Dans le stade, l’ambiance change brusquement lorsque vient le moment du Airplane. Les conversations s’atténuent, les spectateurs se penchent légèrement vers l’avant. L’athlète s’allonge face contre le sol, les bras étendus comme les ailes d’un avion. Il ferme les yeux quelques secondes, prend une respiration, puis donne le signal.
Deux personnes saisissent ses poignets, tandis que deux autres passent une sangle sous ses chevilles pour soulever ses jambes. Lentement, le corps quitte le sol. Le défi commence alors.
L’athlète doit maintenir son corps parfaitement droit, sans plier les bras ni laisser fléchir son dos. Les quatre personnes qui le soutiennent avancent à petits pas, pendant que les juges observent attentivement chaque mouvement. Le moindre déséquilibre peut mettre fin à la tentative. Une voix s’élève pour encourager le compétiteur, mais l’arbitre rappelle que le silence est de rigueur. La concentration est essentielle.
Trois athlètes nunavummiut disputaient cette difficile épreuve.
Une épreuve spectaculaire
Parmi les disciplines des Jeux traditionnels de l’Arctique, le Airplane est reconnu comme l’une des épreuves les plus impressionnantes.
Aux côtés du knuckle hop (saut sur jointures), du saut à pieds joints, du triple saut ou encore du arm pull, il met à l’épreuve la force et l’endurance des athlètes.
Mais le Airplane comporte un défi particulier. La position exige une grande rigidité du corps et les risques de blessure sont plus élevés que dans plusieurs autres disciplines. Pour cette raison, l’épreuve est souvent présentée à la fin du programme.
Autrefois, la performance était mesurée en distance. Les athlètes devaient parcourir le plus de mètres possible tout en maintenant la position.
Depuis 2016, la discipline est devenue une épreuve chronométrée. Le but est désormais de tenir le plus longtemps possible.
Le record de distance appartient à Makabe Nartok, qui avait parcouru 48,98 mètres lors des Jeux de 1986. Le record du meilleur temps est détenu par Tittu Wille, avec 46,69 secondes, établi en 2016.
Un héritage des peuples du Nord
Comme plusieurs disciplines présentées aux Jeux d’hiver de l’Arctique, le Airplane s’inscrit dans la tradition des jeux autochtones du Nord.
Ces jeux servaient autrefois à développer les capacités physiques nécessaires pour vivre dans les conditions exigeantes de l’Arctique : la force, la coordination, l’endurance et la résistance à la douleur.
Aujourd’hui, ces disciplines sont devenues un symbole culturel important. Elles permettent aux jeunes athlètes des régions circumpolaires de se rencontrer et de célébrer un héritage commun.
Beaucoup de participants prennent part à plusieurs épreuves durant les Jeux.
Haydon Robert Chartier, jeune athlète originaire de Juneau en Alaska, a remporté la médaille de bronze en Airplane. Il explique qu’il ne s’est essayé à cette discipline que quelques fois.
« J’ai essayé peut-être deux ou trois fois seulement d’être porté », raconte-t-il. « Ça fait partie d’un ensemble. On s’entraîne pour plusieurs disciplines et on travaille notre corps de façon très intense. »
Haydon Robert Chartier (droite) sur le podium des sports arctiques.
Une épreuve de force… et de courage
Le Airplane demande une combinaison de qualités physiques et mentales.
Les athlètes doivent posséder une grande force dans le dos et les épaules afin de maintenir une position rigide pendant qu’ils sont transportés. L’équilibre et la concentration sont tout aussi importants, car le moindre mouvement peut mettre fin à la tentative.
Mais au-delà de la performance, l’épreuve exige aussi du courage.
C’est sans doute cette combinaison de tradition, de défi physique et de détermination qui fait du Airplane l’une des disciplines les plus marquantes des Jeux d’hiver de l’Arctique.
Et lorsque le dernier athlète est soulevé, que l’aréna retombe dans le silence et que tous les regards suivent son effort, on comprend pourquoi cette épreuve laisse une impression durable chez celles et ceux qui y assistent.
Dans les gradins, la coach, ancienne athlète ayant participé à de nombreux Jeux d’Hiver de l’Arctique commente lors de la remise de médailles :
« C’est incroyable ce que ces jeux créent. Ils rassemblent ces jeunes venus de partout dans le monde, on entend parler des langues lointaines et autochtones, c’est formidable ».
Celui qui a remporté la médaille d’or pour le Airplane n’est autre que Chris Stipdonk, celui qui a également établi le record du monde du Knuckle hop et remporté l’or dans cette discipline. Une performance impressionnante qui confirme une fois de plus la domination de l’athlète dans les sports traditionnels de l’Arctique. Pour le public comme pour les autres compétiteurs, sa prestation restera sans doute l’un des moments marquants de ces Jeux d’hiver de l’Arctique. Pour le Nunavut, Breton McNeil termine au pied du podium (4e), Adrian Olayuk est 10e, David Audlakiak 12e et Joey Komakjuak 15e.