le Mardi 6 octobre 2026
le Mardi 6 octobre 2026 16:13 | mis à jour le 6 octobre 2026 16:51 Actualités

Iqaluit cartographie son sol pour planifier son développement

Daniel Fortier sur le terrain à l’île Ward Hunt, au Nunavut, en 2023, avec un carottier utilisé pour prélever des carottes de pergélisol.  — Eliot Sicaud
Daniel Fortier sur le terrain à l’île Ward Hunt, au Nunavut, en 2023, avec un carottier utilisé pour prélever des carottes de pergélisol.
Eliot Sicaud

Des travaux de terrain ont été menés à Iqaluit afin de mieux documenter l’état du sol et du pergélisol dans le cadre d’un projet de cartographie des risques climatiques. Évaluée à 440 000 $, cette initiative doit mener à la production de cartes et de recommandations d’ici le printemps 2027.

Iqaluit cartographie son sol pour planifier son développement
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Du 14 au 22 septembre 2026, l’entreprise Tetra Tech a mené une étude géotechnique à différents endroits d’Iqaluit. Les travaux comprenaient des forages et des puits d’exploration réalisés à l’aide d’équipement portable et d’une excavatrice.   

Un relevé par drone était également prévu à environ deux kilomètres à l’est d’Iqaluit. Selon la Ville, ces travaux visaient à mieux comprendre l’état de la subsurface et du pergélisol à l’échelle de la municipalité. 

Ils s’inscrivent dans un projet plus vaste de cartographie des risques climatiques. Les informations actuellement disponibles sur les conditions du sol et du pergélisol varient d’un secteur à l’autre, explique Geoffrey Byrne, gestionnaire des communications de la Ville d’Iqaluit. L’objectif est donc de combler ces lacunes afin de disposer de meilleures données pour la planification de l’utilisation du territoire et du développement futur.  

Une démarche en plusieurs étapes 

Une première phase, réalisée en 2025, a permis d’examiner les données déjà disponibles et d’identifier les secteurs où il manquait encore des renseignements. Les travaux menés en septembre visaient à recueillir de nouvelles informations sur les couches de sol, les conditions du terrain et le pergélisol.  

Ces données serviront ensuite à produire des cartes des risques et des recommandations en matière de planification et de développement. Elles pourront notamment aider la Ville à déterminer les endroits où des études plus poussées seront nécessaires avant de prendre des décisions concernant certains sites.   

Le gestionnaire ajoute par ailleurs que le projet n’a pas été lancé en réponse à la défaillance d’une infrastructure en particulier.  

Selon l’échéancier actuel, le rapport sur les travaux de terrain doit être terminé en décembre 2026, les cartes en février 2027 et les recommandations finales en mars 2027. La Ville examinera ensuite les résultats avant de déterminer de quelle façon les documents seront rendus publics.  

Le financement provient de deux programmes fédéraux : Se préparer aux changements climatiques dans le Nord et le Fonds pour accélérer la construction de logements.  

Michel Allard, professeur émérite au Département de géographie de l’Université Laval, lors de travaux sur le pergélisol à l’entrée du parc Sylvia Grinnell, à Iqaluit, vers 2010.

Fournie

Des risques pour les infrastructures 

Le dégel du pergélisol provoque la fonte de la glace présente dans le sol. En fondant, celle-ci perd du volume et l’eau de fonte peut ensuite être partiellement ou complètement drainée par le sédiment dégelé. Ces deux pertes de volume entraînent une subsidence, c’est-à-dire un tassement du sol, explique Daniel Fortier, professeur titulaire au Département de géographie de l’Université de Montréal et directeur du Geocryolab. 

Une infrastructure construite sur le pergélisol peut alors suivre ce mouvement de tassement et se déformer. Des dépressions, des fissures ou des phénomènes de fluage peuvent se former. Selon le chercheur, ces déformations peuvent aller de quelques centimètres à l’échelle métrique. Elles peuvent réduire la durée de vie des infrastructures et se traduire par des coûts d’entretien et d’exploitation plus élevés.  

Une bonne cartographie des conditions du pergélisol est essentielle, estime-t-il. Elle permet notamment d’identifier les secteurs riches en glace à éviter pour le développement de nouvelles infrastructures, ceux où des mesures d’atténuation seraient nécessaires, ainsi que ceux qui en contiennent peu, plus propices à leur installation.  

Elle peut aussi servir à cibler les zones à risque où des infrastructures sont déjà présentes et à planifier un entretien préventif ou, dans le pire des cas, leur relocalisation. Lorsqu’un déplacement n’est pas possible, des techniques comme l’isolation, les thermosiphons ou les surfaces réfléchissantes peuvent être utilisées pour contrôler ou ralentir le dégel du pergélisol.  

Des enjeux propres à Iqaluit 

Michel Allard, professeur émérite au Département de géographie de l’Université Laval, connait bien le pergélisol d’Iqaluit. Il a participé, à partir de la fin des années 2000, à la cartographie des dépôts de surface et des conditions du pergélisol de la ville, en collaboration avec le Bureau géoscientifique Canada-Nunavut. Il a également travaillé dans le secteur de l’aéroport d’Iqaluit.  

Sur place, il a notamment constaté que la couche active pouvait approcher les trois mètres dans certaines zones composées de sable et de gravier. Il souligne aussi la présence de coins de glace, qui se développent dans des fissures du pergélisol. « Il y en a passablement dans la région d’Iqaluit. »  

Ces fissures se forment lorsque le sol se contracte sous l’effet du froid. De l’eau peut ensuite s’y infiltrer et geler, faisant grossir progressivement les coins de glace. En dégelant, ceux-ci peuvent provoquer des affaissements et des tassements.  

À l’époque, l’aéroport était, selon lui, particulièrement affecté et très à risque. La fissuration du sol en hiver pouvait notamment briser les fils enfouis servant à l’éclairage des pistes, ce qui nécessitait des travaux d’entretien. 

Les travaux réalisés pourraient permettre d’aller plus loin que la cartographie effectuée il y a plus d’une décennie. Les données tirées des sondages et des excavations aideraient notamment à préciser les variations dans la composition du sol et dans sa teneur en glace, un élément directement lié aux phénomènes de tassement.  

Le chercheur estime également que la prise de mesures de température du sol à différentes profondeurs permettrait à la Ville de mieux suivre l’évolution du pergélisol et les effets des changements climatiques au fil des années. Il précise toutefois ne pas connaitre le mandat exact confié à Tetra Tech. 

Selon lui, une cartographie plus précise pourrait aider la Ville à orienter ses choix d’aménagement en fonction de la nature du terrain, de la composition du sol et de la quantité de glace qu’il contient, alors qu’Iqaluit poursuit son expansion.