le Vendredi 20 mars 2026

Au Nunavut, les plus récentes données de Statistique Canada mettent en lumière un paradoxe linguistique frappant. Si l’inuktut – qui comprend tous les dialectes de la langue inuit, dont les plus importants sont l’inuktitut, l’innuinaqtun et l’inuvialuktun – demeure largement présent dans la vie quotidienne, ces résultats révèlent néanmoins un écart grandissant entre son statut de langue maternelle et son usage réel. En 2021, près des deux tiers (62,7 %) des résidents du Nunavut ont déclaré l’inuktut comme langue apprise en premier, seule ou en combinaison avec une autre langue.  

Les pratiques linguistiques confirment ce décalage. Le recensement montre que, cette même année, 64,6 % de la population parlait l’inuktut à la maison au moins régulièrement. Toutefois, seulement 41,4 % en faisaient leur langue principale. 

L’écart est encore plus marqué dans les milieux de travail, où presque tous les employés (94,6 %) utilisent surtout l’anglais, contre 42,8 % pour l’inuktut.  

 Langue maternelle au Nunavut, 2021 

Source : Statistique Canada

Une transmission inégale 

Ces réalités apparaissent clairement lorsqu’on observe comment la langue se transmet d’une génération à l’autre. 

«Le Nunavut est la seule juridiction au Canada où une langue autochtone est parlée par la majorité. Malgré ce constat, les indicateurs montrent que linuktut fait face à un déclin préoccupant.»

— Pierre Ducy, directeur aux langues officielles au ministère de la Culture et du Patrimoine du Nunavut.  

Bien que de nombreux Nunavummiut continuent de parler inuktut à la maison et au sein de leurs communautés, des inquiétudes persistent quant à la transmission entre les générations, ajoute-t-il.  

« Le déclin de la transmission est clairement multifactoriel », explique-t-il. L’exposition croissante à l’anglais à travers les médias, la technologie et les réseaux sociaux, en est un exemple. L’hyperconnectivité et la disponibilité massive de contenu anglophone dans presque tous les aspects de la société, y compris au travail, comptent aussi parmi les principaux moteurs du changement linguistique.  

Selon Statistique Canada, le passage de la langue varie fortement en fonction du contexte familial. En 2021, environ 86,4 % des enfants nés de mères ayant l’inuktut comme langue maternelle l’avaient également comme première langue. Cette proportion chute toutefois nettement dans les ménages où les parents ne partagent pas la même langue. 

Dans ces couples, ce taux tombait à 40,7% pour l’inuktut, tandis que celle de l’anglais atteignait 69,6 %. Un écart qui illustre le poids grandissant de l’anglais dans la transmission familiale.  

Des défis persistants en éducation 

« Au sein du système éducatif, la pénurie d’enseignants qualifiés parlant inuktut, a ralenti la mise en œuvre complète de l’éducation bilingue », regrette Pierre Ducy. 

Il souligne que plusieurs contenus scolaires ont dû être développés presque entièrement en inuktut, du matériel pédagogique jusqu’au vocabulaire spécialisé.  

Plusieurs mesures ont été adoptées pour renforcer l’usage de la langue notamment par un cadre législatif élargi et des investissements accrus dans le système scolaire. 

Selon le gouvernement territorial, inverser le déclin linguistique passera entre autres par une coopération soutenue entre les institutions, les organisations inuit et le gouvernement fédéral ainsi que par un financement stable à long terme consacré à la protection et à la revitalisation de la langue.  

La pénurie d’enseignants qualifiés parlant l’inuktut demeure un enjeu important lié à la transmission de la langue.

Source : Ministère de l’Éducation du Nunavut

Une réalité plus fragile pour l’inuinnaqtun 

Les défis liés à l’inuktut sont encore plus marqués dans le cas de l’inuinnaqtun, principalement parlé dans la région du Kitikmeot. En 2021, seulement 23,1 % des enfants nés de mères ayant l’inuinnaqtun pour langue maternelle l’avaient également appris à titre de première langue. À titre comparatif, ce taux atteignait 86,4 % chez les enfants de mères ayant l’inuktitut comme langue maternelle. Cet écart illustre la fragilité croissante de ce dialecte et les difficultés de transmission au sein des familles.   

Le Commissariat aux langues du Nunavut a été sollicité pour commenter la situation, mais n’a pas été en mesure de répondre, le poste de commissaire étant actuellement vacant.  

Tous ces constats prennent un sens particulier alors que le Mois des langues autochtones, célébré en février, a remis en lumière les défis liés à leur préservation au Canada. Dans ce contexte, le gouvernement du Canada a rappelé l’importance de poursuivre les efforts de revitalisation linguistique à l’échelle du pays. « Depuis l’adoption historique de la Loi sur les langues autochtones il y a six ans, nous avons réalisé d’importants progrès afin de soutenir les communautés dans la réappropriation, la revitalisation et le renforcement de leurs langues », a déclaré par voie de communiqué le ministre de l’Identité et de la Culture canadiennes, Marc Miller. 

Les médias comme levier de transmission 

La revitalisation de l’inuktut passe aussi par les médias. Lancée à l’échelle nationale en janvier 2025, la chaîne Uvagut TV diffuse du contenu varié 24 h/24, allant des programmes pour enfants aux émissions d’actualités, ainsi qu’à des séries culturelles, films et documentaires.

«Notre raison d’être est de protéger, promouvoir et revitaliser l’inuktut pour toutes les générations»

— Lucy Tulugarjuk, directrice générale d’Uvagut TV

Elle souligne que dès la première année d’exploitation, des retombées concrètes sont déjà visibles : des familles et de nouveaux apprenants bénéficient maintenant d’une immersion linguistique quotidienne. Elle ajoute que les Inuit s’approprient des contenus d’actualité liés à leur réalité.  

Au-delà de ces initiatives, la directrice rappelle toutefois que la santé de l’inuktut varie d’un territoire et d’une communauté à l’autre au Canada, notamment en raison de l’impact de la colonisation et des politiques ayant fragilisé la transmission de la langue.  

Uvagut TV prévoit lancer prochainement un appel à propositions pour des productions en inuktut. Ce projet vise à soutenir la nouvelle programmation et à aider les producteurs inuit à démarrer ou développer leur carrière dans la production télévisuelle et cinématographique. « C’est une action directe pour renforcer notre langue et nous sommes fiers de contribuer à ce travail essentiel pour les Inuit et pour la santé à long terme de l’inuktut, dans tous les dialectes », conclut Uvagut TV. 

Si l’inuktut demeure au cœur de l’identité nunavoise, son avenir dépend désormais moins de son statut officiel que de la place qu’il occupe réellement. 

Depuis l’annonce, quelles réactions avez-vous entendues de la part des résidents d’Arviat ? 

Les gens ici sont très enthousiastes. Beaucoup m’ont dit qu’ils se réjouissent à l’idée qu’une université soit construite dans leur communauté et qu’ils voient ce projet comme une grande occasion pour les jeunes et les familles de rester dans le Nord pour poursuivre leurs études.  

Pensez-vous que le projet d’université entraînera une croissance de la population et une nouvelle activité économique à Arviat ?  

Oui, une fois le campus ouvert, nous nous attendons à une croissance immédiate de la population, avec au moins 100 étudiants et 80 membres du personnel. Nous pensons aussi que des familles s’installeront ici, ce qui stimulera l’économie locale.  

« L’objectif est de former des diplômés capables de contribuer directement au développement des communautés, tout en préservant la langue, les savoirs et les traditions inuit. »

Quels types de programmes ou de formations seraient les plus importants pour les résidents d’Arviat et pour la région du Kivalliq ? 

Il y a beaucoup de possibilités. Selon les plans de l’université de l’Inuit Nunangat, plusieurs domaines pourraient être offerts pour répondre aux besoins de la région, notamment des programmes ancrés dans la culture inuit, l’inuktut, la gouvernance, les services sociaux, l’éducation et d’autres secteurs essentiels. L’objectif est de former des diplômés capables de contribuer directement au développement des communautés, tout en préservant la langue, les savoirs et les traditions inuit.  

Comment le hameau se prépare-t-il, au niveau municipal, à l’arrivée du futur campus universitaire ? 

La municipalité travaille avec les équipes de planification du projet afin de s’assurer que les services essentiels tels que l’eau, les égouts, les routes, et l’électricité soient prêts pour l’ouverture du campus et l’arrivée des étudiants et du personnel. Cela implique une coordination entre le hameau, l’université et les organismes territoriaux afin de préparer les infrastructures municipales aux besoins futurs. 

« Je ne vois pas de défis majeurs insurmontables à ce stade. »

À mesure que le projet avance, quel sera selon vous, le principal défi pour Arviat dans l’accueil d’une telle infrastucture ? 

Je ne vois pas de défis majeurs insurmontables à ce stade. La communauté est mobilisée et souhaite soutenir le projet de manière efficace, tout en tirant profit des occasions qu’il offre.  

Du point de vue de la municipalité, quels investissements ou quel soutien supplémentaire seront nécessaires de la part des gouvernements territorial et fédéral pour assurer le succès du projet ? 

Toute aide sera grandement appréciée. Le succès du projet dépendra aussi de l’engagement continu des gouvernements en matière de financement, de soutien aux infrastructures et de coordination afin qu’Arviat et la région soient bien préparées à accueillir des étudiants et du personnel universitaire.  

Que pourrait représenter cette université pour un jeune qui grandit aujourd’hui à Arviat ou ailleurs ? 

Pour beaucoup de jeunes Inuit, ce campus pourrait changer la donne, car ils n’auront plus à quitter le Nord pour poursuivre des études supérieures. Ils pourront étudier tout en restant ancrés dans leur langue et leur culture. Ceci favorisera de meilleures perspectives d’avenir au sein même de leurs communautés.  

Dans cinq ou dix ans, comment aimeriez-vous voir Arviat évoluer grâce à la présence de l’université ? 

À long terme, la présence d’une université pourrait stimuler la création d’emplois, encourager le développement d’entreprises locales et renforcer les possibilités éducatives pour toute la région. C’est une vision partagée par plusieurs leaders locaux qui voient dans ce projet une possibilité d’innovation, de croissance et de renforcement culturel pour Arviat.  

L’Association des francophones du Nunavut, par l’intermédiaire du département Femmes et égalité de genre, a célébré les femmes nunavummiut à l’occasion du 8 mars, journée internationale des droits des femmes. Un brunch était organisé au Discovery avec une cinquantaine de participantes. Des prix ont été également décernés pour féliciter et encourager le leadership féminin au Nunavut.  

Son intérêt pour le Nord s’est accentué alors qu’elle complétait un baccalauréat à l’Université Laval de Québec. C’est avant même son entrée à l’université que Marianne Falardeau a commencé à s’intéresser à l’Arctique : « J’ai été sensibilisée aux impacts des changements climatiques sur la région arctique assez jeune, puis sur l’urgence de mieux comprendre ce qui se passe pour informer la population plus largement, mais aussi sur les décisions politiques en lien avec cette région-là. »

Alors que l’Arctique se réchauffe plus rapidement que le reste de la planète, elle souhaite, par le biais de ses recherches, contribuer à la compréhension de cette région qui fait face à des transformations majeures. 

Le savoir autochtone 

 Un aspect central de sa démarche repose sur la collaboration avec les communautés inuites. Les chercheurs, en plus d’avoir le privilège de travailler en Arctique, ont une responsabilité éthique selon elle, car leur terrain de recherche se trouve au cœur de leur territoire traditionnel.  

 De plus, le savoir traditionnel devrait, selon elle, être intégré aux recherches. La chercheuse plaide fortement pour l’inclusion et la diversité dans la science, et ce, depuis plusieurs années. Les communautés devraient avoir un pouvoir décisionnel dans la recherche et leurs savoirs permettent d’enrichir le processus de recherche en permettant de répondre à des questions complexes sous différents angles. 

« Les savoirs inuit ont une profondeur de connaissances, il y a une richesse et une difficulté dans leurs connaissances auxquelles on n’a pas nécessairement accès avec les savoirs occidentaux, explique-t-elle lors d’une entrevue. C’est vraiment une complémentarité des savoirs. »

L’inclusivité dans la recherche 

Faire de la recherche dans l’Arctique comporte aussi des défis logistiques majeurs : isolement, conditions climatiques extrêmes, accès limité aux infrastructures. Si ces réalités concernent l’ensemble des chercheurs, elle note que certaines considérations spécifiques aux femmes – notamment en matière de santé et de gestion du quotidien en milieu isolé – nécessitent des discussions ouvertes et une meilleure préparation, en particulier pour les plus jeunes. Il est aussi important d’après elle que les personnes de toute orientation sexuelle se sentent les bienvenues, et qu’il n’y ait pas de discrimination. 

Marianne Falardeau organise des ateliers pour les jeunes afin de leur présenter des parcours inspirants et leur montrer que la recherche dans l’Arctique est accessible à tous ceux qui en ont la passion.  

Elle souligne également l’importance de se tourner vers des mentors pour guider son parcours, une aide précieuse qui a largement contribué à son propre cheminement. « Le milieu évolue, il est inclusif, diversifié et accessible. Il ne faut pas se décourager si on a la passion, mais plutôt se dire que c’est possible d’aller chercher des modèles, des mentors qui peuvent nous aider à gravir les différents échelons de la recherche. » 

Le Sommet de l’Arctique s’est tenu à Whitehorse du 23 au 25 février. L’évènement, coorganisé par le gouvernement du Yukon et la Chambre de commerce de Whitehorse, a rassemblé près de 500 personnes, dont des dirigeants politiques autochtones, des représentants des gouvernements territoriaux, décideurs, acteurs économiques et partenaires circumpolaires pour discuter des enjeux actuels et futurs du Nord. 

 Plusieurs thèmes ont été abordés comme la souveraineté, la sécurité, les infrastructures et les ressources essentielles. C’est une vision du nord résilient et autonome qui a été mise en lumière.   

 Les trois territoires et leurs perspectives étaient représentés pendant ces trois jours. Que ce soit au niveau municipal, avec la présence des maires des trois capitales et d’Inuvik ou la présence de leadeurs inuit sur la scène arctique circumpolaire, les nombreux enjeux de la région, mais aussi la complexité de cette thématique ont été abordés sous plusieurs angles et perspectives durant ces trois jours.   

Un tournant décisif pour le Canada ? 

Pour Robert Oliphant, secrétaire parlementaire de la ministre des Affaires étrangères Anita Anand, présent au Sommet, le Canada se trouve à un tournant décisif. L’Arctique doit demeurer une région sure, résiliente et prospère pour ses habitant.e.s et les générations futures. Conjointement organisée par le gouvernement du Yukon et la chambre de commerce de Whitehorse, une exposition arctique accessible au public avait également lieu le 24 février au Centre culturel Kwanlin Dün. Cet évènement a mis en valeur des technologies, des innovations et des projets liés à la souveraineté et la résilience économique dans le Nord. 

 L’objectif global du sommet était de mettre les priorités nordiques au centre des stratégies nationales et internationales, d’accélérer les investissements durables dans les infrastructures, la sécurité et l’économie arctiques, et de favoriser des partenariats inclusifs où les communautés locales et autochtones jouent un rôle actif dans les décisions qui façonnent l’avenir du Nord. 

À l’Université du Manitoba, la registraire adjointe et directrice de l’aide financière et des bourses, Jane Lastra, indique que la banque alimentaire est un service essentiel au cours des dernières années. 

 Avant la COVID-19, elle aidait environ 50 étudiants et étudiantes par mois; aujourd’hui, ce nombre a été multiplié par 12. « Nous voyons actuellement plus de 600 utilisateurs individuels chaque mois. » 

 La directrice adjointe de l’Institut de l’alimentation et de l’agriculture de l’Université de la vallée du Fraser (UVF) en Colombie-Britannique, Stefania Pizzirani, partage le même constat. En 2023, les demandes de paniers alimentaires à l’UVF ont augmenté de 500 % par rapport aux années précédentes, passant d’une soixantaine à plus de 300 par mois. 

 La banque alimentaire de l’Université d’Ottawa enregistre de son côté une hausse de fréquentation pendant les périodes d’examens de mi-session et de fin de session, indique sa coordonnatrice, Hiba Assouane. 

Pourquoi une telle augmentation ? 

 Aux yeux des spécialistes interrogés, la montée de l’insécurité alimentaire n’est pas le fruit du hasard, mais la convergence de plusieurs facteurs économiques, dont le cout de la vie et plus particulièrement celui du logement. 

 À Halifax par exemple, un hébergement avec deux chambres peut couter entre 2500 $ et 3000 $ par mois. Une réalité qui prend de nombreux étudiants et étudiantes par surprise, remarque le professeur à l’Université Dalhousie et directeur du Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire, Sylvain Charlebois en entrevue avec Francopresse. 

Stefania Pizzirani évoque les concepts de « couts négociables et non négociables ». Elle explique que le loyer, le transport et les frais de scolarité sont perçus comme des dépenses fixes. Par conséquent, la nourriture devient la seule variable d’ajustement, déduit-elle. 

 « Malheureusement, pour beaucoup, la nourriture est un cout négociable. Nous voyons cela fluctuer […] concernant la qualité et la quantité de nourriture auxquelles ils peuvent accéder. » 

En plus de l’inflation locale, elle avance des facteurs mondiaux comme les changements climatiques, qui affectent les récoltes de café et de cacao, et les conflits qui ont des répercussions sur la chaine d’approvisionnement mondiale, faisant grimper les prix à l’épicerie. 

Selon Stefania Pizzirani, l’alimentation devient la seule variable d’ajustement pour de nombreux étudiants.

Courtoisie

Des étudiants vulnérables en première ligne 

« Les étudiants internationaux ont beaucoup de difficultés, ils ne savent pas trop où aller s’ils ont besoin d’aide. C’est un phénomène grandissant [de les voir aux banques alimentaires universitaires] », constate Sylvain Charlebois. 

 Hiba Assouane explique que ce groupe estudiantin fait face à des couts d’enseignement plus élevés que les autres groupes et à des défis en matière d’emploi. 

Parmi les autres personnes qui fréquentent la banque alimentaire, Hiba Assouane cite les parents étudiants, « en particulier ceux qui ont des enfants et qui doivent répondre aux besoins nutritionnels de plusieurs membres de la famille, souvent avec un revenu restreint ou précaire ». 

 Sylvain Charlebois mentionne aussi la fragilité des groupes socialement marginalisés, notamment la communauté 2ELGBTQI+. 

 La coprésidente du Comité des Jeunes du Réseau pour une alimentation durable, Natalie Weder, croit qu’il peut aussi y avoir un plus grand écart dans l’accès à une alimentation saine entre les étudiants et étudiantes handicapées, des minorités racialisées ou qui payent des frais plus élevés. 

À l’épreuve de la stigmatisation 

Selon Sylvain Charlebois, un obstacle majeur au soutien des personnes en difficulté reste la stigmatisation. « Pour chercher de l’aide, il y a une gêne. Si c’est opéré par des étudiants, on a une crainte que ça se sache », souligne-t-il. Les personnes hésitent souvent à solliciter de l’aide par peur d’être jugées ou d’associer leur situation à un échec personnel, précise-t-il. 

 C’est pourquoi il recommande que les universités prennent une part plus active et directe dans la gestion de ces services, plutôt que de s’en remettre à la communauté étudiante. 

 À l’UVF, la coordinatrice des opérations du salon de bienêtre, Candace Eng, propose un formulaire de demande en ligne avec peu de questions et sans preuve de revenus. Les paniers sont ensuite distribués dans des casiers pour plus de discrétion et des aménagements sont disponibles sur demande. 

À l’Université de la vallée du Fraser, les étudiants et étudiantes voient le temps nécessaire pour faire les courses et les longs déplacements comme des obstacles à la sécurité alimentaire, constate le salon de bienêtre.

Crédit : University of the Fraser Valley

e la pression à l’adaptation 

 Hiba Assouane confie que la hausse de la demande exerce une pression constante sur les ressources de la banque alimentaire, en particulier pour les produits frais et les protéines. 

 Candace Eng, indique que la banque alimentaire de l’UVF s’appuie désormais sur des dons monétaires et un financement dédié plutôt que des dons de nourriture. D’après elle, cette stratégie permet de mieux répondre aux besoins des étudiants et des étudiantes tout en assurant une stabilité dans l’approvisionnement. 

Pour s’adapter aux besoins de chacun et chacune, l’UFV dispose de paniers avec des options végétariennes et sans gluten. Un cours de cuisine gratuit est également proposé ce semestre pour savoir comment préparer des repas « simples et nutritifs », à partir d’ingrédients faciles à trouver. 

À l’Université du Manitoba, si les étudiant et étudiantes ne peut pas se déplacer ou a des besoins culturels spécifiques, la banque alimentaire organise des livraisons à domicile. 

À l’Université d’Ottawa, Hiba Assouane évoque des initiatives gratuites, comme les repas chauds et le marché de produits frais qui proposent plus d’options à la communauté étudiante en besoin. « Aucun étudiant ne devrait décider entre de la nourriture dans son estomac ou payée une facture », lâche-t-elle. 

 Natalie Weder, quant à elle, suggère la mise en place des réfrigérateurs communautaires pour rendre l’accès à la nourriture plus facile. 

Le 13 février, le Comité sénatorial permanent des langues officielles a dévoilé le rapport « Faire tomber les barrières linguistiques en santé ». 

 Fruit de 18 mois d’audiences, le document souligne que les francophones de l’extérieur du Québec – comme les anglophones au Québec – font face à un manque de services, de personnel bilingue et de mécanismes systématiques pour garantir l’offre active de soins dans leur langue. 

 Ces obstacles touchent encore plus fortement certaines populations vulnérables, comme les ainés, les nouveaux arrivants, les communautés racisées et les personnes ayant des besoins en santé mentale. 

Revoir la Loi canadienne sur la santé 

 Entre 2023 et 2024, les sénateurs et sénatrices ont recueilli 121 témoignages portant sur les obstacles rencontrés par les communautés de langue officielle en situation minoritaire pour obtenir des services de santé. 

 Pour remédier à ces inégalités, le Comité formule 14 recommandations. La plus structurante propose de revoir la Loi canadienne sur la santé afin d’y intégrer des obligations linguistiques liées aux transferts fédéraux en santé. 

 Le rapport appelle aussi à définir clairement des clauses linguistiques dans les ententes fédérales-provinciales, à renforcer le financement des organismes communautaires et des établissements postsecondaires formant du personnel bilingue, et à accélérer la collecte de données linguistiques pour mieux planifier les services. 

Message bien reçu 

 Le directeur général de la Société Santé en français (SSF), Antoine Désilets, souligne un « bon rapport », qui reflète la réalité du terrain. « J’ai l’impression que le Comité a bien compris les messages qui leur ont été envoyés par les nombreuses personnes et organismes qu’ils ont reçus. » 

 Certaines recommandations vont même plus loin que ce à quoi il s’attendait, comme celle d’ajouter une lentille linguistique à la Loi canadienne sur la santé. « Si elle est mise en œuvre, ça aura un impact immense sur le financement disponible au niveau de la santé en français. » 

 Il met aussi en avant la recommandation du Sénat liée à la reconnaissance des titres de compétences étrangers. 

 Le rapport invite la ministre de l’Emploi et des Familles, celle de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté ainsi que le ministre responsable des Langues officielles à unir leurs efforts afin que cette reconnaissance tienne compte des besoins en personnel bilingue en santé dans les communautés de langue officielle en situation minoritaire. 

 Dans le cadre de la prochaine stratégie pangouvernementale en matière de langues officielles, le Comité demande au gouvernement de créer une passerelle accélérée pour les travailleuses et travailleurs de la santé francophones et bilingues. 

« Les immigrants francophones ont d’énormes défis à faire reconnaitre leurs compétences […] parce qu’il faut souvent pouvoir démontrer qu’on est capable d’offrir des services en anglais », détaille Antoine Désilets. «

« Ce sont des gens qui ont de la difficulté à atteindre le bon niveau d’anglais ou le niveau requis, mais qui ne sont pas capables d’aller contribuer leur force au système de santé actuel parce qu’on ne reconnait pas leur diplôme […] Sans la reconnaissance des types de compétences, on augmente le besoin, sans augmenter l’offre. » 

Pour connaitre les besoins et les combler, la collecte de données reste également primordiale, estime-t-il. 

 Il cite l’Île-du-Prince-Édouard, qui a introduit une carte d’assurance-maladie bilingue, où figure la langue de service préférée par la personne. « C’est super parce que ça nous donne un portrait juste de qui a besoin de ces services. » 

« On parle tous le même langage » 

Pour la présidente de la Fédération des aînées et aînés francophones du Canada (FAAFC), Joanne Dumas, ce rapport « nécessaire » du Sénat rejoint les inquiétudes de son organisme : « Il n’y a aucun doute, on parle tous le même langage ». « Il faut faire un investissement dans toutes les provinces. Ça ne peut pas continuer comme ça […] Il faut vraiment envoyer le message que les barrières linguistiques en santé, ce n’est pas seulement un obstacle administratif : ça compromet la sécurité des soins de tout le monde. » 

Elle salue aussi la recommandation du Comité d’inclure des clauses linguistiques dans certaines ententes bilatérales entre le gouvernement fédéral et les provinces et territoires.  «C’est aussi important qu’il y ait du financement additionnel qui soit donné aux regroupements communautaires. On ne doit pas attendre d’être malade pour commencer à recevoir des services. On doit commencer ça avant ». 

Prévenir pour guérir 

 Joanne Dumas met de l’avant des initiatives comme Bien vieillir chez soi, piloté par la FAAFC, qui soutiennent les personnes ainées vulnérables. Selon elle, ces programmes coutent moins cher à l’État que de « trouver des espaces physiques pour installer ces gens-là ». 

 La FAAFC espère que le gouvernement maintiendra ce programme, qui doit prendre fin le 31 mars 2026. « En Colombie-Britannique, d’ici 10 ans, on aura un manque d’environ 16 à 17 000 lits pour des ainés qui vont se retrouver dans des besoins de santé sérieux », alerte-t-elle. 

À ses yeux, la prévoyance joue un rôle clé pour mieux desservir les ainés et leur fournir l’équipement nécessaire afin qu’ils puissent mener « une vie sereine chez eux, au milieu de leur communauté ». 

 La présence de personnel bilingue reste un des défis majeurs. « Quand on embauche du personnel, que ce soit en Saskatchewan ou Territoires du Nord-Ouest, on doit s’assurer qu’il y a toujours un petit nombre d’employés qui soit capable de desservir la communauté francophone dans la langue française », ajoute-t-elle. 

 La responsable rappelle qu’en vieillissant, les personnes âgées francophones ne veulent parfois plus parler leur deuxième langue. « Elles veulent parler de leur langue d’origine ». D’où l’importance de pouvoir être soigné en français. 

 Elle souligne aussi que la communauté francophone, par exemple en Colombie-Britannique, où elle réside, est vieillissante : « 49 % des francophones de la province ont plus de 50 ans. C’est beaucoup. » 

Les Jeux d’hiver de l’arctique à Whitehorse ont, une fois de plus, été la célébration de performances sportives pour les athlètes des trois territoires. Mais il n’y a pas que le sport qui a été célébré durant cette semaine forte en émotions. L’amitié et les liens culturels forts qui unissent les délégations de l’Arctique circumpolaire ont brillé autant lors des épreuves que pendant les performances culturelles.

La gouverneure générale du Canada, Mary Simon, est venue assister à la dernière épreuve des sports arctiques le 13 mars. Elle a remis plusieurs médailles et félicité les athlètes de haut niveau. Gérald Kisoun, commissaire des TNO était également présent à Whitehorse et a suivi plusieurs épreuves, dont le hockey et les jeux Dénés. Il était présent le 13 mars, auprès de Mme Simon, pour remettre les médailles, notamment un ulu d’or, à Veronica McDonald originaire de Fort Smith.

La gouverneure générale du Canada, Mary Simon, salue une personne du public. Elle a assisté, accompagnée de son époux, à l’épreuve de l’avion, aux Jeux d’hiver de l’Arctique à Whitehorse.

Crédit : Nelly Guidici - Connexion Arctique

De nombreuses médailles

À l’issue des compétitions, le Yukon a récolté 159 médailles, dont 51 en or, et se trouve juste derrière l’Alaska qui, comme en 2024, a gagné le plus de médailles avec 204 ulus, dont 70 en or. Les TNO repartent avec 86 médailles dont 37 en or, suivi par le Nunavut, qui a gagné 40 médailles, dont cinq en or.

Le Yukon s’est placé sur la plus haute marche du podium lors des épreuves de ski alpin, de planche à neige et de biathlon. Les TNO ont brillé aux épreuves de patinage de vitesse, aux jeux Dénés et aux sports arctiques. Le Nunavut s’est particulièrement distingué aux épreuves de lutte et au hockey. Douze du total de leurs médailles ont été remportées durant les épreuves de lutte. 

Dans le stade, l’ambiance change brusquement lorsque vient le moment du Airplane. Les conversations s’atténuent, les spectateurs se penchent légèrement vers l’avant. L’athlète s’allonge face contre le sol, les bras étendus comme les ailes d’un avion. Il ferme les yeux quelques secondes, prend une respiration, puis donne le signal. 

Deux personnes saisissent ses poignets, tandis que deux autres passent une sangle sous ses chevilles pour soulever ses jambes. Lentement, le corps quitte le sol. Le défi commence alors. 

L’athlète doit maintenir son corps parfaitement droit, sans plier les bras ni laisser fléchir son dos. Les quatre personnes qui le soutiennent avancent à petits pas, pendant que les juges observent attentivement chaque mouvement. Le moindre déséquilibre peut mettre fin à la tentative. Une voix s’élève pour encourager le compétiteur, mais l’arbitre rappelle  que le silence est de rigueur. La concentration est essentielle.

Trois athlètes nunavummiut disputaient cette difficile épreuve.

Crédit : Kahina Chouiter

Une épreuve spectaculaire 

Parmi les disciplines des Jeux traditionnels de l’Arctique, le Airplane est reconnu comme l’une des épreuves les plus impressionnantes. 

Aux côtés du knuckle hop (saut sur jointures), du saut à pieds joints, du triple saut ou encore du arm pull, il met à l’épreuve la force et l’endurance des athlètes. 

Mais le Airplane comporte un défi particulier. La position exige une grande rigidité du corps et les risques de blessure sont plus élevés que dans plusieurs autres disciplines. Pour cette raison, l’épreuve est souvent présentée à la fin du programme. 

Autrefois, la performance était mesurée en distance. Les athlètes devaient parcourir le plus de mètres possible tout en maintenant la position. 

Depuis 2016, la discipline est devenue une épreuve chronométrée. Le but est désormais de tenir le plus longtemps possible. 

Le record de distance appartient à Makabe Nartok, qui avait parcouru 48,98 mètres lors des Jeux de 1986. Le record du meilleur temps est détenu par Tittu Wille, avec 46,69 secondes, établi en 2016. 

Un héritage des peuples du Nord 

Comme plusieurs disciplines présentées aux Jeux d’hiver de l’Arctique, le Airplane s’inscrit dans la tradition des jeux autochtones du Nord. 

Ces jeux servaient autrefois à développer les capacités physiques nécessaires pour vivre dans les conditions exigeantes de l’Arctique : la force, la coordination, l’endurance et la résistance à la douleur. 

Aujourd’hui, ces disciplines sont devenues un symbole culturel important. Elles permettent aux jeunes athlètes des régions circumpolaires de se rencontrer et de célébrer un héritage commun. 

Beaucoup de participants prennent part à plusieurs épreuves durant les Jeux. 

Haydon Robert Chartier, jeune athlète originaire de Juneau en Alaska, a remporté la médaille de bronze en Airplane. Il explique qu’il ne s’est essayé à cette discipline que quelques fois. 

« J’ai essayé peut-être deux ou trois fois seulement d’être porté », raconte-t-il. « Ça fait partie d’un ensemble. On s’entraîne pour plusieurs disciplines et on travaille notre corps de façon très intense. » 

Haydon Robert Chartier (droite) sur le podium des sports arctiques.

Crédit : Nelly Gudici

Une épreuve de force… et de courage 

Le Airplane demande une combinaison de qualités physiques et mentales. 

Les athlètes doivent posséder une grande force dans le dos et les épaules afin de maintenir une position rigide pendant qu’ils sont transportés. L’équilibre et la concentration sont tout aussi importants, car le moindre mouvement peut mettre fin à la tentative. 

Mais au-delà de la performance, l’épreuve exige aussi du courage. 

C’est sans doute cette combinaison de tradition, de défi physique et de détermination qui fait du Airplane l’une des disciplines les plus marquantes des Jeux d’hiver de l’Arctique. 

Et lorsque le dernier athlète est soulevé, que l’aréna retombe dans le silence et que tous les regards suivent son effort, on comprend pourquoi cette épreuve laisse une impression durable chez celles et ceux qui y assistent. 

Dans les gradins, la coach, ancienne athlète ayant participé à de nombreux Jeux d’Hiver de l’Arctique commente lors de la remise de médailles :

« C’est incroyable ce que ces jeux créent. Ils rassemblent ces jeunes venus de partout dans le monde, on entend parler des langues lointaines et autochtones, c’est formidable ».

Celui qui a remporté la médaille d’or pour le Airplane n’est autre que Chris Stipdonk, celui qui a également établi le record du monde du Knuckle hop et remporté l’or dans cette discipline. Une performance impressionnante qui confirme une fois de plus la domination de l’athlète dans les sports traditionnels de l’Arctique. Pour le public comme pour les autres compétiteurs, sa prestation restera sans doute l’un des moments marquants de ces Jeux d’hiver de l’Arctique. Pour le Nunavut, Breton McNeil termine au pied du podium (4e), Adrian Olayuk est 10e,  David Audlakiak 12e et Joey Komakjuak 15e.

Une aréna Takhini survoltée, un suspense haletant : quelle finale de hockey entre le Nunavut et le Yukon ! Les moins de 15 ans avaient rendez-vous le 13 mars pour entrer dans l’histoire locale du hockey. Mission accomplie avec succès sur un but de Philo Armstrong. Les jeunes entraînés par Sean Mulcahy, Josh Pollock et Craig Smith ont maîtrisé une valeureuse équipe yukonnaise de la première à la dernière minute. On vous fait revivre cette victoire historique en vidéo !