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le Mercredi 1 avril 2026 8:05 Local

Chômage élevé, postes vacants : le paradoxe du marché du travail au Nunavut

Le taux de chômage au Nunavut a atteint 15,4 % sur le territoire en décembre 2025.  — Source : Statistique Canada
Le taux de chômage au Nunavut a atteint 15,4 % sur le territoire en décembre 2025.
Source : Statistique Canada

Le Nunavut continue d’afficher le taux de chômage le plus élevé au pays. Selon Statistique Canada, il atteignait 15,4 % en décembre 2025, soit plus du double de la moyenne nationale. Pourtant, dans plusieurs secteurs, de nombreux emplois demeurent non pourvus.

Chômage élevé, postes vacants : le paradoxe du marché du travail au Nunavut
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Selon les données de l’Enquête auprès des peuples autochtones (2022), moins de la moitié (48,1 %) des Inuit de 15 ans et plus occupaient un emploi au Nunavut. Une proportion importante, soit 41,5 % demeurait en dehors de la population active, c’est-à-dire sans emploi et sans en chercher

L’Enquête révèle aussi que 78 % des Inuit qui ne travaillent pas au gouvernement souhaiteraient y travailler. Or, de nombreux emplois dans la fonction publique restent à combler. Plusieurs fonctions exigent désormais une formation formelle, alors que certaines personnes ne se jugent pas qualifiées en raison d’un accès limité aux études, souligne Rowena House, directrice générale de la Chambre de commerce régionale de Baffin.

Un décalage entre les compétences et les besoins

L’enjeu ne se limite pas à un manque de main-d’œuvre, mais à un écart entre les compétences disponibles et les exigences des postes. « Dans la région de Qikiqtani, comme ailleurs, les entreprises font face à des défis pour recruter des travailleurs qualifiés », indique la directrice générale.

Une analyse récente menée par Signal49 Research, anciennement Conference Board du Canada, met également en lumière ce décalage, notamment dans la fonction publique. « Il existe un écart persistant entre les compétences de nombreux chercheurs d’emploi inuit et les qualifications exigées pour plusieurs postes », explique Amanda Thompson, chercheuse principale associée au sein de l’équipe des communautés autochtones et nordiques.

Elle précise que l’accès limité aux études postsecondaires dans le territoire, combiné à des obstacles financiers et linguistiques, réduit le bassin de candidats pour plusieurs postes.

Des ateliers en ressources humaines sont offerts par le gouvernement du Nunavut pour favoriser l’accès à la certification professionnelle.

Crédit : Ministère des Ressources humaines du Nunavut.

Des obstacles qui compliquent l’embauche

Au-delà des qualifications, plusieurs facteurs compliquent le recrutement et la rétention. Les employeurs doivent composer avec la pénurie de logements, le coût élevé de la vie et l’accès restreint à des services comme les garderies, souligne Rowena House.

La concurrence exercée par le gouvernement et les grands employeurs pour attirer les travailleurs constitue un autre enjeu majeur selon la directrice générale, dans un contexte où le bassin de travailleurs qualifiés demeure limité.

Selon une analyse de 2017 sur le marché du travail et la main-d’œuvre inuit, 27 % des postes au gouvernement du Nunavut étaient vacants, tout comme 18 % des postes fédéraux dans le territoire.

Amanda Thompson croit que la géographie joue également un rôle : une grande part des emplois de la fonction publique se concentre à Iqaluit, où le taux de chômage est plus faible que dans plusieurs petites communautés du territoire.

Faute d’un bassin suffisant de travailleurs qualifiés, le Nunavut dépend largement de la main-d’œuvre venant de l’extérieur pour pourvoir certains postes. En 2019, environ 34 % de la main-d’œuvre au Nunavut était composée de travailleurs vivant hors du territoire, selon une analyse du Conference Board du Canada.

Cette dépendance s’explique en partie par un accès limité à la formation postsecondaire dans le territoire. Le collège de l’Arctique du Nunavut demeure actuellement le seul établissement de ce type, même si un projet d’université inuit dont le campus principal doit être établi à Arviat, a été annoncé et devrait ouvrir dans les prochaines années.

Le Nunavut veut accroître la représentation des Inuit

Face à ces défis, le gouvernement du Nunavut affirme poursuivre ses efforts pour renforcer la participation des Inuit au marché du travail. Irma Arkus, gestionnaire des communications au ministère des Ressources humaines, indique que le gouvernement s’est engagé à accroître leur représentation dans la fonction publique afin qu’elle reflète davantage la population.

Cette priorité se traduit notamment par des formations ciblées, du développement du leadership, des nominations directes et des obligations prévues par l’Accord du Nunavut, soutenus par le Master Inuit Employment Plan.

Le gouvernement mise également sur des milieux de travail ancrés dans les valeurs sociétales inuit, la langue inuktut, ainsi que les connaissances culturelles et traditionnelles.