Du 1er avril au 15 mai 2026, une équipe internationale de scientifiques s’est déployée sur la glace de mer près de Cambridge Bay, dans le cadre du projet expérimental sur la glace de mer des missions d’expansion Copernicus (CEMSIE). Cette période printanière a été choisie puisque le couvert neigeux demeure alors froid et sec, des conditions jugées essentielles à des mesures radar précises.
Dirigé par le professeur John Yackel de l’Université de Calgary, le projet rassemblait des chercheurs de 15 pays, dont le Canada, les États-Unis, la France et l’Allemagne. La campagne mobilisait de 25 à 30 scientifiques, ingénieurs et techniciens en rotation. Il visait à améliorer la façon dont les satellites mesurent l’épaisseur de la glace de mer dans l’Arctique, une donnée clé pour mieux comprendre l’évolution de la banquise et soutenir les déplacements hivernaux sur la glace. Le projet s’inscrivait dans le cadre des missions Copernicus Expansion, une série de satellites européens dont le lancement est prévu entre 2027 et 2029.
Financée en partie par Polar Knowledge Canada (POLAR), l’initiative bénéficiait également d’un soutien scientifique et logistique de l’organisme. La campagne a par ailleurs réuni des partenaires internationaux à la Station canadienne de recherche dans l’Extrême-Arctique (CHARS).
Mesurer la glace sur le terrain
Sur le terrain, les équipes ont combiné des relevés directement sur la glace et des observations aériennes afin de comparer les données recueillies au sol avec celles captées par satellite. Les chercheurs ont notamment mesuré la profondeur de la neige et l’épaisseur de la banquise pour mieux comprendre leur influence sur les données satellitaires. De petits groupes se rendaient quotidiennement jusqu’aux sites d’étude, les trajets se faisant principalement en motoneige et à l’aide de petits traineaux.
Selon les chercheurs, ces informations pourraient contribuer à améliorer les prévisions météorologiques et la navigation dans le Nord, tout en renforçant la sécurité des déplacements sur la glace.
Le professeur John Yackel souligne également l’importance des échanges avec des membres de la communauté, qui ont aidé à sélectionner certains sites de mesure et à offrir un soutien logistique. Des artisans locaux ont aussi participé à la fabrication d’équipements utilisés sur le terrain.
Un avion de recherche de l’Institute Alfred Wegener survole un réflecteur d’angle utilisé pour calibrer les mesures radar.
Des applications envisagées
Si les retombées concrètes pour les communautés nordiques demeurent pour l’instant incertaines, les partenaires du projet évoquent déjà des usages possibles, notamment pour faciliter les trajets hivernaux sur la glace.
Selon POLAR et le professeur John Yackel, une meilleure précision des données satellitaires pourrait éventuellement permettre de produire des cartes et des prévisions plus fiables sur les conditions de la banquise, afin d’appuyer les déplacements sur la glace et l’évaluation des risques. Il ajoute que ces outils pourraient contribuer à mieux comprendre les routes empruntées sur la glace de mer et le rôle qu’elles jouent pour les collectivités nordiques.
L’Association inuit du Kitikmeot (KIA) estime que des données plus précises sur les conditions de la banquise pourraient avoir une utilité concrète sur le territoire. « Les Inuit du Kitikmeot se déplacent beaucoup sur la glace de mer pour accéder à des zones traditionnelles de chasse, de pêche et de camping », souligne James Kaylor, gestionnaire des communications pour l’organisation.
Selon lui, toute recherche supplémentaire permettant de surveiller l’évolution de l’état de la glace « serait bénéfique ». La KIA souhaite d’ailleurs connaitre les résultats de l’étude.
À plus long terme, ces travaux pourraient contribuer à améliorer les cartes et les prévisions liées à la banquise, afin de soutenir les déplacements et l’évaluation des risques, espèrent les partenaires du projet.