le Mardi 3 février 2026
le Mardi 3 février 2026 15:01 Local

Soins de santé en crise : une mobilisation s’organise

La sous-traitance entre les murs de l’hôpital général Qikiqtani ne représente pas une solution aux yeux de la NTFL.  — Crédit : Ministère de la Santé du Nunavut
La sous-traitance entre les murs de l’hôpital général Qikiqtani ne représente pas une solution aux yeux de la NTFL.
Crédit : Ministère de la Santé du Nunavut

La Fédération du travail des Territoires du Nord (Northern Territories Federation of Labour-NTFL) et la Fédération du travail du Yukon ont lancé une nouvelle campagne pour exhorter les gouvernements territoriaux et celui du fédéral à agir face à la situation préoccupante des soins de santé dans le Nord. Selon des données récentes du gouvernement du Canada, le taux de postes vacants chez le personnel infirmier au Nunavut atteint 49 %.

Soins de santé en crise : une mobilisation s’organise
00:00 00:00

Pour la NTFL, la solution à cette situation critique passe notamment par un meilleur ratio infirmier-patient, des mesures accrues de rétention du personnel, la formation d’employés du Nord et un renforcement des soins primaires dans les communautés nordiques.  

Cette urgence d’agir est aussi soulignée sur le site Web de la campagne : « Les soins de santé dans le nord sont en crise, et les habitants du nord exigent que les gouvernements territorial et fédéral travaillent ensemble pour améliorer la situation ».

Des revendications claires

La NTFL se décrit comme « des défenseurs des soins de santé dans le Nord qui représentent les travailleuses et travailleurs de la santé ainsi que leurs communautés ». « L’organisation en est actuellement à la phase “racontez-nous votre histoire” de sa campagne. Nous espérons qu’en présentant certaines de ces histoires très réelles, tant celles de patients confrontés à des difficultés d’accès aux services que celles de professionnels réclamant des améliorations, les gouvernements commenceront à mettre en œuvre de véritables changements », explique Sara-Jayne Dempster, présidente de l’organisation.

Le sous-effectif chronique et l’épuisement professionnel figurent parmi les enjeux majeurs soulevés par la Fédération. À cela s’ajoutent les sommes considérables versées par le gouvernement à des entreprises privées pour offrir du personnel provenant de l’extérieur ainsi que l’éloignement de nombreuses collectivités qui se retrouvent sans accès fiable aux services de santé. Sara-Jayne Dempster souhaite rencontrer les ministres de la Santé des deux territoires pour discuter des témoignages recueillis dans le cadre de cette campagne. Selon elle, les gouvernements semblent ignorer la réalité des patients et des employés.

La NTFL est sans équivoque : la sous-traitance n’est pas une solution puisqu’elle dépouille les populations du Nord de fournisseurs de soins constants et dignes de confiance. De surcroît l’organisation évoque entre autres les montants faramineux qui pourraient plutôt servir à financer des moyens durables, qui renforceraient donc l’offre à long terme.

Une campagne appuyée par le Syndicat des employés du Nunavut

Concernant le Nunavut, des données de l’Institut canadien d’information sur la santé (ICHI) indiquent que le Nunavut possède le système de santé le plus coûteux du Canada, avec des dépenses atteignant 30 086 $ par personne en 2025. Toutefois, le Syndicat des employés du Nunavut (NEU) rappelle que ces sommes records ne reflètent pas la qualité des soins fournis à la population.  

Le NEU affirme soutenir pleinement cette démarche de mobilisation et souhaite qu’elle puisse mener à des changements.

. « Notre syndicat espère que le gouvernement du Nunavut prendra cette campagne au sérieux et qu’il s’efforcera de réduire sa dépendance à l’égard des travailleurs contractuels du secteur privé, qui n’ont pas toujours de l’expérience dans le Nord ni la formation nécessaire pour offrir des soins culturellement adaptés dans les communautés inuit du Nunavut », exprime la vice-présidente du NEU, Amanda Arsenault, qui est également vice-présidente régionale pour la région de Kivalliq au sein de la NTFL.

Elle estime qu’au Nunavut, les travailleurs de la santé font face à des défis constants. Par exemple, à la fin de 2022, cinq des huit techniciens de laboratoire du territoire ont démissionné, invoquant le fait qu’ils avaient été exclus des primes de 10 000 $ qui étaient à ce moment accordées aux infirmières.

Tout comme la NTFL, le NEU souhaite voir davantage de soutien et de possibilités de formation pour les Inuit voulant œuvrer dans le domaine de la santé, ainsi qu’une formation pour les travailleurs non inuit afin qu’ils puissent offrir des soins culturellement adaptés au Nunavut.

L’organisation désire également de meilleures conditions de travail pour tous les employés, ce qui comprend une hausse de la rémunération, davantage d’heures de repos et des politiques de rétention améliorées. « Le manque de soutien dans les milieux de travail à travers le territoire a un impact profond sur la santé mentale de tous nos travailleurs, y compris ceux du secteur de la santé », déclare Amanda Arsenault.

Le président de NEU, Jason Rochon, et la vice-présidente Amanda Arsenault sont allés à la rencontre des travailleurs de la santé à Iqaluit en mars dernier.

Ministère de la Santé du Nunavut

Quelles avancées ?

Dans un échange de courriels, le ministère de la Santé reconnait que le personnel est confronté à des défis uniques. La pénurie d’employés se fait également ressentir au Nunavut. Il affirme que l’accès aux services de santé essentiels demeure sa priorité.

« Le gouvernement du Nunavut continue de renforcer les mesures incitatives visant à attirer et à retenir les professionnels de la santé, tout en élargissant les programmes de pré-emploi, ainsi que les possibilités de formation et d’éducation afin de bâtir une main-d’œuvre locale solide », soutient Allexxis Amores, en charge des communications du ministère.

En tant que syndicat représentant ces travailleurs, le NEU s’attaque continuellement à certains de ces problèmes liés à la rétention et aux horaires de travail par le biais de la convention collective, dont la plus récente a été ratifiée en décembre dernier et comporte des dispositions bonifiées pour les membres.

Le ministère de la Santé indique également poursuivre le renforcement des soins primaires et des services diagnostiques, notamment par l’élargissement des services à domiciles et pharmaceutiques, la réduction des listes d’attente et l’ajout de nouveaux outils de diagnostics et de soins virtuels. D’autres initiatives comme le Programme de triage téléphonique virtuel visent à soutenir les travailleurs de première ligne en période de forte demande et à leur offrir du temps protégé pour le repos et la récupération.

Le ministère affirme s’inspirer des principes de l’Inuit Qaujimajatuqangit tels que l’innovation et le travail collectif, afin de répondre aux défis du recrutement infirmier et d’assurer que les services de santé demeurent accessibles à l’ensemble des Nunavummiut.

Sara-Jayne Dempster déclare que ceci n’est pas suffisant : « Nous croyons que l’inaction actuelle des deux gouvernements continuera d’aggraver les inégalités en matière de santé entre le Nord et le reste du pays ». Elle poursuit : « Notre personnel infirmier et les autres professionnels de la santé sont épuisés, désillusionnés et quittent les territoires pour des emplois ailleurs où ils sont traités avec plus de respect », conclut la présidente de la NTFL.