le Mercredi 4 mars 2026
le Mercredi 4 mars 2026 7:15 Arctique

Jeux d’hiver de l’Arctique : le sport au service de l’identité

L’équipe du Nunavut lors de l’ouverture des Jeux d’hiver 2024.  — Crédit : John Rusiniak
L’équipe du Nunavut lors de l’ouverture des Jeux d’hiver 2024.
Crédit : John Rusiniak

Aux Jeux d’hiver de l’Arctique, les médailles ne racontent qu’une partie de l’histoire. Derrière les épreuves se déploie une trame de langues, de chants et de savoirs qui affirment l’identité des peuples nordiques et autochtones. Depuis plus de 50 ans, la rencontre sportive s’accompagne d’un programme culturel où les jeunes deviennent porteurs et vecteurs de leur héritage.

Jeux d’hiver de l’Arctique : le sport au service de l’identité
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Dès leur création en 1970, les Jeux d’hiver de l’Arctique ont fait le choix de ne jamais dissocier les performances athlétiques de l’expression culturelle. Intégré au départ comme pilier à part entière, le programme culturel évolue au même titre que les épreuves sportives et a façonné une dynamique singulière.  

Aujourd’hui, les Jeux figurent parmi les manifestations les plus marquantes de l’identité nordique. Pour la directrice exécutive du Comité international, Moira J. Lassen, cet événement constitue l’une des plateformes majeures du Nord, où les jeunes se regroupent au-delà des frontières pour partager des histoires, des langues et des traditions.  

Au fil des décennies, cette dimension culturelle a gagné en visibilité et en reconnaissance. Pour plusieurs délégations, elle représente aujourd’hui un volet aussi attendu que les compétitions sportives, rappelant que le rassemblement dépasse largement le cadre des médailles.

Bien plus qu’une simple compétition

Au-delà des cérémonies d’ouverture et de clôture, la culture imprègne l’événement qui se déroulera dans la capitale du Yukon entre le 8 et le 15 mars. Elle s’exprime par les langues, les arts, les rituels et les échanges quotidiens entre délégations.

« Pour nous, la dimension culturelle des Jeux est essentielle. Le sport dans l’Arctique est indissociable de la communauté et de l’appartenance. »

— Aviaaja Geisler, cheffe de mission groenlandaise

Selon elle, les jeunes de Kalaallit Nunaat incarnent aussi des personnalités façonnées par la vie arctique, les savoirs autochtones et les valeurs nordiques partagées. Sans aborder directement la politique, elle évoque toutefois des notions de visibilité, d’autodétermination et de confiance en leur propre voix. « En exposant notre culture ouvertement et fièrement lors des Jeux, nous communiquons que le sport n’est pas séparé de l’identité, mais qu’il constitue une manière significative d’exprimer qui nous sommes et où nous allons en tant que peuple arctique », poursuit Aviaaja.

Pour plusieurs jeunes, ces manifestations sportives et culturelles marquent un moment important dans leur parcours. Elles permettent de partager leur culture avec d’autres régions du Nord et de se reconnaître dans des réalités à la fois proches et différentes.

Sarah Frampton, cheffe de mission de l’Alaska, souligne la diversité culturelle de sa région, réunie sous une seule et même bannière dans un rassemblement qui célèbre le monde nordique :

« Nos athlètes ne concourent pas seulement pour des médailles, mais comme ambassadeurs des populations et des traditions de l’Alaska. » 

Cette position rejoint celle de Paolo Gallina, responsable du marketing et des partenariats aux Jeux d’hiver de l’Arctique Whitehorse 2026, pour qui cette dimension est fondatrice : « La disparition du programme culturel réduirait l’identité nordique des Jeux, transformant l’expérience en une compétition sportive standard plutôt qu’en une célébration axée sur le sport, la culture et l’amitié ».

La délégation du Nunavut présentera des performances de danses du tambour et des chants à Whitehorse.

Courtoisie

Les jeunes : passeurs d’héritage et d’identité

Plusieurs délégations illustrent cette dynamique, à commencer par la Sápmi qui souligne le rôle central des jeunes dans la transmission culturelle. « Très souvent, cela inclut le joik dans la présentation », affirme Sini Rasmus, seconde cheffe de mission, précisant que ces chants traditionnels sont appris au sein de la famille ou de la communauté. Les plus expérimentés peuvent improviser et adapter leur joik à l’ambiance, faisant de chaque performance une expression individuelle et communautaire.

Cette année, leur prestation réunit trois formules artistiques : un joikeur, un cinéaste et un pianiste. Cette combinaison rassemble savoirs ancestraux et expressions contemporaines. Sini Rasmus souligne également l’importance du duodji, l’artisanat traditionnel de leur région, comme un pilier identitaire et un vecteur de transmission culturelle.

Au Groenland, les Jeux favorisent aussi cette transmission en créant un espace où les jeunes se rencontrent, échangent et voient leur culture reconnue dans un contexte élargi. Cette reconnaissance a un impact profond : elle nourrit leur fierté, leur sentiment d’appartenance et leur motivation à faire perdurer cet héritage.

Pour beaucoup, la participation au rassemblement circumpolaire devient une expérience structurante, qui renforce l’identité et l’engagement à long terme dans le sport comme dans la vie communautaire, selon plusieurs chefs de mission.

Une opportunité qui se manifeste aussi au Nunavut, où Les Inuksuk Drum Dancers d’Iqaluit, – groupe composé d’élèves de l’Inuksuk High School et encadré par Mary Piercy-Lewis, représenteront le territoire lors du gala culturel à Whitehorse. Par le chant et la danse au tambour, ils offriront une expression vivante de la culture inuit aux côtés des autres délégations.

Ici, ces Jeux offrent une vitrine pour « mettre en valeur des Nunavummiut beaux et résilients ». Dans un territoire vaste où le développement sportif commence dans chaque communauté, l’événement est l’occasion de reconnaître le travail accompli à la base.

Le contingent des Territoires du Nord-Ouest sera pour sa part représenté par les Mackenzie River Dancers, une troupe d’Inuvik dédiée à préserver, faire rayonner et partager le patrimoine autochtone par le biais de leurs prestations articulées autour de musiques traditionnelles, tout en inspirant la fierté collective et en renforçant les liens intergénérationnels. Composé de danseurs et de mentors de différents niveaux d’expérience, le groupe se réunit autour d’une passion commune : leur territoire, leurs pratiques et l’apprentissage.

« Par l’enseignement régulier et l’ancrage au sein de leur milieu local, ces jeunes artistes contribuent à préserver et à célébrer les savoirs ancestraux transmis par les générations précédentes »

— Rita Mercredi, cheffe de file des Territoires du Nord-Ouest

Leur spectacle met en valeur une variété de danses traditionnelles qui reflètent l’histoire, les relations à la terre ainsi que les coutumes sociales de la région.

Elle ajoute que les aînés, entraîneurs, leaders et membres de la collectivité participent activement à la préparation des jeunes, veillant à ce que ces enseignements ne soient pas seulement appris, mais vivants. « Les Jeux garantissent que ce legs n’est pas statique ou symbolique, mais bien vécu », ajoute Rita Mercredi.

Une solidarité circumpolaire

En plus de la valorisation des identités propres à chaque délégation, les Jeux d’hiver de l’Arctique établissent un espace commun entre les peuples du Nord. Pour Sarah Frampton, l’événement a la capacité de créer des ponts à l’intérieur même d’un territoire. En réunissant des participants des centres urbains comme Anchorage ou Juneau et ceux des communautés rurales et autochtones, elle considère que cela effectue un trait d’union, renforçant les interactions au sein de l’État tout en consolidant celles entre les régions circumpolaires.

L’équipe du Groenland confirme cette vision et y voit l’une des plateformes les plus importantes pour tisser des liens forts entre ces communautés nordiques et autochtones. Les Jeux favorisent la confiance et la compréhension mutuelle.  « Une expression vivante du Nord », illustre Moira Lassen.

Au-delà des performances et des cérémonies, les Jeux deviennent ainsi un cadre où les jeunes du Nord se reconnaissent, se projettent et affirment ensemble ce qu’ils souhaitent transmettre aux générations suivantes.