé du Canada, mais la région du Pacifique occupe une place prépondérante dans son avenir.

Une chose est toutefois claire. Le premier ministre du Canada comprend que le monde a changé ; le monde d’avant ne reviendra pas. Le Canada mène un combat pour sa survie et agit en conséquence.La Conversation Canada

Stewart Prest, Lecturer, Political Science, University of British Columbia

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