L’Association des francophones du Nunavut (AFN) avait rendez-vous avec son histoire, ce samedi 13 juin à l’hôtel Aqsarniit. Quarante-cinq ans d’existence en territoire arctique, ça se fête ! L’organisme porte-parole des franco-nunavummiut avait donc donné rendez-vous à ses membres, ses historiques, mais aussi partenaires et bénévoles actuels pour une soirée de Gala inclusive, en présence notamment de Brian Koonoo, ministre des Langues officielles du Nunavut, et de David Akeeagok, ministre de l’Éducation et leader du gouvernement. La dernière célébration du genre remontait au 40e anniversaire de l’organisation. Mais depuis, qu’est ce qui a donc changé pour l’AFN ?
Diversification des services
Au cours des cinq dernières années, l’AFN a diversifié ses services. En effet, le Comité jeunesse franco-nunavummiut a vu le jour en 2021. Puis, le Centre de formation Qaujimaniq a été créé l’année suivante. En 2024, l’organisme a lancé une clinique d’aide juridique et d’aide aux impôts en français et a créé le Réseau NunaFemmes+.
L’équipe de l’AFN s’est alors agrandie, passant de quelques employés à 19 membres. Cette croissance entraîne toutefois des défis en termes d’espace, comme le souligne le directeur général, Christian Ouaka. De plus, malgré les travaux de rénovation réalisés au cours des années précédentes, le bâtiment actuel ne répond plus aux besoins et la salle communautaire arrive à la limite de ses capacités. « Quand le bâtiment a été acquis en 1989, le nombre de francophones au territoire n’était pas le même qu’aujourd’hui », souligne le directeur.
Construire une nouvelle maison de la francophonie est donc primordial, selon lui. Le directeur espère qu’un nouvel édifice verra le jour en 2028. « Il suffit juste que le financement arrive pour démarrer la construction », informe-t-il.
Selon Christian Ouaka, directeur général de l’AFN, la construction d’une nouvelle Maison de la francophonie constitue le chantier prioritaire, les installations actuelles ne répondant plus aux besoins croissants de l’organisme.
Depuis 2021, l’AFN multiplie ses services
2021 : le Comité jeunesse franco-nunavois voit le jour. Il représente les jeunes âgés de 12 à 25 ans et vise à accompagner et créer des activités dédiées aux jeunes afin de renforcer leur sentiment d’appartenance à la francophonie.
2022 : le Centre de formation Qaujimaniq est créé pour offrir de la formation postsecondaire, professionnelle, continue, linguistique et communautaire aux francophones du Nunavut.
2024 : l’AFN a lancé une clinique d’aide juridique et d’aide à la déclaration d’impôts en français pour offrir un accompagnement en français aux francophones.
2024 : le Réseau NunaFemmes+ est créé. Il vise à favoriser l’émancipation, l’entraide et la solidarité entre les femmes, tout en défendant leurs droits et en favorisant leur épanouissement personnel, professionnel, social et culturel en français.
Un pilier dans la communauté
Lors de son discours en ouverture de la soirée, le ministre des Langues du Nunavut – Brian Koonoo – a salué l’action de l’organisme depuis sa naissance, lorsque celui-ci s’appelait alors l’Association des francophones de Frobisher.
« C’est un honneur d’être ici ce soir pour célébrer 45 ans de vie francophone au Nunavut. Quarante-cinq ans d’engagement, de résilience et de fierté pour construire une communauté forte » a introduit le ministre originaire de Pond Inlet, avant d’ajouter : « La croissance du français s’est toujours faite avec un profond respect du territoire ».
Le ministre des Langues officielles du Nunavut a salué la résilience de la communauté francophone au Nunavut.
Depuis sa création en 1981, l’AFN joue un rôle important au sein de la communauté. François Fortin, francophone installé depuis une dizaine d’années à Iqaluit, reconnaît l’apport essentiel de l’organisme à la vie culturelle et communautaire du territoire. « La communauté francophone d’Iqaluit, avec le Franco-Centre, c’est vraiment une belle communauté rassembleuse, qui m’a permis de rencontrer beaucoup de monde », partage-t-il.
« C’est une façon de connecter avec les gens qui ont au moins le même langage », rapporte Nancy Pellerin, francophone arrivée au territoire en 2016. La Franco-Nunavummiuq garde d’ailleurs de très bons souvenirs des soirées d’improvisation et celles du Jam Café et tient à se rendre chaque année à la cabane à sucre.
Aujourd’hui, elle vit sa francophonie principalement à travers ses enfants inscrits à l’École des Trois-Soleils, car il était important pour elle de « mettre l’emphase sur le français seulement. » Elle apprécie particulièrement les activités offertes par le Comité jeunesse aux jeunes générations de la communauté.
Des efforts d’ouverture salués
Les deux francophones aimeraient que l’AFN développe davantage son lien avec la communauté inuit qui, selon eux, s’est un peu perdue au fil du temps tout en reconnaissant des efforts de rapprochement plus récents. « Je pense qu’il y aurait peut-être moyen d’en faire plus, mais ce n’est pas évident », reconnaît M. Fortin. « Je vois tranquillement plus d’ouverture », rapporte Nancy Pellerin, « comme lors de la dernière cabane à sucre. On avait plein de gens inuit qui étaient à côté de nous. C’était super cool. »
Pour Christian Ouaka et Goump Djalogue, président à l’AFN, il est essentiel que l’organisme continue à renforcer ses liens avec la communauté inuit afin de « ne pas être vu comme une communauté à part, mais de faire partie intégrante de la communauté », explique M. Ouaka. L’année dernière, l’AFN a entrepris un projet d’entente avec le Nunavut Tunngavik Inc. (NTI), principal organisme chargé de la veille du respect de l’application des Accords du Nunavut.
C’est également l’objectif que se donne Reinaldo Guibert Sotolongo, chef du service Arts et Culture à l’AFN, à travers les activités et spectacles qu’il organise. « J’ai réussi à créer des liens interculturels importants avec d’autres communautés, autant la communauté inuit que la communauté francophone », dit-il.
Le directeur général Christian Ouaka (droite) en compagnie des nouveaux représentants de l’AFN à Rankin Inlet.
Rejoindre tous les francophones
L’AFN se donne également pour mission d’aller rejoindre les francophones résidant dans d’autres communautés du territoire, en dehors d’Iqaluit.
« Nous avons démarré depuis l’année passée une petite antenne à Rankin Inlet et on veut l’étendre à l’échelle du territoire pour que les gens puissent avoir accès aux services et que nous puissions toucher les communautés dans les actions que nous faisons », rapporte Goump Djalogue. En effet, en juin 2025, Marie-France Talbot et Samia Salomon de l’AFN et Annie Laroque de la Commission scolaire francophone du Nunavut s’y sont rendues pour la première fois afin de sonder les besoins.
L’équipe s’y est rendue une deuxième fois en début d’année. Une délégation s’est ensuite envolée vers Cambridge Bay au mois de mars. L’organisme souhaite désormais réitérer ce genre de déplacements afin de connecter les francophones dans les places les plus reculées du Nunavut.