À Whitehorse, sur le terrain intérieur de l’école St. François d’Assise, le silence se fait soudain. Un jeune athlète nunavummiuq s’élance pour toucher une balle suspendue à plus de deux mètres de hauteur. Il retombe lourdement, mais se relève aussitôt sous les encouragements. Aux Jeux d’hiver de l’Arctique, l’important n’est pas seulement de gagner : c’est aussi de représenter son territoire avec fierté.
Le jeune sportif vient d’essuyer une défaite dans l’épreuve du saut à pied joint. Pourtant, il ne quitte pas le terrain. Aux côtés d’athlètes des Territoires du Nord-Ouest, il observe les sauts, filme les tentatives avec son téléphone et encourage les autres concurrents. Sur place, la compétition laisse souvent place à un esprit de camaraderie inattendu.
Chaque édition des Jeux d’hiver de l’Arctique rassemble des centaines de jeunes athlètes venus de différentes régions circumpolaires. L’événement met à l’honneur à la fois les disciplines sportives nordiques et les rencontres entre délégations venues de territoires et d’États du Nord.
Cette année, environ 219 athlètes du Nunavut ont fait le déplacement pour participer à la compétition. Pour plusieurs d’entre eux, l’expérience dépasse largement le cadre sportif.
Une jeune nunavummiuq lors de l’épreuve du « two feet high kick ».
Représenter sa communauté
Pour les jeunes Nunavummiut, porter les couleurs de leur territoire est une source de grande fierté. « Représenter le Nunavut aux Jeux d’hiver de l’Arctique est une grande fierté. On ne compétitionne pas seulement pour nous-mêmes, mais aussi pour nos familles et notre communauté », explique Kara Owpalook, joueuse aguerrie de futsal. Même dans la défaite, l’expérience reste marquante.
« Même si nous avons perdu aujourd’hui, je suis très excitée de faire partie de cet événement. Notre famille peut nous voir jouer à la télé, on a l’impression d’être un peu les stars de notre communauté »
Porter l’uniforme de la délégation devient ainsi un symbole d’appartenance et de responsabilité. Derrière chaque athlète se trouvent des proches, des entraîneurs et une communauté entière qui suit les performances à distance.
À gauche, l’entraineuse de Futsal Chelsea Dubiel – à droite, la joueuse de futsal Kara Owpalook, toutes les deux venues du Nunavut pour les Jeux d’Hiver de l’Arctique.
Des rencontres entre jeunes du Nord
Les Jeux offrent aussi une occasion rare pour les jeunes de se rencontrer et d’échanger avec d’autres participants venus de régions nordiques éloignées.
Les délégations proviennent notamment de territoires et d’États situés dans l’Arctique et le subarctique. Malgré la distance géographique, plusieurs partagent des réalités similaires : vastes territoires, communautés isolées et défis sociaux hérités d’une histoire marquante.
« Les Jeux nous permettent de rencontrer d’autres jeunes du Nord qui vivent des réalités similaires. Même si nous venons de territoires ou de pays différents, on partage beaucoup de choses », explique un athlète du Nunavut rencontré après son épreuve.
Sur les terrains et dans les gradins, les jeunes échangent, s’encouragent et analysent leurs performances. Les téléphones portables servent autant à filmer les exploits qu’à repérer les points à améliorer pour la prochaine tentative.
Dans ces moments-là, les rivalités sportives passent souvent au second plan.
Des athlètes de l’équipe du Nunavut encouragent leurs camarades.
Une expérience qui laisse une trace
Au-delà des médailles, les Jeux représentent pour plusieurs une expérience formatrice.
L’entraînement, la compétition et le travail d’équipe contribuent à renforcer la confiance et la persévérance des jeunes participants.
Pour les entraîneurs, l’événement constitue aussi un moment important dans le parcours des athlètes.
« Pour plusieurs jeunes, les Jeux d’hiver de l’Arctique sont une expérience qui peut changer leur perspective. Ils développent leur confiance, mais aussi un sentiment très fort de fierté envers leur territoire », souligne Chelsea Dubiel, entraîneuse de futsal.
Enceinte de sept mois, elle n’aurait manqué l’événement pour rien au monde.
« À quelques semaines près, je n’aurais pas pu rester proche de mes joueuses et les encourager, et ça m’aurait brisé le cœur », confie-t-elle.
L’impact des Jeux se fait également sentir dans les communautés du Nunavut. Familles, écoles et organisations locales suivent avec attention les performances des jeunes athlètes.
Pour certains enfants, voir des jeunes de leur communauté participer à une compétition internationale suffit à nourrir un rêve : celui de représenter leur territoire à leur tour.
Au final, les Jeux d’hiver de l’Arctique rappellent que le sport peut être un puissant vecteur de rassemblement et d’identité. Pour la jeunesse du Nunavut, l’événement est bien plus qu’une compétition : c’est une célébration du territoire, de la culture et du potentiel des jeunes du Nord.