le Mardi 3 mars 2026
le Mardi 3 mars 2026 9:47 Arctique

Leadership des femmes francophones nordiques

Charlie-Rose Pelletier, chargée de projets en égalité des genres chez Les Essentielles, présente l’enquête Renforcer le leadership des femmes francophones du Nord canadien. — Fournie
Charlie-Rose Pelletier, chargée de projets en égalité des genres chez Les Essentielles, présente l’enquête Renforcer le leadership des femmes francophones du Nord canadien.
Fournie

Le lancement officiel de l’enquête Renforcer le leadership des femmes francophones du Nord canadien a eu lieu le 20 janvier dernier dans les trois territoires du Nord canadien.

Leadership des femmes francophones nordiques
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C’est la première fois qu’une telle enquête sur la situation des femmes nordiques au Canada est menée au niveau panterritorial. Ce projet a été réalisé conjointement par Les Essentielles, la Fédération franco-ténoise et l’Association des francophones du Nunavut.

Résultats marquants : des obstacles et un manque de formation

Dans les trois territoires, il ressort que les femmes francophones continuent de faire face à des obstacles dans leur exercice du leadership qui sont souvent liés à des défis propres au Nord. Comme obstacles l’étude met notamment en lumière l’isolement géographique, la santé, la proche aidance, la crise du logement, le coût de la vie et un accès limité aux services de garde, ce qui rend la conciliation travail-famille encore plus difficile à gérer et produit une lourde charge mentale sur les femmes.

Sandie Redon, coordonnatrice du projet Femmes et égalité des genres pour la Fédération franco-ténoise à Yellowknife, souligne que l’étude fait ressortir « les besoins sur la partie formation continue et mentorat pour se positionner sur des rôles en leadership et pour renforcer certaines compétences. »

Pour Charlie-Rose Pelletier, chargée de projets en égalité des genres chez Les Essentielles, la situation des TLM (toujours les mêmes) peut freiner la participation de certaines personnes.

« Le fait qu’une poignée de personnes occupent plusieurs positions de leadership, cela fait en sorte que ça bloque peut-être certains profils plus diversifiés ou de nouvelles têtes pour représenter la communauté ou d’être dans des postes décisionnels. »

L’enquête a aussi révélé le besoin d’officialiser certaines politiques en équité, diversité, inclusivité et accessibilité (EDIA). Les organismes interrogés dans les trois territoires ont mentionné la difficulté d’offrir des services hors des centres urbains et des capitales. Un nouveau style de leadership est aussi ressorti. « Au lieu que ce soit un leadership associé au genre, soit un leadership féminin ou masculin, il y a vraiment une tendance vers un leadership inclusif, donc moins attaché au genre », ajoute Mme Pelletier.

Certaines des différences se situent au niveau des profils de leadership. Charlie-Rose Pelletier explique :

« Au Yukon, nous avons un profil [de leadership] assez homogène de femmes cisgenres, caucasiennes, de 35 à 50 ans. Au Nunavut, on voit que ce sont majoritairement des hommes issus de la diversité culturelle, puis au niveau des TNO, c’était plus partagé au niveau des genres et de la diversité culturelle. »

Mme Redon renchérit « qu’au au Nunavut, il y a une difficulté à avoir des femmes à des conseils d’administration. »

« Dans l’idée, les femmes francophones au Nunavut sont impliquées mais il n’y a pas de place pour elles dans les postes à responsabilités. Il n’y a pas suffisamment d’accompagnement pour leur permettre de se dégager de la charge mentale propre aux femmes » relève Juliana Fiallo, en charge du projet Femmes et égalité de genres pour l’Association des francophones du Nunavut, et qui souligne la situation d’isolement social à laquelle font face les femmes francophones du Nunavut. « On parle de crise de logement, mais l’isolement social joue beaucoup ».

Sandie Redon souligne également qu’il y a des choses très positives qui sont en train de se passer aux TNO, dont la création récente du comité Elles Ténoises+ qui commence à avoir du financement et un dynamisme qui se met en place par rapport à cette étude. « Il y a beaucoup d’élan. Ça se passe bien avec les deux autres territoires et on voit ce dynamisme panterritorial. »

 Le besoin d’une telle étude

 Une telle étude était nécessaire, car il existe très peu de données sur les femmes francophones vivant dans le Nord. Il est donc très difficile de comprendre leurs réalités et les conditions dans lesquelles elles exercent leur leadership.

Charlie-Rose Pelletier mentionne « qu’au niveau de nos communautés, elles tendent à se diversifier et à grandir […] donc nous allons devoir développer notre communauté et avoir des milieux de leadership un peu plus représentatifs de la population et de la prochaine génération et de la nouvelle vague d’immigration qui va venir. »

« Cette étude fait suite à un forum communautaire sur les besoins des Franco-Ténoises en 2022 », explique Sandie Redon. « Elle a fait ressortir un certain nombre de besoins, dont le manque de données ». Grâce au financement qui a rendu possible cette étude, elle a pu être embauchée pour coordonner le projet pour les T.N.-O.

La collecte de données et les démarches ont été les mêmes dans les trois territoires. Une revue de littérature a eu lieu en 2024. De janvier à mai 2025, les trois organismes ont organisé des sondages en ligne pour les femmes francophones et les personnes s’identifiant comme allié·es, des entrevues individuelles, des consultations publiques et des rencontres avec des organismes communautaires francophones pour bien cerner les réalités des femmes francophones vivant dans le Nord. Cent-vingt-deux femmes francophones, quinze organismes francophones et sept personnes s’identifiant comme allié·es ont participé à l’enquête.

Les prochaines étapes

Les organismes féministes francophones des territoires utilisent actuellement les données de l’étude pour accompagner les organismes francophones pour développer des actions qui sont alignées avec l’EDIA.

Il y a aussi une volonté de pérenniser et de stabiliser le partenariat panterritorial. « C’est un partenariat qui fonctionne et qui est agréable. Le rapport de recherche est comme une porte d’entrée vers d’autres rapports qu’on aimerait remettre avec plus de données sur notre communauté et sur notre population », mentionne Mme Pelletier.

Les trois femmes ont parlé de l’importance de créer une Table de concertation panterritoriale pour inviter plus de gens autour de la table et discuter des enjeux qui touchent les trois territoires, comme les crises climatiques, l’écoanxiété, le développement durable et les impacts des évacuations dans le Nord sur la santé mentale des gens.

Sandie Redon conclut en mentionnant l’importance de faire un travail avec les personnes alliées. « Quand on parle de changement systémique, il faut que tout le monde se lance dans le moment et comprenne que, même en 2026, les droits acquis, ça n’existe pas. On a un travail à faire pour les sensibiliser et trouver un moyen pour rassembler tout le monde. »

« Le comité des femmes est très récent au Nunavut, et c’est bien qu’il soit mis en place pour que des actions soient mises en place. Nous devons réfléchir aux pratiques internes dans les organisations pour pouvoir mieux les structurer et accompagner les femmes, mais aussi proposer des activités pour briser l’isolement » conclut Juliana Fiallo.