Le Nunavoix : Vous avez récemment annoncé votre décision de quitter le NPD pour vous joindre au Parti libéral. Quels sont les principaux facteurs qui vous ont amenée à faire ce changement à ce moment précis ?
Lori Idlout : Mes électeurs, ma famille et mes partisans souhaitaient que je traverse la Chambre afin de leur donner une voix encore plus forte. Il s’agit d’un moment charnière pour le Nunavut et pour l’avenir de notre peuple, et je suis prête à contribuer à des retombées concrètes pour le territoire et le Canada. Je me réjouis à l’idée de travailler avec le premier ministre Carney et mes nouveaux collègues afin de générer des investissements et de nouvelles possibilités pour les communautés.
Selon vous, en quoi le fait de rejoindre le parti au pouvoir vous permettra-t-il de mieux représenter les intérêts du Nunavut et d’obtenir des résultats concrets pour le territoire ?
Je porterai la voix des Nunavummiut pour veiller à ce que les menaces à notre souveraineté et d’autres enjeux critiques soient pris en compte, tout en répondant aux besoins immédiats du Nunavut. J’ai hâte d’amener des parlementaires dans le territoire et de bâtir sur les investissements importants déjà réalisés par le gouvernement fédéral. Surtout, je souhaite contribuer à établir des collaborations historiques fondées sur le respect et la prospérité pour notre peuple.
« C’était le bon moment de me joindre au Parti libéral afin de faire avancer plus efficacement les intérêts de notre territoire. »
Certains Nunavummiut pourraient se dire surpris, voire préoccupés par ce changement. Quel message souhaitez-vous adresser aux électeurs qui ont voté pour vous sous la bannière néo-démocrate ?
Mes valeurs demeureront les mêmes en tant que députée du Nunavut. Cela signifie prendre des décisions qui garantiront que les voix de notre population soient pleinement représentées. Il s’agit d’un moment parmi les plus importants de notre histoire et, après plusieurs semaines et mois de consultations auprès des Nunavummiut, y compris ceux qui ont voté pour moi en tant que Néo-démocrate, j’ai estimé que c’était le bon moment de me joindre au Parti libéral afin de faire avancer plus efficacement les intérêts de notre territoire.
Quelles sont les priorités clés sur lesquelles vous allez maintenant vous concentrer en tant que députée libérale du Nunavut, notamment en matière de logement, de coût de la vie et d’autodétermination des Inuit ?
Je continuerai de me concentrer sur les besoins immédiats du Nunavut. La pauvreté, le coût de la vie et la surpopulation dans les logements doivent être abordés. Je chercherai à concilier ces priorités avec de nouveaux investissements fédéraux en logement et en infrastructures, tout en veillant à ce que le Nunavut joue un rôle clé dans l’économie canadienne.
Nous mettons en place l’Allocation canadienne pour l’épicerie et les besoins essentiels, ainsi que d’autres initiatives pour alléger le fardeau des familles. Il est important de poursuivre dans cette voie. Les Nunavummiut doivent bénéficier des ententes conclues par notre premier ministre sur la scène internationale. Celles-ci devraient se traduire par davantage de possibilités à l’échelle locale.
« Ce sont les Nunavummiut eux-mêmes qui demandaient que je rejoigne le Parti libéral. »
Avez-vous eu des discussions avec des organisations inuit ou des dirigeants territoriaux au sujet de cette décision, et quelles réactions avez-vous reçues jusqu’à présent ?
Oui ! J’ai eu d’excellentes discussions avec les dirigeants territoriaux et j’attends avec impatience les discussions avec les leaders inuit. J’ai reçu un soutien massif, puisque ce sont les Nunavummiut eux-mêmes qui demandaient que je rejoigne le Parti libéral.
La semaine dernière, j’ai notamment rencontré le premier ministre Main ainsi que les ministres Chartrand, Champagne et LeBlanc. Ces échanges ont permis d’ouvrir la porte à des partenariats plus solides et à des retombées encore plus importantes pour les Nunavummiut. Nous continuerons de travailler étroitement au cours des prochaines semaines et des prochains mois afin de bâtir un avenir plus solide pour notre population.
Après le ralliement de Lori Idlout au Parti Libéral puis de la Conservatrice Marilyn Gladu la semaine dernière, Mark Carney avait franchi une étape importante dans le but d’obtenir une majorité avec 171 députés. Au total, cinq parlementaires ont changé de bannière au cours de la dernière année. Grâce aux élections partielles remportées lundi 13 avril dans trois circonscriptions (Terrebonne, University-Rosedale et Scarborough-Sud-Ouest), le gouvernement Carney compte désormais 174 sièges à la Chambre des communes, soit une majorité contre 169 dans l’opposition.
Ikajuqtigiikta, qui signifie « Aidons-nous les uns les autres » en inuktitut, s’articule autour de quatre axes : renforcer les liens familiaux et communautaires, soutenir la croissance économique et l’emploi, optimiser les opérations gouvernementales et les partenariats ainsi qu’investir dans l’avenir des Nunavummiut.
Élaboré en collaboration avec la Nunavut Tunngavik Incorporated (NTI), des organisations inuit régionales, des ainés et les membres de l’Assemblée législative, le document privilégie des orientations générales et des principes de collaboration, plutôt que des priorités précises comme le logement, qui se retrouvait au cœur du mandat précédent.
Des actions encore floues
« Je crois fermement au Piliriqatigiinniq — travailler ensemble dans un but commun », affirme le premier ministre John Main. Il reconnait toutefois que le territoire fait face à des défis majeurs, notamment en matière d’infrastructures, de logement et de pauvreté.
Il évoque certaines pistes d’actions, comme la poursuite de programmes existants et la réalisation de projets d’infrastructure, sans en préciser les modalités de mise en œuvre ni le calendrier. « Les ministères présenteront les premières actions qu’ils entreprendront pour mettre en œuvre les priorités du mandat dans le plan d’affaires qui sera présenté ce printemps », indique l’attachée de presse du gouvernement du Nunavut, Joanna Awa.
Quelques initiatives sont toutefois déjà en cours, comme le centre de rétablissement d’Aqqusaariaq à Iqaluit, en construction et amorcé sous le précédent mandat.
Les plus récentes prévisions budgétaires font également état d’investissements dans le secteur de l’éducation, dans un centre de soins de longue durée à Cambridge Bay ainsi que dans des projets liés au logement et aux infrastructures municipales.
Une crise du logement toujours sans réponse claire
Nunavut Tunngavik Incorporated (NTI) dit accueillir favorablement le mandat et souligne des priorités communes avec le gouvernement, notamment en matière de logement, d’emploi et de santé mentale. Sur le terrain toutefois, la crise du logement demeure bien présente.
Le logement figure parmi les enjeux les plus pressants au Nunavut, où une large part de la population dépend du logement public et où le surpeuplement touche encore de nombreux ménages.
Rowena House, directrice générale de la Chambre de commerce de la région de Baffin, constate que la pression se fait sentir dans plusieurs communautés. « L’accès au logement est crucial, car la stabilité résidentielle est directement liée à la participation au marché du travail », affirme-t-elle.
Elle ajoute que des investissements soutenus dans le développement et la rétention des compétences seront essentiels pour bâtir une main-d’œuvre forte et résiliente, capable d’alimenter la croissance économique à long terme au Nunavut.
Du côté des municipalités, la crise du logement reste l’un des défis les plus urgents et nécessitera des mesures concrètes et des investissements constants.
« De nombreuses communautés travaillent activement à se préparer à la croissance du logement, mais les municipalités ne peuvent pas résoudre la crise du logement à elles seules. »
Elle précise que les principales pressions en matière de logement incluent le surpeuplement, le vieillissement du parc immobilier et l’itinérance qui exercent une forte pression sur les familles, les services locaux et la rétention de la main-d’œuvre. « Nous espérons que le mandat de la 7e Assemblée du gouvernement du Nunavut mènera à des améliorations tangibles des conditions de logement et que les communautés bénéficieront de mesures concrètes et d’investissements soutenus », ajoute-t-elle.
Elle appelle notamment à un accès plus rapide à des terrains viabilisés, à des investissements dans les infrastructures et à une meilleure coordination entre les différents ordres de gouvernement.
Bien qu’il ne fasse pas l’objet d’un pilier distinct, le logement demeure un enjeu central, tant pour le bien-être des familles que pour le développement économique du territoire.
Un marché du travail sous pression
Au-delà de l’habitation, la pénurie de main-d’œuvre, également évoquée dans les priorités du mandat, demeure un frein majeur au développement du territoire. Concrètement, ces obstacles se traduisent entre autres par des difficultés de recrutement et de rétention. Pour Rowena House, ces priorités reflètent les réalités auxquelles les employeurs sont confrontés. « La pénurie de main-d’œuvre est un enjeu pour les entreprises locales et la croissance économique du territoire ».
Le mandat insiste également sur le développement de la main-d’œuvre et sur l’augmentation de la participation des Inuit au marché du travail, ce qui est jugé positif par Rowena House. Elle rappelle toutefois que les employeurs se heurtent toujours à plusieurs obstacles, notamment en raison d’un bassin de main-d’œuvre limité, d’un taux de roulement élevé et de pénuries persistantes de logements, qui compliquent directement le recrutement et la rétention.
Elle estime qu’une amélioration des résultats passerait par un meilleur arrimage entre l’éducation, les programmes de formation et les besoins du marché du travail. Cela pourrait inclure des subventions salariales, des apprentissages en milieu de travail et des partenariats plus étroits entre employeurs, institutions de formation et communautés.
Sans commenter directement les mesures du mandat, l’organisation Ilitaqsiniq, souligne que ces enjeux s’inscrivent dans des réalités vécues au quotidien et nécessitent des réponses adaptées. Pour les Inuit, ces défis sont également façonnés par les impacts continus de la colonisation et par le besoin d’approches culturellement pertinentes.
« Au Nunavut, l’emploi est indissociable des réalités sociales, culturelles et systémiques plus larges », affirme Olivia Tagalik, directrice des technologies de l’information et des communications à Ilitaqsiniq. « L’emploi ne se résume pas à un travail : il s’agit aussi de confiance, d’identité et de création d’occasions durables pour les individus, les familles et les communautés », conclut la directrice.
Le projet vise à permettre de « se connecter, apprendre et passer du temps ensemble ». L’objectif est aussi de renforcer le tissu local en proposant des activités et des événements adaptés.
Le précédent centre, l’un des plus anciens bâtiments de la collectivité, a été complètement détruit par un incendie en mai 2022. L’établissement abritait de nombreux services essentiels, dont des repas, des activités récréatives et un environnement sécuritaire où les jeunes pouvaient se retrouver après l’école.
La perte de cette infrastructure a entraîné des conséquences immédiates. « Sans le centre jeunesse, il n’y a vraiment pas grand-chose à faire dans la communauté », soulignait alors l’administration municipale à l’époque.
L’installation de Cambridge Bay permettait de se retrouver entre jeunes et de renforcer le lien communautaire.
Un vide à combler
Sous l’annonce publiée sur Facebook, plusieurs résidents ont salué l’initiative, soulignant le manque d’espaces sécuritaires pour les jeunes de la communauté.
D’autres ont toutefois exprimé des inquiétudes, évoquant des problèmes rencontrés dans le passé avec des installations semblables et appelant à des mesures pour assurer la durabilité du projet. Une aire de jeux intérieure, des espaces d’activités ou d’implication pour les adolescents ont été proposés comme idée à mettre en place.
À Cambridge Bay, les programmes jeunesse sont coordonnés par le service des modes de vie sains de la municipalité. « Nos activités ont lieu principalement à deux endroits. L’un à l’école secondaire, où nous avons accès à un gymnase, et l’autre dans un centre temporaire ouvert en soirée », explique Fred Muise, responsable de ces programmes à Cambridge Bay. Ce dernier accueille aujourd’hui entre 25 et 30 participants par jour, soit environ la moitié de la fréquentation de l’ancien établissement.
Pour le responsable, la création d’un centre permanent pourrait avoir un impact important dans la communauté :
« Ce sera un espace qui leur appartient, où ils peuvent grandir, développer leur confiance et tisser des liens », souligne-t-il. Un lieu qui permettrait aussi de regrouper les activités tout en renforçant le sentiment d’appartenance, afin que les jeunes se sentent « comme à la maison. »
Le futur bâtiment devrait être près de deux fois plus grand que l’ancien et offrir des espaces dédiés aux pratiques artistiques, culturelles et technologiques.
Un enjeu reconnu par le gouvernement
Au ministère des Services à la famille du Nunavut, Ann Lehman-Allison rappelle que les jeunes et les jeunes adultes représentent environ la moitié de la population. « S’assurer qu’ils ont accès à l’aide dont ils ont besoin est une priorité pour le ministère ».
Le Programme Youth Initiatives Funding accorde 2,4 millions de dollars annuellement pour soutenir des organismes communautaires qui offrent de l’accompagnement et des activités aux jeunes nunavummiut. « Ces initiatives renforcent la capacité locale à répondre aux réalités des personnes à risque et favorisent le bien-être des familles ».
Le soutien aux jeunes vulnérables et leur participation comme conseillers figurent aussi parmi les priorités identifiées dans le nouveau mandat Ikajuqtigiikta. Le projet du centre à venir, évalué à environ 6 millions de dollars, est financé par une combinaison de fonds municipaux, territoriaux et fédéraux, ainsi que par des contributions d’assurance et de la Kitikmeot Inuit Association (KIA).
Sa réalisation est attendue comme une réponse concrète à un manque exprimé depuis plusieurs années par la communauté.
Le projet Grays Bay prévoit la construction d’un port en eau profonde, raccordé à l’intérieur des terres par une route toutes saisons d’environ 230 kilomètres. Une piste d’atterrissage de 6 000 pieds figure également dans les plans.
Selon Ottawa, l’infrastructure vise à relier les ressources minières du Nord aux marchés mondiaux et pourrait servir à des usages civils et militaires. Elle offrirait aussi un accès au corridor maritime du passage du Nord-Ouest.
Des retombées stratégiques espérées
Porté par West Kitikmeot Resources Corp., l’initiative en est toujours à l’étape de l’évaluation environnementale et reste entouré d’incertitudes, tandis que les détails de l’implication du gouvernement fédéral sont encore limités.
L’entreprise albertaine ATCO Ltd. a acquis une participation de 40 % dans le projet et prévoit y investir environ 10 millions de dollars.
ATCO estime que l’initiative pourrait renforcer la souveraineté canadienne dans l’Arctique et soutenir certaines infrastructures liées à la défense. Le développement doit se faire en plusieurs phases, et une mise en service complète est envisagée à l’horizon 2035.
« L’investissement d’ATCO accroît considérablement la capacité d’exécution et la crédibilité du projet », déclare Gavin Law, gestionnaire de l’environnement chez West Kitikmeot Resources Corp.
Le promoteur dit avoir recherché l’expertise de l’entreprise, notamment en matière d’opérations, de logistique et de prestation de services en milieu nordique et éloigné.
Selon lui, les retombées seraient à la fois économiques et durables pour les communautés de la région. Pendant la construction, le chantier pourrait soutenir environ 670 emplois par année. D’ici 2040, il devrait ajouter quelque 750 millions de dollars par an à l’économie du Nunavut.
Au-delà de ces retombées, l’infrastructure vise aussi à améliorer le réapprovisionnement des collectivités et la sécurité alimentaire en renforçant la fiabilité des transports dans le territoire.
Actionnariat inuit
Gavin Law souligne que l’initiative inclut une participation inuit dans son actionnariat. Il ajoute que leur implication constitue une étape importante et renforce la crédibilité institutionnelle du projet. Celle-ci pourrait faciliter l’appui du gouvernement fédéral et attirer d’autres investissements privés. « La présence inuit est intégrée directement à la structure de propriété et de gouvernance du projet », poursuit-il.
Il précise que la Kitikmeot Inuit Association (KIA) figure parmi les principaux actionnaires et joue un rôle formel dans la prise de décision. Les Inuit ne seraient donc pas seulement consultés, mais considérés comme de véritables partenaires. Selon lui, cette approche s’inscrit dans une logique d’autodétermination avec une implication directe aux décisions commerciales, aux opérations à long terme et à la répartition des retombées économiques.
Un projet encore incertain
Le gouvernement fédéral n’a pas répondu directement à nos questions, renvoyant plutôt vers des documents déjà publiés. Ottawa spécifie seulement que le Bureau des grands projets doit travailler avec les promoteurs pour détailler les solutions de financement et accélérer les processus réglementaires.
Sur le terrain, le projet poursuit néanmoins son avancée. « Nous sommes sur le point d’amorcer la phase 2 du processus », indique Gavin Law, évoquant le dépôt de l’étude d’impact au Nunavut Impact Review Board parmi les prochaines étapes.
Les grands projets d’infrastructure dans l’Arctique, comme celui de Grays Bay, se heurtent à des contraintes logistiques importantes, liées notamment à l’éloignement, aux coûts élevés et à des fenêtres de construction limitées, explique Adam Fiser, chercheur associé chez Signal49 Research. Il souligne aussi que la dégradation du pergélisol et les changements climatiques ajoutent une incertitude technique ainsi que des défis d’entretien à long terme.
« Les projets doivent également naviguer dans des processus réglementaires complexes et assurer des partenariats significatifs avec les communautés inuit, essentiels à leur légitimité et à leur réussite », poursuit le chercheur.
Selon lui, la viabilité économique demeure toutefois incertaine, puisque ces projets reposent souvent sur un développement futur de ressources ou d’activités commerciales qui pourraient ne jamais se concrétiser.
La mythique course de motoneige avec qamutiik a vu un Iqalungmiuq triompher ! Lodie Jr Ipeelie a parcouru les 300 kilomètres aller/retour reliant Iqaluit à Kimmirut en 3h41 devant Billy Kilabuk et Alex Kilabuk. Victime d’une avarie mécanique l’année dernière alors qu’il était en tête avant de voir sa machine prendre feu, le jeune homme a également pris la 3e place du Nunavut Sno Challenge le 12 avril.
À l’occasion du mois de la Francophonie, la richesse et la vitalité du français étaient mises à l’honneur partout dans le monde. « Être francophone au Nunavut, pour moi, c’est garder un lien précieux avec mes racines tout en m’ouvrant à une culture nordique unique. C’est une façon de rester moi-même, de transmettre le français autour de moi et de contribuer à une petite communauté qui compte sur chacun de nous pour faire vivre la langue », exprime une résidente établie au Nunavut depuis deux ans.
Une francophonie qui se structure
Si la présence du français dans l’Arctique canadien remonte à plusieurs siècles, la communauté au Nunavut commence véritablement à se structurer dans les années 1980, alors que le territoire fait encore partie des Territoires du Nord-Ouest. Ce mouvement se traduit notamment par le développement d’associations locales. L’Association des francophones de Frobisher Bay est ainsi l’ancêtre de l’Association des francophones du Nunavut (AFN).
L’AFN est officiellement créée en 1981, à l’initiative de francophones amateurs de hockey souhaitant retransmettre les matchs du Canadien de Montréal diffusées à la télévision de Radio-Canada. La création du Nunavut en 1999 marque un tournant. L’AFN devient alors un acteur central du dynamisme communautaire et de la promotion du français. Depuis, malgré sa taille modeste, le milieu francophone s’est progressivement structuré autour de services et d’institutions.
Au fil des ans, école, garderie, médias et organismes locaux se sont développés, témoignant d’un réseau en pleine croissance. Une évolution que constate Maya Jelali, installée à Iqaluit depuis 15 ans :
« Je pense qu’on a beaucoup grandi. Il y eu des progrès depuis mon arrivée. Quand on regarde les organisations comme le Carrefour, le RÉSEFAN ou l’AFN, je vois des changements. Les services, les activités et les programmes se sont multipliés. »
Défis et fierté au quotidien
Au Nunavut, vivre en français comporte son lot de défis. Originaire du Burkina Faso, Fatime Karima Traoré est installée au Nunavut depuis un an. « Ce qui m’a amené ici, c’est d’abord le désir de changer d’environnement. Je voulais un endroit calme, naturel, et le Nunavut remplissait tous les critères, sans oublier les possibilités d’emploi ». Pour elle, les conditions climatiques, la pénurie de logements et la solitude comptent parmi les principaux obstacles.
Une autre résidente évoque plutôt le poids de l’éloignement. « Être loin de ceux qu’on aime, de ses repères et de ses routines, c’est ce qui pèse le plus. On s’adapte, bien sûr, mais il y a des jours où le manque se fait sentir plus fort que tout ».
Malgré ces difficultés, elle souligne qu’être francophone au Nunavut est aussi source de fierté, notamment celle de porter son identité, de créer des liens et de trouver sa place dans un territoire où chaque voix à sa valeur.
« Ce qui me rend le plus fière, c’est de réussir à faire vivre ma langue et ma culture si loin de mes repères. J’aime sentir que ma présence compte ici, que je contribue à ma manière à la richesse du Nunavut. Ce qui me touche le plus, c’est la belle relation que j’ai tissée avec les Inuit : leur accueil et leur simplicité ont rendu mon intégration profondément humaine et précieuse. »
Célébrer en contexte minoritaire
Pour plusieurs, le Mois de la francophonie revêt une signification particulière dans un territoire où la langue demeure minoritaire. Il devient une occasion de se rassembler, de la souligner et d’affirmer sa place. Une résidente rappelle que ces fêtes prennent un sens spécial dans le Nord, où elles permettent de se reconnecter à ses racines et de partager une fierté commune.
Fatime Karima Traoré abonde dans le même sens. « C’est un moment pour mettre en valeur et promouvoir la langue française au Nunavut, renforcer les liens entre francophones, sensibiliser la communauté majoritaire à notre présence et valoriser la culture francophone locale ».
Maya Jelali nuance toutefois ce point de vue. Pour elle, le Mois de la francophonie n’a pas de signification particulière.
« J’en entends parler ici et là, mais ce n’est pas vraiment célébré selon moi. Il n’y a pas beaucoup de choses qui se passent, donc ce n’est pas nécessairement un mois que je célèbre »
Si elle reconnaît des avancées au fil des années, elle estime que des défis persistent, notamment l’accès à des espaces et des activités en français, un enjeu marqué pour les enfants.
« La flamme politique qu’il y a à l’intérieur de moi, ça fait juste partie de mon ADN ».
L’artiste métisse Geneviève Pelletier, ancienne directrice artistique du Théâtre Cercle Molière à Winnipeg, au Manitoba, a participé à la conférence « Quand francophonie et autochtonie font bon ménage », coorganisée par le Centre de recherche sur les francophonies canadiennes (CRCCF).
L’occasion était bonne pour elle de revenir sur son héritage et l’identité métisse. « Les Métis, c’est un peuple politique, qui s’est affirmé haut et fort depuis les années 1700, quand les premières rencontres se sont faites entre – on va dire – la femme autochtone et l’homme européen, et a créé cette nation ».
« Il y a toujours eu une volonté d’affirmer des droits […], de vouloir trouver un lieu de rencontre entre nous, les gens qui sont issus des plusieurs nations. Parce qu’on pourrait dire que quelqu’un qui est Métis peut être Anishinaabe, Cris, Dakotas, francophone, peut avoir de l’anglophonie ; ce sont un peu les mélanges qui se sont continués à travers les siècles ».
La Constitution canadienne de 1982 reconnait trois peuples autochtones : les Premières Nations, les Inuit et les Métis. L’identité métisse va bien au-delà d’une simple ascendance mixte autochtone et européenne. Les Métis forment un peuple distinct, doté de leur propre langue, le michif, de leur propre culture et de revendications territoriales qui leur sont propres.
Bien que la nation métisse soit historiquement ancrée dans la vallée de la rivière Rouge et les Prairies, elle est présente partout au Canada. Leurs origines remontent au 18e siècle, dans la région des Grands Lacs, où des commerçants de fourrures français ont fondé des familles avec des femmes autochtones.
Des communautés en mutation
Cette revendication politique, Geneviève Pelletier l’a notamment trouvée dans le théâtre, en proposant des pièces originales et multiculturelles.
« La communauté francophone au Manitoba est en changement de façon assez exponentielle […] et je pense que c’est comme ça à travers beaucoup d’autres communautés francophones au pays », dit-elle.
L’ancienne directrice artistique cite le Festival Noir et Fier, présenté par le Théâtre Cercle Molière, qui a permis à la compagnie de renouveler sa programmation, et son public. « C’est à l’intérieur de ce type de travail là, où les gens de la communauté peuvent venir se voir, voir ce qu’ils sont devenus, mais aussi contribuer de façon active à ce qu’on va devenir. Pour moi, c’était devenu impératif, que les communautés qui venaient de partout au monde pour s’installer à Winnipeg, dans cette francophonie, trouvent une place et que nous soyons aussi à la rencontre ».
« Dans les écoles francophones aujourd’hui, on est à 60-70 % de jeunes qui sont issus de l’immigration. Ce sont les publics de demain. Ce sont les acteurs de demain ». Selon elle, il faut aller au-delà de la dichotomie être ou ne pas être francophone : « Tout le monde qui parle français est franco-manitobain. Donc comment est-ce qu’on arrive à trouver ces liens, tisser ces liens, faire en sorte qu’on devienne autant influencé des empreintes des gens qui viennent d’ailleurs que de faire en sorte que ces gens-là puissent être sur la scène ? »
C’est pourquoi elle s’est efforcée de proposer des spectacles où plusieurs cultures se mêlent et dialoguent, autour du français. « Les valeurs autochtones, les valeurs métisses que je promulgue ou que je tente d’incarner au quotidien font partie de pourquoi l’international est devenu intéressant et important. »
Elle prend l’exemple du projet L’Armoire, réalisé en collaboration entre le Théâtre Cercle Molière, la Compagnie du Jour, en France, et L’Aparté, au Maroc.
Langues autochtones, anglaise et française
Quant à la façon de naviguer à travers différentes identités, où se mêlent autochtonie et héritage colonial, Geneviève Pelletier appelle au dialogue et à la déhiérarchisation.
« C’est une question qui est glissante un peu parce que les deux langues, le français et l’anglais, ce sont deux langues coloniales. Ce sont deux langues qui se sont immiscées sur des territoires où les gens ne parlaient aucunement ces langues. Il y avait des milliers de langues qui se propageaient sur ces territoires »
Et l’artiste d’ajouter : « Je n’ai pas une relation antipathique avec l’anglophonie. Pour moi, elle fait partie de qui je suis aussi ».
Elle qualifie son rapport aux langues de « fluide » : « On ne peut pas dire qu’il y a l’anglais et le français et les langues autochtones. Comment est-ce qu’on arrive à dans tout contexte, soulever ou déhiérarchiser, décoloniser, pour faire en sorte que ces langues-là puissent se rencontrer de façon circulaire ».
Elle admet la tension, historique, entre l’anglais et le français, mais elle trouve cela « fatigant » : « Est-ce qu’on peut juste discuter entre nous et se dire les vraies choses dans le sens où, oui, on est bilingue, mais on a aussi enseveli des gens et leur langue pendant des centenaires de temps. Essayons de retrouver un peu l’empathie que l’on a tous l’un et l’autre autour de cette conversation ».
« Le dialogue, il peut être difficile parce qu’il y a des perspectives où toi et moi, on voit les choses différemment parce qu’on a vécu des choses différemment. On a acquis des choses différentes. Notre bagage est autre. Donc, quelque part, c’est de ne pas avoir peur d’être dans ce malaise, l’inconfort, le bonheur de l’inconfort ».
Francopresse : Vous êtes officiellement entrée en poste le 30 mars ; comment s’est fait tout le breffage des dossiers et quelles sont, selon vous, les trois priorités sur lesquelles doit plancher le Commissariat aux langues officielles (CLO) ? Votre prédécesseur indiquait que le travail immédiat était au niveau des règlements.
Kelly Burke : J’ai une équipe très bien rodée qui attendait impatiemment mon arrivée. Une des priorités, évidemment, c’est d’assurer une meilleure conformité à la Loi sur les langues officielles, d’identifier où sont les problèmes systémiques au niveau des communications des services au public et de la langue de travail dans la fonction publique fédérale.
Dans un deuxième temps, je pense que c’est de bien comprendre les communautés et les frustrations partout au pays, que ce soit du côté anglophone au Québec ou du côté francophone partout ailleurs. Je vois l’importance d’être présente et à l’écoute sur le terrain.
Dans un troisième temps, c’est vraiment d’assurer que le cadre règlementaire est suffisamment robuste pour refléter une loi qui est robuste elle aussi.
À propos du règlement sur les sanctions administratives que vous pourrez distribuer aux entreprises de transport en cas de non-conformité à la Loi sur les langues officielles : doit-on augmenter les montants, selon vous ?
Je crois que le gouvernement a évolué dans son positionnement quant au maximum qui pourrait être imposé comme sanction. Ça va me prendre du temps supplémentaire pour bien saisir les tenants et les aboutissants du montant qui a été identifié et avec le temps, avec mon équipe, j’aurai des commentaires supplémentaires à offrir à ce niveau-là.
« Le règlement ne va pas assez loin pour comprendre des institutions qui devraient être assujetties à la Loi. »
Votre prédécesseur suggérait d’assujettir au règlement les agents de sécurité dans les aéroports, des services frontaliers, etc. Donc selon vous, faut-il que le règlement inclue davantage de compagnies canadiennes de transport ?
Selon ma lecture des choses, oui, il y a quand même un règlement qui n’a pas évolué grandement à la suite des soumissions de la part du commissariat et de plusieurs intervenants.
Le commissaire antérieur a pris une position que j’appuie. Le règlement ne va pas assez loin pour comprendre des institutions qui devraient être assujetties à la Loi.
On aimerait que ce règlement s’applique aussi aux autorités portuaires et à l’administration canadienne de la sécurité du transport aérien. On aimerait que ce règlement s’applique de façon plus étendue pour comprendre ce type d’institution.
M. Théberge avait également affirmé qu’il était préoccupé par le manque de mesures positives dans le règlement sur la Partie VII, qui porte entre autres sur l’épanouissement des communautés de langue officielle en situation minoritaire et la promotion des deux langues officielles. Partagez-vous cette opinion ?
C’est important de souligner que les mesures positives sont codifiées dans la Loi et la Partie VII prévoit des engagements concrets de la part des institutions fédérales. Les parlementaires s’attendent à ce que les engagements sur les mesures positives soient respectés par les institutions fédérales. Il y a trois éléments qui s’attachent à cela : l’épanouissement des communautés, la protection et la promotion du français et l’apprentissage
tout au long de la vie.
Mon prédécesseur avait mentionné que la Partie VII et les mesures positives précisément doivent évoluer pour que les institutions fédérales développent les mesures positives afin de respecter les trois éléments que je viens de mentionner.
Il y a plusieurs exemples et des rapports qui ont souligné que la fonction publique fédérale était parfois hostile au bilinguisme et aux travailleurs francophones. Le CLO a rappelé à l’ordre le Conseil du Trésor. Comment comptez-vous aborder ce problème qui semble être récurrent ?
Selon moi, ce qui est essentiel au cœur de la fonction publique fédérale, c’est un leadership qui apprécie et reconnait l’importance du bilinguisme canadien et le choix des employés de travailler dans leur langue de choix. J’ai pleinement l’intention de collaborer avec les institutions fédérales pour cela.
Au-delà du leadership, ça va prendre des ressources pour que les institutions soient suffisamment outillées pour [effectuer] une bonne surveillance des droits linguistiques et une mise en œuvre de la Loi sur les langues officielles.
« Le bilinguisme canadien est demeuré stable à 18 % de la population, en grande partie attribuée à l’immigration francophone et au programme d’immersion française. »
Votre prédécesseur affirmait aussi que l’immigration francophone en dehors du Québec était nécessaire pour la survie du français au Canada. Même question : partagez-vous
cette opinion ?
Oui, et c’est un positionnement qui est reflété dans le recensement de 2021 qui démontre que le bilinguisme canadien est demeuré stable à 18 % de la population, en grande partie attribuée à l’immigration francophone et au programme d’immersion française. L’immigration francophone, c’est un principal moteur de croissance des communautés de langues officielles en situation minoritaire, le facteur clé de l’équilibre linguistique au Canada. Le gouvernement avance quand même dans une bonne direction au niveau de l’immigration, l’atteinte des cibles en fait preuve, mais il reste du chemin à faire pour établir un poids démographique au niveau souhaité.
Les propos ont été réorganisés pour des raisons de longueur et de clarté.
Le 6 décembre dernier, de nombreux résidents de Whitehorse ressentaient les secousses d’un tremblement de terre dont l’épicentre se trouvait sous le champ glaciaire du massif Kluane. D’une intensité de 7 sur l’échelle de Richter, ce séisme qui n’a fait ni victime ni dégâts, rappelle que le Yukon se trouve dans une zone active.
Trois mois après cet évènement, une étude de 19 pages a été publiée dans la revue Canadian Geotechnical journal, le 2 mars, et a cartographié les propriétés du sol de 14 sites dans la région de Haines Junction, dans le sud-ouest du territoire. Ce village se trouve dans une région tectoniquement active du Yukon et présente des risques naturels importants. Malgré cela, il existe peu de connaissances sur les sites locaux qui influencent l’intensité et la durée des secousses sismiques de tremblement de terre.
14 sites étudiés à la loupe
Par ailleurs, les 14 sites de l’étude ont été sélectionnés en fonction de leur accessibilité, puis en fonction de la nature présumée des terrains.
En utilisant des techniques géophysiques qui consistent à mesurer la vitesse de propagation des ondes de cisaillement dans le sol, c’est la rigidité des sols de ces 14 parcelles qui ont été évaluées. En effet, les sites où se trouve du pergélisol réagissent différemment lors d’un tremblement de terre.
La principale question mise en évidence par l’étude porte sur la réaction du sous-sol, selon qu’il contient ou non de la glace, lorsqu’il est soumis à un séisme de forte intensité, explique Didier Perret, chercheur scientifique à la Commission géologique du Canada à la ville de Québec. Si le sous-sol est suffisamment gelé, la réponse en surface va être relativement faible et cette donnée a une importance pour la sécurité des personnes et des infrastructures.
« Même si le séisme est fort et même si on est relativement proche de l’épicentre, comme ça a été le cas lors du séisme de décembre 2025, les vibrations ressenties dans des secteurs où le sous-sol est gelé sont moins importantes que lorsque le sous-sol est dégelé », indique le chercheur.
« Les risques naturels engendrés par les processus tectoniques régionaux sont localement amplifiés par des processus géomorphologiques actifs, notamment les processus fluviaux de Dezadeash, le dégel du pergélisol discontinu et les inondations lacustres relativement récentes (postglaciaires et néoglaciaires). Combinés, ces facteurs contribuent à la vulnérabilité de la région de Dakwäkäda (Haines Junction) aux risques naturels »
Dans un contexte de réchauffement climatique, une surveillance saisonnière et à long terme est préconisée par les scientifiques de Ressources naturelles Canada.
Assurer la sécurité
Les résultats de l’étude soulignent que, dans un contexte de réchauffement climatique qui sévit dans le nord et qui affecte directement le pergélisol, une surveillance saisonnière et sur le long terme est nécessaire. De plus, l’équipe de scientifiques derrière cette étude recommande la réalisation de nouvelles cartes afin d’évaluer avec précision la variabilité de l’amplification sismique liée au site dont la structure peut être amenée à évoluer au fil du temps.
Connaitre les sites potentiels où le pergélisol est plus dégradé est essentiel selon M. Perret. En effet, ces sites pourraient représenter des risques plus accrus pour les infrastructures en cas de séismes dans le futur.
« Les constructions qui peuvent être situées sur ces terrains peuvent s’enfoncer. À certains points, elles peuvent basculer également et donc ça présente un risque non seulement pour les constructions, mais aussi pour la population. »
Les données publiées doivent apporter un nouvel éclairage sur la planification communautaire et les mises à jour des codes du bâtiment dans les zones sismiquement actives. C’est un problème réel pour M. Perret qui est pris très au sérieux par les scientifiques et les personnes impliquées dans la gestion sécuritaire du territoire.
Le code national du bâtiment révisé en 2025 contient une mise à jour des exigences relatives à « la résistance aux charges latérales dues aux séismes ou au vent afin de maintenir la performance des structures, tout en tenant compte des tendances modernes en matière de conception et de construction d’habitations ». Même si la prise en considération du comportement particulier des sols qui peuvent dégeler n’est pas explicitement mentionnée (il l’est implicitement), le chercheur rappelle qu’il est très important qu’une mention particulière apparaisse, pour correctement prendre en compte ce type de sous-sol dans les prochaines versions de ce code.
La région du delta du Mackenzie
La région du Mackenzie dans les TNO est également une zone où l’activité sismique est présente. Andrew Schaefer, sismologue et chercheur à la Commission géologique du Canada, rappelle que la chaine des montagnes Mackenzie, au sud-ouest des TNO, est régulièrement le théâtre de nombreux séismes.
Dans le nord, compte tenu de la fonte du pergélisol, il devient encore plus important de comprendre exactement quel sera l’impact de cette fonte sur l’évolution de l’amplification locale. « Nous savons en théorie que la fonte du pergélisol entrainera une augmentation de l’amplification locale, mais il est très important de quantifier précisément, dans ces communautés, comment cela se produira et quelle sera exactement l’intensité de ce phénomène », précise M. Schaefer au sujet des collectivités proches de cette chaine de montagnes ainsi que dans le delta du fleuve Mackenzie.
Même si la majorité des Territoires du Nord-Ouest connait peu d’activité sismique, une exception notable concerne les montagnes Richardson, situées le long de la frontière entre le Yukon et les Territoires du Nord-Ouest, au nord des montagnes Mackenzie, et s’étendant jusqu’au delta du Mackenzie. Par ailleurs, une activité sismique a aussi été observée en mer, au large de Tuktoyaktuk, dans la mer de Beaufort.
C’est dans ces régions que se concentre l’essentiel de l’activité sismique des Territoires du Nord-Ouest. Certaines zones peuvent produire des séismes atteignant une magnitude de 6, à une distance d’environ 100 à 200 kilomètres de certaines communautés habitées. Ces dernières peuvent donc ressentir des secousses d’intensité variable, même lorsque les séismes se produisent relativement loin.
Plusieurs déploiements d’instruments et de collecte de données ont lieu chaque été dans la région d’Inuvik afin de comprendre les effets au niveau local. Cependant, cette étude n’a pas encore été publiée, car les données recueillies sont encore insuffisantes pour permettre une publication. Poursuivre les collectes de données est très important selon M. Schaefer, car les collectivités du delta du Mackenzie se trouvent dans une zone fragile de sédiments non consolidée et font déjà face aux assauts du changement climatique.
« Il est bien établi que les infrastructures communautaires sont exposées à des risques importants, précise-t-il. Et les membres de ces communautés doivent faire face à ce changement rapide, auquel s’ajoutent des tremblements de terre. Bien que bon nombre de ces communautés ne soient pas situées directement sur les zones où se produiraient de grands séismes, il existe dans la région des tremblements de terre susceptibles de provoquer des secousses. Il est donc important de comprendre comment ces secousses interagiront avec les matériaux situés immédiatement sous ces communautés, et nous devons continuer à travailler sur ce point et améliorer notre couverture régionale de ces études spécifiques à chaque site. »
Cette année, le Conseil de l’Arctique fête ses 30 ans. Malgré un contexte international complexe, la présidence danoise rappelle que l’héritage du Conseil de l’Arctique est immense, sa pertinence et sa capacité d’action restent toujours d’actualité.
« Le Conseil de l’Arctique est devenu un forum indispensable non seulement pour la coopération dans l’ensemble de la région circumpolaire nordique, mais aussi pour le développement des connaissances, les recommandations politiques et les actions concrètes ayant un impact réel sur les communautés arctiques. La structure unique mise en place il y a 30 ans garantit la participation des peuples autochtones à tous les niveaux, ce qui s’est avéré inestimable pour le Conseil. À une époque où tous les regards sont tournés vers l’Arctique, le travail du Conseil est véritablement pour l’Arctique, par l’Arctique », a déclaré Kenneth Høegh, président du Conseil de l’Arctique pour le Royaume de Danemark, lors d’un discours prononcé à la réception marquant le 30e anniversaire du Conseil de l’Arctique.
Des années marquées par des turbulences
En février 2022, à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, toutes les activités et tables rondes du Conseil de l’Arctique avaient été suspendues. En revanche, la Russie, qui était alors à la présidence du Conseil, avait organisé une passation de flambeau avec la Norvège le 11 mai 2023. Ceci démontre que la coopération s’est maintenue de facto au sein de la structure, selon Thierry Rodon, professeur au département de sciences politiques de l’Université Laval : « Le Conseil de l’Arctique ne peut pas fonctionner sans tous ses membres. Les décisions sont prises par consensus, il faut donc que tous les membres participent aux prises de décision. Évidemment, il fonctionne maintenant de façon plus virtuelle », explique-t-il lors d’une entrevue.
Pour Soffia Gudmundsdottir, secrétaire exécutive du Groupe de travail sur la protection de l’environnement marin de l’Arctique (PAME), le Conseil de l’Arctique est devenu le pilier de la coopération scientifique et environnementale dans l’Arctique au cours des trois dernières décennies :
« Sa plus grande réussite a été d’établir une collaboration durable, fondée sur la confiance, entre les États de l’Arctique, les participants permanents autochtones et les experts scientifiques de toute la région. »
En effet, les groupes de travail et de recherche sur la conservation de la faune et de la flore, les contaminants ou encore la prévention et la réponse aux situations d’urgence sont demeurés actifs et ont poursuivi leurs recherches malgré les tensions géopolitiques. Même si M. Rodon remarque que le mode de rencontre en format virtuel a freiné l’efficacité des travaux, il n’en demeure pas moins que ces programmes sont toujours en place aujourd’hui.
États-Unis, un état réticent ?
Le gouvernement des États-Unis, sous l’administration Trump, pose malgré tout un défi au sein du Conseil de l’Arctique. La relation complexe et historique que cet État entretient avec l’organisation, depuis sa création, complique les discussions actuelles.
Lorsque l’idée de la créer a été évoquée dans les années 1980, la réaction des États-Unis a été décrite comme hostile par les observateurs.
Cet état a alors invoqué qu’un tel Conseil ferait double emploi avec d’autres instances internationales et risquerait d’exclure les États non arctiques. Par ailleurs, les États-Unis n’aiment pas se contraindre par des institutions multilatérales, précise Thierry Rodon. Les questions de sécurité militaire étant de toute façon exclues des discussions, la force du Conseil de l’Arctique réside dans le fait qu’il n’a pas de pouvoir et demeure un canal de communication entre les pays qui bordent l’Arctique.
Les organismes autochtones, une présence vitale
L’une des forces du conseil, dont la structure et le mode de fonctionnement n’existent nulle part ailleurs, est la participation et l’implication des six organismes autochtones représentant les différents groupes de l’Arctique circumpolaire. Selon le Conseil, ce sont les peuples autochtones qui ont donné un visage humain à la coopération dans l’Arctique depuis les 30 dernières années.
« La prise de conscience des besoins, des défis et des opportunités des populations s’est considérablement accrue au cours de ces trois décennies. Après avoir simplement demandé une place à la table, nous sommes aujourd’hui des contributeurs actifs au Conseil de l’Arctique », a déclaré Gunn-Britt Retter, chef de la délégation du Conseil Sami, le 6 février dernier.
« L’avenir du Conseil de l’Arctique va dépendre de l’évolution d’autres enjeux internationaux, et notamment de la position des États-Unis et de la guerre en Ukraine. Et ça, c’est très difficile de prévoir comment ça va évoluer », Thierry Rodon, professeur au département de sciences politiques de l’Université Laval.
Quelles menaces pèsent sur l’avenir du Conseil ?
Il n’y a pas de réponse simple à cette question, selon M. Rodon qui note cependant l’absence de menaces à court terme sur le Conseil de l’Arctique. « Évidemment, l’avenir du Conseil de l’Arctique va dépendre de l’évolution d’autres enjeux internationaux, et notamment de la position des États-Unis et de la guerre en Ukraine. Et ça, c’est très difficile de prévoir comment ça va évoluer », explique-t-il.
L’adaptabilité et la résilience sont incontestablement des forces du Conseil qui lui a permis de se maintenir à flot. Aujourd’hui, malgré l’absence de réunions en présentiel, les groupes de travail ont fait preuve d’une forte résilience institutionnelle, souligne Soffia Gudmundsdottir.
« Ils se sont adaptés et sont passés à une collaboration hybride et virtuelle, en s’attachant à maintenir la continuité scientifique grâce à des structures de groupes de travail bien établies, à des réseaux d’experts et à des mandats convenus », conclut-elle.