Le Nunavoix : Qu’est-ce qui t’a donné envie d’utiliser les réseaux sociaux pour faire connaître ta culture inuit ?
Isabelle Chapadeau : C’est un projet qui a évolué avec le temps. Au début, c’est le Black Lives Matter qui m’avait inspiré, je trouvais la représentation importante et ça venait vraiment me toucher. Puis, pour le côté « connecter ensemble ». Je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas d’information en ligne sur les Autochtones. Il y en a eu de plus en plus par la suite. Je trouvais important d’y trouver une communauté. C’est comme la petite moi qui essaye de se retrouver dans les réseaux sociaux. À la base, je pensais que je n’allais jamais arriver à ça, que jamais je serais capable de passer à la télé ni d’être sur les réseaux sociaux.
Je pense que les réseaux, c’est le fun parce que ça te permet d’avoir ta propre plateforme. C’est comme ça que le projet a grandi. Là, je trouve que ça touche tellement de communautés partout dans le monde. Je reçois des messages de personnes d’autres pays qui vivent des situations similaires. Je reçois des messages d’Inuit qui ne sont pas proches de leur culture, ou d’Inuit qui sont proches de leur culture mais qui n’ont pas tant de représentation. J’ai grandi en connectant avec le monde, puis ça m’a permis aussi deconnaître d’autres cultures et de voyager.
Pourquoi faire des vidéos en anglais et en français ?
I. C. : J’ai d’abord créé un compte en anglais parce qu’au Nunavut, les Inuit parlent plus l’anglais que le français. Je voulais représenter un peu plus ma communauté, aller chercher plus d’Inuit, mais aussi un plus grand nombre de personnes qui comprennentl’anglais. Puis je me suis rendu compte qu’il y avait vraiment aussi un manque d’information en français. On est encore loin en arrière au Québec côté Inuit, spécifiquement au Nunavik. Je trouve qu’il manque de représentation de notre communauté dans cette région.
Quels thèmes abordes-tu dans tes vidéos ?
I. C. : J’y vais vraiment au feeling. J’aime parler, informer, j’aime tout ce qui est éducation. C’est aussi comme un moyen de me vider, de mettre mes pensées. J’ai parlé dernièrement de la GRC. En général, je parle de l’histoire des Inuit, notre passé, de mettre des mots là-dessus. J’entends parler d’histoires, de certaines situations et l’objectif est de tout regrouper ensemble. Je fais mes propres recherches aussi. Je pourrais traiter une infinie de sujets sur le Nunavut, sur l’Arctique, sur nous, par exemple, sur le territoire, sur ce qu’on mange, comment on vit. Il y a tellement à dire. Fait que j’y vais un sujet à la fois. Je peux parler aussi des enjeux sociaux, des enjeux dans nos communautés. J’aime beaucoup dire les vraies choses. C’est pour ça que j’aime être sur mes propres plateformes.C’est un moyen de ne pas me filtrer. Je suis enseignante à temps plein dans une école où les élèves ne parlent qu’inuktitut. Avoir un pied ici, c’est vraiment motivant. J’essaie aussi de plus en plus d’ajouter de l’inuktitut dans mes vidéos. Je pense que ça amène un genre de fierté dans la communauté. Mon but est aussi de motiver les jeunes à parler notre langue.
À travers sa chronique Ullumi, qui signfie « Aujourd’hui » en inuktitut, Isabelle Chapadeau aborde différents enjeux touchant notamment l’art, la nature et les cultures autochtones.
Selon toi, quels sont les préjugés sur les Inuit ?
I. C. : Pour moi, il va toujours y en avoir. Je reçois encore des messages privés intenses ou de personnes qui veulent venir visiter le Nord sans penser qu’il y a des Inuit sur le territoire, mais je ne suis pas une guide touristique ! J’informe parce que je trouve ça important, pour qu’on fasse mieux, justement, envers les communautés autochtones, mais ce n’est pas nécessairement une invitation pour venir dans le Nord. Le préjugé que je vois le plus, c’est celui de ne pas savoir où est le Nunavut.
C’est sûr qu’il y en a qui ont des commentaires vraiment difficiles, mais ça ne représente pas la réalité. Il y a tellement plus de gens intéressés et polis que je ne me focalise pas sur ces commentaires. Puis ma raison d’être sur les réseaux sociaux est tellement plus grande que ces personnes. Fait que ces personnes-là aient ces préjugés, ça me va. Je fais exprès de ne pas mettre de l’emphase sur des mots qui peuvent amener une ambiguïté. Je ne vais pas dire les Blancs colonialistes, par exemple, parce que c’est là que ça vient troubler certaines personnes et je me base sur des faits.
Quels conseils donnerais-tu à une personne qui souhaite mieux comprendre la culture inuit et s’en rapprocher ?
I. C. : Je pense que c’est prendre le temps. Il ne faut pas se précipiter. J’en apprends moi-même encore. Il ne faut pas penser que tu vas connaître une culture du jour au lendemain. Il y a tellement de couches. Avant de venir dans le Nord, on peut s’informer en ligne et en apprendre sur la zone où tu souhaites t’installer. Par exemple, les dialectes diffèrent d’une communauté à une autre. Il faut savoir quel dialecte apprendre. Il y a IsumaTV qui est une plateforme de diffusion inuit. Il y a des films sur Netflix, des livres. J’ai une page Facebook, « Isabelle Chapadeau », sur laquelle je mets tous les liens sur la culture inuit. Il y a aussi beaucoup d’artistes. Il faut soutenir ces gens-là. Sinon, si tu viens dans le Nord, crée des liens avec des Inuit, implique-toi avec eux. Tu ne peux pas comprendre directement. Ce que je dis souvent aux gens, c’est d’écouter, d’observer, poser des questions quand c’est le bon moment. Il y a aussi des Inuit un peu partout au sud du Canada.
Selon Isabelle Chapadeau, le Nunavut et le peuple Inuit auraient besoin de beaucoup plus de supports culturels.
Selon toi, où en est-on aujourd’hui en matière de réconciliation ? Quelles avancées as-tu constatées ces dernières années et quels défis restent encore à relever ?
I. C. : Je vis dans une communauté isolée et je ne pense pas nécessairement que d’avoir plus de services et de ressources va vraiment nous aider. Tu vas par exemple à Montréal, il y a des ressources, mais il y a du monde pour qui ça ne va pas bien nécessairement. Je pense que ce sont plus des supports culturels qui manquent dans nos communautés. On a besoin de liens et de supports à long terme. Il y a des gens qui ont des idées extraordinaires. Collaborer avec les Autochtones, les mettre de l’avant, je pense que c’est ça qu’il faut. Les actions comptent vraiment plus que les mots.
Je pense qu’au quotidien, on peut écouter de la musique autochtone, prendre un livre autochtone, apporter la culture au quotidien et le faire à l’année. De prendre son temps. Je reçois parfois des commentaires où j’entends qu’il y a du racisme des deux bords. Il ne faut pas le voir comme ça. Ça prend du temps de construire une relation avec quelqu’un. Je crois au meilleur pour nous.
Mettons qu’il y a des gens qui ne sont pas au Nunavut. C’est sûr que de comprendre les communautés autochtones va vraiment les aider. Je viens de Sept-Îles et il y a encore du profilage racial. C’est vraiment présent les privilèges, comment les gens sont pris au sérieux dans certaines situations. On va privilégier d’autres personnes au lieu de nous, parfois. Il y a aussi beaucoup de préjugés internes chez certaines personnes.
Je suis encore beaucoup plus dans la vérité que dans la réconciliation parce qu’il y a tellement de gens qui ne sont pas au courant de l’histoire des Inuit. On n’est pas là encore, dans l’éducation par exemple, sur comment on nous perçoit aussi. Tout est encore très nouveau pour nous aussi. Il y a des aînés sur nos territoires qui sont nés dans des igloos, qui ont vécu dans des campements, dans des écoles résidentielles.
Sinon, c’est prendre notre temps. Je ne pense pas qu’il y a de solutions concrètes et que demain, tout va être réglé. Il faut aussi nous laisser la place pour respirer aussi. Puis dans les meetings aussi, c’est important de laisser les Inuit parler et de se focaliser sur ce qu’ils ont à dire, ou les Autochtones en général. D’avoir leur opinion. Ce n’est pas de faire du tokenizing [NDLR : utiliser une personne de manière symbolique et superficielle pour donner une illusion de diversité ou d’inclusion], ne pas trop les surcharger, mais de donner une place aux Autochtones quand les gens ont des projets.
Je trouve ça cool de parler des Inuit, mais pas juste le 30 septembre. Je pense que c’est bon de le faire à n’importe quel moment de l’année.
La portée, la méthodologie et le calendrier détaillé de l’audit, qui en est toujours à ses débuts, restent à définir. Le Bureau indique que d’autres renseignements seront publiés sur son site Web à mesure que les travaux progresseront.
Des discussions préliminaires ont été amorcées avec des organisations non identifiés. Le vérificateur général n’a pas précisé si les municipalités, les organisations inuit ou les Nunavummiut pourraient lui transmettre directement leurs préoccupations ni si certaines communautés ou la mise en œuvre du Cadre stratégique sur l’eau potable de 2023 feraient l’objet d’un examen particulier.
Des vulnérabilités différentes
Le gouvernement territorial considère Arctic Bay, Grise Fiord, Pond Inlet, Rankin Inlet et Sanikiluaq comme présentant les risques les plus élevés parmi les communautés bénéficiant d’investissements, bien que les vulnérabilités diffèrent d’un endroit à l’autre.
À Sanikiluaq, une ordonnance de non-consommation est en vigueur depuis 2014, le système actuel ne pouvant traiter adéquatement la salinité naturellement élevée de la source d’eau, selon le gouvernement du Nunavut. Les logements ont depuis été équipés d’appareils d’osmose inverse. Dans un avis publié en février 2024, le ministère de la Santé précisait que l’eau provenant d’un robinet non relié à l’un de ces appareils n’était pas potable et que les résidents devaient utiliser de l’eau filtrée ou achetée pour boire.
En janvier 2024, Ottawa et le gouvernement du Nunavut ont annoncé près de 29,7 millions de dollars pour concevoir et construire une nouvelle installation de traitement de l’eau.
À Arctic Bay, Pond Inlet et Grise Fiord, les systèmes existants reposent principalement sur la chloration. Ces trois collectivités figurent parmi les neuf communautés où des travaux de modernisation sont jugés prioritaires, puisque leurs équipements ne répondent pas aux recommandations canadiennes actuelles sur la qualité de l’eau potable. Arctic Bay a également besoin d’une usine moderne et d’une capacité supplémentaire de stockage d’eau destinée à la lutte contre les incendies.
Après la défaillance de la prise d’eau initiale, un dispositif flottant relié à l’usine existante a été installée à Pond Inlet en septembre 2020. Un captage redondant et des pompes submersibles de secours se sont ajoutés en 2021 pour prolonger la durée de vie du dispositif, indique Bryan Simonee, directeur administratif principal adjoint du hameau.
Il juge que l’enjeu majeur demeure la fiabilité et la résilience de ce système temporaire, vulnérable aux glaces arctiques et aux défaillances mécaniques, même si l’eau peut généralement être distribuée. La communauté a aussi connu plusieurs avis d’ébullition ces dernières années.
Au début de 2026, le gouvernement du Nunavut a accordé à ATCO Frontec un contrat de 41 millions de dollars pour construire une nouvelle usine, moderniser le système de réservoirs et mettre hors service l’installation vieillissante. Selon l’entreprise, les travaux devraient commencer en 2027 et durer deux ans.
Bryan Simonee souhaite que l’audit dépasse la conformité technique pour évaluer l’ensemble de la gestion de l’eau, notamment les infrastructures et leur financement, la qualité de l’eau, les avis d’ébullition, le personnel et le partage des responsabilités. Il voudrait aussi que soient considérées les conséquences de ces mesures prolongées sur la population et les activités municipales. Selon lui, le hameau devrait « absolument » demander à être consulté pendant la définition de la portée de l’examen.
À Grise Fiord, le bris d’un réservoir essentiel a provoqué des pénuries récurrentes et mis en évidence le besoin d’une infrastructure permanente de remplacement. Quant à Rankin Inlet, son usine de traitement, la plus ancienne du territoire, demeure en activité grâce à des réparations provisoires malgré plusieurs défaillances d’équipements. Des travaux de modernisation à long terme y sont toujours nécessaires, selon le gouvernement.
La station de remplissage d’eau de Pond Inlet. Le hameau souligne les enjeux de fiabilité et de résilience de son système temporaire.
Kugaaruk veut être consulté
À Kugaaruk, le réseau d’eau fonctionne comme prévu depuis l’infiltration d’eau salée survenue en décembre 2025. L’eau puisée dans une rivière à l’est de la communauté est traitée à l’usine, puis livrée quotidiennement par camion, indique Matt O’Halloran, directeur administratif principal du hameau. L’incident a néanmoins révélé la vulnérabilité de la communauté aux marées extrêmes et la nécessité d’une source de secours plus accessible. Le soutien d’urgence du gouvernement du Nunavut a été adéquat et grandement apprécié, ajoute-t-il.
Parmi les solutions envisagées figurent le déplacement de la prise d’eau plus en amont et le recours aux réserves souterraines de la région, deux avenues qui nécessiteraient l’appui des gouvernements territorial et fédéral.
Le hameau souhaite que l’audit évalue ces possibilités, les risques futurs d’infiltration d’eau salée ainsi que la fiabilité de sa source de secours et de ses systèmes d’urgence. Il demande également à être consulté pendant la définition de la portée de l’examen.
Un plan d’action toujours attendu
Déposé en 2023, le cadre stratégique territorial prévoyait notamment de moderniser la réglementation, d’inventorier les infrastructures, d’établir des normes adaptées au Nunavut, de renforcer la formation des opérateurs et d’améliorer le suivi de la qualité de l’eau. Son coût était évalué à 610 millions de dollars de 2022, dont 605 millions consacrés au déficit infrastructurel.
Depuis, le gouvernement affirme avoir fait avancer les projets dans les cinq communautés à risque déjà citées. La planification d’installations est également en cours à Igloolik, Gjoa Haven, Qikiqtarjuaq, Clyde River, Coral Harbour et Baker Lake. Des projets liés aux réseaux d’eau progressent aussi à Cambridge Bay, Sanirajak et Kinngait.
Plus de 400 millions de dollars ont été engagés jusqu’à présent. Le gouvernement n’a toutefois précisé ni les travaux restant à réaliser ni la part des besoins estimés qui demeure à financer.
Le ministère de la Santé élabore par ailleurs un nouveau règlement sur l’eau potable municipale. Huit cours régionaux accompagnés d’examens ont été offerts aux opérateurs; ceux qui les ont réussis pourront obtenir leur certification une fois celui-ci adopté.
Le cadre ne fixait aucun échéancier et renvoyait à un plan d’action qui devait détailler les activités, les coûts et les délais. Ce document demeure à l’état d’ébauche et aucune date de publication n’a été annoncée.
Le gouvernement territorial affirme participer pleinement à l’audit, sans contribuer à son orientation. Il se dit favorable à un examen élargi, qui pourrait notamment porter sur le déficit d’infrastructures dans les communautés éloignées et sur les programmes fédéraux destinés à financer ces infrastructures.
Le 24 août 2026, Mark Carney a annoncé un investissement de plus de 11 milliards de dollars pour la construction de six nouveaux brise-glaces destinés à la Garde côtière canadienne. Ce financement, présenté comme historique par le gouvernement fédéral, « contribuera au développement de l’industrie canadienne de la construction navale, renforcera la capacité à maintenir ouvertes les voies commerciales essentielles et consolidera l’autonomie stratégique. »
C’est dans un contexte d’incertitudes géopolitiques que le premier ministre Mark Carney a indiqué, lors d’une conférence de presse, que le Canada changeait de cap. Alors que les relations commerciales existantes sont mises à l’épreuve et sans jamais nommer les États-Unis, le premier ministre a assuré que le gouvernement n’allait pas rester les bras croisés. « Nous agissons rapidement, saisissons de nouvelles occasions et réduisons notre dépendance à l’égard d’un seul partenaire », a-t-il déclaré.
Le contrat de construction navale signé avec l’entreprise Davie, au Québec, permettra de renforcer les capacités à maintenir ouvertes les voies commerciales essentielles et consolidera l’autonomie stratégique du Canada, selon M. Carney.
Entre le Saint-Laurent et l’Arctique
Les six brise-glaces remplaceront les brise-glaces lourds et moyens de la flotte actuelle de la Garde côtière canadienne. Ces navires sillonnent les eaux du Canada atlantique et du Saint-Laurent en hiver et celles de l’Arctique tout au long de l’été. En plus d’ouvrir les voies maritimes vitales, ces navires répondent aux appels de détresse et viennent en aide aux bateaux prisonniers des glaces. Le calendrier de construction est prévu en 2027 et l’ensemble de la flotte devrait être en service d’ici 2038.
Selon David McGuinty, ministre de la Défense nationale, la sécurité économique et la souveraineté du Canada dépendent de la capacité du Canada à maintenir les voies navigables ouvertes et sûres.
« Ces six brise-glaces assureront la continuité des échanges commerciaux canadiens, renforceront notre présence dans l’Arctique et fourniront à la Garde côtière canadienne les moyens dont elle aura besoin pendant les décennies à venir. Construits ici, à Lévis, par des travailleurs canadiens et à partir d’acier canadien, ces brise-glaces sont un investissement dans notre souveraineté, dans notre force industrielle et dans notre avenir », a-t-il soutenu.
En 2025, le gouvernement du Canada avait déjà attribué un contrat de 3,25 milliards de dollars à Davie pour la construction du Polar Max, qui sera l’un des brise-glaces lourds les plus puissants et les plus performants au monde.
Pour Alex Vicefield, président et directeur général du groupe Inocea, société mère de Davie, ce contrat marque un tournant non seulement par son envergure, mais aussi dans la façon dont les navires sont aujourd’hui construits. « La réalisation de plusieurs navires d’une même classe permettra à nos équipes de perfectionner continuellement leurs méthodes, d’acquérir de nouvelles compétences et de gagner en productivité d’un navire à l’autre. Le Canada en retirera des avantages concrets grâce à une plus grande efficacité et à une réduction des coûts tout au long du programme », pense-t-il.
Établi au Québec depuis 1825, Davie est un concepteur et un constructeur de navires spécialisés et essentiels, tels que des brise-glaces, des traversiers et des navires de guerre, destinés à des clients gouvernementaux et commerciaux. Davie fait partie d’Inocea, un groupe mondial de construction navale qui exploite cinq grands chantiers navals au Canada, aux États-Unis et en Finlande.
Les élèves et les membres du personnel seront invités à porter de l’orange. Un Aîné inuk sera également accueilli afin d’animer un atelier et de discuter de ces questions avec les jeunes.
La rencontre permettra notamment d’établir des liens avec les principes sociétaux inuit (Inuit Qaujimajatuqangit, ou IQ).
« L’objectif est d’offrir aux élèves un espace d’écoute, de réflexion et d’échange, tout en abordant la réconciliation à partir d’une perspective ancrée dans la culture et les connaissances inuit », explique Queen Mba, conseillère socioculturelle à l’École des Trois-Soleils.
Des apprentissages adaptés à l’âge
La manière d’aborder la vérité et la réconciliation diffère de la maternelle à la 12e année.
Avec les plus jeunes, le personnel scolaire commence par des notions adaptées à leur niveau, comme le respect, l’écoute, les différences, les familles, l’accueil, l’inclusion, la culture et la langue. L’attention portée aux récits et aux expériences des autres fait aussipartie de cette approche.
« Avec des élèves plus âgés, nous pouvons aller plus loin et parler directement de l’histoire des pensionnats, de ce que les enfants et les familles ont vécus et des conséquences qui se font encore sentir aujourd’hui », explique Nadine Petnkeu, directrice de l’École des Trois-Soleils.
La culture inuit au quotidien
Au-delà du 30 septembre, l’histoire, la culture, les langues et les savoirs inuit liés au territoire trouvent leur place dans le parcours scolaire des élèves.
Cette intégration peut notamment passer par la littérature, les arts, les sciences humaines, des sorties sur le terrain, des activités culturelles ou des projets réalisés avec des membres de la communauté.
Queen Mba cite l’inuktitut, les jeux inuit et les ateliers culturels parmi les moyens de faire vivre ces connaissances dans le milieu scolaire.
Dans le même esprit, l’école souhaite créer un environnement où les élèves peuvent être fiers de leur identité et de leur culture, et où leurs expériences sont valorisées. Ceux qui veulent partager un savoir ou un élément de leur vécu peuvent ainsi contribuer aux échanges en classe.
« Nous sommes aussi conscients qu’il ne faut pas placer sur les épaules de nos élèves inuit la responsabilité de représenter toute une culture », souligne Nadine Petnkeu.
L’école fait notamment appel à des parents inuit afin qu’ils fassent part de leur vécu et de leurs connaissances. Nadine Petnkeu les décrit comme des « passeurs culturels ». Selon elle, le rôle de l’établissement est plutôt de créer un espace où chacun peut apprendre à son rythme, écouter et partager dans le respect.
Le visuel officiel de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation réunit des symboles représentant les Premières Nations, les Inuit et les Métis
Apprendre avec la communauté
La direction souhaite multiplier les occasions de faire participer des Aînés et d’autres membres de la communauté à la vie scolaire. Chaque année, une Aînée vient à l’école pour échanger avec les élèves autour de récits et de savoirs.
« Les élèves apprennent différemment lorsqu’ils peuvent entendre directement une personne de la communauté raconter son expérience ou transmettre un savoir », souligne la directrice. Elle ajoute que les jeunes apprécient particulièrement les récits oraux, qu’elle qualifie d’authentiques.
Ces échanges profitent au personnel scolaire. Nadine Petnkeu dit elle-même tirer des enseignements de ceux et celles qui témoignent de leur vécu ou possèdent des connaissances perpétuées de génération en génération.
L’établissement cherche aussi à renforcer ses partenariats locaux. La directrice invite d’ailleurs toute personne désireuse de raconter son histoire ou de faire connaître un aspect de la culture inuit ou, plus largement, des cultures autochtones à communiquer avec l’École des Trois-Soleils.
« Nous voulons apprendre avec la communauté et pas seulement apprendre sur la communauté », résume-t-elle.
Des savoirs au cœur de la société inuit
L’Inuit Qaujimajatuqangit (IQ) rassemble des savoirs, des valeurs et des façons de faire transmis depuis des générations chez les Inuit. Depuis la création du Nunavut en 1999, les valeurs sociétales inuit guident le gouvernement territorial et l’IQ trouve notamment sa place dans le système d’éducation.
Huit d’entre elles servent aujourd’hui de repères à cette approche :
Source : Gouvernement du Nunavut
Le gouvernement canadien impose depuis le 8 septembre 2026 de nouveaux droits de douane de 15 %, 25 % ou 50 % sur une série de produits provenant des États-Unis. Ces contre-mesures, qui visent 27,6 milliards de dollars d’importations américaines, répondent aux tarifs imposés par Washington sur des marchandises canadiennes.
Si l’acier, l’aluminium, l’électroménager ou encore le matériel agricole comptent parmi les catégories touchées, certains produits alimentaires sont également visés, notamment des produits laitiers, dont des fromages, ainsi que du miel et certaines préparations alimentaires.
Des répercussions sur toute la chaîne
La North West Company, qui exploite notamment des magasins NorthMart et Northern au Nunavut, affirme privilégier depuis longtemps les produits et fournisseurs canadiens lorsque la qualité, la disponibilité et le rapport qualité-prix le permettent. Sa directrice des communications et des relations publiques, Brigitte Burgoyne, souligne que les perturbations de l’approvisionnement peuvent avoir des effets plus importants dans le Nord qu’ailleurs au Canada, compte tenu du coût et de la complexité du transport des marchandises.
Les conséquences du conflit commercial pourraient d’ailleurs dépasser les seules marchandises directement importées des États-Unis. Les droits de douane imposés sur certains matériaux, notamment l’aluminium et l’acier, peuvent par exemple accroître le coûtdes boîtes de conserve, des contenants et d’autres emballages utilisés pour des aliments fabriqués au Canada, explique l’entreprise.
« Plus le différend commercial se prolonge, plus le risque que les droits de douane se répercutent sur l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement augmente », indique Brigitte Burgoyne.
À court terme, les marchandises déjà acheminées au Nunavut pourraient toutefois offrir un certain répit. Une grande partie du réapprovisionnement annuel par voie maritime avait été effectuée avant que les effets de cette nouvelle série de hausses tarifaires ne se fassent sentir. Selon l’entreprise, cette situation devrait limiter les éventuels coûts supplémentaires pour les Nunavummiut.
Questionnée sur la proportion d’aliments provenant des États-Unis dans ses magasins du Nunavut et sur les principales catégories concernées, North West Company n’a pas fourni de données précises à ce sujet.
Le magasin Northern de Kugaaruk. L’éloignement des communautés nordiques complexifie le transport des marchandises et en accroît le coût.
Un approvisionnement appelé à s’adapter
Du côté d’Arctic Co-operatives, Duane Wilson, vice-président aux relations avec les parties prenantes, n’est pas non plus en mesure de chiffrer la proportion de produits provenant des États-Unis dans les magasins Co-op. Il explique que les fournisseurs recherchent d’abord la meilleure valeur et que la proximité géographique des États-Unis peut favoriser les marchandises américaines en réduisant les coûts de transport.
L’entrée en vigueur des contre-tarifs ajoute un nouveau facteur à considérer. M. Wilson dit ne pas avoir identifié d’aliment en particulier qui serait directement touché. Il estime néanmoins que ces mesures pourraient amener les fournisseurs à se tourner vers d’autres marchés pour certains produits. Il donne l’exemple des oranges : celles du Mexique pourraient devenir moins coûteuses que celles de la Floride, en tenant compte des contre-tarifs et du transport. L’arrivée des récoltes canadiennes à l’automne pourrait également améliorer la disponibilité de denrées fraîches canadiennes, notamment les pommes et les pommes de terre.
Changer de source d’approvisionnement ne signifie toutefois pas nécessairement éviter une hausse des prix. Le représentant d’Arctic Co-operatives souligne que se tourner vers un autre pays peut entraîner des coûts de transport plus élevés. Dans le cas des oranges, celles provenant du Mexique pourraient êtremoins chères que celles de la Floride une fois les contre-tarifs pris en compte, tout en demeurant plus coûteuses que les oranges de la Floride avant l’imposition de ces droits.
Le taux de change constitue une autre variable difficile à prévoir. Puisque les échanges de marchandises sont souvent effectués en dollars américains, l’évolution du dollar canadien, ou encore du peso mexicain, peut modifier le pouvoir d’achat et peser sur les choix des fournisseurs.
Les préférences des consommateurs pourraient aussi influencer les décisions d’approvisionnement. Il affirme qu’Arctic Co-operatives devra s’ajuster au fur et à mesure aux besoins et à la demande de sa clientèle.
L’organisation fait le même constat quant à l’effet protecteur du transport maritime à court terme. Une grande partie des marchandises américaines des Co-op avait déjà été achetée avant l’entrée en vigueur des nouvelles mesures. Ce mode d’approvisionnement créerait ainsi une certaine forme d’« isolation » face aux répercussions immédiates des contre-tarifs.
Quant à une éventuelle hausse des prix dans les magasins Co-op, Duane Wilson se garde de faire des prévisions. La préparation du transport maritime pour l’année suivante pouvant débuter dès janvier ou février, l’évolution du conflit commercial demeure difficile à anticiper plusieurs mois à l’avance.
Il estime d’ailleurs que les consommateurs du Nord disposent d’un pouvoir important grâce au modèle coopératif, puisque les magasins appartiennent aux communautés. « À chacun et à chacune de prendre ses décisions individuelles, mais au fur et à mesure qu’on prend ces différentes décisions, on a la force de le faire en groupe », souligne-t-il.
Il confirme que les choix des membres pourraient notamment se traduire par une plus grande place accordée aux produits canadiens s’ils en expriment le souhait.
Des effets plus rapides aux Territoires du Nord-Ouest
Arctic Co-operatives dessert également des communautés des Territoires du Nord-Ouest, où les produits américains occupent, selon Duane Wilson, une place comparable dans l’approvisionnement. La différence réside toutefois dans le mode de transport de certaines marchandises.
Contrairement au Nunavut, certaines localités ténoises sont accessibles par la route. Le représentant d’Arctic Co-operatives estime qu’elles pourraient ainsi ressentir plus rapidement les effets des contre-tarifs en raison de leur approvisionnement par camion. Selon lui, les consommateurs de Yellowknife pourraient constater une différence sur leur facture d’épicerie avant ceux du Nunavut.
Une situation encore difficile à évaluer
Invoquant la complexité des chaînes d’approvisionnement nordiques, le gouvernement du Nunavut (GN) demeure prudent quant aux conséquences possibles des contre-tarifs.
« Il est trop tôt pour déterminer quelles pourraient être les répercussions sur les prix ou la disponibilité des aliments », indique le GN. Son analyse se poursuit et il indique qu’il continuera de surveiller la situation.
Interrogé sur d’éventuelles demandes de mesures particulières, d’exemptions ou de soutien auprès du gouvernement fédéral, le GN affirme vouloir d’abord comprendre les répercussions potentielles avant d’établir si des mesures supplémentaires sont nécessaires.
Les 600 000 $ accordés au Collège de l’Arctique du Nunavut s’inscrivent dans le Programme des responsables de recherche nordiques d’ArcticNet, l’un des volets du programme North-by-North. L’organisme y investit 2,4 millions de dollars sur quatre ans afin de renforcer le leadership en recherche et les capacités institutionnelles d’établissements postsecondaires du Nord, dont le Collège de l’Arctique du Nunavut, l’Université du Yukon et le Collège Aurora.
ArcticNet affirme que le Collège joue un rôle central dans l’infrastructure scientifique au Nunavut. Il est le seul établissement d’enseignement supérieur du territoire et dessert les 25 collectivités.
Cette somme doit permettre à l’établissement d’accroître ses capacités de recherche et d’analyse en laboratoire dans les domaines de la qualité de l’eau et des contaminants environnementaux. De nouvelles techniques faisant appel à l’ADN environnemental permettront de surveiller la biodiversité, tandis que des travaux sur les parasites de la faune viendront s’appuyer sur le service de détection de Trichinella offert par le Collège depuis 2017 en partenariat avec Nunavut Tunngavik Incorporated (NTI).
Une partie des fonds servira à maintenir et à améliorer le portail numérique Isirvik, qui donne aux Nunavummiut accès à de l’information sur les activités de recherche autorisées en vertu de la Loi sur les scientifiques. Ils soutiendront également l’élaboration d’une nouvelle formation en éthique de la recherche centrée sur les Inuit, destinée aux étudiants et au personnel du Collège ainsi qu’aux chercheurs en début de carrière travaillant au Nunavut.
Davantage de recherche menée depuis le Nord
ArcticNet veut que les investissements réalisés dans le cadre du programme North-by-North permettent de garder les priorités locales au cœur des projets et de produire des résultats utiles aux communautés.
« Nous souhaitons également qu’il y ait de plus en plus de recherche dans le Nord et qu’elle soit de plus en plus menée par des gens du Nord », affirme Christine Barnard, vice-présidente à la recherche d’ArcticNet.
Cet objectif passe par le développement d’une main-d’œuvre qualifiée capable de maintenir durablement les activités de recherche dans les territoires nordiques. Au Nunavut, l’organisme souhaite soutenir la recherche et la formation menées par les Nunavummiut et espère ainsi faire évoluer la façon dont les projets sont menés, soutenus et financés.
Cette volonté se heurte toutefois à plusieurs défis propres à la recherche nordique : les grandes distances, les coûts élevés des déplacements, les contraintes saisonnières et la connectivité limitée. L’organisme estime que les organisations inuit et communautaires ainsi que les établissements d’enseignement supérieur nordiques ont besoin de ressources et d’un financement durable à long terme.
Les partenariats avec les établissements du Sud demeurent importants, précise Christine Barnard, mais l’objectif est qu’ils soient davantage pilotés depuis le Nord. « Les établissements d’enseignement supérieur du Nord doivent disposer des ressources et des capacités nécessaires pour définir les priorités de recherche, diriger des projets, déterminer quand ceux-ci sont utiles, avec qui ils doivent s’associer et quelle forme doit prendre ces relations », affirme-t-elle.
À terme, l’organisme souhaite ainsi transférer vers le Nord une plus grande part du leadership, de la gestion de la recherche et de la prise de décision, tout en maintenant les collaborations permettant de profiter de l’expertise disponible ailleurs.
L’objectif est de contribuer à établir un écosystème de recherche nordique qu’ArcticNet qualifie de « durable et autonome ».
Cette initiative s’inscrit dans une enveloppe plus vaste de 9,3 millions de dollars annoncée par ArcticNet pour soutenir la recherche dirigée par les Autochtones et les communautés nordiques dans l’Inuit Nunangat et ailleurs dans le Nord canadien. Au total, 13 projets sont financés dans le cadre du programme North-by-North.
Le nombre de permis de recherche scientifique délivrés au Nunavut a atteint 170 en 2025, le deuxième total le plus élevé jamais enregistré. Les données de 2026 sont partielles.
Une activité de recherche en hausse
En 2025, l’Institut de recherche du Nunavut a délivré 170 permis en vertu de la Loi sur les scientifiques, soit le deuxième nombre le plus élevé jamais enregistré. Jamal Shirley, directeur de l’innovation et de la recherche au Collège de l’Arctique du Nunavut, indique que le territoire est en voie de dépasser ce total en 2026.
Cette hausse s’inscrit dans un phénomène beaucoup plus large. Le Bureau de la conseillère scientifique en chef du Canada rapporte que le nombre de publications scientifiques liées à l’Arctique a été multiplié par 20 depuis 1970. Si la tendance se maintient, la recherche nordique pourrait être multipliée par huit d’ici 2040.
Plusieurs facteurs expliqueraient cette progression, dont l’importance géopolitique grandissante de l’Arctique, l’intérêt accru de pays non arctiques pour la recherche dans la région, les avancées technologiques et une meilleure compréhension du rôle de l’Arctique dans les processus climatiques mondiaux. L’allongement des périodes sans glace dans certaines voies navigables rend également le territoire plus accessible aux activités de recherche, explique Jamal Shirley.
Des obstacles persistants
Le Nunavut manque de chercheurs établis sur son territoire possédant une expertise scientifique avancée, indique Jamal Shirley. À cela s’ajoutent l’insuffisance des installations d’analyse et d’infrastructures spécialisées ainsi que la pénurie de logements pour accueillir les chercheurs sur place.
Il souligne aussi que les organisations et les communautés du Nunavut ne peuvent accéder directement à la majorité des programmes de financement de la recherche, principalement destinés aux établissements universitaires. Ces derniers exercent ainsi une grande influence sur les priorités de recherche dans l’Arctique.
La courte durée des campagnes de terrain et des projets de recherche dans l’Arctique pose un autre défi. Elle laisse peu de place à l’établissement de relations durables et au développement des compétences chez les partenaires communautaires, indique Jamal Shirley.
Les fonds doivent aussi offrir aux Nunavummiut des occasions de formation et d’acquisition d’expérience. Le Collège prévoit embaucher chaque été deux Nunavummiut comme stagiaires de recherche pour participer à des projets menés en partenariat et offrir deux stages pratiques par année à ses étudiants afin de les aider à terminer leur programme d’études. Ces investissements doivent soutenir le perfectionnement professionnel du personnel inuit travaillant dans les domaines des techniques d’analyse appliquée et de la gestion de laboratoire.
Le Collège compte aussi lancer deux nouveaux projets et espère pouvoir les mener à terme, sous la direction de chercheurs inuit qui lui sont affiliés. Les travaux porteront sur l’écologie des parasites zoonotiques, la santé de la faune et les changements dans la biodiversité.
Pour Jamal Shirley, le renforcement de ces capacités doit aider les Nunavummiut à progresser vers une plus grande autodétermination en matière de recherche et à exercer davantage de contrôle sur les priorités de recherche dans l’Arctique.
Depuis le début de 2026, le Service de l’autorité municipale d’Iqaluit a enquêté sur 17 cas de morsures de chien, selon des données rendues publiques par la Ville le 25 août.
Les agents ont également enregistré 64 plaintes concernant des chiens en liberté et mis 73 chiens en fourrière. Parmi ceux-ci, 42 ont été rendus à leurs propriétaires, 22 ont été adoptés et neuf ont été euthanasiés. Le Service rapporte aussi 54 tentatives proactives de capture de chiens.
Ces données ont été publiées au lendemain de graves morsures de chien ayant suscité de nombreuses réactions dans la communauté. Dans une mise à jour diffusée le 26 août, la Ville a toutefois précisé que, selon les renseignements recueillis par la GRC, le chien impliqué n’était pas en liberté au moment de l’incident et aurait été attaché. La GRC n’a pas relevé d’activité criminelle et le dossier doit être examiné par le Service de l’autorité municipale.
Un règlement modifié en 2025
En juin 2025, le conseil municipal d’Iqaluit avait adopté des modifications à son règlement sur le contrôle des animaux domestiques. Celles-ci établissaient notamment une période minimale de garde de 24 heures pour les animaux capturés, pouvant être prolongée jusqu’à 72 heures lorsque la capture survenait en dehors des heures normales de travail, comme les fins de semaine ou les jours fériés.
La Ville avait alors expliqué vouloir disposer de davantage de souplesse pour gérer ces situations, tout en prévoyant des efforts raisonnables pour joindre les propriétaires des animaux portant une médaille municipale valide.
Aujourd’hui, Geoffrey Byrne, gestionnaire des communications de la Ville d’Iqaluit, indique toutefois ne pas disposer de suffisamment de données historiques comparables pour déterminer si les modifications ont eu un effet sur les chiens en liberté ou les autres incidents. La Ville prévoit être mieux en mesure d’évaluer les tendances l’an prochain, lorsqu’elle disposera de deux années complètes de données.
Faute de statistiques historiques comparables sur les morsures de chien, il n’est pas encore possible d’établir si leur nombre est en hausse ou en baisse cette année, précise-t-il. Il assure néanmoins que chaque morsure ou attaque signalée est prise au sérieux et fait l’objet d’une enquête du Service de l’autorité municipale.
Le règlement continuera par ailleurs de faire l’objet d’un suivi et, si des améliorations sont jugées nécessaires en matière d’application ou de sécurité publique, de nouvelles modifications pourraient être soumises au conseil municipal, ajoute M. Byrne.
Selon Nunavut Animal Rescue, une bonne socialisation et l’apprentissage des consignes de base dès le jeune âge contribuent à la prévention.
Responsabiliser les propriétaires…
Propriétaire de trois gros chiens à Iqaluit, Ralph Kownak estime que la sécurité ne repose pas uniquement sur l’intervention de la Ville, mais également sur la façon dont les animaux sont élevés et encadrés.
« Je m’inquiète des chiens négligés ou maltraités qui pourraient attaquer », explique-t-il. Ses propres animaux peuvent occasionnellement s’échapper par accident, précise-t-il, mais il part alors immédiatement à leur recherche.
Interrogé dans le cadre de ce bilan, le résident affirme toutefois ne pas savoir quelles modifications ont été apportées au règlement municipal l’an dernier. Pour Ralph Kownak, une partie de la solution passe par la prévention. Il souhaiterait notamment davantaged’activités de sensibilisation sur la façon d’élever et de dresser un chien, ainsi qu’un meilleur accès à la stérilisation afin de limiter les portées non planifiées.
Frank Flee affirme pour sa part avoir modifié ses habitudes après avoir été confronté à un chien en liberté alors qu’il se rendait au travail. Selon son témoignage, l’animal s’en est pris à sa jambe.
Depuis cet incident, il dit ne plus emprunter ce trajet. « Je trouve très préoccupant et très peu sécuritaire de marcher en ville », affirme-t-il. Habitué de faire de la randonnée, il a l’impression de croiser davantage de chiens errants ou en liberté qu’il y a quatre ou cinq ans.
L’Iqalummiut déclare également n’avoir reçu aucun suivi du Service de l’autorité municipale après avoir signalé l’incident. Il indique avoir communiqué avec celui-ci, qui lui aurait notamment demandé la race du chien. Il précise qu’il n’a pas été informé des suites données à sa démarche.
… mais aussi la population
Pour Janelle Kennedy, présidente de Nunavut Animal Rescue, prévenir les morsures passe par une meilleure compréhension du comportement des chiens. Elle explique qu’une morsure survient le plus souvent en réaction au stress, à la peur, à la douleur ou à un instinct de protection.
Certains signes peuvent traduire l’inconfort ou l’anxiété d’un animal, souligne-t-elle, notamment un corps raide, une queue rentrée, le léchage des lèvres, des bâillements ou un regard fixe. Ignorer ces signaux peut mener à une escalade du comportement, jusqu’au grognement ou à la morsure.
Face à un chien inconnu ou agressif qui s’approche, Jannelle Kennedy recommande avant tout de ne pas courir. « Restez immobile, ne courez pas », précise-t-elle. Elle suggère également d’éviter le contact visuel direct et, lorsque c’est possible, de s’éloigner lentement ou de se mettre à l’abri. Il faut s’abstenir de crier, de donner des coups ou de provoquer l’animal.
Elle insiste par ailleurs sur la nécessité de ne jamais laisser de jeunes enfants seuls avec un chien et préconise une supervision constante. De son point de vue, la prévention passe aussi par une bonne socialisation de l’animal dès son jeune âge et par l’apprentissage des consignes de base, afin qu’il puisse mieux s’adapter à son environnement. Elle rappelle enfin que les propriétaires ont la responsabilité d’offrir à leur animal un encadrement, de l’exercice et des soins adéquats.
Dans cette optique de prévention, Nunavut Animal Rescue souhaite offrir des programmes d’éducation canine dans les écoles. L’organisme dispose déjà de ressources et d’un jeu éducatif, mais cherche actuellement une personne pour coordonner ces activités.
Dans notre édition du 26 août, nous vous mentionnons la nouvelle grande campagne de recherche scientifique CASCADES, qui sera menée cet automne en Arctique, au large du Groenland et du Nunavut, à bord du brise-glace de recherche canadien NGCC Amundsen. CASCADES, ce sont sept pôles de recherche menés par une vingtaine d’institutions issues de quatre pays différents (Canada, France, Groenland et Suisse). Cette initiative illustre parfaitement la coopération internationale dans l’étude du changement climatique et de ses impacts. Son objectif majeur est d’étudier la fonte des glaciers groenlandais, leurs impacts sur le climat du monde et sur l’écologie des communautés côtières.
La campagne CASCADE a débuté le 6 août 2026 et s’achèvera le 25 novembre 2026. Son ampleur rappelle celle de l’expédition MOSAIC (2019-2020) réalisée à bord du Polarstern allemand, à la dérive dans les glaces. Quelques mois plus tard, ce sera au tour de la nouvelle et futuriste station polaire TARA d’initier son aventure en se faisant prendre dans les glaces de l’océan Arctique pour plus de six mois de dérive hivernale dédiés à des opérations scientifiques multiples et internationales.
Ainsi, plusieurs grandes initiatives internationales d’observations multithématiques de l’environnement boréal s’apprêtent à se succéder. Leur but ? Ausculter le territoire de part en part, réaliser un check-up de cet être dont la santé inquiète, le questionner, prendreson pouls, prélever, analyser, poser des diagnostics afin de proposer des solutions adaptées. Ces dernières années, l’état de l’Arctique ne s’est ni amélioré, ni stabilisé. Il évolue, au contraire, plus vite qu’ailleurs, se réchauffe, fond, change de visage, entraînant de multiples conséquences, locales comme mondiales, écologiques comme géopolitiques. Le monde, concerné, envoie ses experts à son chevet.
Morphologie glaciaire spectaculaire, Est de Baffin. Calotte de glace Penny et sommets étêtés par l’érosion des glaces de la dernière période glaciaire.
Contexte général : pourquoi étudier l’Arctique aujourd’hui ?
Des changements, une transition, des données uniques à capturer sur le vif
Depuis plusieurs décennies, l’Arctique se réchauffe, et ce, environ quatre fois plus vite que le reste du monde. Ce phénomène d’amplification polaire s’explique par des rétroactions exacerbées dans les environnements glaciaires, comme la diminution de l’albédo de surface à la suite du recul des glaces, la fonte du permafrost, ou l’évolution des courants marins. Le territoire s’avère un laboratoire d’observation sentinelle du réchauffement et de ses conséquences.
Du réchauffement aux points de bascule
Devant la complexité du système climatique, les modèles visant à prévoir l’évolution du climat demeurent imparfaits. Pour les contraindre, la récolte de données sur le terrain s’avère nécessaire, même à l’époque des satellites et de l’IA. Devant la rapidité, voirel’accélération inattendue de certains paramètres, d’anciennes observations dépassées nécessitent des mises à jour. On surveille particulièrement le possible franchissement de certains seuils, ces points de bascule au-delà desquels le retour aux conditions initiales devient difficile. En Arctique, il s’agit par exemple de l’effondrement de la calotte glaciaire groenlandaise, du pergélisol boréal, de la glace de mer hivernale ou encore, de la circulation méridienne de retournement atlantique (AMOC).
Des conséquences à l’échelle mondiale
Les impacts de la fonte des glaces en Arctique se répercutent à des échelles locales comme planétaires et sont connectés au reste du monde via les circulations océaniques et atmosphériques (à commencer par la hausse du niveau des mers). Ces conséquences s’illustrent dans de multiples domaines (écologie, biodiversité, océanographie, climat, risques côtiers, ressources halieutiques, fonte du permafrost, économie, santé, vie sociale, tourisme, etc.), impliquant une dimension croissante des enjeux géopolitiques (par exemple : ouverture des voies maritimes arctiques, accès à de nouvelles zones minières). Dans ce contexte, il apparaît primordial de comprendre l’évolution des régions polaires, de la quantifier, de prévoir les conséquences au mieux pour appréhender le monde demain toutes les cartes en main. Savoir préserver, s’adapter, solutionner, proposer de nouvelles politiques, technologies et philosophies. Morphologie glaciaire spectaculaire, Est de Baffin. Calotte de glace Penny et sommets étêtés par l’érosion des glaces de la dernière période glaciaire.
Baleine à bosse se nourrissant dans le dédale d’icebergs géants du fjord glacé d’Ilulissat, Groenland de l’Ouest, été 2019.
L’expédition CASCADES : au croisement des prismes du territoire
L’expédition se déroulera en deux phases, s’étalant sur deux périodes clés du cycle arctique : la fonte de la banquise en août-septembre et son regel en novembre, soit les saisons de transition. La première consistera à prélever des échantillons (marins et terrestres) dans la baie de Baffin et dans différents fjords de la côte ouest du Groenland. La seconde se concentrera sur la formation de la banquise dans l’ouest de la baie de Baffin.
L’expédition s’orientera à travers quatre prismes : la glace, l’eau, l’air et la terre, s’intéressant aux interactions et interconnexions étroites entre les glaciers, les océans, l’atmosphère et les paysages.
Une attention particulière sera donnée aux fjords, là où s’écoule l’eau douce issue de la fonte de glaciers, afin d’observer les changements physico-chimiques marins, les courants et les variations écologiques associées dans ses zones précieuses pour la biodiversité, et donc, pour les ressources alimentaires des communautés locales. Les courants seront analysés depuis le cœur des fjords jusqu’à l’océan Atlantique.
Les disciplines de recherche étudiées sont regroupées autour de sept pôles : glaciologie, physico-chimie, matière organique, microbes, phytoplancton, chaîne trophique, carbone et sédiments. Ces pôles se déclinent ensuite en treize projets d’étude, assurant la récolte d’une moisson d’échantillons et de données. Ils seront traités au cours des mois et années suivantes par les différents laboratoires impliqués.
En complément, l’institut polaire suisse (SPI) initie CLASSCADES, une série de modules pédagogiques gratuits en français et en allemand dédiée aux structures éducatives.
À l’heure où certains États décident de réduire drastiquement les financements de la recherche publique dans leur pays (USA), remettant en cause l’existence du changement climatique pour asseoir leurs politiques, il est essentiel de rappeler ces réalités afin que chacun puisse jouer de son libre arbitre et de son pouvoir de décision. L’observation des changements qui métamorphosent l’Arctique ne laissent pas de place au doute, au regard de ceux qui les vivent.
Il est possible de suivre les avancées de l’expédition sur leur site officiel : https://cascades-expedition.science/
L’institut polaire suisse (SPI) initie CLASSCADES et offre une série de modules pédagogiques gratuits en français et en allemand dédiée aux structures éducatives : https://polar-class.ch/classcades/
Quelques jours après mon arrivée, des jeunes m’ont arrêté avec cette franchise que seuls les adolescents possèdent : ils comprenaient mal mon anglais. Mon accent, disaient-ils, ne ressemblait à rien de ce qu’ils avaient l’habitude d’entendre. Je leur ai expliqué que j’étais francophone d’origine, que l’anglais était venu ensuite, par-dessus, comme une seconde couche. Et pour illustrer mon propos, j’ai prononcé devant eux quelques phrases dans ma langue: « Comment t’appelles-tu? » ; « Quelle est ta région d’origine ? », etc.
Le silence qui a suivi n’était pas de la politesse. C’était de la stupéfaction.
« C’est quelle langue, ça ? »
Le français, ai-je répondu. L’une des langues officielles du Canada.
« On ne l’a jamais entendu parler avant. »
Je repense souvent à cette phrase. Elle n’était pas ignorante : elle était exacte. Et elle contenait, en une dizaine de mots, tout ce qu’une statistique met des pages à dire.
Un point d’eau dans l’immensité
Au recensement de 2021, 1 % de la population de Coral Harbour déclarait pouvoir soutenir une conversation en français. Un pour cent. À l’échelle du hameau, cela tient dans une cuisine. À Iqaluit, la proportion grimpe à 15,2 % ; à Rankin Inlet, la métropole du Kivalliq, elle retombe à 1,9 %, soit environ 55 personnes. Sur l’ensemble du territoire, Statistique Canada dénombrait 1 450 personnes capables de tenir une conversation en français, 4 % des Nunavummiut — une proportion en recul par rapport à 2016.
On parle volontiers de la francophonie canadienne comme d’un archipel. Ici, l’image ne suffit plus. Ce que le Nunavut donne à voir, c’est une francophonie en milieu polaire — l’équivalent exact de ce qu’une oasis est au désert. Non pas une abondance, mais un point. Non pas un territoire, mais une halte. Et l’on sait ce que valent les points d’eau dans les grandes traversées : leur importance ne se mesure pas à leur superficie, mais au fait qu’ils existent, et qu’on sait où les trouver.
Trois langues, une loi, une réalité
Sur le papier, la position est pourtant solide. La Loi sur les langues officielles du Nunavut, adoptée par l’Assemblée législative en juin 2008 et entrée en vigueur en 2009, reconnaît trois langues officielles — l’inuktut, l’anglais et le français — et leur confère un statut, des droits et des privilèges égaux. C’était une première au Canada : non plus un bilinguisme, mais un trilinguisme, avec une loi jumelle, la Loi sur la protection de la langue inuit, pour armer la langue du territoire.
Entre la loi et la vie, il y a l’épaisseur d’un hiver. Ces jeunes qui n’avaient jamais entendu le français n’exerçaient aucun droit : ils constataient une absence. Et c’est là que la question devient intéressante, parce qu’elle ne se pose pas comme ailleurs au pays.
Richard Atimniraye Nyelade a habité à Coral Harbour, Salliq en inuktitut, une petite communauté d’un peu plus de 1 000 habitants, située dans la région de Kivalliq.
La langue qu’il faut d’abord regarder
Car à Salliq, la langue que l’on entend, celle qui court dans les allées et dans les cuisines, ce n’est ni le français ni l’anglais : c’est l’inuktitut. En 2021, 62,7 % des résidents du Nunavut déclaraient une langue inuktut comme langue maternelle — proportion majoritaire, certes, mais en repli continu : elle était de 65 % en 2016 et de 72 % en 2001. La transmission, elle, se fissure de façon très inégale selon les dialectes : 86,4 % des enfants de mères de langue maternelle inuktitut apprennent cette langue en premier, contre seulement 23,1 % chez les enfants de mères de langue inuinnaqtun. Le Nunavoix le rappelait en mars dernier : une langue officielle majoritaire peut être, en même temps, une langue sous pression.
Cela change tout à la manière de porter nos revendications. Ailleurs au Canada, le francophone minoritaire fait face à une langue majoritaire, et le rapport de force est lisible. Ici, la langue la plus fragile n’est pas la mienne, et je me méfierais de tout parallèle trop rapide entre une minorité issue de la colonisation et un peuple qui, lui, était là avant elle. Nos situations ne sont pas équivalentes. Mais notre expérience de la minorité nous donne quelque chose de précieux : le vocabulaire pour comprendre. Nous savons ce que c’est qu’un enfant qui hésite avant de parler sa langue en public. Nous savons ce que coûte un service qu’il faut réclamer deux fois.
Un français qui a poussé sous le soleil tropical
Il y a autre chose que ces jeunes ont entendu ce jour-là, et qu’ils n’ont pas su nommer. Le français que je leur ai fait écouter n’était ni celui de Paris ni celui de Québec. C’est un français qui a poussé au Nord-Cameroun, qui a mûri sous d’autres soleils avant d’arriver sous la neige, et qui roule ses r avec des saveurs tropicales. Un français des latitudes chaudes déposé au 64e parallèle.
Ce détail n’est pas anecdotique, il est statistique : au Nunavut, plus d’une personne sur sept dont le français est la première langue officielle est née à l’étranger. La francophonie polaire n’est pas une transplantation laurentienne. C’est un carrefour, et il ressemble de plus en plus à ceux qui y arrivent.
Ce qui s’organise, et où
La communauté, elle, avance. L’Association des francophones du Nunavut travaille à un Centre de navigation des services en français, dont les opérations devaient s’amorcer cette année, et a lancé une clinique d’aide juridique en français. Avec ses partenaires du Yukon et des Territoires du Nord-Ouest, elle vise un Collège nordique doté d’un campus à Iqaluit à l’horizon 2028. Des États généraux de la francophonie sont en préparation.
Tout cela est nécessaire. Tout cela est, aussi, très majoritairement à Iqaluit — où vivent plus des deux tiers des francophones du territoire. Vue du Kivalliq, la capitale est déjà un centre lointain. Vue de Salliq, elle est un vol et une escale. La question qui vaut pour nos communautés est donc simple : qu’est-ce qui, de tout ce chantier, arrive jusqu’à une cuisine de Coral Harbour ?
Je n’ai pas la réponse. J’ai seulement une certitude, et elle date de ces premiers jours. Des jeunes de Salliq ont entendu, pour la première fois de leur vie, une langue officielle de leur pays. Ils ne l’ont pas trouvée belle ni laide : ils l’ont trouvée nouvelle. Et ils ont posé la seule question qui compte vraiment.
C’est quelle langue, ça ?
C’est la mienne. Et elle est un peu la vôtre aussi, si vous voulez.
Le Rapport sur le climat changeant du Canada de 2026 publié par Environnement et Changement climatique Canada et rédigé par 23 spécialistes de l’étude du climat et des changements climatiques contient 15 énoncés qui mettent en lumière les constats qui ont les degrés de confiance les plus élevés.
L’énoncé 7 annonce que le «réchauffement climatique et les changements connexes du climat au Canada sont essentiellement irréversibles». Cela signifie que même si des mesures efficaces de réduction des gaz à effet de serre étaient mises en place partout dans le monde, il y a tellement de dioxyde de carbone (CO2) dans l’air que les températures prendront des centaines d’années à redescendre.
Parmi les effets déjà irréversibles, on compte le changement du niveau de la mer, la fonte des glaciers et le dégel du pergélisol.
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Le Rapport sur le climat changeant du Canada de 2026 est le deuxième du genre, le premier ayant été publié en 2019. Il rassemble les dernières données et les plus récents modèles et simulations du ministère.
Il s’agit d’un examen des modifications observées au Canada à partir de données connues et de leurs trajectoires possibles, et non d’une évaluation des impacts sur les résidents et sur l’économie. Il ne contient pas de recommandations.
Il présente trois scénarios : ce qui pourrait survenir si aucune politique n’existait, ce qui pourrait se produire selon les politiques actuelles et ce qui arriverait si la carboneutralité était atteinte d’ici 2050.
La première possibilité est la plus catastrophique, avec une augmentation moyenne des températures au Canada de 6,9 °C en 2100 par rapport à l’ère préindustrielle. Sur la même période, les politiques actuelles pourraient faire augmenter les températures moyennes de 5 °C, tandis que l’atteinte de la carboneutralité limiterait la hausse à 3,5 °C.
L’un des auteurs du rapport, le directeur par intérim de la division de la recherche sur la modélisation et l’analyse climatique chez Environnement et Changement climatique Canada, Chris Derksen, a présenté le rapport le 10 septembre dans le cadre d’un webinaire organisé par l’Institut climatique du Canada.
Les épisodes de froid extrême deviendront plus rares au Canada, alors que ceux de chaleur extrême seront plus fréquents, dit-il.
«Le sud du Canada vivra les changements climatiques à travers des évènements extrêmes. Dans le Nord, il y aura aussi des évènements extrêmes, mais c’est vraiment l’empreinte des changements climatiques sur le paysage qui sera le plus envahissant.»
La diminution de la glace sur l’océan Arctique sur une plus longue période et la fonte du pergélisol causeront le plus de transformations, aussi bien pour le paysage que pour le mode de vie des Inuit.
Les côtes est et ouest sont les endroits où l’augmentation des précipitations pourrait être la plus importante. Dans l’Atlantique, les ouragans et tempêtes tropicales pourraient remonter plus régulièrement vers le Nord et les provinces maritimes.
Dans l’Ouest, les glaciers sont presque condamnés. Même dans le scénario le plus optimiste, ils perdront environ 76 % de leur masse d’ici la fin du siècle. «Ils fondent trop pendant l’été et ne peuvent pas récupérer cette masse pendant l’hiver», explique Chris Derksen.
La fonte des glaciers aura diverses conséquences, notamment sur l’alimentation en eau de l’Ouest canadien. L’effondrement de sections de glaciers similaire à celui survenu au Népal le 26 aout est aussi possible au Canada.
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Au centre du pays, ce sont les sècheresses qui pourraient être plus fréquentes. Surtout dans le sud du Manitoba et de la Saskatchewan, ainsi que dans l’extrême nord de l’Ontario.
Tout le territoire canadien court le risque de voir la durée de la saison des feux de forêt s’allonger, avec quelques jours de plus à l’Est, à l’Ouest et au Nord.
Pour la première fois, les sciences autochtones ont été mises à contribution dans le Rapport sur le climat changeant du Canada. La prise en compte reste cependant partielle, car le mariage de ces savoirs avec les sciences occidentales reste nouveau et présente encore des défis.
Des études de cas des Premières Nations, des Inuit et des Métis qui abordent les conséquences des changements climatiques ont été incluses aussi souvent que possible.
Le glacier Kaskawulsh au Yukon a tellement fondu qu’en 2016 que les eaux de sa fonte ont emprunté une voie différente et ont pratiquement arrêté d’alimenter le lac Kluane, asséchant ce qui était auparavant la rivière Slims.
Chris Derksen a indiqué lors d’un webinaire que le rapport faisait environ 1500 pages.
Le président de l’Institut climatique du Canada, Rick Smith, a tenu à signaler en ouverture du webinaire que le rapport apporte une lueur d’espoir.
«Il souligne que les pires dommages peuvent encore être évités si nous réduisons nos émissions de gaz à effet de serre et que nous planifions dès maintenant la création de communautés sures et résilientes. Ce rapport est un argument en faveur de l’action et du progrès, pas du fatalisme et de la résignation.»
Chris Derksen souligne que la diffusion de l’information était essentielle.
«Nous avons l’information dont nous avons besoin. Nous savons avec quels futurs potentiels nous devons travailler. Il nous revient à tous d’utiliser cette information de la façon la plus collectivement constructive pour affronter ce qui sera un véritable défi», conclut le chercheur.
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