le Lundi 26 janvier 2026
le Lundi 26 janvier 2026 10:51 Arctique

Le Groenland peut-il vraiment être acheté ? [2/2]

Une manifestation en soutien au peuple groenlandais a eu lieu le 17 janvier 2026 à Iqaluit. — Crédit : Brice Ivanovic
Une manifestation en soutien au peuple groenlandais a eu lieu le 17 janvier 2026 à Iqaluit.
Crédit : Brice Ivanovic

Suite aux déclarations du président Trump sur la possibilité d’un achat du Groenland, plusieurs voix, à l’intérieur même du parti républicain, ont exprimé leur opposition à une telle volonté. Est-il plausible d’envisager un achat du Groenland par les États-Unis ? Quels sont les risques pour le Canada ?

Le Groenland peut-il vraiment être acheté ? [2/2]
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Le 14 janvier dernier, une rencontre sous haute tension a eu lieu à Washington DC entre le vice-président JD Vance, plusieurs représentants de l’administration Trump et les ministres des Affaires étrangères du royaume du Danemark et du Groenland, respectivement Lars Løkke Rasmussen et Vivan Motzfeldt. 

À l’issue de la rencontre, le ministre danois a déclaré, le visage grave, qu’il y a un désaccord fondamental entre les États-Unis d’un côté, et le royaume du Danemark et le Groenland d’autre part. « Même si nous acceptons d’être en désaccord, les idées qui ne respectent pas l’intégrité territoriale du Royaume du Danemark et le droit à l’autodétermination du Groenland sont totalement inacceptables », a-t-il déclaré devant un groupe de journalistes. 

Les parties se sont cependant entendues sur la création d’un groupe de travail de haute instance afin d’étudier la possibilité de trouver une voie commune pour aller de l’avant. « Notre groupe se concentrera sur la manière de répondre aux préoccupations des États-Unis en matière de sécurité tout en respectant la ligne rouge du Royaume du Danemark », a détaillé M. Rasmussen. 

À l’issue d’une rencontre avec le vice-président des États-Unis, JD Vance et des membres de l’administration Trump, les ministres des Affaires étrangères du royaume du Danemark et du Groenland, Lars Løkke Rasmussen et Vivan Motzfeldt ont déclaré qu’il y avait un désaccord fondamental avec les États-Unis sur l’avenir du Groenland.

Capture d’écran – Forbes Breaking News

Renforcement de la présence militaire au Groenland

Au même moment, le ministère de la Défense du Danemark a annoncé, dans un contexte de tensions grandissantes en Arctique, poursuivre l’intensification des exercices militaires des forces armées danoises au Groenland, en étroite coopération avec les alliés de l’OTAN. Le renforcement des capacités militaires au Groenland, qui ont débuté en 2025, se poursuivra une grande partie de l’année 2026, selon le ministère de la Défense : 

« L’objectif est de former les troupes à opérer dans les conditions particulières de l’Arctique et de renforcer la présence de l’alliance dans cette région, au bénéfice de la sécurité européenne et transatlantique. La sécurité dans l’Arctique revêt une importance cruciale pour le Royaume du Danemark et nos alliés arctiques. Il est donc essentiel que nous renforcions encore notre capacité à opérer dans cette région, en étroite coopération avec nos alliés. Les forces armées danoises, en collaboration avec un certain nombre d’alliés arctiques et européens, examineront dans les semaines à venir comment une présence et des exercices accrus dans l’Arctique peuvent être mis en œuvre dans la pratique. »

Le Groenland peut-il être acheté ?

La possibilité de l’achat du Groenland est un sujet en cours de discussion au sein de l’administration Trump a indiqué Karoline Leavitt, porte-parole de la Maison-Blanche. Au cours d’une conférence de presse tenue le 7 janvier, elle a rappelé que les États-Unis s’intéressent au Groenland depuis les années 1860. Ce territoire autonome du Royaume du Danemark représenterait des avantages certains en termes de sécurité nationale. « L’acquisition du Groenland est avantageuse pour la sécurité nationale des États-Unis. Le président Trump estime qu’il est dans l’intérêt des États-Unis de contrer l’agression russe et chinoise dans la région arctique. C’est pourquoi son équipe discute actuellement de ce à quoi pourrait ressembler un éventuel achat. »

Mais de quelles menaces parle-t-on exactement ? Sur quels faits concrets le gouvernement se base-t-il pour avancer de telles suppositions ? Selon Frédéric Lasserre, directeur du Conseil québécois d’Études géopolitiques à Québec, ces déclarations ne sont pas basées sur des faits tangibles et relèvent du fantasme. 

Même s’il est vrai que la Russie essaie de réactiver sa flotte qui a été longtemps négligée et que le président Poutine aimerait se doter d’un outil naval crédible avec la flotte du Nord, le pays n’a pas besoin de pénétrer loin dans l’Atlantique Nord pour être en mesure de nuire aux intérêts de l’OTAN dans le cadre d’un scénario d’une guerre en Europe, relève M. Lasserre. « Mais est-ce que les États-Unis ont besoin forcément d’étendre leur souveraineté sur le Groenland pour ça ? La réponse est non, précise le directeur. Puisqu’il y a un accord militaire signé en 1951, renouvelé en 2004, entre le Danemark et les États-Unis, qui prévoit que si les Américains veulent construire d’autres bases militaires sur le territoire du Groenland, ils peuvent le faire avec l’accord du Groenland. Tout cet argument de la menace qui serait imminente sur la sécurité du Groenland et donc sur la sécurité de l’Amérique du Nord, ça parait vraiment très très tiré par les cheveux », conclut-il. 

Andreas Østhagen, chercheur principal à l’Institut de l’Arctique, abonde dans ce sens. L’argument de la menace russe et chinoise au Groenland ne tient pas la route. Dans une publication du 8 janvier, il indique que Donald Trump passe littéralement à côté du sujet en invoquant cette raison. Aucun navire russe ou chinois ne navigue sur les côtes du Groenland et, si les États-Unis devaient se méfier des activités russes en Arctique, il faudrait plutôt regarder du côté de l’Europe du Nord, de l’Estonie au Svalbard, ou même au large de l’Alaska, pense le chercheur.

L’opposition en Alaska

Lisa Murkowski, sénatrice républicaine de l’Alaska au Congrès des États-Unis depuis 2002, a fait part de son désaccord profond avec les déclarations du président Trump qui fait usage d’une rhétorique agressive. 

« Nous avons beaucoup à faire en 2026. La prise du Groenland ne devrait pas figurer sur cette liste. Nous devrions plutôt continuer à établir des relations – par le biais du commerce, du tourisme, des échanges culturels et de la gouvernance autochtone – plutôt que d’envoyer des messages provocateurs qui détruisent des décennies de confiance », a-t-elle déclaré le 9 janvier. 

Quels sont les risques pour le Canada ? 

Qu’en est-il des déclarations sur le 51e État et les risques pour le Canada, qui est considéré comme un état subordonné, par Donald Trump ? Le colonel Pierre Leblanc est retraité de l’armée et expert sur les sujets de sécurité en Arctique. En 1995, il a pris le commandement de la zone nord des Forces canadiennes (Yukon, Nunavut et Territoires du Nord-Ouest), où il a servi jusqu’à sa retraite en septembre 2000. Selon lui, il existe un risque pour le Canada qui, depuis des décennies, est connu sur la scène internationale pour ne pas investir suffisamment dans les coûts de défense.

Les reproches exprimés il y a un an par Donald Trump ont aussi été exprimés par les membres de l’OTAN. Même si la défense du pays est vue à travers les alliances, le colonel Leblanc rappelle que toutes les parties sont censées participer. « Le premier ministre est en train d’essayer de corriger, a-t-il précisé lors d’une entrevue. On parle beaucoup d’investissement dans l’Arctique et on s’en va dans la bonne direction. Ça, c’est des signaux très positifs qui vont plaire à Trump, mais ça va nous prendre probablement dix ans pour corriger le manque à combler des dernières 30 années. »

Articles de l’Arctique est une collaboration des cinq médias francophones des trois territoires canadiens : les journaux L’Aquilon, L’Aurore boréale et Le Nunavoix, ainsi que les radios CFRT et Radio Taïga.