Dans une réponse transmise par le ministère du Patrimoine canadien, la visite de Marc Miller, ministre de l’Identité et de la Culture canadiennes et ministre responsable des Langues officielles, est présentée comme une volonté d’aller à la rencontre d’acteurs des milieux culturel, autochtones et des langues officielles afin de mieux saisir les réalités du terrain.
Du côté inuit, il a voulu comprendre les efforts déployés pour revitaliser les langues autochtones dans le territoire, ainsi que les moyens de maintenir et de renforcer les traditions. Il a notamment échangé avec des représentants de la Qaggiavuut Society et du Pirurvik Centre.
Inuit Broadcasting Corporation (IBC) figure aussi parmi les organisations visitées. Sa directrice générale, Karen Prentice, indique qu’une annonce fédérale publiée le 20 mars 2026 prévoit un financement en sa faveur, sans avoir été présenté à cette occasion.
Le ministre a souhaité comprendre les efforts déployés pour la préservation et la valorisation de l’inuktut.
Les francophones exposent leurs priorités
Plusieurs organismes francophones, dont le CPE Les Petits Nanooks et le Réseau Santé en français au Nunavut (RÉSEFAN) étaient présents au Franco-Centre le 3 mars pour faire entendre leurs préoccupations. La Commission scolaire francophone du Nunavut (CSFN) a soulevé la question de la répartition des fonds entre le français langue première et le français langue seconde. « Ici, au Nunavut, les besoins sont grands et pour offrir les mêmes services que dans les autres provinces, nous devons dépenser plus », souligne la CSFN.
Carrefour Nunavut était présent et a mis de l’avant des enjeux liés à l’immigration francophone et au développement économique. Francis Essebou, directeur général évoque des difficultés à attirer et retenir des travailleurs d’expression francophone dans un contexte nordique, en raison du coût de la vie, du logement et de l’éloignement.
Il souligne un manque criant de services en français, particulièrement en santé, une situation qui a des conséquences concrètes pour les résidents. « Certains sont obligés d’aller dans le Sud lorsque vient le temps de faire leurs tests médicaux pour leurs démarches d’immigration ».
Une ouverture sans engagement concret
À l’Association des francophones du Nunavut (AFN), cette rencontre est décrite comme une première prise de contact visant à cerner les réalités du terrain. « C’était une visite pour écouter, comprendre les difficultés et discuter avec les organismes », résume Laurent Monty, analyste politique de l’AFN.
L’organisme porte-parole a souhaité réunir plusieurs acteurs du milieu communautaire francophone afin de permettre à chacun de s’exprimer, ce qui a donné lieu à « un échange clair et direct avec le ministre, dans une logique d’écoute ».
Parmi les autres dossiers abordés, le projet de la Maison de la francophonie ressort comme un élément central. Le fait que Marc Miller ait évoqué « matière à espoir » est interprété par l’AFN comme une volonté de maintenir le dialogue et d’aboutir à des discussions concrètes. « C’est quelqu’un qui comprend nos réalités nordiques. On sent un appui politique de la part de Marc Miller, ainsi qu’une ouverture pour faire avancer certains enjeux », souligne l’analyste.
De son côté, le ministre a apporté des précisions en entrevue avec Laurent Monty. Il a reconnu que la croissance du nombre de francophones au Nunavut nécessitera une attention accrue envers les organisations du milieu.
À la suite de ses échanges, il insiste sur l’importance d’adapter les approches au contexte linguistique du territoire, où la valorisation de l’inuktitut demeure centrale.
Il a aussi exprimé son appui au projet de la Maison de la Francophonie, tout en précisant que des discussions restent à venir, notamment avec le ministère de l’Infrastructure. Il se montre cependant prudent. « Je ne veux pas induire les gens en erreur ou porter de faux espoirs ».
Interrogé sur le projet du Centre de navigation de services en français, il rappelle que des secteurs comme l’éducation et la santé demeurent essentiels, puisqu’ils touchent des contextes où la langue maternelle joue un rôle central dans la capacité des personnes à s’exprimer. « Avec l’augmentation de la population, ça prend un effort additionnel », souligne Marc Miller en mettant de l’avant l’importance de l’implication du gouvernement du Nunavut.