le Lundi 16 février 2026
le Lundi 16 février 2026 14:40 | mis à jour le 16 février 2026 14:41 Sciences et environnement

Les caribous de retour sur Baffin

La population de caribous sur l’île de Baffin est maintenant estimée à plus de 48 000 animaux.  — Crédit : Barnabas Davoti
La population de caribous sur l’île de Baffin est maintenant estimée à plus de 48 000 animaux.
Crédit : Barnabas Davoti

Des inventaires aériens menés sur l’île de Baffin entre 2024 et 2025 indiquent une augmentation marquée de la population de caribous, désormais estimée à plus de 48 000 animaux. Jugée encourageante, cette hausse survient après un déclin amorcé il y a plusieurs décennies.

Les caribous de retour sur Baffin
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En 2014, une étude aérienne avait déterminé que le nombre de caribous sur l’île de Baffin avait chuté à 4600 animaux, loin des quelque 150 000 individus estimés dans les années 1980. Selon le rapport « Aerial Abundance Estimates and Trends of the Barren-Ground Caribou of Baffin Island- March 2024 and March-April 2025 », produit par le gouvernement du Nunavut, les effectifs auraient connu une croissance annuelle estimée entre 15 % et 36 % entre 2014 et 2025.

Quelques nuances

Steeve Côté, professeur titulaire au Département de biologie et chercheur au Centre d’études nordiques de l’Université Laval, considère que cette annonce représente une excellente nouvelle : « La plupart des populations de caribou sont en déclin ; d’en voir certaines repartir à la hausse est donc un très bon signe », affirme-t-il. Du côté de WWF-Canada, le constat est similaire, l’organisation qualifiant cette reprise de « très encourageante ».

Steeve Côté considère que la hausse de la population de caribous sur l’île de Baffin est une excellente nouvelle.

Courtoisie

Pour établir ces données, l’équipe de recherche du gouvernement du Nunavut a mené des inventaires aériens en deux phases à l’aide de deux avions et d’un hélicoptère. Certains caribous ont été munis de dispositifs de suivi afin de localiser les groupes et d’éviter de compter les mêmes troupeaux deux fois. 

Le chercheur souligne que cette approche constitue la méthode la plus fiable pour observer l’évolution des caribous migrateurs sur de vastes territoires, bien qu’elle repose sur des estimations assorties de marges d’erreur. Selon lui, ces opérations doivent être réalisés sur une courte période afin d’éviter que les animaux ne se déplacent ou que les groupes ne se mélangent. Le ministère de l’Environnement du Nunavut rappelle que les conditions météorologiques peuvent aussi limiter la visibilité lors de la prise des inventaires.

Le spécialiste des études nordiques de l’Université Laval affirme que l’augmentation constatée sur l’île de Baffin s’inscrit dans des dynamiques naturelles bien connues, marquées par d’importantes variations d’abondance. Après avoir atteint des niveaux très bas pendant plusieurs décennies, ces hardes peuvent se rétablir lorsque la pression sur l’habitat diminue, que la compétition baisse et que la reproduction reprend. Il souligne cependant qu’il demeure difficile d’identifier précisément tous les facteurs expliquant cette hausse, au-delà des restrictions de chasse, puisque peu de recherches ont été menées dans la région sur cette espèce.

Le ministère de l’Environnement abonde dans le même sens en déclarant que cette reprise ne peut pas être attribuée qu’à un seul facteur, évoquant notamment la disponibilité de la nourriture, l’état de santé général des caribous et une faible pression de prédation.

Des éléments issus de l’Inuit Qaujimajatuqangit (IQ), croisés avec des observations scientifiques, suggèrent la présence de trois à cinq groupes distincts sur ce territoire.

Plusieurs hardes sont répertoriées sur l’île de Baffin.

Crédit : Paul Gierszewski - Wikimédias Commons

Une valeur culturelle

Depuis l’enquête de 2014, les Nunavummiut de l’île de Baffin font face à d’importantes restrictions sur les récoltes de caribou. Pour l’instant, aucune modification aux règles en vigueur n’a été annoncée par le gouvernement du Nunavut à la suite de cette hausse. Le ministère de l’Environnement affirme toutefois que des consultations ont été menées au début du mois de février avec les organisations de chasseurs et les partenaires de cogestion afin de discuter des résultats de l’inventaire, des prochaines étapes et des options de gestion possibles.

Toute modification éventuelle des restrictions relève toutefois du Nunavut Wildlife Management Board (NWMB), seule instance habilitée à établir, modifier ou lever un total autorisé de récolte. La gestion de la faune au Nunavut repose sur un modèle de cogestion dans lequel le savoir et les données scientifiques sont considérés conjointement dans la prise de décision.

Steeve Côté rappelle pour sa part qu’une analyse détaillée demeure nécessaire avant toute décision allant dans le sens d’un assouplissement des mesures actuelles. Selon lui, plusieurs facteurs doivent être pris en compte, notamment le taux de croissance, le rapport de mâles par femelle et la taille des mâles. Sans rouvrir une chasse libérale, il évoque la possibilité d’un prélèvement culturel limité, permettant à chaque communauté de récolter quelques animaux afin de transmettre le savoir aux jeunes générations, tout en demeurant prudent.