le Mardi 31 mars 2026
le Mardi 31 mars 2026 17:44 | mis à jour le 31 mars 2026 17:57 Local

Près de 4 enfants sur 10 vivent dans la pauvreté au Nunavut

Le taux de pauvreté au Nunavut est plus du double que la moyenne nationale.  — Source : Rapport 2025 sur la pauvreté des enfants et des familles au Canada
Le taux de pauvreté au Nunavut est plus du double que la moyenne nationale.
Source : Rapport 2025 sur la pauvreté des enfants et des familles au Canada

Le Nunavut demeure la région du pays où la pauvreté infantile est la plus élevée. Selon un rapport de l’organisme Campagne 2000 publié en février 2026 dont les données ont été récoltées en 2023, 38,8 % des enfants du territoire vivent dans un ménage à faible revenu, soit plus du double de la moyenne nationale (18,3 %).

Près de 4 enfants sur 10 vivent dans la pauvreté au Nunavut
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Au Nunavut, où vivent un peu plus de 13 000 enfants, environ 5 000 d’entre eux sont concernés.

La situation est encore plus préoccupante chez les plus jeunes : près d’un enfant sur deux de moins de six ans vit dans un ménage à faible revenu. Cette précarité se traduit notamment par un accès plus difficile à la nourriture.

Logement et alimentation au cœur du problème

Le ministère de la Famille reconnait que la pauvreté infantile est étroitement liée à la crise du logement et à l’insécurité alimentaire, deux réalités bien présentes sur le territoire.

Selon des données du ministère, transmises par Ann Lehman-Allison, de nombreux ménages nunavummiut ont connu l’insécurité alimentaire. La pénurie de logements favorise aussi la surpopulation et une forme d’« itinérance cachée », un phénomène qui pourrait concerner jusqu’à 53 % d’après certaines études.  

Le Nunavut affiche toujours le taux le plus élevé au pays, même si une légère amélioration a été observée. La proportion d’enfants vivant dans la pauvreté est passée d’environ 41,8 % en 2022 à 38,8 % en 2023, selon le Rapport 2025 sur la pauvreté des enfants et des familles au Canada. La situation demeure toutefois plus préoccupante qu’avant la pandémie. En 2019, environ 31 % des enfants vivaient dans la pauvreté au Nunavut.

Dans ce contexte, cette amélioration doit être interprétée avec prudence, estime Leila Sarangi, directrice nationale de Campagne 2000. Elle rappelle que l’indicateur utilisé repose sur une mesure relative du revenu. L’évolution pourrait s’expliquer par une hausse des revenus ou des transferts gouvernementaux, mais aussi par des variations du seuil médian pour mesurer la pauvreté.   

Pour sa part, le ministère de la Famille attribue en partie cette baisse à l’élargissement, durant la pandémie, de programmes de soutien comme l’Initiative Les Enfants inuit d’abord (ICFI), qui a facilité l’accès à l’aide alimentaire pour un plus grand nombre de familles.  

Une fois ces subventions arrivées à échéance, la pauvreté est repartie à la hausse, indique Ann Lehman-Allison, qui observe une augmentation de la demande pour les programmes de sécurité alimentaire. Certaines banques alimentaires ont signalé une hausse de plus de 50 % des demandes.

Cette réalité se confirme aussi sur le terrain. Au-delà du revenu, l’insécurité alimentaire donne un autre aperçu de la précarité. L’organisme Amautiit Nunavut Women’s Association souligne que la pauvreté chez les enfants demeure profondément enracinée au Nunavut.

Les données sur l’alimentation brossent un portrait encore plus préoccupant : 79 % des enfants inuit vivent dans des ménages en situation d’insécurité alimentaire. Les familles concernées auraient besoin de 15 000 $ à 19 000 $ supplémentaires par année pour atteindre le seuil de faible revenu. 

« Cela témoigne d’une pauvreté structurelle au Nunavut, d’une ampleur inégalée ailleurs au pays. Il s’agit d’une crise persistante »

— Amautiit Nunavut Women’s Association

Le phénomène ne se limite pas au Nunavut. À l’échelle du pays également, la pauvreté infantile continue d’augmenter pour une troisième année consécutive. En 2023, environ 30 000 enfants de plus vivaient dans la pauvreté qu’en 2022.

Un écart marqué avec les autres territoires

Le Nunavut se distingue nettement des deux autres territoires du Nord. Le taux de pauvreté infantile y est plus du double de celui observé au Yukon et dans les Territoires du Nord-Ouest, où il s’établit respectivement à 12 % et 16 %. Pour les auteurs du rapport, cet écart illustre l’ampleur des inégalités persistantes entre le Nunavut et le reste du pays.

Le gouvernement attribue cette situation au coût élevé de la vie, notamment en raison de l’absence d’accès routier, qui oblige à transporter les marchandises par avion ou par bateau.

Les prestations d’aide au revenu couvrent une part nettement plus faible du seuil de pauvreté qu’ailleurs dans le Nord canadien. Dans les Territoires du Nord-Ouest, elles représentent environ 75 % de ce seuil, contre 41 % au Nunavut. Ce constat soulève des questions sur l’efficacité des mesures en place.  

Des réponses encore limitées

Dans ce contexte, le ministère des Services à la Famille dit travailler avec des organisations inuit et divers partenaires gouvernementaux pour déployer des programmes visant à réduire la pauvreté chez les enfants et leurs familles.

Certaines mesures de soutien aux familles ont évolué au cours des dernières années. Le programme ICFI, par exemple, a abandonné son volet universel de bons alimentaires au profit d’un système basé sur les besoins.

Le ministre cite plusieurs initiatives sur le territoire, comme les banques alimentaires, les programmes de petit-déjeuner dans les écoles et la livraison de boîtes alimentaires. Des discussions sont également en cours avec ces organismes afin de mieux rejoindre les familles qui ne peuvent s’y rendre. Les subventions pour les services de garde visent à réduire les coûts pour les parents, à favoriser l’accès à l’emploi et à augmenter le revenu des ménages.

Leila Sarangi estime que plusieurs leviers demeurent essentiels pour réduire durablement la pauvreté infantile. Elle évoque notamment l’accès à un emploi de qualité, à des services de garde adaptés et dirigés par les Inuit, à une alimentation abordable, incluant la nourriture traditionnelle, ainsi qu’à des logements adéquats.

« Les gouvernements locaux et territoriaux doivent aussi mobiliser davantage les familles vivant dans la pauvreté afin de mieux cerner les priorités et soutenir des solutions ancrées dans les communautés et portées par les Inuit », affirme Leila Sarangi.