le Mardi 28 avril 2026

Originaire d’Igloolik, où il a grandi avant d’en devenir maire, Louis Tapardjuk est demeuré étroitement lié à sa communauté tout au long de sa carrière. Son parcours s’est inscrit à la fois dans la vie politique du territoire, notamment comme député de la circonscription d’Amittuq de 2004 à 2013, et dans la défense des intérêts inuit.  

L’ouvrage Fighting for Our Rights: The Life Story of Louis Tapardjuk, publié en 2016 par Nunavut Arctic College Media retrace son rôle dans le développement du Nunavut ainsi que son combat pour la reconnaissance des droits et la promotion de l’inuktut.

Au fil des années, Louis Tapardjuk s’est imposé comme une figure influente de la vie politique nunavummiut. Il a participé aux négociations ayant mené à la création du Nunavut, siégé à l’Assemblée législative et exercé plusieurs fonctions liées à la culture, à la langue et à la jeunesse.  

Il a également fait partie du conseil d’administration de la Qikiqtani Inuit Association (QIA). Plus récemment, il occupait la présidence de l’Inuit Uqausinginnik Taiguusiliuqtiit, l’organisme responsable de la promotion et de la protection de la langue inuit au Nunavut, poursuivant ainsi son action de longue date pour sa préservation et son rayonnement.

Un héritage salué à travers le territoire

Le Premier ministre du Nunavut, John Main, estime que les contributions de Louis Tapardjuk à la préservation de la langue et de la culture inuit « sont inégalées ». Il évoque notamment ses débuts à Igloolik, où il participait, pour la station de recherche, à la documentation du savoir et des traditions orales inuit, à une époque de profonds bouleversements pour les communautés.

Toujours selon le Premier ministre, cet engagement s’est poursuivi sur la scène politique, notamment dans la défense du droit à l’autodétermination et la promotion de la langue et des pratiques inuit au sein des institutions.

De son côté, la Qikiqtani Inuit Association (QIA) a souligné l’importance de son héritage, rappelant qu’il a consacré sa vie au service public et au renforcement de l’identité inuit. Son président, Olayuk Akesuk, a salué, par voie de communiqué, un leader « respecté et influent », dont l’attachement à sa communauté, à la langue et à la culture « continuera de guider les générations futures ».

Plusieurs figures publiques ont également tenu à rappeler l’empreinte durable qu’il laisse derrière lui.

L’ancien commissaire du Nunavut, Piita Irniq, qui l’a connu dès 1958, se souvient d’un homme « toujours engagé à aider les autres », et soucieux de faire une place à la culture et aux traditions inuit au sein du gouvernement. Il souligne qu’il a « joué un rôle majeur dans la construction du Nunavut ».

Sur les réseaux sociaux, l’ancien leader inuit Tagak Curley a, pour sa part, mis en lumière son attachement à la langue, rappelant qu’il s’exprimait uniquement en inuktut au sein du cabinet et répondait aux questions ainsi à l’Assemblée législative.

Son petit-fils, Randy Qattalik, évoque enfin un homme profondément engagé. « Mon grand-père était un ardent défenseur du progrès culturel des Inuit. Il incarnait les principes de l’Inuit Qaujimajatuqangit, notamment par sa sagesse, sa gentillesse et sa patience. Son dévouement est inspirant. Il nous manquera énormément ».

Le constructeur naval Davie a annoncé que la construction du futur brise-glace Polar Max, dont la coque a été découpée à Helsinki, en Finlande, et acheminée au Québec, se poursuit maintenant à Lévis.

Le chantier a officiellement débuté en aout 2025 à Helsinki avec la première découpe d’acier pour la coque, tandis que la première soudure officielle a été réalisée le 31 mars dernier, à Lévis.

C’est dans le cadre d’un contrat à prix fixe que le chantier a été attribué à Davie en mars 2025. La construction du brise-glace progresse à un rythme inédit, selon le constructeur grâce à une collaboration étroite entre Davie, le chantier naval d’Helsinki et la Garde côtière canadienne.

« Cette approche illustre le rôle central de Davie dans la construction navale canadienne et démontre une fois de plus que Davie contribue directement au renforcement de la souveraineté canadienne en Arctique en accélérant l’accès à des capacités essentielles », explique Catherine Audet, directrice des affaires publiques à Davie.

La construction est menée simultanément au Canada et en Finlande, ce qui permettra de réduire de plusieurs années les délais de livraison. Pour Mme Audet, le rythme exceptionnel du projet Polar Max s’explique principalement par l’approche innovante proposée par Davie au gouvernement du Canada, qui a permis de devancer de près d’une décennie la livraison d’un brise‑glace polaire par rapport au plan initial. « Le contrat repose sur un design éprouvé, ce qui a permis d’éviter plusieurs années de conception et d’entrer rapidement en phase de production », précise-t-elle.

La construction du brise-glace Polaire Max est un chantier d’ampleur à Lévis au Québec. La première découpe d’acier pour la coque a eu lieu à Helsinki en Finlande en aout 2025.

Courtoisie Davie

Une collaboration fructueuse avec la Finlande

En mars 2025, la société Davie, propriétaire du chantier naval d’Helsinki, a signé un accord avec le gouvernement canadien pour la construction d’un brise-glace de grande puissance. Ce nouveau navire, dont le plan s’inspire de la base de la forme de coque originale Aker ARC 148 d’Aker Arctic, créé par le chantier naval d’Helsinki.

La collaboration avec la Finlande et son savoir-faire mondialement reconnu est bénéfique selon Mme Audet. De plus, un important échange de savoir-faire entre les équipes canadiennes et finlandaises est en cours, et plus d’une cinquantaine d’employés participent déjà à des rotations entre les deux pays, contribuant à renforcer l’expertise qui appuiera les futurs programmes de la Stratégie nationale de construction navale (SNCN).

« Ces échanges s’inscrivent dans le cadre du ICE Pacte, une initiative qui vise à renforcer la coopération entre nations alliées afin de soutenir le développement des capacités industrielles en construction navale », élabore Mme Audet.

Les autres navires prévus dans l’enveloppe de la SNCN seront livrés de façon échelonnée selon les calendriers contractuels établis par le gouvernement du Canada.

Le Polar Max sera un navire de 22 800 tonnes. Il servira également de navire de recherche, capable d’intervenir toute l’année dans le cadre d’opérations de lutte contre les marées noires et de remorquage d’urgence.

Cinq minutes de défilement quotidien sur TikTok pendant un an et vous parcourez l’équivalent de 20 kilomètres en voiture chaque semaine. Regarder des vidéos en continu pendant une à deux heures sur un téléviseur ? Une consommation d’électricité comparable à celle d’un réfrigérateur en une demi-journée. Nos usages numériques ont un impact environnemental réel, et toujours grandissant.

De quoi parle-t-on ?

L’empreinte carbone du numérique correspond à l’ensemble des émissions de CO₂ produites par les activités en ligne, comme la lecture de vidéos en continu, les jeux, le défilement de publications sur les réseaux sociaux, le téléchargement de fichiers, les réunions virtuelles ou encore l’envoi de courriels.

L’empreinte ne se limite pas à ce qu’on fait en ligne : elle englobe aussi – et surtout – les infrastructures matérielles, comme les équipements (téléphones intelligents, ordinateurs, objets connectés), le matériel lié au réseau (antennes relais, câbles, boitiers Internet) et les centres de données.

En résumé, elle inclut tout ce qui vient en amont, dont la fabrication des appareils, leur utilisation, puis leur fin de vie, avec la question des déchets électroniques, notamment.

Un centre de données Google de taille standard utiliserait environ plus de 1,7 million de litres d’eau par jour, rapporte la spécialiste en communication et engagement à la Fondation David Suzuki, Laurence Bolduc. Elle ajoute que la construction de ces bâtiments peut aussi entrainer des déforestations et la destruction d’habitats naturels.

Les câbles à fibres optiques sous-marins s’étendent sur environ 1,5 million de kilomètres à travers le globe. « Tout ça a énormément de conséquences, que ce soit avec la pollution chimique et sonore », poursuit-elle.

Le numérique représenterait entre 3 et 5 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, un ordre de grandeur similaire à l’aviation civile (2,5 %) ou aux véhicules lourds (4 %), illustre Martin Deron, doctorant à l’Université Concordia et membre de l’Observatoire international sur les impacts sociétaux de l’IA et du numérique (Obvia).

Des chiffres certainement bien en deçà de la réalité, car, au Canada comme ailleurs, des données précises sur le sujet manquent.

Opacité des données

« Ce sont beaucoup d’estimations. En fait, dans l’univers technologique, on a beaucoup d’opacité. On n’est pas en mesure d’avoir accès à beaucoup de chiffres, à la fois sur les équipements importés, mais également sur la manière dont se déploient nos systèmes », explique Martin Deron.

« La raison pour laquelle on n’a pas de chiffres, c’est parce que l’industrie ne nous laisse pas y avoir accès […] On n’a pas accès à comment les grands systèmes d’intelligence artificielle générative – OpenAI, META, etc. – ont entrainé leur modèle, quel mix énergétique ils ont utilisé. »

— Martin Deron, doctorant à l’Université Concordia et membre de l’Observatoire international sur les impacts sociétaux de l’IA et du numérique (Obvia).

S’il n’existe pas de données spécifiques au Canada, les mesures utilisées proviennent principalement d’études internationales ou de travaux réalisés en France. Une des similitudes entre ce pays européen et certaines provinces canadiennes réside dans un mix énergétique peu carboné : l’hydroélectricité ici et le nucléaire en France. Les deux États importent en outre la majorité de leurs équipements technologiques.

 Greenwashing et course à l’IA

Est-ce que l’industrie essaie de corriger le tir ? Oui et non. Les entreprises s’intéressent aux énergies décarbonées quand celles-ci leur permettent de faire des économies. « Les centres de données ont tout intérêt à se déployer dans une région du monde où l’électricité peu carbonée est moins chère et à augmenter ou améliorer en permanence leur procédé de récupération de chaleur, tout ça parce que c’est lié à des couts », détaille Martin Deron.

« Les trajectoires que suivent les [entreprises] numériques aujourd’hui sont insoutenables, au sens où tous les facteurs d’impact [environnemental] augmentent rapidement […] La réponse des acteurs principaux, c’est de dire qu’on va faire moins pire ou on va réduire l’accélération des impacts.»

Ce qui reste, à ses yeux, insuffisant. Par ailleurs, les géants du numérique se présentent comme des acteurs de transition seulement lorsque cela les arrange. « Il y a quelques années, on avait des rapports annuels de Google, d’Amazon, de Meta qui nous disait à quel point ils allaient être carboneutres ou water positive […] Les discussions autour des mesures de carboneutralité étaient un petit peu plus importantes, y compris pour les consommateurs
et les gouvernements. »

Mais les temps ont changé. « Maintenant, avec une espèce de course à l’armement en IA générative, toutes les équipes en éthique ou en environnement ont été mises de côté. On n’a plus du tout de promesses de ce type. »

Martin Deron n’hésite pas à parler de « greenwashing » : « C’est opportuniste pour ces acteurs de le faire lorsqu’il y a la place » dans le discours public. Le contexte politique actuel n’aide pas. « La plupart de ces entreprises-là ont un lien, sinon direct, indirect, à l’administration américaine. Et en ce moment, celle-ci prend un bord qui ne considère pas du tout ces questions-là », remarque le spécialiste.

Quelles solutions ?

Martin Deron retient deux niveaux d’action : poser des gestes concrets à l’échelle individuelle et changer carrément de paradigme. Allonger au maximum la durée de vie des équipements ou favoriser des logiciels et des sites Internet écoconçus peut constituer un point de départ. Dans le monde du travail, ne pas renouveler systématiquement les flottes informatiques et mutualiser les équipements en est un autre.

Parmi les autres petits gestes qui peuvent réduire notre empreinte, Laurence Bolduc conseille de désactiver la lecture continue ou automatique des vidéos, mettre son cellulaire en mode énergie, enlever la vidéo lors des visioconférences ou encore favoriser les appels téléphoniques quand cela est possible.

Changer de modèle

L’autre piste reste de réfléchir collectivement à la façon dont on peut construire un autre monde numérique, à contrecourant des grandes plateformes. Autrement dit : « Comment est-ce qu’on fait advenir un écosystème numérique qui soit compatible avec la transition écologique ? », résume Martin Deron.

Pour lui, cette réflexion relève même d’une considération démocratique : « Les technologies numériques algorithmiques ont une telle influence sur nos vies, ce n’est peut-être pas normal qu’on n’ait pas un endroit où on peut en discuter démocratiquement. »

La question n’est pas de tout débrancher et de revenir en arrière, mais de choisir, nuance-t-il. « Aujourd’hui, on est dans une surenchère technologique qui dépasse de loin les besoins et les envies des personnes ». « Entre Wikipédia et ChatGPT, ce sont des modèles d’affaires différents, des valeurs différentes et une consommation d’énergie et des impacts environnementaux d’ordres de grandeur extrêmement différents. »

Agir à son échelle

L’échelle d’action est beaucoup plus petite qu’on ne le pense. « Alors oui, c’est sûr que si on avait un cadre règlementaire qui forçait les entreprises technologiques à faire ceci ou cela, ce serait formidable. […] Mais quelque part, la dimension politique, elle peut être beaucoup plus proche des individus aussi », avance Martin Deron.

Il mentionne En Commun, une plateforme qui regroupe des personnes et communautés qui partagent leurs expériences et bonnes pratiques, notamment pour sortir des GAFAM (Google, Apple, Facebook – Meta –, Amazon et Microsoft).

Le chercheur reste optimiste : « Il y a des façons de connecter ces actions individuelles avec des préoccupations plus collectives, que ce soit à l’échelle des communautés, d’un territoire, d’une province, d’un pays. »

La capitale du territoire a connu de fortes chutes de neige ce dimanche 19 avril, recouverte d’un beau manteau d’une quinzaine de centimètres. Une neige de printemps, dense mais encore légère, douce comme des plumes d’oie, qui rappelle à « Charly » que l’hiver arctique n’a toutefois pas encore tiré sa révérence.

Le Nunavoix : Vous avez récemment annoncé votre décision de quitter le NPD pour vous joindre au Parti libéral. Quels sont les principaux facteurs qui vous ont amenée à faire ce changement à ce moment précis ?

Lori Idlout : Mes électeurs, ma famille et mes partisans souhaitaient que je traverse la Chambre afin de leur donner une voix encore plus forte. Il s’agit d’un moment charnière pour le Nunavut et pour l’avenir de notre peuple, et je suis prête à contribuer à des retombées concrètes pour le territoire et le Canada. Je me réjouis à l’idée de travailler avec le premier ministre Carney et mes nouveaux collègues afin de générer des investissements et de nouvelles possibilités pour les communautés.

Selon vous, en quoi le fait de rejoindre le parti au pouvoir vous permettra-t-il de mieux représenter les intérêts du Nunavut et d’obtenir des résultats concrets pour le territoire ?

Je porterai la voix des Nunavummiut pour veiller à ce que les menaces à notre souveraineté et d’autres enjeux critiques soient pris en compte, tout en répondant aux besoins immédiats du Nunavut. J’ai hâte d’amener des parlementaires dans le territoire et de bâtir sur les investissements importants déjà réalisés par le gouvernement fédéral. Surtout, je souhaite contribuer à établir des collaborations historiques fondées sur le respect et la prospérité pour notre peuple.

« C’était le bon moment de me joindre au Parti libéral afin de faire avancer plus efficacement les intérêts de notre territoire. »

Certains Nunavummiut pourraient se dire surpris, voire préoccupés par ce changement. Quel message souhaitez-vous adresser aux électeurs qui ont voté pour vous sous la bannière néo-démocrate ?

Mes valeurs demeureront les mêmes en tant que députée du Nunavut. Cela signifie prendre des décisions qui garantiront que les voix de notre population soient pleinement représentées. Il s’agit d’un moment parmi les plus importants de notre histoire et, après plusieurs semaines et mois de consultations auprès des Nunavummiut, y compris ceux qui ont voté pour moi en tant que Néo-démocrate, j’ai estimé que c’était le bon moment de me joindre au Parti libéral afin de faire avancer plus efficacement les intérêts de notre territoire.

Quelles sont les priorités clés sur lesquelles vous allez maintenant vous concentrer en tant que députée libérale du Nunavut, notamment en matière de logement, de coût de la vie et d’autodétermination des Inuit ?

Je continuerai de me concentrer sur les besoins immédiats du Nunavut. La pauvreté, le coût de la vie et la surpopulation dans les logements doivent être abordés. Je chercherai à concilier ces priorités avec de nouveaux investissements fédéraux en logement et en infrastructures, tout en veillant à ce que le Nunavut joue un rôle clé dans l’économie canadienne.

Nous mettons en place l’Allocation canadienne pour l’épicerie et les besoins essentiels, ainsi que d’autres initiatives pour alléger le fardeau des familles. Il est important de poursuivre dans cette voie. Les Nunavummiut doivent bénéficier des ententes conclues par notre premier ministre sur la scène internationale. Celles-ci devraient se traduire par davantage de possibilités à l’échelle locale.

 « Ce sont les Nunavummiut eux-mêmes qui demandaient que je rejoigne le Parti libéral. »

Avez-vous eu des discussions avec des organisations inuit ou des dirigeants territoriaux au sujet de cette décision, et quelles réactions avez-vous reçues jusqu’à présent ?

Oui ! J’ai eu d’excellentes discussions avec les dirigeants territoriaux et j’attends avec impatience les discussions avec les leaders inuit. J’ai reçu un soutien massif, puisque ce sont les Nunavummiut eux-mêmes qui demandaient que je rejoigne le Parti libéral.  

La semaine dernière, j’ai notamment rencontré le premier ministre Main ainsi que les ministres Chartrand, Champagne et LeBlanc. Ces échanges ont permis d’ouvrir la porte à des partenariats plus solides et à des retombées encore plus importantes pour les Nunavummiut. Nous continuerons de travailler étroitement au cours des prochaines semaines et des prochains mois afin de bâtir un avenir plus solide pour notre population.

Le Parti Libéral a désormais la majorité au Parlement

Après le ralliement de Lori Idlout au Parti Libéral puis de la Conservatrice Marilyn Gladu la semaine dernière, Mark Carney avait franchi une étape importante dans le but d’obtenir une majorité avec 171 députés. Au total, cinq parlementaires ont changé de bannière au cours de la dernière année. Grâce aux élections partielles remportées lundi 13 avril  dans trois circonscriptions (Terrebonne, University-Rosedale et Scarborough-Sud-Ouest), le gouvernement Carney compte désormais 174 sièges à la Chambre des communes, soit une majorité contre 169 dans l’opposition. 

Ikajuqtigiikta, qui signifie « Aidons-nous les uns les autres » en inuktitut, s’articule autour de quatre axes :  renforcer les liens familiaux et communautaires, soutenir la croissance économique et l’emploi, optimiser les opérations gouvernementales et les partenariats ainsi qu’investir dans l’avenir des Nunavummiut.

Élaboré en collaboration avec la Nunavut Tunngavik Incorporated (NTI), des organisations inuit régionales, des ainés et les membres de l’Assemblée législative, le document privilégie des orientations générales et des principes de collaboration, plutôt que des priorités précises comme le logement, qui se retrouvait au cœur du mandat précédent.

Des actions encore floues

« Je crois fermement au Piliriqatigiinniq — travailler ensemble dans un but commun », affirme le premier ministre John Main. Il reconnait toutefois que le territoire fait face à des défis majeurs, notamment en matière d’infrastructures, de logement et de pauvreté.

Il évoque certaines pistes d’actions, comme la poursuite de programmes existants et la réalisation de projets d’infrastructure, sans en préciser les modalités de mise en œuvre ni le calendrier. « Les ministères présenteront les premières actions qu’ils entreprendront pour mettre en œuvre les priorités du mandat dans le plan d’affaires qui sera présenté ce printemps », indique l’attachée de presse du gouvernement du Nunavut, Joanna Awa.

Quelques initiatives sont toutefois déjà en cours, comme le centre de rétablissement d’Aqqusaariaq à Iqaluit, en construction et amorcé sous le précédent mandat.

Les plus récentes prévisions budgétaires font également état d’investissements dans le secteur de l’éducation, dans un centre de soins de longue durée à Cambridge Bay ainsi que dans des projets liés au logement et aux infrastructures municipales.

Une crise du logement toujours sans réponse claire

Nunavut Tunngavik Incorporated (NTI) dit accueillir favorablement le mandat et souligne des priorités communes avec le gouvernement, notamment en matière de logement, d’emploi et de santé mentale. Sur le terrain toutefois, la crise du logement demeure bien présente.

Le logement figure parmi les enjeux les plus pressants au Nunavut, où une large part de la population dépend du logement public et où le surpeuplement touche encore de nombreux ménages.

Rowena House, directrice générale de la Chambre de commerce de la région de Baffin, constate que la pression se fait sentir dans plusieurs communautés. « L’accès au logement est crucial, car la stabilité résidentielle est directement liée à la participation au marché du travail », affirme-t-elle.

Elle ajoute que des investissements soutenus dans le développement et la rétention des compétences seront essentiels pour bâtir une main-d’œuvre forte et résiliente, capable d’alimenter la croissance économique à long terme au Nunavut.

Du côté des municipalités, la crise du logement reste l’un des défis les plus urgents et nécessitera des mesures concrètes et des investissements constants.

« De nombreuses communautés travaillent activement à se préparer à la croissance du logement, mais les municipalités ne peuvent pas résoudre la crise du logement à elles seules. »

— Marla Limousin, directrice générale de l’Association des municipalités du Nunavut (NAM)

Elle précise que les principales pressions en matière de logement incluent le surpeuplement, le vieillissement du parc immobilier et l’itinérance qui exercent une forte pression sur les familles, les services locaux et la rétention de la main-d’œuvre.  « Nous espérons que le mandat de la 7e Assemblée du gouvernement du Nunavut mènera à des améliorations tangibles des conditions de logement et que les communautés bénéficieront de mesures concrètes et d’investissements soutenus », ajoute-t-elle.

Elle appelle notamment à un accès plus rapide à des terrains viabilisés, à des investissements dans les infrastructures et à une meilleure coordination entre les différents ordres de gouvernement.

Bien qu’il ne fasse pas l’objet d’un pilier distinct, le logement demeure un enjeu central, tant pour le bien-être des familles que pour le développement économique du territoire.

Un marché du travail sous pression

Au-delà de l’habitation, la pénurie de main-d’œuvre, également évoquée dans les priorités du mandat, demeure un frein majeur au développement du territoire. Concrètement, ces obstacles se traduisent entre autres par des difficultés de recrutement et de rétention. Pour Rowena House, ces priorités reflètent les réalités auxquelles les employeurs sont confrontés. « La pénurie de main-d’œuvre est un enjeu pour les entreprises locales et la croissance économique du territoire ». 

Le mandat insiste également sur le développement de la main-d’œuvre et sur l’augmentation de la participation des Inuit au marché du travail, ce qui est jugé positif par Rowena House. Elle rappelle toutefois que les employeurs se heurtent toujours à plusieurs obstacles, notamment en raison d’un bassin de main-d’œuvre limité, d’un taux de roulement élevé et de pénuries persistantes de logements, qui compliquent directement le recrutement et la rétention.

Elle estime qu’une amélioration des résultats passerait par un meilleur arrimage entre l’éducation, les programmes de formation et les besoins du marché du travail. Cela pourrait inclure des subventions salariales, des apprentissages en milieu de travail et des partenariats plus étroits entre employeurs, institutions de formation et communautés.

Sans commenter directement les mesures du mandat, l’organisation Ilitaqsiniq, souligne que ces enjeux s’inscrivent dans des réalités vécues au quotidien et nécessitent des réponses adaptées. Pour les Inuit, ces défis sont également façonnés par les impacts continus de la colonisation et par le besoin d’approches culturellement pertinentes.

« Au Nunavut, l’emploi est indissociable des réalités sociales, culturelles et systémiques plus larges », affirme Olivia Tagalik, directrice des technologies de l’information et des communications à Ilitaqsiniq. « L’emploi ne se résume pas à un travail : il s’agit aussi de confiance, d’identité et de création d’occasions durables pour les individus, les familles et les communautés », conclut la directrice.

Le projet vise à permettre de « se connecter, apprendre et passer du temps ensemble ». L’objectif est aussi de renforcer le tissu local en proposant des activités et des événements adaptés.

Le précédent centre, l’un des plus anciens bâtiments de la collectivité, a été complètement détruit par un incendie en mai 2022. L’établissement abritait de nombreux services essentiels, dont des repas, des activités récréatives et un environnement sécuritaire où les jeunes pouvaient se retrouver après l’école.

La perte de cette infrastructure a entraîné des conséquences immédiates. « Sans le centre jeunesse, il n’y a vraiment pas grand-chose à faire dans la communauté », soulignait alors l’administration municipale à l’époque.

L’installation de Cambridge Bay permettait de se retrouver entre jeunes et de renforcer le lien communautaire.

Crédit : Cambridge Bay Youth Center

Un vide à combler

Sous l’annonce publiée sur Facebook, plusieurs résidents ont salué l’initiative, soulignant le manque d’espaces sécuritaires pour les jeunes de la communauté.

D’autres ont toutefois exprimé des inquiétudes, évoquant des problèmes rencontrés dans le passé avec des installations semblables et appelant à des mesures pour assurer la durabilité du projet.  Une aire de jeux intérieure, des espaces d’activités ou d’implication pour les adolescents ont été proposés comme idée à mettre en place.

À Cambridge Bay, les programmes jeunesse sont coordonnés par le service des modes de vie sains de la municipalité. « Nos activités ont lieu principalement à deux endroits. L’un à l’école secondaire, où nous avons accès à un gymnase, et l’autre dans un centre temporaire ouvert en soirée », explique Fred Muise, responsable de ces programmes à Cambridge Bay. Ce dernier accueille aujourd’hui entre 25 et 30 participants par jour, soit environ la moitié de la fréquentation de l’ancien établissement.

Pour le responsable, la création d’un centre permanent pourrait avoir un impact important dans la communauté :

« Ce sera un espace qui leur appartient, où ils peuvent grandir, développer leur confiance et tisser des liens », souligne-t-il. Un lieu qui permettrait aussi de regrouper les activités tout en renforçant le sentiment d’appartenance, afin que les jeunes se sentent « comme à la maison. »

— Fred Muise

Le futur bâtiment devrait être près de deux fois plus grand que l’ancien et offrir des espaces dédiés aux pratiques artistiques, culturelles et technologiques.

Un enjeu reconnu par le gouvernement

Au ministère des Services à la famille du Nunavut, Ann Lehman-Allison rappelle que les jeunes et les jeunes adultes représentent environ la moitié de la population. « S’assurer qu’ils ont accès à l’aide dont ils ont besoin est une priorité pour le ministère ».

Le Programme Youth Initiatives Funding accorde 2,4 millions de dollars annuellement pour soutenir des organismes communautaires qui offrent de l’accompagnement et des activités aux jeunes nunavummiut. « Ces initiatives renforcent la capacité locale à répondre aux réalités des personnes à risque et favorisent le bien-être des familles ».

Le soutien aux jeunes vulnérables et leur participation comme conseillers figurent aussi parmi les priorités identifiées dans le nouveau mandat Ikajuqtigiikta. Le projet du centre à venir, évalué à environ 6 millions de dollars, est financé par une combinaison de fonds municipaux, territoriaux et fédéraux, ainsi que par des contributions d’assurance et de la Kitikmeot Inuit Association (KIA).

Sa réalisation est attendue comme une réponse concrète à un manque exprimé depuis plusieurs années par la communauté.

Le projet Grays Bay prévoit la construction d’un port en eau profonde, raccordé à l’intérieur des terres par une route toutes saisons d’environ 230 kilomètres. Une piste d’atterrissage de 6 000 pieds figure également dans les plans.  

Selon Ottawa, l’infrastructure vise à relier les ressources minières du Nord aux marchés mondiaux et pourrait servir à des usages civils et militaires. Elle offrirait aussi un accès au corridor maritime du passage du Nord-Ouest.

Des retombées stratégiques espérées

Porté par West Kitikmeot Resources Corp., l’initiative en est toujours à l’étape de l’évaluation environnementale et reste entouré d’incertitudes, tandis que les détails de l’implication du gouvernement fédéral sont encore limités.  

L’entreprise albertaine ATCO Ltd. a acquis une participation de 40 % dans le projet et prévoit y investir environ 10 millions de dollars.

ATCO estime que l’initiative pourrait renforcer la souveraineté canadienne dans l’Arctique et soutenir certaines infrastructures liées à la défense. Le développement doit se faire en plusieurs phases, et une mise en service complète est envisagée à l’horizon 2035.

« L’investissement d’ATCO accroît considérablement la capacité d’exécution et la crédibilité du projet », déclare Gavin Law, gestionnaire de l’environnement chez West Kitikmeot Resources Corp.

Le promoteur dit avoir recherché l’expertise de l’entreprise, notamment en matière d’opérations, de logistique et de prestation de services en milieu nordique et éloigné.

Selon lui, les retombées seraient à la fois économiques et durables pour les communautés de la région. Pendant la construction, le chantier pourrait soutenir environ 670 emplois par année. D’ici 2040, il devrait ajouter quelque 750 millions de dollars par an à l’économie du Nunavut.

Au-delà de ces retombées, l’infrastructure vise aussi à améliorer le réapprovisionnement des collectivités et la sécurité alimentaire en renforçant la fiabilité des transports dans le territoire.

Actionnariat inuit

Gavin Law souligne que l’initiative inclut une participation inuit dans son actionnariat. Il ajoute que leur implication constitue une étape importante et renforce la crédibilité institutionnelle du projet. Celle-ci pourrait faciliter l’appui du gouvernement fédéral et attirer d’autres investissements privés. « La présence inuit est intégrée directement à la structure de propriété et de gouvernance du projet », poursuit-il.

Il précise que la Kitikmeot Inuit Association (KIA) figure parmi les principaux actionnaires et joue un rôle formel dans la prise de décision. Les Inuit ne seraient donc pas seulement consultés, mais considérés comme de véritables partenaires. Selon lui, cette approche s’inscrit dans une logique d’autodétermination avec une implication directe aux décisions commerciales, aux opérations à long terme et à la répartition des retombées économiques.

Un projet encore incertain

Le gouvernement fédéral n’a pas répondu directement à nos questions, renvoyant plutôt vers des documents déjà publiés. Ottawa spécifie seulement que le Bureau des grands projets doit travailler avec les promoteurs pour détailler les solutions de financement et accélérer les processus réglementaires.

Sur le terrain, le projet poursuit néanmoins son avancée. « Nous sommes sur le point d’amorcer la phase 2 du processus », indique Gavin Law, évoquant le dépôt de l’étude d’impact au Nunavut Impact Review Board parmi les prochaines étapes.

Les grands projets d’infrastructure dans l’Arctique, comme celui de Grays Bay, se heurtent à des contraintes logistiques importantes, liées notamment à l’éloignement, aux coûts élevés et à des fenêtres de construction limitées, explique Adam Fiser, chercheur associé chez Signal49 Research. Il souligne aussi que la dégradation du pergélisol et les changements climatiques ajoutent une incertitude technique ainsi que des défis d’entretien à long terme.

« Les projets doivent également naviguer dans des processus réglementaires complexes et assurer des partenariats significatifs avec les communautés inuit, essentiels à leur légitimité et à leur réussite », poursuit le chercheur.

Selon lui, la viabilité économique demeure toutefois incertaine, puisque ces projets reposent souvent sur un développement futur de ressources ou d’activités commerciales qui pourraient ne jamais se concrétiser.

La mythique course de motoneige avec qamutiik a vu un Iqalungmiuq triompher ! Lodie Jr Ipeelie a parcouru les 300 kilomètres aller/retour reliant Iqaluit à Kimmirut en 3h41 devant Billy Kilabuk et Alex Kilabuk.  Victime d’une avarie mécanique l’année dernière alors qu’il était en tête avant de voir sa machine prendre feu, le jeune homme a également pris la 3e place du Nunavut Sno Challenge le 12 avril. 

Crédit : Brice Ivanovic

À l’occasion du mois de la Francophonie, la richesse et la vitalité du français étaient mises à l’honneur partout dans le monde. « Être francophone au Nunavut, pour moi, c’est garder un lien précieux avec mes racines tout en m’ouvrant à une culture nordique unique. C’est une façon de rester moi-même, de transmettre le français autour de moi et de contribuer à une petite communauté qui compte sur chacun de nous pour faire vivre la langue », exprime une résidente établie au Nunavut depuis deux ans.

Une francophonie qui se structure

Si la présence du français dans l’Arctique canadien remonte à plusieurs siècles, la communauté au Nunavut commence véritablement à se structurer dans les années 1980, alors que le territoire fait encore partie des Territoires du Nord-Ouest. Ce mouvement se traduit notamment par le développement d’associations locales. L’Association des francophones de Frobisher Bay est ainsi l’ancêtre de l’Association des francophones du Nunavut (AFN).

L’AFN est officiellement créée en 1981, à l’initiative de francophones amateurs de hockey souhaitant retransmettre les matchs du Canadien de Montréal diffusées à la télévision de Radio-Canada. La création du Nunavut en 1999 marque un tournant. L’AFN devient alors un acteur central du dynamisme communautaire et de la promotion du français. Depuis, malgré sa taille modeste, le milieu francophone s’est progressivement structuré autour de services et d’institutions.

Au fil des ans, école, garderie, médias et organismes locaux se sont développés, témoignant d’un réseau en pleine croissance. Une évolution que constate Maya Jelali, installée à Iqaluit depuis 15 ans :

« Je pense qu’on a beaucoup grandi. Il y eu des progrès depuis mon arrivée. Quand on regarde les organisations comme le Carrefour, le RÉSEFAN ou l’AFN, je vois des changements. Les services, les activités et les programmes se sont multipliés. »

Défis et fierté au quotidien

Au Nunavut, vivre en français comporte son lot de défis. Originaire du Burkina Faso, Fatime Karima Traoré est installée au Nunavut depuis un an. « Ce qui m’a amené ici, c’est d’abord le désir de changer d’environnement. Je voulais un endroit calme, naturel, et le Nunavut remplissait tous les critères, sans oublier les possibilités d’emploi ». Pour elle, les conditions climatiques, la pénurie de logements et la solitude comptent parmi les principaux obstacles.

Une autre résidente évoque plutôt le poids de l’éloignement. « Être loin de ceux qu’on aime, de ses repères et de ses routines, c’est ce qui pèse le plus. On s’adapte, bien sûr, mais il y a des jours où le manque se fait sentir plus fort que tout ».

Malgré ces difficultés, elle souligne qu’être francophone au Nunavut est aussi source de fierté, notamment celle de porter son identité, de créer des liens et de trouver sa place dans un territoire où chaque voix à sa valeur.

« Ce qui me rend le plus fière, c’est de réussir à faire vivre ma langue et ma culture si loin de mes repères. J’aime sentir que ma présence compte ici, que je contribue à ma manière à la richesse du Nunavut. Ce qui me touche le plus, c’est la belle relation que j’ai tissée avec les Inuit : leur accueil et leur simplicité ont rendu mon intégration profondément humaine et précieuse. »

— Fatime Karima Traoré

Célébrer en contexte minoritaire

Pour plusieurs, le Mois de la francophonie revêt une signification particulière dans un territoire où la langue demeure minoritaire. Il devient une occasion de se rassembler, de la souligner et d’affirmer sa place. Une résidente rappelle que ces fêtes prennent un sens spécial dans le Nord, où elles permettent de se reconnecter à ses racines et de partager une fierté commune.

Fatime Karima Traoré abonde dans le même sens. « C’est un moment pour mettre en valeur et promouvoir la langue française au Nunavut, renforcer les liens entre francophones, sensibiliser la communauté majoritaire à notre présence et valoriser la culture francophone locale ».

Maya Jelali nuance toutefois ce point de vue. Pour elle, le Mois de la francophonie n’a pas de signification particulière.

« J’en entends parler ici et là, mais ce n’est pas vraiment célébré selon moi. Il n’y a pas beaucoup de choses qui se passent, donc ce n’est pas nécessairement un mois que je célèbre »

— Maya Jelali

Si elle reconnaît des avancées au fil des années, elle estime que des défis persistent, notamment l’accès à des espaces et des activités en français, un enjeu marqué pour les enfants.