Infirmière depuis plus de 15 ans, j’ai travaillé en urgence, en périnatalité et en santé scolaire, en plus d’avoir vécu près de cinq ans au Nunavik.
Ces expériences m’ont donné une vision globale et humaine de la santé. Passionnée de prévention et de saines habitudes de vie, j’ai à cœur de rendre l’information accessible.
Amatrice de plein air et mère de famille, j’ai le plaisir d’apporter ici une chronique santé adaptée à notre réalité nordique.
Une étude récente publiée dans Le Devoir en février 2025 le rappelle avec force : les aliments ultratransformés seraient responsables de 38 % des troubles cardiovasculaires chaque année. Ces produits — biscuits, boissons sucrées, repas préparés — représentent près de la moitié des calories consommées chaque jour par les Canadiens adultes.
Pourtant, comme le souligne le professeur Jean-Claude Moubarac, professeur et chercheur en nutrition à l’Université de Montréal, ces maladies ne sont pas une fatalité. « Nous avons devant nous d’immenses possibilités d’agir en prévention », dit-il. Autrement dit, reprendre le contrôle de notre santé commence par ce qu’on met dans notre assiette. C’est là qu’entre en jeu l’idée d’alimentation positive : une approche qui dépasse la simple nutrition pour devenir une manière de vivre, un rapport bienveillant et conscient à la nourriture.
Manger avec plaisir et équilibre
L’alimentation positive repose sur une idée toute simple : manger doit rester un plaisir. Trop souvent, on associe l’alimentation saine à la restriction, aux interdits, à la peur de « mal faire ». Or, bien manger, c’est d’abord se reconnecter à ses sens et à son corps. Cela veut dire manger varié, de façon régulière, en respectant les signaux de faim et de satiété. Ce n’est pas une question de calculs ni de performance, mais d’écoute. Cela signifie aussi redonner une place centrale aux aliments frais, locaux et simples.
Dans le Nord, cela passe souvent par une redécouverte de ce que la terre et la mer offrent depuis toujours : la country food, cette nourriture traditionnelle qui relie les Inuit à leur territoire, à leurs ancêtres et à leur identité.
La sagesse du « country food »
La « country food » — caribou, omble chevalier, phoque, béluga, morue arctique, baies sauvages — sont bien plus qu’une source de protéines et de vitamines. Elles sont une école de vie, un lien entre les générations, une façon de maintenir la culture vivante.
Elles nourrissent le corps, mais aussi l’esprit. Les nutriments qu’elles contiennent, notamment les oméga-3, le fer ou les vitamines D et A, sont essentiels pour la santé du cœur et des os. Cependant, leur véritable richesse réside dans la relation qu’elles créent avec la nature. Chasser, pêcher, cueillir, partager : chaque geste autour de ces aliments est porteur de sens.
Des habitudes qui changent tout
Manger de façon positive ne demande pas de grands bouleversements, mais une série de petits gestes au quotidien. Cuisiner plus souvent, prendre le temps de savourer, manger en bonne compagnie : ce sont des façons simples de mieux se nourrir.
Les repas partagés, les discussions autour de la table, le temps qu’on prend pour apprécier les saveurs, tout cela contribue à notre bien-être mental autant que physique. Une alimentation saine, ce n’est pas seulement une liste d’aliments, c’est une manière de vivre en cohérence avec soi-même.
Dans les communautés nordiques, il faut aussi reconnaître des défis concrets : le coût élevé des aliments frais, la dépendance à l’importation, les horaires de travail exigeants. C’est pourquoi il est essentiel d’adapter les messages de santé à la réalité du Nord, sans jugement ni culpabilité. L’alimentation positive invite à faire de son mieux, avec ce qu’on a, là où on est.
L’éducation : semer tôt les bonnes habitudes
Une approche bienveillante face à l’alimentation commence dès l’enfance. Un projet québécois ; Éducamiam, porté par la Table québécoise en saine alimentation, montre qu’apprendre à bien manger, c’est aussi apprendre à se connaître.
Dans les écoles, les enfants sont invités à explorer les aliments à travers leurs sens : goûter, toucher, sentir. On leur apprend à reconnaître la faim, à écouter leur corps, à célébrer la diversité des cultures et des repas. Plutôt que de parler d’interdits, on parle de curiosité et d’équilibre.
Les effets sont tangibles : moins de conflits à table, plus de plaisir à manger, et une meilleure concentration en classe. Ce type d’éducation alimentaire pourrait inspirer les écoles du Nord, où les repas sont bien souvent un moment communautaire fort.
Bien manger, c’est bien vivre
Adopter une alimentation positive, c’est choisir la prévention, mais aussi la joie. C’est comprendre que le plaisir de manger fait partie de la santé. Ce n’est pas seulement une question de calories ou de nutriments, mais de relation — à soi, aux autres, à la nature.
À Iqaluit comme ailleurs, il est possible de faire la différence : en cuisinant un peu plus souvent, en choisissant les aliments les moins transformés, en privilégiant les produits locaux et, surtout, en valorisant les savoirs alimentaires traditionnels.
Alors, la prochaine fois que vous préparez un repas, prenez le temps de savourer, d’écouter, de partager. C’est peut-être le plus beau geste de santé que vous puissiez poser — pour votre cœur, votre communauté et votre culture.