le Mardi 3 février 2026
le Mardi 3 février 2026 12:27 Local

« Iqaluit Free Food//Leftovers » : un groupe de partage pour faire face à l’insécurité alimentaire

Le groupe Facebook compte déjà plus de 250 membres. — Capture d'écran
Le groupe Facebook compte déjà plus de 250 membres.
Capture d'écran

Face à la demande en aide alimentaire sur les pages Facebook de sa ville, Maika Niego-Akavak a décidé de passer à l’action. La jeune femme originaire d’Iqaluit a créé le groupe communautaire qui mise sur le partage et l’entraide.

« Iqaluit Free Food//Leftovers » : un groupe de partage pour faire face à l’insécurité alimentaire
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Le groupe destiné aux demandes et aux dons de nourriture dans un climat de positivité et de respect a rapidement rassemblé plus de 240 membres depuis sa création le 12 janvier, démontrant les attentes de ce type d’initiative.

Une réponse à la crise

Maika Niego-Akavak est claire dans ses propos : le territoire traverse une véritable crise alimentaire. « Elle est encore plus marquée dans les communautés nordiques, mais dans une ville comme Iqaluit, il faut davantage de points de distribution et de ressources. Au-delà du travail déjà accompli par les organismes, la collectivité doit aussi s’impliquer », estime l’instigatrice du groupe.

Selon les dernières données de Statistiques Canada (2017-2018), 57 % des ménages au Nunavut vivaient dans une situation d’insécurité alimentaire. En l’absence de chiffres officiels récents, de nombreux intervenants affirment que la réalité demeure critique, et qu’elle s’est aggravée depuis.

En septembre 2025, Joseph Murdoch-Flowers, co-directeur exécutif du Centre communautaire alimentaire Qajuqturvik indiquait que le nombre de repas servis par le centre a augmentait chaque année, passant d’environ 58 000 en 2022 à 70 000 en 2024. Le 17 septembre 2025, l’organisation a offert 639 repas en un seul diner, soit près de 8 % de la population de la ville.

Joseph Murdoch-Flowers a présenté des chiffres alarmants lors d’une conférence de presse tenue en septembre.

Archives - Brice Ivanovic

Une initiative complémentaire bien reçue dans la communauté

Préférant garder l’anonymat, un Iqalummiuq considère que cette initiative est nécessaire. Il souligne que les personnes dans le besoin doivent souvent passer par des annonces dans des groupes ou services publics, une démarche qui peut être embarrassante et humiliante. « J’ai l’impression que le but du groupe est d’offrir un espace sans jugement ; une sorte de réfrigérateur communautaire virtuel » ajoute-t-il.

Maika Niego-Akavak espère que son initiative permettra à la communauté de s’organiser pour contrer l’insécurité alimentaire à Iqaluit.

La créatrice de cette nouvelle initiative sur les réseaux sociaux confie ne pas être surprise de la réussite de son lancement. « Je suis très reconnaissante et chanceuse de connaître plusieurs membres de notre communauté et je suis fière d’avoir ce soutien ». Ayant d’abord partagé le groupe avec ses amis et sa famille, elle a rapidement été encouragée à le faire publiquement.

Maika Niego-Akavak note qu’il existe à Iqaluit des lieux où l’on peut obtenir de la nourriture, mais que ces services sont généralement donnés à des heures fixes. Selon elle, cette réalité entraîne certaines contraintes : le transport, les files d’attente mais aussi une incertitude sur les quantités disponibles. « La banque alimentaire est une ressource sur laquelle on compte énormément. Elle assume une grande part des responsabilités alors que partout dans la ville, des gens jettent probablement des restes de nourriture chaque jour », insiste la jeune femme. 

Janet Laisa a déjà connu l’insécurité alimentaire et a vite adhéré à ce mouvement. « J’aide qui je peux, quand je le peux. Je donne même quand j’ai peu », affirme-t-elle pour sa part.

Élargir la portée du groupe

Alors que ce réseau d’entraide en est encore à ses balbutiements, Maika Niego-Akavak affirme avoir reçu de nombreux messages soulignant la nécessité d’un tel type d’initiative. D’ici six mois, elle espère atteindre au moins 5 000 membres dans sa communauté virtuelle afin de multiplier les occasions de partage de nourriture. « Ce groupe génère déjà un fort potentiel pour réduire le gaspillage alimentaire, renforcer les liens entre les personnes, favoriser de meilleures économies et, enfin, offrir une réponse plus positive à ceux qui subissent le coût de la vie élevé dans le Nord » ajoute la jeune femme.