le Mercredi 3 juin 2026
le Vendredi 29 mai 2026 15:29 Sciences et environnement

L’éolien souffle sur le Nord canadien

Au sommet de la colline Haeckel à quelques kilomètres au nord de Whitehorse, deux parcs éoliens de deux éoliennes chacun, a une capacité totale de production de quatre mégawatts. — Crédit : Nelly Guidici
Au sommet de la colline Haeckel à quelques kilomètres au nord de Whitehorse, deux parcs éoliens de deux éoliennes chacun, a une capacité totale de production de quatre mégawatts.
Crédit : Nelly Guidici

Alors que le gouvernement fédéral assure poursuivre ses efforts pour devenir une superpuissance de l’énergie propre, plusieurs projets d’énergie éolienne dans les trois territoires fournissent d’ores et déjà de l’électricité aux communautés dans lesquelles les éoliennes ont été installées. Voici un tour d’horizon des projets les plus innovants au Yukon, aux TNO et au Nunavut.

L’éolien souffle sur le Nord canadien
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Selon un rapport de la Commission de coopération environnementale qui a analysé la transition énergétique de neuf collectivités isolées et autochtones en Amérique du Nord, le projet éolien de la colline Haeckel–Thay T’äw constitue une étape importante vers l’acquisition de l’autonomie énergétique de la Première Nation Kwanlin Dün (KDFN) à Whitehorse. En effet, les quatre éoliennes sont situées sur leur territoire traditionnel et sont à 100 % détenues par KDFN par l’intermédiaire de sa branche commerciale, Chu Níikwän Limited Partnership (CNLP).

« Ce projet vise à garantir un avenir où nos enfants et petits-enfants n’auront plus à dépendre du diésel. Il s’agit de construire quelque chose de durable pour les générations futures. »

— Sean Smith, chef de la Première Nation Kwanlin Dün,

Au sommet de la colline Haeckel à quelques kilomètres au nord de Whitehorse, deux parcs éoliens de deux éoliennes chacun, a une capacité totale de production de quatre mégawatts. Ces éoliennes conçues aux Pays-Bas ont été acheminées par voie maritime et installées en 2023. L’alimentation du réseau a débuté en mars 2024 et approvisionne aujourd’hui 500 foyers avec un objectif de 650 foyers dans l’avenir.

Malgré les conditions rudes de décembre 2025 et janvier 2026, les éoliennes ont bien fonctionné. Mais quand le mercure descend en dessous de moins 40, les composants électroniques ne fonctionnent plus correctement.

« Les turbines sont donc passées en mode de protection contre les basses températures quand il faisait si froid, afin de préserver les composants électroniques », précise Kailey Wright, gestionnaire de projet à Northern Energy Capital (NEC), qui s’occupe de la logistique et du fonctionnement de ce parc éolien.

Même s’il y a certaines contraintes liées aux températures, le vent est en général plus faible, voire absent, lorsque le thermomètre chute.

Qu’est-ce que l’énergie éolienne ?

L’énergie éolienne consiste à utiliser la force du vent pour produire de l’électricité ou de l’énergie mécanique. Des éoliennes équipées de grandes pales sont installées dans des endroits bien exposés au vent et fonctionnent seulement lorsque le vent souffle à une vitesse adaptée : suffisamment forte pour faire tourner les pales, mais pas trop pour préserver les équipements.

Pour Sean Smith, chef de la Première Nation Kwanlin Dün, le projet éolien de la colline Haeckel–Thay T’äw vise à garantir un avenir durable où les générations futures ne dépendront plus du diésel.

Crédit : Nelly Guidici

Un emplacement stratégique

La colline Haeckel est connue depuis la nuit des temps. Dans la langue Tutchone du sud, Thay T’äw signifie « le nid de l’aigle royal » et le site où se trouvent les éoliennes est dans le territoire traditionnel de la Première Nation Kwanlin Dün. En 1990, le Centre boréal de l’énergie alternative (Boréal Alternate Energy Centre) installe une tour de surveillance et mesure la vitesse du vent qui s’avère dix fois plus élevée qu’à l’aéroport. Puis en 2015, NEC conçoit le projet actuel et cinq ans plus tard, en 2020, la Première Nation Kwanlin Dün en devient propriétaire par l’intermédiaire de sa branche commerciale Chu Níikwän Limited Partnership.

Selon le chef Sean Smith, il est vraiment important pour KDFN, mais aussi pour n’importe quelle autre Première Nation, de prendre les devants lorsqu’il est question d’énergie. « En tant que nation autonome, nous ne sommes pas aussi grands que le gouvernement du Yukon, sans parler du gouvernement fédéral du Canada, et nous pouvons donc agir beaucoup plus rapidement. »

Face à la demande croissante du territoire qui fait écho à l’augmentation de la population dans la capitale depuis les dernières années, « le Yukon a désespérément besoin d’un véritable apport d’investissements dans le système existant pour répondre à cette demande », rappelle M. Smith.

Le projet éolien de la colline Haeckel–Thay T’äw est « l’un des exemples concrets qui peuvent servir de modèle à d’autres communautés autochtones et, plus généralement, à toutes les communautés du Nord », pense le chef Smith.

Dans le delta du Beaufort

À Inuvik dans les TNO, une éolienne en service depuis deux ans a connu des niveaux de performance variable. Si en 2024 aucun problème n’était survenu, les températures frigides de la fin de l’année 2025 ont affecté le fonctionnement de l’éolienne. Même si elle est connue pour fonctionner dans un environnement arctique, les équipements électroniques ont cependant des limites, indique Doug Prendergast, responsable de la communication chez Northwest Territories Power Corporation. « Les longues périodes où la température est descendue en dessous de -40 °C ont posé quelques problèmes, souligne-t-il, mais nous continuons à travailler pour augmenter son rendement et nos opérateurs acquièrent chaque jour davantage d’expérience. »

Au cours du dernier exercice financier, l’éolienne a produit environ 15 % de l’électricité de la communauté d’Inuvik, soit l’équivalent d’environ 4,4 gigawattheures d’énergie.

À Inuvik dans les TNO, une éolienne en service depuis 2024 produit environ 15 % de l’électricité de la communauté.

Courtoisie Northwest Territories Power Corporation

Cette réalisation se traduit par plus de 2 millions de dollars d’économies de carburant, ce qui constitue un résultat positif même si l’objectif ambitieux de 10 gigawattheures de production annuelle, visant à couvrir environ 35 % de la production énergétique totale de la communauté, n’a pas été atteint.

Selon M. Prendergast, l’éolien est considéré comme une option tout à fait viable, en particulier dans le delta de Beaufort comme dans d’autres régions des Territoires du Nord-Ouest :

« Je pense qu’il est juste de dire que les gens penchent soit pour des installations solaires, soit peut-être même pour la mini-hydroélectricité. Ainsi, chaque communauté a son propre contexte, ses propres avantages et inconvénients lorsqu’il s’agit de choisir l’option de production d’électricité la plus adaptée à ses besoins. Nous avons toujours collaboré avec ces communautés et nous sommes impatients de poursuivre ce travail afin d’atteindre un objectif que nous partageons tous, le gouvernement et les communautés, à savoir réduire la quantité de diésel que nous utilisons pour produire de l’électricité. »

— Doug Prendergast, responsable de la communication chez Northwest Territories Power Corporation

Au cœur de la baie d’Hudson

Une partie de l’électricité du village de Sanikiluaq, sur les iles Belcher au Nunavut, sera bientôt fournie par une éolienne d’une puissance de 1 mégawatt. Le projet Anuriqjuak Nukkiksautiit (ANP) qui a débuté en 2016 est encore en cours de développement, mais les différentes parties de l’éolienne ont déjà été livrées et sa mise en service commerciale est prévue pour l’automne 2026. La production annuelle prévue est entre 3000 et 4000 MWh.

À Sanikiluaq, sur les iles Belcher au Nunavut, les différentes parties d’une éolienne ont été livrées et sa mise en service commerciale est prévue pour l’automne 2026. Elle devrait permettre de réduire d’au moins 50 % l’utilisation du diésel pour la production d’électricité dans le hameau de Sanikiluaq. 

Courtoisie Nunavut Nukkiksautiit Corporation

L’ANP vise à réduire d’au moins 50 % la consommation de diésel de la communauté pour la production d’électricité et cela permettrait de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 2 397 tonnes de CO2 par an.

L’achèvement du projet Anuriqjuak Nukkiksautiit marquera la mise en place du tout premier projet éolien à l’échelle communautaire au Nunavut et concrétise une étape importante dans la transition énergétique du territoire. Ce parc éolien permettra de réduire d’au moins 50 % l’utilisation du diésel pour la production d’électricité dans le hameau.

Pour Clara Phillips, responsable des projets de développement chez Nunavut Nukkiksautiit Corporation, l’exploitation d’une ressource locale, propre et renouvelable, et la réduction de la dépendance aux combustibles fossiles (dont les Nunavummiut ne contrôlent ni le prix ni l’approvisionnement) apportent aux communautés un sentiment de fierté quant à leur capacité à subvenir à leurs propres besoins de manière indépendante.

« Il s’agit d’un acte de réconciliation dans la mesure où il redonne aux Inuit la capacité d’agir pour prendre en charge le développement et l’entretien de leurs propres systèmes et de prendre des décisions collectives conformes à l’Inuit Qaujimajatuqangit (NDLR : les valeurs sociétales inuit). »

— Clara Phillips, responsable des projets de développement chez Nunavut Nukkiksautiit Corporation

En effet, ce projet a été développé par un promoteur détenu à 100 % par des Inuits.

Alors que le Nunavut dépend actuellement à 100 % du diésel pour la production d’électricité sur l’ensemble du territoire et que cette situation n’est viable ni sur le plan environnemental, ni sur le plan économique, ni sur le plan social, tous les bénéfices seront partagés avec la communauté afin de soutenir les objectifs visant à améliorer la qualité de vie à plus grande échelle. Le reste sera investi conformément aux priorités régionales définies par les Inuits concernant la transition vers les énergies propres dans son ensemble, détaille Mme Phillips.

Quels sont les risques pour les oiseaux ?

Que ce soit au Yukon ou au Nunavut, des études d’impacts sur la faune, en particulier les oiseaux ont été menées en amont des projets. Au Yukon, le projet éolien de la colline Haeckel–Thay T’äw ne se trouve pas sur le parcours migratoire des oiseaux.